TOURBIÈRES
Tourbe et § 34-5. La tourbe’, qui en forme la partie essenses diverses tielle , est un composé de parties végétales , de racines, de menues tiges , de feuilles , provenant en très-grande quantité des plantes herbacées et marécageuses , et de mousses plus ou moins converties en une substance noirâtre et combustible : elles ont souvent conservé , au moins en partie , leur première forme et structure , mais souvent aussi ellessontentièrement décomposées, etiln’en résulte plus qu’une masse noire, homogène, continue, brûlant avec une fumée et une odeur semblables à celles de certains combustibles minéraux.
Nous en distinguerons trois sortes principales, sous le rapport géognostique :
i° Celle qui n’est presque qu’un tissu ou espèce de feutre spongieux formé de racines, fibres et parties végétales encore très -reconnaissables ; quelquefois meme elle n’est qu’un tas de plantes ou parties de plantes flétries et serrées les unes contre les autres. La tourbe de cette première espèce se trouve à la superficie des tourbières ; c’est le bousin des tourbeurs picards.
20 Au-dessous , la tourbe est d’un brun plus foncé ; les plantes sont en grande partie décomposées ; on n’y voit guère plus que quelques filaments végétaux.
3° Enfin la décomposition est complète ; les indices de la végéta Lion ont disparu ; on n’a plus qu’une masse noire , homogène , habituellement
molle , en un mot une tourbe limoneuse. Quelquefois meme elle est liquide et forme comme un suc ou bitume noir qui coule sur la pente des terrains.
Très-souvent ces trois sortes de tourbe se trouventimmédiatementlesunesau-dessous des autres, et l’on voit évidemment lesprogrès del’altération qui a fait passer graduellement les végétaux de la superficie à l’état de cette vase ou masse bitumineuse qui est au fond.
§346. Quelques exemples feront connaître cette constitution dont nous venons d’esquisser les premiers traits.
La France nous en fournit un bien remarquable dans les tourbières de la vallée de la Somme. Elles y forment une masse continue ou presque continue : l’épaisseur du banc de tourbe , près d’Amiens , est de six à dix pieds ; elle augmente en descendant la vallée ; elle atteint son maximum (trente pieds) à deux lieues avant Abbeville ; audelà , elle diminue de plus en plus. La partie supérieure du banc, immédiatement au-dessous de la terre végétale, est entrelacée de tiges et de racines de roseaux qui ne sont pas encore décomposées : au-dessous elle est plus homogène , quoiqu’on y reconnaisse le tissu des végétaux qui y sont bituminisés : elle est d’un brun foncé, devient noire et se fendille en se desséchant. Dans la couche inférieure , on trouve ordinaire -
Constitution des tourtières.
menl une grande quantité de bois , de troncs et de branches d’arbres entassés et étendus sur un lit de glaise ; les habitants du pays leur donnent le nom de tourbe bocageuse.
Les tourbières de la vallée d Essonne , à dix lieues au sud de Paris, sont de même nature : leur ensemble présente une étendue de cinq mille hectares , et leur épaisseur moyenne est de deux à trois mètres.
L’Allemagne septentrionale , notamment dans le duché de Brême , en renferme quelques-unes d’une étendue considérable ; la principale , le Devils Moor (tourbière du diable) , a vingt lieues de long , quatre ou cinq de large , et jusqu'à trente pieds d’épaisseur dans le milieu. Elle repose sur un vaste terrain de sable qui l’entoure de tous côtés par ses petites collines ; sa surface ne participe point aux inégalités du fond. Elle croît continuellement ; dans les années pluvieuses, l’accroissement est considérable , principalement à cause des plantes marécageuses qui y viennent en quantité ; dans les années sèches , ce sont les bruyères qui dominent. Pendant que la tourbière s’accroît ainsi dans le haut , elle perd dans le bas ; il en découle une bouillie noire et épaisse. L’homme a fait quelques établissements sur ce singulier terrain ; il l’a traversé par des canaux , il y a construit quelques habitations , et en brûlant sa croûte desséchée , il y a produil
m terreau qui lui donne quelques seigles et juelques légumes (1).
Plusieurs lacs et canaux de la Hollande fourlissent une grande quantité de tourbe limoneuse, que l’on y pèche à l’aide de filets : on en retire me semblable , et de la même manière , de quelques mares et étangs qui existent au milieu des tourbières du département du Pas-de-Calais.
L’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande , l’Islande, et ;n général tous les pays du Nord , renferment me grande quantité de tourbe : elle est beaucoup plus rare dans les contrées méridionales. On dirait qu’un climat chaud et sec n’est pas propre à a formation de cette substance : peut-être une grande chaleur, hâtant trop promptement la décomposition des végétaux , la dissipation de leurs parties fluides , et la réduction de leur carbone en acide carbonique, opère leur entière destruction avant qu’ils puissent passer à l’état de tourbe. C’est peut-être le climat froid et humide des sommités des montagnes, qui est également cause de la nature tourbeuse du sol qu’on remarque si souvent sur leurs bases et plateaux. M. Jameson rapporte que les cimes des montagnes d’Ecosse , qui s’élèvent â plus de 600 mètres, sont couvertes de tourbe d’excellente qualité.
