‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 4 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES TERRAINS PRIMITIFS

§ 146. Les terrains primitifs sont ceux dont l’existence est antérieure à celle des êtres organisés.

Nous porterons , en conséquence , dans leur classe, tous ceux dans lesquels on n’aura point trouvé de vestiges de ces êtres, et nous les y laisserons jusqu’à ce que de nouvelles observations y faisant découvrir quelques-uns de ces vestiges, nous mettent dans le cas de les faire passer dans la classe suivante.

Quelques géologistes, pour lesquels je professe d’ailleurs la plus haute estime , ajouteraient peut-être au caractère que nous avons donné , celui de ne contenir aucune espèce de brèche : mais cette addition nous ferait perdre tout l’avantage que nous procure ici un caractère très-précis, le point de repère le

Caractères

généraux.

4 TERRAINS PRIMITIFS

plus saillant dans la série des formations minérales. Les terrains primitifs, quel qu’ait été le mode de leur formation et de leur consolidation , n’ont point été formés ou consolidés au même instant : il y a eu nécessairement une succession de tems , et les roches de la fin d’une même période peuvent très-bien rènfermer des fragments de celles qui ont été consolidées au commencement. Dans le tems que les masses minérales étaient encore molles , elles ont certainement éprouvé des tassements inégaux dans leurs diverses parties : de là des fentes, des brisures, et, par suite, des fragments. Les minéralogistes qui ont étudié les houillères et leurs failles , ne douteront nullement de ce fait ; et ces failles , ou fentes remplies de roche torturée et brisée , sont presque contemporaines du terrain qui les renferme.

Les terrains primitifs, formés antérieurement à tous les autres, doivent se trouver au-dessous d’eux et leur servir de support ; ce qui d’ailleurs n’empéche pas qu’ils ne puissent constituer et qu’ils ne constituent en effet les plus hautes sommités d’un grand nombre de montagnes, et meme des montagnes les plus élevées du globe.

Dans la plupart des grandes chaînes , ils forment une bande , de part et d’autre de laquelle les autres terrains sont placés comme autant de lisières différentes. Assez souvent cette bande primitive occupe le milieu de la chaîne ; elle en fait la partie la plus élevée , et elle en est comme Y axe physique. Mais souvent aussi , soit par l’effet de la formation originaire , soit par celui des dégradations postérieures , elle n’est plus exacte-

TERRAINS PRIMITIFS

ment au milieu ; elle est plus près d’un des pieds de la chaîne que de l’autre , et quelquefois même elle coupe la ligne du faîte ; mais c’est toujours parallèlement à cet axe minéralogique que les autres terrains sont places.

Les terrains primitifs portent l’empreinte d’une formation toute cristalline, comme s’ils étaient réellement le produit d’une précipitation faite tranquillement; et leur aspect est, en général , d’autant plus cristallin qu’ils sont plus anciens.

Quelques-uns renferment ou peuvent renfermer des fragments des roches qui les précèdent en âge , ainsi que nous venons de le voir ; mais les exemples en sont rares. D’ailleurs , il n’y a et il ne saurait y avoir des hancs de poudingues et de grès ; l’existence de ces roches supposerait une action violente, des transports mécaniques, et par suite des révolutions et des interruptions dans la suite des productions primitives; et tout indique un état de choses contraire.

Parmi les terrains primitifs, les uns sont distinctement stratifiés, ce sont ceux qui renferment du mica ; les autres ne le sont point ou presque point ; et , en général , ils le sont d’autant moins qu'ils sont plus cristallins ( § i3q ). Leurs couches sont assez planes , quoique quelques-uns d eux , notamment les scliistes-micacés et les schistesphyllades, présentent quelquefois des couches plis sées, torturées, et comme froissées dans des sens

TERRAINS PRIMITIES.

Différentes espèces de roches primitives.

différents , et cela entre des couches assez unies. Malgré les variations partielles et les brisures, la direction générale de la stratification se propage parallèlement a la chaîne , ou plutôt à son axe minéralogique , jusqu’à des distances considérables , et quelquefois avec une régularité vraiment remarquable. Quant à l'inclinaison , elle est habituellement considérable , et au-dessus de 5o°.

§ 1 47* D’après ce que nous avons dit, page 2 , nous aurons à distinguer au tant d’espèces de terrains primitifs , que nous aurons, dans ce tte époque première , d’espèces de roches.