Au nombre des particularités que présentent
(1) Voyez', dans les Lettres de Deluc à la reine d1 Angleterre , la description très -circonstanciée de cette intéressante tourbière.
Substances
contenues.
les tourbières , on doit mettre les îles flottantes, fait mentionné et fort exagéré dans un grand nombre d’ouvrages ; l’exposé suivant le réduit très-vraisemblablement à sa juste valeur. Dans quelques grandes tourbières , telles que celles du pays de Brème , il arrive quelquefois , sur-tout dans les années pluvieuses , que des portions de tourbe sont entourées d’eau , soit naturellement, soit par l’effet des fossés ou canaux creusés par les hommes ; la partie supérieure de ces portions, n’est, ainsi qu’on le sait , qu’un tissu de joncs, de racines, etc. , spécifiquement plus léger que l’eau , et qui , par conséquent, tend a se soulever : cette partie, cédant quelquefois à cette tendance, se détache de la masse qui la supporte, et se met à flot. On en a vu couvertes d’arbres, et portant même des maisons , flotter ainsi au milieu des tourbières inondées. On en a cité une dans le lac de Gerdau , en Prusse , qui servait de pâturage à un troupeau de cent bêtes (1).
§ 347- En général, les tourbières ne contiennent point de corps étrangers : cependant les vents et d’autres causes mêlent souvent du sable et de la terre à la tourbe durant sa formation : rarement d’ailleurs y trouve-t-on quelques minces couches d’argile ou autres substances. Quant aux minéraux proprement dits , des pyrites et quel-
(1) Malle-Brun, d’après Kant, Précis de la géographie universelle, tom, II , p. 3i2,
qucs cristaux isolés de chaux sulfatée , sont les seuls qu’on y ait rencontrés.
Mais presque toutes contiennent des arbres , troncs, etc., plus ou moins bien conservés : tantôt ce sont des arbres isolés , tantôt ce sont comme des forets entières abattues soit par les vents , soit par toute autre cause. Nous avons déjà vu que la partie inférieure des tourbières de la Somme , présentait presque par-tout une grande quantité d’arbres couchés , comme si une grande foret eût crû sur ce lieu , et y eût été renversée. On cite des faits semblables dans plusieurs autres tourbières.
J’en rapporterai un avec quelque détail , afin de donner une idée précise de ce phénomène. Près de Kincardine , en Ecosse , à vingt lieues à l’ouest d’Edimbourg , on a des tourbières qui ont neuf mille acres (36oo hectares) d’étendue, et quatorze pieds de profondeur sur quelques points : elles reposent sur un terrain argileux ; dans certains endroits , on a débarrassé ce sol de la tourbe qu’il portait , et on a vu « sur la surface de la « glaise , au fond de la tourbière , un nombre infini d’arbres » renversés auprès de leurs racines , lesquelles sont encore » dans la glaise , et situées comme elles l’étaient pendant la » végétation. Les arbres sont des chênes , des bouleaux , des » hêtres, des sapins; quelques chênes ont cinquante pieds de » long sur trois de diamètre.... Ils sont noirs et sains. On » observe dans la partie inférieure de quelques troncs , des » traces de la hache (i). »
(i) L’auteur qui rapporte ce fait , et qui Ta observé , conclut que la forêt a été abattue par les Romains, pour priver les habitantsl
Age des tourbières.
La plupart des arbres que l’on trouve dans les tourbières paraissent avoir crû sur le sol même où ils sont étendus : quant à leur nature , ceux qui se présentent le plus fréquemment dans les tourbières du nord de l’Europe, et en particulier de l’Ecosse, sont : i° les conifères (pins, sapins, mélèzes, etc. ) ; ils dominent; on en rencontre qui ont cent pieds de long ; ils sont quelquefois ramollis. 20 Les chênes , ils abondent dans les tourbières des basses contrées ; ils sont très-souvent sans écorce , ce qui semble indiquer qu’ils étaient morts depuis long-tems , avant d’avoir été recouverts par les tourbes : en desséchant le territoire d’Hartfeld, dans le comté d’Yorck , on en a trouvé qui avaient jusqu’à cent vingt pieds de long , douze pieds de diamètre à une extrémité et six à l’autre. Ils étaient noirs comme de l’ébène et fort bien conservés : on en sort des tourbières de la Hollande qui sont dans le même état, et qui , quoique charbonnés en apparence, sont assez bons pour être employés aux constructions navales. 3° Des bouleaux : ils sont moins bien conservés que les pins et les chênes ; l’écorce l’est plus que le reste de l’arbre , vraisemblablement parce qu’elle est plus résineuse. On a encore trouvé dans la tourbière, des aulnes, des saules, des frênes , et quelques autres espèces; on y rencontre fréquemment des fruits de conifères et de noisetier (1).
Les arbres sont en telle quantité sur le sol qui porte quelques tourbières , que plusieurs naturalistes les y ont regardés comme la cause prochaine de la formation de la tourbe ; cette substance aurait été d’abord une mousse qui aurait crû sur les troncs renversés.
§ 348. Si les arbres bien conservés, et d’espèces
du pays d’un moyen de défense , ou plutôt d’attaque, qu’elle leur prêtait. Bioliothèque britannique , tom. IX.
(1) Jameson's mineralo§ische reisen, chap. i\.
TERRAINS DE TRANSPORT. /f99
analogues à ceux qui végètent encore aujourd hui dans les memes contrées , prouvent le peu d'ancienneté des tourbières dans lesquelles ils se trouvent, d’autres corps qu'on en a retirés, et dont nous allons parler, le prouvent encore plus incontestablement.
On a trouvé, dans les tourbières d’Essonne et de la Somme, des ossements de bœufs , des bois de cerf, de chevreuil , des d éfenses de sangliers, e tbeaucoup de coquilles fluviatiles. Ces memes fossiles ont été retrouvés , dans les tourbières de l'Irlande et de l’Ecosse, avec des cornes d aurochs; M. Cuvier observe qu ils appartiennent à des espèces connues, et dont les vestiges ne se trouvent que dans les terrains récents , qui reçoivent ou peuvent recevoir journellement de nouvelles augmentations, qui sont ainsi de formation postérieure à la masse générale des terrains de transport, et dans lesquels on trouve des ossements du genre de léléphant et du rhinocéros, dont les espèces n’existent plus aujourd'hui.
Des monuments de l’industrie humaine prouvent encore ce peu d’ancienneté. On a trouvé, dit M. Poiret, dans les tourbières de la Somme, des barques provenant vraisemblablement des navigations qui se faisaient sur des lacs ou étangs de cette contrée , aujourd hui remplacés par les masses tourbeuses. Sous les tourbes d Ecourt- Saint-Quenlin , en Artois, on dit avoir trouvé
Mode de formation des tourbes.
5oo
une chaussée romaine de vingt-quatre pieds de large , et un amas de haches , masses et piques romaines et anglaises (i). Dans les tourbières de la Meuse , on a découvert de semblables chaussées. On en a mis une autre à découvert dans les tourbières de Kincardine dont nous avons déjà parlé ; elle était faite de pièces de bois couchées longitudinalement sur la chaussée, et recouvertes par d’autres pièces transversales : la tourbe se sera formée depuis la confection des chaussées; c’est incontestable. On cite une médaille de l’empereur Gordien trouvée à trente pieds de profondeur dans les tourbières du nord de la Hollande ; et cet empereur vivait l’an 240 de notre ère. Rien de plus commun que des monnaies, des métaux travaillés, des haches, des clefs, etc., retirés des tourbières , et qui semblent indiquer que la tourbe qui les compose est d’une époque postérieure à leur fabrication. Cependant , ces témoignages ne sont pas tous également irrécusables ; quelques tourbes sont très-molles après des pluies considérables , et il serait très-possible qu’un outil pesant, une hache, par exemple, s’y fût enfoncée jusqu’à une certaine profondeur, et ne pût ainsi donner des indices sur l’âge de la tourbière.
§ 349. Le peu d’ancienneté des tourbières doit
(1) Journal des Mines , tom. XXVI , pag- *55.
TERRAINS DE TRANSPORT. 5oi
peu nous étonner; nous les voyons se former et croître sous nos yeux.
M. van Marum rapporte qu’ayant fait creuser dans son jardin , près d’Harlem , un bassin de dix pieds de profondeur , et dont le fond consistait en un sable bleuâtre , les plantes aquatiques le couvrirent bientôt; et , au bout de cinq ans , en déblayant la vase d ont une inondation avait rempli le bassin , on y trouva une couche de tourbe de quatre pieds d’épaisseur. Chaque année, on remarque sur les tourbières du pays de Brême le produit de leur accroissement.
Jetons, avec M. Poiret, un coup-d’œil sur le mode de formation des tourbes. Les eaux profondes , telles que celles des lacs , des étangs , etc. , lorsqu’elles sont stagnantes et à l’abri de fortes agitations, se peuplent de plantes qui peuvent végéter sans se fixer à un sol , et en flottant dans l’eau ; telles sont les conferves, les bissus , les lemna ; elles se précipitent ensuite , et forment un sol approprié à la croissance des nombreuses espèces de chara , myriophylum, potomageion , etc. , auxquelles se mêlent le jonc fleuri, le nénuphar, etc. Tous ces végétaux, d’une substance pulpeuse , tendre et spongieuse, se décomposant aisément, produisent une vase épaisse , noirâtre , qui s’entasse au fond des bassins ; c’est la tourbe limoneuse , pareille à celle qu’on retire des canaux de la^IIol lande. La tourbe fibreuse que M. Poiret
dislingue de la précédente, ne se produit, suivant cet auteur, que dans les eaux basses, telles que les marais; les plantes qui la constituent, par l'assemblage et l’enlacement de leurs tiges, racines et feuilles, sont des graminées à racines ligneuses, telles que les roseaux, les joncs, les scirpes, les carex , etc. ; végétaux dont la plupart plongent leurs racines dans un terrain inondé , et élèvent leurs tiges dans l’air. Diverses mousses , et particulièrement Yhypnum et le sphagnuin , concourent puissamment à la formation de ces tourbes (i).