Examinons quelles seront ici ces différentes espèces , et arrêtons-nous sur leur génération minéralogique, s’il m’est permis d’employer cette expression.

Les minéraux qu’on trouve abondamment dans les terrains primitifs, sont le feldspath , le quartz, le mica, le talc, l’amphibole et le calcaire ( chaux carbonatée ). Ce dernier semble faire bande à part ; il constitue à lui seul ses roches , et ne se mélange que peu avec les autres. Ceux-ci, au contraire, sont habituellement ensemble, et ils se mêlent en dilférentes proportions ; de là les diverses espèces de roches.

Comme ces mélanges peuvent se faire , et se font même réellement en toutes proportions, il paraît d’abord que le nombre de ces espèces sera très-considérable ; mais si l’on se rappelle qu’il faut que les mélanges se retrouvent en masses d'un grand volume , fréquemment et avec des caractères particuliei's, pour être regardés et traités comme des espèces de roches ( § 108 ), et si l’on observe que la nature n’a le plus souvent réuni et mis ensemble que certains minéraux , et dans de certaines proportions , 011 verra que ce nombre est bien réduit. Quelques minéraux semblent s’exclure, ou plutôt se remplacer; c’est ainsi

TERRAINS PRIMITIFS

que le talc ne se présente guère, dans les roches, qu’en remplacement du mica et comme une de ses modifications , que le talc lui- même est quelquefois remplacé par la diallage , que le mica Test assez souvent par l’amphibole.

Les roches primitives seront donc principalement composées de trois éléments principaux, le feldspath , le quartz, et le mica ou le talc, ou l’amphibole. Ces minéraux se trouvent, ou tous les trois ensemble , ou deux seulement , ou même chacun isolément : dans ces réunions ou mélanges, iis sont tantôt en parties assez grosses pour être reconnaissables à l’œil; tantôt en parties si petites que nous ne pouvons plus les distinguer, et alors il en résulte des roches d’apparence homogène. Examinons ces diverses combinaisons , telles qu elles existent en réalité.

Le feldspath, le quartz et le mica , se trouvent très-fréquemment ensemble ; le premier étant le principe dominant, et le mica étant en petite quantité : c’est le granité proprement dit. Si , dans le mélange, le mica vient à être remplacé par le talc , on par nnc autre substance talqueuse , on a une sorte de granité à laquelle M. Jurine a donné le nom de protogine . Si c’est l’amphibole qui remplace le mica , on a une siénite ,

Lorsque, dans la réunion des trois éléments, le feldspath diminue en quantité et que le mica augmente , ce dernier donne au mélange la texture schisteuse, et l’on a un granité feuilleté ou un gneis.

Si le mica, augmentant encore, exclut entièrement ou presque entièrement le feldspath, la roche deviendra un schistem icacé [g lim rnersch iefer) ; ou un schiste-taiqueux ( talkschie j fer ) •, si le talc y prend la place du mica.

Si, dans la réunion des trois éléments, ce dernier minéral es* remplacé par l’amphibole , et que celui-ci devienne le principe dominant, il en résulte une diabase , laquelle est ainsi principalement composée d’amphibole et de feldspath.

Assez souvent, dans ce mélange, la diallage se substitue à l’amphibole ; on a alors l’euphotide.

8 TERRAINS PRIMITIFS

Rarement le quartz devient-il le minéral dominant dans le granité ; rarement encore s’y trouve-t-il seul avec le feldspath sur une assez grande étendue de terrain : et ces deux cas, lorsqu’ilsse présentent, ne doivent être considérés que comme de simples accidents de composition d’où il résulte des granités quarlzeux ou très -q uar tzeuoc .

Le feldspath est encore assez rarement seul avec le mica , il forme alors le weisstein des Allemands. Plus fréquemment trouve t-on la réunion du quartz avec peu de mica ; ce cas a lieu lorsque, dans le schiste-micacé , le quartz devient le principe très-sensiblement dominant ; la roche qui en résulte est le greisen des Allemands et Vhyalomicte de M. Brongniart.

I. es autres combinaisons deux à deux des minéraux constituant les terrains primitifs , ne se sont pas présentées de manière à former des masses de grande étendue.