L’homme produit , en quelque sorte , à volonté , la tourbe dans certaines localités. Dans le Devils moor, dont nous avons parlé , on fait , à la surface de la tourbière , des creux d’emiron vingt pieds de côté en carré , et de six pieds de profondeur. La première année, l’eau qui les remplit se pénètre de nuages verdâtres , lesquels , l’année suivante , se forment en filets très-déliés (conferves , etc. ) , garnis de leurs feuilles et fleurs. La troisième année, ce canevas de tourbe se tapisse de mousse, qui devient un sol sur lequel croissent des joncs , des roseaux, des gramens, etc. Les années suivantes on a de nouvelles croissances des mêmes plantes ; le tout forme un lit flottant dans l’eau; mais qui , en augmentant continuellement d’épaisseur, finit par toucher le fond du bassin. La malière prend toujours de nouveaux accroissements à sa surface; elle se tasse, et aubout d’une trentaine d’années, le creux se trouve plein d’une éponge ferme , dont la surface solide nourrit la bruyère et tous les autres arbustes qui croissent sur le reste de la
(i) Journal de physique , tom. LIX.
tourbière. Au reste , celte tourbe est loin de valoir , comme combustible , celle qu’elle remplace, et peut-être d’un siècle ne régalera-t-elle pas en qualité ; il lui manque les végétaux ligneux qui forment la bonne tourbe (i).
Mais quelles sont les conditions nécessaires pour qu’il se produise de la tourbe dans un lieu? D’abord la présence d’une eau stagnante : mais cela ne suffit pas encore : souvent , dans des fossés pleins d’eau , à côté des grandes tourbières, il ne se forme point de tourbe , quoique la végétation y soit très-forte ; les plantes , en s’y décomposant , ne produisent qu’un terreau vaseux. Quelques naturalistes pensent que la qualité de l’eau est une condition essentielle : par exemple , que celle qui aurait séjourné au milieu d’arbres abattus , s’y serait chargée d’un principe tannant, qui , en préservant les plantes de la putréfaction , donnerait lieu à leur conversion en tourbe. D’autres croient que la nature de certaines plantes décident cette formation: telle serait la confeiva rwularis , d’après M. van Marum.
c ) Fossiles du règne animal.
La même révolution qui a recouvert de terrains de transport les parties basses de nos continents, qui a enfoui dans ces terrains les forêts qui couvraient, à cette époque , l’ancienne sur-
(i) Voyez de plus grands détails dans les Lettres de Deluc à la reine d* Angleterre.
Gissement des ossements.
5o4 TERRAINS DE TRANSPORT.
face , y a également enterré les animaux qui vivaient alors , et les ossements que leurs prédécesseurs avaient laissés sur cette surface. Leurs dépouillés et les vestiges qu’on trouve presqu’à chaque fouille , ne laissent pas le moindre doute sur ce fait , qui , par sa nature et par les conséquences qu’il peut fournir à la géologie, est un des plus importants de cette science. 11 a été traité, dans tousses détails et dans tout son ensemble, par M. Cuvier , et nous allons donner un extrait succinct de la partie de ce travail qui intéresse directement le géognoste.
§ 35o. 11 est peu de terrains de transport, d’une étendue considérable , qui ne renferment quelques ossements de quadrupèdes , notamment d’éléphants, de rhinocéros, de chevaux, de bœufs , etc.
On en a trouvé dans presque toute la France , principalement dans la plaine au nord de Paris , au milieu d’une terre noirâtre, recouverte par une assise de sable , contenant des coquilles d’eau douce ; en Dauphiné, en Provence, dans les environs de Toulouse, etc. Presque tous les bassins des rivières de l’Allemagne en renferment une plus ou moins grande quantité; dans quelques lieux , ils sont en nombre extraordinaire : c’est ainsi qu’auprès de la petite ville de Canstadt, dans le royaume de Wurtemberg , on a déterré une immense quantité d’ossements d’éléphants, de rhino-
TERRAINS DE TRANSPORT. 5o5
ceros, d’hiènes, etc. ; ils étaient pêle-mêle , en partie brisés, dans une masse d’argile jaunâtre mêlée de petits grains de quartz, de galets calcaires, et de beaucoup de coquilles d’eau douce; dans le voisinage on a découvert une forêt entière de palmiers renversés. A Tonna , en Thuringe , on a trouvé dans le tuf calcaire (§ 33q) , au milieu de fossiles de toute espèce, et à une profondeur de cinquante pieds, un squelette entier d’éléphant.