Ces minéraux se trouvent assez souvent seuls ou presque seuls; mais il n’y a guère que le quartz qui, dans cet état, occupe d’assez grands espaces pour pouvoir être regardé comme constituant un terrain particulier. Les autres sont plutôt en couches subordonnées au milieu des autres roches ; c’est ainsi qu’on a des couches feldspathiques ( weisstein ) dans les gneis,des couches taîqueuses dans les schistes-micacés , des couches amphiboliques dans les diabases.

Les diverses roches , composées de minéraux différents, peu- \eçt devenir et deviennent homogènes en apparence , par une simple diminution dans le volume de ces minéraux , de la même manière que le calcaire grenu devient calcaire compacte : dans ce nouvel état, elles sont principalement distinguées parle caractère du minéral qui domine dans le mélange d’où elles sont résultées. Le granité , et en général les roches où le feldspath domine, en devenant ainsi compactes , formeront Yeurite, base delà plupart de sporphyres } le schiste-micacé produira le phyl lade ( thonschiefer ) et quelques schistes siliceux ; les roches tal-

TERRAINS PRIMITIFS

queuses donneront la serpentine ; et la diabase ou les roches contenant principalement de l’amphibole, formeront les amphibolites et les aplianites. Quant aux roches quartzeuses , elles ne produiront guère que des quartz plus ou moi ns purs : cependant quel ques granités très-quartzeux , devenant compactes, formeront une sorte de jaspe grossier , hornstein , qui différera assez sensiblement de l’eurite.

En résumé , les roches qui , d’après les observations faites jusqu’ici , constituent les terrains de notre première classe , sont :

i° Le granité, avec le protogine etlasiénite;

2° Le gneis , avec quelques t veissteins ;

3° Le schiste-micacé , avec les divers schistestalqueux ;

4° Le phyllade , avec quelques schistes-siliceux ou lydiennes ;

5° Les porphyres ( euritiques ) ;

6° La diabase et les amphibolites ;

7° La serpentine avec l’euphoLide ;

8° Le quartz ;

9° Et le calcaire grenu.

Ces différentes espèces de roches n’occupent pas toutes des espaces également étendus sur la surface du globe : celles qui y forment les terrains les plus considérables , d’après nos observations , sont le schiste-micacé en premier lieu , et le granité et le gneis en second. Les autres pourraient meme , au moins en Europe , n’être considérées que comme formant des masses subordonnées à ces trois terrains principaux.

Classification et rapports des terrains.

Iü TERRAINS PRIMITIFS.

Dans quel ordre disposons-nous nos neuf terrains primitifs ?

§ 148. En géognosie,lcs considérations du gissementou de la superposition son t celles de premier ordre : en conséquence , les masses minérales, ou leurs divers systèmes, doivent , autant qne possible, être disposées ou classées suivant le rang de leur superposition ou de leur âge relatif. Cest ainsi que nous en avons usé à l’égard des quatre classes dçs terrainsnon volcaniques ; et c’est ainsi que nous en agirions envers nos terrains primitifs, si cela était réellement possible. Mais comme ces terrains, ou les roches qui les constituent , se reproduisent â diverses époques , et qu’ainsi on a des granités formés avant le gneis; qu’on en a aussi de formés après cette roche , et même après les schistes - micacés et les schistes - phyllades , c’est-à-dire qu’il y en a dans toutes les époques de formations primitives , on ne peut classer les terrains d’une manière absolue , sous le rapport de leur ancienneté relative. Cherchons cependant à en approchée autant que possible.

11 paraît , d’après les observations faites jusqu’ici, que la grande masse des granités a été déposée ayant celle des schistes-phyllades , et que l’on passe , en général , de l’une à l’autre par les gneis et les schistes - micacés. Ainsi , ces quatre sortes de terrains rempliront l’époque primitive, et la diviseront aussi bien qu’elle peut l’être.

TE R lï AI NS TRI M 1T IFS. Il

Je leur rapporterai les autres terrains , considérés également en masse , ainsi qu’il suit : les porphyres tiennent immédiatement aux granités ; ils ont une même pâte, mais ils ne sont pas aussi cristallins , et, en général, ils sont moins anciens. Les quartz en roche sont le plus souvent intercalés dans les schistes-micacés. Les serpentines font partie de la variété de ce meme terrain, qui est caractérisée par le talc. Les amphibolites me semblent avoir un grand rapport d’âge avec les phyllades. C’est encore avec eux et avec les schistes-micacés que se trouveront le plus fréquemment les calcaires. Le carbonne commence â paraître avec les derniers termes de la classe , et il les caractérise.