L’Italie a un dépôt célèbre d’ossements , au Ty ol d’Arno ; ils y sont dans la base des collines d’argile qui remplissent les intervalles des chaînes calcaires ; les couches , placées au-dessus, renferment des bois, les uns pétrifiés, les autres à l’état de lignite ; elles sont recouvertes par des couches de coquillages marins entremêlés de plantes arondinacées , et par d'immenses bancs d’argile.
L’Angleterre et les îles qui l’entourent , la Norvvége, l’Islande et les autres terres de la zone glaciale, ont présenté, sur un grand nombre de points, de grands ossements fossiles.
Mais aucun pays n’en contient autant que la Russie asiatique : le témoignage universel des voyageurs et des naturalistes s’accorde à nous la représenter comme fourmillant de monstrueuses dépouilles. Dans toute cette contrée, ditPallas, depuis le Don jusqu’à l’extrémité du promontoire des Tchutchis , il n’est aucune rivière , aucun
5o6 TERRAINS DE TRANSPORT.
fleuve , sur-tout de ceux qui coulent dans les plaines, sur les rives ou dans le lit duquel on n’ait trouvé des os d’éléphants et d’autres animaux étrangers au climat mêlés avec des coquilles marines. Les régions élevées en manquent, tandis que les pentes inférieures et les grandes plaines limoneuses ou sablonneuses en fournissent partout , aux endroits où elles sont rongées par les rivières et les ruisseaux ; ce qui prouve qu’on n’y en trouverait pas moins dans le reste de leur étendue , si on avait les moyens d’y creuser. Dans la mer glaciale , les îles abondent en pareils ossements; au bord de l’embouchure de la Léna, les îles Liaikof en sont en grande partie formées ; ce sont des amas de sable et d’ossements d’éléphants, de rhinocéros , de buffles, etc. On les retrouve , plus au nord encore , sur la côte de la Nouvelle-Sibérie, contrée qui tient peut-être au continent américain ; ils y sont au milieu d’une couche de sable, d’argile et de bois fossiles (i).
Les pays de l’Amérique qui ont été parcourus par les naturalistes , ont également offert des vestiges et des squelettes d’animaux, dont quelquesuns sont très-remarquables , ainsi que nous le verrons bientôt.
Les ossements fossiles sont en général dis-
(i) Malle-Brun , Précis de la géographie universelle , tom. III, pag. 367 et 3ç5.
TERRAINS DE TRANSPORT. 5oy
perses, et ce n’est que dans un petit nombre de lieux qu’on a trouvé des squelettes entiers , comme dans une sorte de sépulcre de sable , dit M. Cuvier.
Souvent ils sont fracturés, mais quelquefois aussi on les trouve tout entiers, conservant leurs arêtes, leurs apophyses et autres parties délicates , preuve manifeste qu’ils iront point été roulés. Quelques-uns même , quoique rarement , tiennent encore à des lambeaux de chair et autres parties molles ; on a même trouvé des cadavres entiers. Quant à leur nature, ces os sont peu altérés, et il en est très-peu assez imprégnés de sucs lapidifiques pour pouvoir être regardés comme pétrifiés.
Mais ce qui est remarquable , c’est qu’on les trouve souvent dans ou sous des couches contenant des corps marins, coquilles , glossopètres et autres ; ce qui indique que la mer a recouvert les terrains qui les contiennent.
§ 35i. Relativementauxespècesd’animauxauxqueîs ilsappar- Espèces, tiennent,nousavonsàdistinguerdeux sortes do terrains de transport : ceux qui se forment journellement sous nos yeux, ou que tout indique avoir été formés d’une manière analogue par des alluvions de la mer actuelle et de nos fleuves ; en un mot , ceux qui sont postérieurs à la dernière révolution qu’a éprouvée le globe , et ceux qui sont antérieurs à cette même époque.
Les premiers doivent renfermer les débris des animaux qui \ivent et meurent continuellement à la surface de nos continents : ils ne sauraient présenter rien de remarquable. Mais
Eléphant.
il n’en est plus de même des anciens terrains meubles ; ils non» offrent , pour ainsi dire , les vestiges d’un ancien monde ou d’un ancien ordre de choses bien diffèrent, sous beaucoup de rapports, de celui qui existe aujourd’hui : ce sont souvent des ossements d’animaux maintenant inconnus, qui ne vivent plus, et qui paraissent ne pouvoir plus vivre aujourd’hui dans les régions où sont leurs vestiges. Ces ossements appartiennent à des éléphants , des rhinocéros , des hippopotames , des tapirs , des mastodontes, des mégathérium ; ils sont mêlés avec ceux de chevaux, de bœufs, d’antilopes, de cerfs, d’élans, de lièvres, et de quelques petits carnassiers. Disons quelques mots sur les plus remarquables.