Je le répète , ce n’est qu’en considérant les terrains dans leur ensemble , qu’on peut ainsi les rapporter à diverses époques ; car, d’ailleurs, la meme époque présente ordinairement toutes les espèces de roches ; il y a peu de terrains primitifs de quelques lieues d’étendue , dans lequel on ne trouve, sans ordre de superposition réglé , des granités , des gneis , des phyllades , des amphibolites, etc. Dans ces cas , c’est la roche dominante qui donne son nom au terrain , et qui fait, par exemple, que dans les montagnes de la Norwége on est sur un terrain de gneis, et que dans les Alpes Pennines on est sur un terrain de sehiste-talqueux ou micacé.

TERRAINS PRIMITIFS

Dénomina-

tion.

Peut-être , en voyant le vague et l’incertitude qui régnent dans les déterminations que je viens d’indiquer, et en voyant, d’une autre part , les tableaux portant avec détail et précision la division des terrains primitifs en formations, tels qu’ils sont donnés dans divers traités de géognosie, on pensera que je replonge dans la confusion ce qui avait déjà été mis en ordre , et que je fais ainsi rétrograder la science. Mais qu’il me soit permis de remarquer que cette division , principalement due à mon illustre maître , est plutôt un état de la disposition des roches dans les montagnes , aux environs de Freyberg , que l’expression d’un ordre général reconnu dans la nature. Werner lui-même ne le présentait qu’avec une extrême circonspection , je ne le lui ai jamais entendu exposer d’une manière explicite et positive : c’était un premier essai qu’il hasardait, et qu’il eût certainement changé s’il eût multiplié les observations. Cette disposition ne s’est pas retrouvée ailleurs ; je ne l’ai vue dans aucun des terrains primitifs que j’ai été à même d’étudier : dans aucun , je n’ai pu reconnaître des formations bien distinctes et bien caractérisées. Mieux qu’un autre je connais l’excellence des vues de Werner eu géognosie, et je ne dévierai de la marche qu’il a tracée , que lorsque j’y serai contraint par la réalité des faits : mais enfin c’est l’histoire de la nature et non celle de nos systèmes que nous avons à écrire.

ARTICLE PREMIER

DU GRANITE

Saxum , (juartzo spato scintillante et mica, in divers a propos tione mixtis , composilum . (JrTÜllltCS , Wallerius.

Granit des Allemands, des Anglais.

§ 149. Quoique le granité soit une des roches les plus communes et les plus généralement employées , il n’a point reçu de nom particulier des

GRANITÉ

écrivains anciens et de ceux du moyen âge. Pline, il est vrai, donne le nom de syenites à la pierre dont les Égyptiens faisaient leurs obélisques ; et il nous dit qu’autrefois elle portait celui de pyropœcilori , à cause de sa couleur rouge et bigarrée : mais il paraît que ces noms n’étaient donnés qu’à la seule variété qu’on retirait des carrières de la Thébaïde , près la ville de Syène(i). Agricola et Boëce de Boot ne fontpas mention du granité ; et il paraît que ce furent les artistes italiens, auxquels il fournissait en partie la matière de leurs beaux ouvrages , qui lui donnèrent le nom qu’il porte actuellement ; ils le dérivèrent de granit o , grenu (granum), cette pierre n’étant effectivement qu’un assemblage de grains de différente nature. Cette étymologie est plus positive que celle qu’on dériverait du mot geranites , employé par Pline pour désigner une espèce particulière de pierre. Quoi qu’il en soit * il paraît que Tournefort , dans son voyage du Levant , publié au commencement du dernier siècle , est le premier des écrivains qui ait employé le nom de granité . Il le fut , dans le meme tems , parMontfaucon , qui , durant son séjour en Italie , avait appris les détails du langage des ar-

(i) Voici ce que dit Pline, en parlant de divers marbres : Circa Syenen vero Thebaïdis , syenites, c/uem ante Pyropœcilon vo~ cabant : trabes ex eo Jecere reges quodem certamine obeliscos i tocantes. Lib. 36, c. 8.