Ceux qui ont excité le plus l’attention , tant par leur nombre que par leur volume et leur prix , appartiennent à une espèce d’éléphant, dont les dépouilles abondent dans les terrains de transport d’un grand nombre de contrées , notamment de la Sibérie. L’ivoire que l’on retire des défenses fossiles de cet animal, et que l’on emploie aux mêmes usages que l’ivoire frais, a fait de ces défenses un objet de commerce important, et a engagé à les rechercher : le froid des régions septentrionales paraît avoir beaucoup contribué à leur conservation , et elles y sont ainsi en plus grande quantité et d’un prix supérieur. Cette quantité est si considérable en Sibérie , que les habitants ne voyant pas d’être analogue dans leur pays , les regardent comme les cornes d’un énorme animal qu’ils disent vivre sous terre , et auquel ils donnent le nom de mammouth . Les zoologistes qui les ont examinées , et qui ont également observé les autres ossements de cet animal , l’ont pris pour un éléphant semblable à celui qui vit aujourd’hui dans les Indes ; mais M. Cuvier , après un scrupuleux examen anatomique , est tenté de Je regarder comme d’une espèce différente \ au moins est-il bien certain , dit-il , que c’était une espèce plus différente de celle des Indes que l’âne ne l’est du cheval. Quant à sa taille ,
:11e ne devait guère excéder celle des grands éléphants vivants , [ui ont quinze et seize pieds de haut ; mais ses formes parais— ent encore plus trapues : les naturalistes le désignent , d’après il. Blumenbach , sous le nom d 'elephas primogenius.
Nous avons dit qu a Tonna ( § 35o ) , en Allemagne , on vait trouvé des squelettes entiers de cet éléphant , et qu’en Sibérie, on en déterrait des ossements portant encore des ambeaux de chair ; mais ce n’étaient que des vestiges , et il y a [uelques années qu’on vient d’en trouver un tout entier au miieu des glaces où il était certainement depuis des milliers d’anlées : le fait est trop intéressant pour ne pas le rapporter dans es détails. En 1799, un pêcheur tonguse remarqua au milieu les glaçons , près l’embouchure de la Léna , un bloc informe ;
1 ne put reconnaître ce que c’était : l’année d’après , il vit la nasse plus dégagée des glaçons ; et vers la fin de l’été , le flanc ;out entier de l’animal , et une de ses défenses étaient libres ; nais ce ne fut qu’à la cinquième année , que les glaces ayant îondu plus vite , cette énorme masse vint s’échouer à la côte. Au mois de mars i8o4, Ie pêcheur enleva les défenses , qu’il rendit 5oo roubles ( 2000 fr. ) ; elles avaient quinze pieds de long. Deux ans après, M. Adams , membre de l’académie de Pétersbourg, observa cet animal au même lieu , mais il était fort mutilé ; les lakutes en avaient dépecé les chairs pour nourrir leurs chiens , les bêtes féroces en avaient aussi mangé : cependant le squelette se trouvait encore entier : la tête était couverte d’une peau sèche, une des oreilles était bien conservée , et on distinguait la prunelle de l’œil. C’était un jeune mâle, avec une longue crinière ; ce qui restait de sa peau était si lourd , que dix personnes avaient de la peine à la transporter; sa taille dépassait celle des éléphants vivants. On possède au muséum d’histoire naturelle de Paris , une touffe de ses crins ; la racine en est garnie d’une laine grossière , ce qui porte M. Cuvier à penser que cet éléphant, différant encore en cela de celui des Indes, pouvait vivre dans des climats froids.
Rhinocéros.
Hippopo-
tame.
Tapir.
'Mastodonte.
5lO TERRAINS DE TRANSPORT.
Parmi les ossements fossiles , on en trouve qui ont appartenu à une espèce de rhinocéros , que M. Cuvier assure être différente de celles qui vivent aujourd’hui dans les Indes. Ses vestiges se trouvent presque par-tout avec ceux de l’éléphant » mais ils sont moins nombreux : on en a découvert, entre autres endroits, à Avignonet , à dix lieues au sud-est de Toulouse. Mais c’est encore dans les terres glacées de la Sibérie qu’ils se trouvent en plus grande quantité et mieux conservés ; en 1771, on en rencontra un entier , et en état de corruption , à moitié enterré dans le sable qui borde le Viloui : il était encore revêtu de sa peau ; mesuré en place , il avait trois aunes trois quarts de Russie ( 2,3o mètres) de longueur, et on a estimé sa hauteur à trois aunes et demie (2,i5 mètres) (1).
Les ossements fossiles d 'hippopotame appartiennent à deux espèces ; « l’une est si semblable à l’espèce vivante, dit Cuvier, qu’il ne m’a pas été possible de l’en distinguer; » l’autre est àpeu-près de la taille d’un sanglier ; mais c’est une copie en miniature de la grande espèce. Au reste , ces ossements se trouvent en bien moindre quantité que les précédents.
En nombre moins considérable encore sont les ossemenU fossiles de tapir , trouvés en quelques endroits de notre ancien continent ; ce qui les rend principalement remarquables , c’est que les tapirs ne vivent plus aujourd’hui que dans l’Amérique méridionale.
Les animaux fossiles dont nous venons de parler , ont des analogues , au moins pour le genre , parmi ceux qui existent actuellement à la surface du globe ; mais en voici deux qui ne sont plus dans le même cas.
Dans l’Amérique septentrionale, notamment sur les bords de l’Ohio, on a trouvé un grand nombre d’ossements fossiles qu’on avait cru appartenir au mammouth ou éléphant de Si-
(i) Pallas , Voyages, toru. Y.in-S0
TERRAINS DE TRANSPORT. 5ll
bérie; maïs M. Cuvier a fait voir qu’ils en différaient ; ils doivent avoir appartenu à un animal d’un genre particulier, que ce savant nomme mastodonte : il avait quelque ressemblance avec l’éléphant, par ses défenses et par toute son ostéologie ; sa hauteur était à-peu-près la même ; mais il était plus allongé , il avait les membres plus épais et le ventre plus mince ; il devait se nourrir de végétaux à-peu-près comme l’hippopotame et le sanglier.
Dans trois endroits de l’Amérique méridionale , on a trouvé les restes d’un animal remarquable par une très-épaisse et trèsforte membrure ; dans le Paraguay , à trois lieues de Buenos- Ayres , on en a déterré un squelette presque entier, qui est conservé dans le cabinet d’histoire naturelle de Madrid : il a douze pieds de long sur six de hauteur. On en voit une copie dans l’ouvrage de M. Cuvier , où cet animal, sous le nom de mégathérium , est placé dans la famille des édentés , entre les pa— resseux et les fourmilliers .
Les tourbières et terrains de transport de l’Irlande nous ont présenté plusieurs bois d’une sorte de cerf ou d’élan différent de ceux que nous connaissons : ces bois sont remarquables par leur grandeur ; on en a trouvé dont chaque branche avait huit pieds anglais, et l’envergure quatorze.
Les buffles fossiles dont les débris se trouvent en Sibérie, seraient encore d’une espèce différente de nos plus grands buffles, et à plus forte raison de nos bœufs.
Les autres ossements fossiles trouvés dans les terrains de transport appartiennent à des espèces connues et aujourd’hui vivantes dans les mêmes climats, ou du moins la science, dans son état actuel, ne donne pas les moyens d’assigner lenrs différences spécifiques : tels sont entre autres les ossements des diverses espèces de bœufs, tant de l’ aurochs ,1e plus grand d’entre eux, que du bœuf domestique, du cerf, du chevreuil, du castor, du sanglier, et sur-tout du cheval. Ces derniers se trouvent peut-être même
Mégathé-
rium.
Elan
d’Irlande
Buffles.
Conclusions tirées par M. Cuvier.
en quantité supérieure à ceux de tout autre animal , dans presque tous les grands dépôts d’ossements fossiles, même dans ceux qui paraissent de l’époque la plus ancienne , ceux qui renferment les vestiges des éléphants , des rhinocéros , des mastodontes , etc. , dont les espèces sont détruites ; on a retiré des charretées entières de dents de cheval du célèbre dépôt de Canstadt dont nous avons parlé: on a trouvé, en creusant le canal de l’Ourcq, des centaines d’os et de dents du même animal, dans les mêmes lieux d’où l’on relirait les ossements d’éléphants. « On peut assurer, dit Cuvier après avoir rapporté les faits cidessus, qu’une espèce du genre du cheval servait de compagnon fidèle aux éléphants ou mammouths et autres animaux de la même époque, dont les débris remplissent nos grandes couches meubles; mais il est impossible de dire jusqu’à quel point elle ressemblait à l’une ou l’autre des espèces aujourd’hui vivantes. »
Le même auteur, après avoir terminé l’examen de tous les ossements de quadrupèdes trouvés dans le terrain de transport, et après avoir pris en considération toutes les circonstances de leur gissement, résume, ainsi qu’il suit, les conclusions géologiques qu’il en tire. « Ces différents ossements sont enfouis, presque par-tout , dans des lits à-peu-près semblables.... et qui sont généralement meubles, soit sablonneux, soit marneux, et toujours plus ou moins voisins de la surface, il est probable que ces ossements ont été enveloppés par la dernière ou l’une des dernières catastrophes du globe. Dans un grand nombre d’endroits , ils sont accompagnés de dépouilles d’animaux marins accumulées ; mais , dans quelques lieux moins nombreux , il n’y a aucune de ces dépouilles ; quelquefois même le sable ou la marne qui les recouvrent ne contiennent que des coquilles d’eau douce.
» Aucune relation authentique n’atteste'qu’ils soient recouverts de bancs pierreux, réguliers, contenant des coquilles marines, et par conséquent que la mer ait fait sur eux un sé-
jour long et paisible. La catastrophe qui les a recouverts était donc une grande inondation marine, mais passagère. Les os ne sont ni roulés , ni rassemblés en squelette , mais épars et en partie fracturés. Ils n’ont donc pas été amenés de loin par L’inondation , mais trouvés par elle dans les lieux où elle les a recouverts, comme ils auraient dû y être, si les animaux dont ils proviennent avaient séjourné dans ces lieux et y étaient morts successivement. Avant cette catastrophe, ces animaux vivaient donc dans les climats où l’on déterre aujourd’hui leurs os; c’est cette catastrophe qui les y a détruits, et, comme on ne les retrouve pas ailleurs , il faut bien qu’elle en ait anéanti les espèces.