Composi-

tion.

l4 TERRAINS PRIMITIFS.

listes ; en parlant de cinq statues , dé le crées à Home au commencement du dernier siècle , il dit : « Les trois premières sont de granité orien- » tal ou de pierre siénilique , semblable à celle » des obélisques , tant par la couleur que par » la dureté » (i). Dans les premiers tems que les minéralogistes employèrent cette dénomination, ils la donnèrent indistinctement^ toutes les roches composées de grains différents , c’est-à-dire de structure granitique (§ 102), quelle que fût d’ailleurs la nature de ces grains. Dans la suite , on a restreint l’acception du mot , et on ne l a plus donné qu’à une roche formée de grains de feldspath, de quartz et de mica. D’après cela,Werner la définit ainsi qu'il suit :

§ i5o. Le granilc est une roche composée de grams de feldspath , de quartz et de mica, immédiatement et intimement agrégés les uns aux autres.

Le feldspath domine presque toujours dans le mélange , et c’est ordinairement le mica qui y est en moindre quantité. Au reste, on ne peut rien dire de positif sur la proportion qui existe entre ces trois principes intégrants du granité : elle est sujette à de grandes variations ; il arrive même quelquefois qu’un de ces principes , no-

(1) Antiquité expliquée , Supplém. , tom. II , 126, ti'es priores ex rnarmot'e granito orientali , lapide que sjreniitico suntr. etc.

iamment le mica, diminue en quantité, au point de disparaître dans quelques portions d’une masse granitique ; et de là vient qu’on voit quelquefois des échantillons qui ne présentent que deux substances. Mais ce ne sont que des cas tres-rares , et qui ne doivent être regardés que comme des anomalies particulières ou des accidents, pour ainsi dire , instantanés dans' la composition du granité.

Les grains qui composent cette roche doivent être regardes comme des cristaux imparfaits qui se sont gênés mutuellement dans leur formation, et auxquels il n’a manqué que l’espace nécessaire pour que leur surface prît la forme polyédrique propre à leur espèce. Ils décèlent souvent leur tendance à la prendre , quelquefois même ils la prennent réellement. Cette forme est le prisme hexaèdre ou rectangulaire pour le feldspath , la double pyramide hexaèdre pour le quartz , et la lame hexagone pour le mica.

Le feldspath des granités est ordinairement à gros grains (i) lamelleux , d’une couleur blanche , prenant quelquefois une teinte de Vert et

(i) On se rappellera qu’en minéralogie lorsqu’on parle des grains (ou pièces séparées grenues ) sous le rapport de leur grosseur, on dit qu’ils sont fort gî\>s lorsqu’ils approchent de la grosseur d’une noisette, gms lorsqu’ils approchent d’être comme des pois , petits lorsqu’ils sont comme des grains de chauyre, et très-petits lorsqu’ils sont au-dessous.

TERRAINS PRIMITIFS

de jaune , et plus fréquemment encore de rouge $ il est d’un aspect mat , et quelquefois un peu nacré. Le quartz est communément à grains plus petits , d’une apparence vitreuse , et d une couleur grise ; le mica est en paillettes , d’un éclat -semi-métallique , d’un brun noirâtre , et quelquefois d’un gris argentin. Au reste , les caractères que nous venons d’indiquer dans les substances qui constituent le granité , ne sont que ceux qu’elles présentent dans leur état ordinaire i car, d’ailleurs , dans chacune d’elles , ils sont susceptibles d’éprouver de très-grandes variations.

La grosseur des grains sur-tout présente de bien grandes différences. On voit des granités dans lesquels les grains de feldspath et de quartz ont quelques pouces , et où le mica est en lames plus larges que la main ; il y en a de pareils près de Limoges. En Sibérie, le mica se trouve quelquefois dans les granités en lames assez grandes pour pouvoir servir en guise de carreaux de vitre. D’un autre côté, les grains diminuent quelquefois de grosseur au point de n’être plus discernables à l’œil , et alors il en résulte une masse d’un aspect homogène qui estl’eurite.

Le feldspath étant la substance dominante , ses différences donnent principalement lieu aux différences que l’on remarque dans les granités. C’est sa couleur qui fait comme le fond de celle qu’ils présentent : c’est parce qu’il est rouge

GRANITE

dans le granité oriental, que celle pierre offre une teinte semblable : sa couleur influe d’autant plus sur celle du granité , qu’il est celui des trois principes intégrants qui varie le plus sous ce rapport : le quartz conserve presque toujours sa teinte grise, et le mica est habituellement en trop petites parties et en trop petite quantité pour se présenter autrement que comme des taches sur un fond d’une autre couleur. C’est encore de la solidité ou plutôt de la plus ou moins grande aptitude à la décomposition du feldspath, que dépend le degré de facilité avec laquelle les granités se décomposent.