»Les parties septentrionales du globe nourrissaient donc autrefois des espèces appartenant au genre de l’éléphant , de l’hippopotame , du rhinocéros et du tapir , ainsi qu’à celui du mastodonte ( et vraisemblablement celui du mégathérium ) , dont les quatre premiers n’ont plus aujourd’hui d espèces que dans la zone torride , et dont les derniers n’en ont nulle part.
» Néanmoins , rien n’autorise à croire que les espèces de la zone torride descendent de ces anciens animaux du nord, qui se seraient graduellement ou subitement transportés vers l’équateur. Elles ne sont pas les mêmes, et aucun fait constaté n’autorise à croire des changements aussi grands que ceux qu’il faudrait supposer pour une semblable transformation , sur-tout dans des animaux sauvages.
» 11 n’y a pas non plus de preuve rigoureuse que la température des climats du nord ait changé depuis cette époque. Ses espèces fossiles ne diffèrent pas moins des espèces vivantes, que certains animaux du nord ne diffèrent de leurs congénères du raidi. Elles ont donc pu appartenir à des climats plus froids.»
Il me semble difficile de se refuser à admettre ces diverses conclusions ; j’observe seulement, à leur sujet, que M. Cuvier ne dit pas que la température de nos régions septentrionales
n’a pas changé , mais seulement qu’on n’a aucune preuve rigoureuse du changement. S’il a eu lieu , les faits indiquent qu’il doit avoir été subit; s’il eût été lent, les ossements et les parties molles dont nous avons vu qu’ils étaient quelquefois entourés auraient eu le temps de se décomposer. L’éléphant, trouvé entier près l’embouchure de la Léna , doit avoir été subitement enveloppé par la glace ; il en est de même du rhinocéros retiré du terrain gelé du Viloui.
Il est bien remarquable que dans tous les grands terrains de transport , dans ceux où l’on trouve les ossements de ces grands quadrupèdes, et où l’on a , en même tems , des ossements parfaitement semblables à ceux de nos chevaux , de nos bœufs, de nos chiens, on n’ait point vu des ossements humains, etc. On n’en trouve pas davantage dans les terrains plus anciens. Tous ceux qui avaient été donnés pour tels, appartenaient à d’autres êtres , nous en avons un exemple au sujet de Yhorno diluvii testis de Scheuchzer (§324), ou ils faisaient partie de cadavres tombés dans des fentes, dans des mines, et recouverts d’incrustations (i), etc. « Il est certain, dit M. Cuvier, que l’on n’a jamais trouvé des os humains parmi les fossiles proprement dits. Cependant ces os se conservent aussi bien que ceux des animaux , quand ils sont dans les mêmes circonstances.... Tout porte donc à croire que l’espèce humaine n’existait point à l’époque des révolutions
(i) Les plus célèbres des ossements humains trouvés dans la terre , sont ceux de la Guadeloupe : ils présentent un cas tout particulier. Sur une des côtes de cette île , on a un terrain formé de grains calcaires, de fragments de coraux et de coquilles, agglutinés par un ciment également calcaire, et dont la formation est , aux yeux de M. de Blainville , analogue à celle du grès qui se produit sur le rivage de Messine ( § 53 ) : on y a trouvé des squelettes humains enveloppés dans cette production pierreuse , ainsi què quelques instruments pareils à ceux dont se servent encore les sauvages de l’Amérique. On présume que cette plage servait de cimetière aux anciens habitants du pays.
qui ont enfoui les os fossiles , et dans les pays où se découvrent ces os (quoiqu’elle pût exister dans d’autres contrées). L’établissement de l’homme dans ces pays, c’est-à-dire dans la plus grande partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique , est nécessairement postérieur non - seulement aux révolutions qui ont enfoui ces os , mais encore à celles qui ont mis à découvert les couches qui les enveloppent ; révolutions qui sont les dernières que notre globe ait subies.... En examinant bien ce qui s’est passé à la surface de la terre depuis qu’elle a été mise à sec pour la dernière fois..., l’on voit clairement que cette dernière révolution , et par conséquent rétablissement de nos sociétés actuelles, ne peuvent pas être très-anciens : c’est un des résultats à-la-fois les mieux prouvés et les moins attendus de la saine géologie; résultat d’autant plus précieux qu’il lie d’une chaîne non interrompue l’histoire naturelle et l’histoire civile. » Voyez la manière aussi savante que curieuse , dont M. Cuvier a établi cette liaison, dans le Discours préliminaire qui précède les Recherches sur les ossements fossiles de quadrupèdes .
Terrains de diverses époques.
»*VVVVVWVWWVWVVWV*VWVWWWVWVWVWVWWVVWW* WWW WWW wvwvwvvwvw wv w*