§ i5i. Des différences dans la proportion , dans les caractères et la disposition des minéraux constituants , dépendent les différentes variétés des granités.

Parmi ces variétés, nous nous bornerons à citer le granité graphique, qui est produit par une cristallisation imparfaite de quartz. Ce minéral tendait a se former en prismes , ou en pyramides hexaèdres : à peine quelques faces étaient-elles ébauchées , car la formation commençait par le pourtour, qu’elle a été interrompue , et que l’intérieur du cristal a été rempli par un feldspath pareil à celui qui en enveloppe l’extérieur. De sorte qu’en coupant un de ces granités perpendiculairement à l’axe des cristaux , les ébauches ou carcasses des prismes se présentent comme

Ses variétés.

Granité

graphique.

Protogiiie.

l8 TERRAINS PRIMITIFS.

(les portions plus ou moins considérables d'hexagones , qui offrent , sur un fond feldspathique , l image de lettres hébraïques : de là le nom de pieire hébraïque, ou de granité graphique , donné à cette variété. Quelquefois , les lettres ne sont formées que par de simples lames de quartz interposées entre celles du feldspath et qui en suivent les inflexions ; c'est ici la cristallisation de ce dernier minéral qui a maîtrisé la disposition des lames quartzeuses. Les granités dont nous parlons ne contiennent que peu ou point de mica ; et M. Champeaux a remarqué que l'advention de ce principe lorsqu’elle avait lieu , faisait disparaître la texture graphique. M. Brongniart , qui donne à cette variété le nom de pegmatite , d’après M. Haüy , observe que c’est elle qui, par sa décomposition , fournit tous les beaux kaolins.

Passons à des variétés produites par une différence encore mieux marquée dans la composition.

§ i52.Le talc, soit à l'état lamelleux , soit à l’état compacte ou de stéatite , soit dans la modification d’où provient le clilorite , remplace le mica. Ce fait est très-commun dans plusieurs contrées, notamment dans les Alpes : le Mont-Blanc et les montagnes qui l’entourent sont formées d’uinï pareille roche ; dans leurs bases méridionales , jô Fai vue composée de feldspath blanc à gros grains* de quartz vitreux et de petits grains stéatiteux oïl

GRANITE. 19

chloriteux de couleur verdâtre : Saussure Fa trouvée ainsi constituée sur les hautes sommités, elle y contenait, de plus , une quantité notable d'amphibole. Assez souvent la matière talqueuse pénètre le feldspath, le colore , et donne au tout un aspect verdâtre. M. Jurine a cru devoir distinguer ces granités des granités ordinaires, et il leur a donné le nom de protogines (primœvi) , « les sommités du Mont-Blanc et de ses satellites lui paraissant pouvoir revendiquer, ajuste titre, une priorité de création (1). » Sans discuter sur l'exactitude de cette dénomination , qui serait contestée par M. Buch et par d'autres minéralogistes qui regardent les granités du Mont-Blanc comme moins anciens que beaucoup d’autres , je me bornerai à remarquer que l’introduction d'un nouveau nom n’est commandée ici par aucune circonstance géognostique , et que les granités ou le mica est remplacé par le talc , sont suffisamment distingués et caractérisés par la simple épithète de talqueux ou stèatitcux qu’on leur donne.

§ 1 53. L’amphibole remplace encore souvent le mica dans le granité , ou le feldspath reste toujours le principe dominant; il en résulte alors, ou il peut en résulter une roche que Werner a nommée siénite , dunom delà ville deSyène,enEgypte,

Siénite.

(i) Journal des Mines , tom. 19.

TERRAINS PRIMITIFS

d’où les anciens en avaient tiré de si magnifiques blocs. La siénite, d’après ce savant, est une roche à structure granitique, essentiellement composée de grains de feldspath et d’amphibole , contenant quelquefois encore du quartz, et même du mica. Werner ayant remarqué qu’une roche ainsi constituée se trouvait principalement avec les porphyres de la Saxe, crut devoir la comprendre dans leur formation et la séparer du granité. Ainsi , d’après lui, la siénite en diffère, non-seulement par sa composition, mais, et principalement, par son gissement.

Me serait-il permis d’élever quelques doutes sur la réalité de cette séparation. J’observerai d’abord que la roche de Syène en Egypte , le beau granité oriental, consiste en un assemblage : i° de cristaux imparfaits et hémitropes d’un feldspath incarnat ou rouge , ayant plusieurs lignes de long , et entremêlés de quelques petits grains de feldspath blanc ; 2° de mica en paillettes d’un beau noir ; 3° de petits grains ou cristaux de quartz translucide ; 4° et d’un très-petit nombre de grains d’amphibole noir. Ainsi sa composition nous porterait à la considérer plutôt comme un granité : mais son gissement lève tout doute à cet égard ; elle est entremêlée de granité gris , et tient à une grande masse de celte substance, qui passe au gneis et au schiste-micacé , d’après les observations de M. Rozière , un des savants

GRANITE

français de l'expédition d’Egypte ; aussi ce minéralogiste qui a retrouvé cette roche sur le mont Sinaï , avec les porphyres et avec tous les caractères que lui donne Werner , propose-t-il de lui donner le nom de Sinaïte , en continuant de la distinguer du granité ordinaire.

Mais j’ai vu en Saxe meme , entre Dresde et Meissen , un terrain siénitique donné par Werner comme exemple d’un pareil terrain ; tantôt la roche y était principalement composée de feldspath et d’amphibole; tantôt , et pendant des lieues entières , ce dernier minéral disparaissait et l’on avait évidemment un vrai granité : son gissement , son mélange meme avec le porphyre ne présentait d’ailleurs rien qu’on ne retrouve d^ns les terrains granitiques , et je ne vois pas sur quel motif on se baserait pour conclure qu’ici l’on est sur un autre terrain. M. de Bonnard , observant cette même roche , la regardait comme la suite d’un granité , et elle ne lui paraissait constituer avec lui qu’une seule et même formation. M.Raumer en examinant, encore en Saxe, lasiénite de la vallée de Tharant, donnée en quelque sorte comme le vrai type des siénites , la voit se changer insensiblement en granité ( i). M.Mac-culloch, conclut des observations qu’il a faites dans la vallée de Tilt en Ecosse, l’identité entre le granité

(i) Geognostische fragmente , 1811 , p. 17.

2i>. TERRAINS PRIMITIFS,

et la siénite, et il ne voit rien dans leur gissement et dans leur connexion qui puisse porter à les regarder comme appartenant à des époques de formation différentes (i).

D’après ces diverses considérations , je crois devoir supprimer la séparation géognostique qui avait été mise entre ces deux roches ; et dans la siénite , je ne verrai qu’un granité dans lequel l’amphibole aura accidentellement remplacé le mica ; elle ne sera qu’une variété de cette roche qu’on pourra désigner sous le nom de granité amphibolique , ou sous celui de granité siénitique, pour établir une distinction avec la diabase, qui me paraît tenir à un système de roches différent.

Passages, En établissant, d’après l’opinion générale, cette différence entre la siénite et la diabase, je ne conteste pas qu’il n’y ait , ou plutôt qu’il ne puisse se trouver des cas où le granité passe à la diabase j cela a lieu lorsque l’amphibole devient décidément partie dominante dans la roche , et cela sur une étendue considérable : c’est un passage de composition. Lorsque le granité, en diminuant graduellement dans la grosseur du grain , perd la texture granitique et devient une niasse compacte et homogène , au moins en apparence, et qu’il passe ainsi à l’eurite , il présente l’exemple d’un passage de structure. Enfin il offrira un passage d’ alternative au gneisy par exemple , lorsque cette roche , apres s’être introduite dans les terrains qu’il constitue, et aprèsavoir alterné pendant quelque tems avec lui , prendra et conservera définitivement le dessus. Ces trois espèces de passage d’une roche à l’autre , ont été établis par M. d'Àndrada ( Journal des Mines , tom. 25 ).

(i) Transact . ofthe geological saciety , tom. 3.

§ 1 54- Outre le feldspath , le quartz et le mica ( ou scs remplaçants ) , que nous pourrions nommer, avec W erner , les principes presque essentiels (i) du granité , puisque cette roche les présente habituellement , et que les cas où un d’eux vient à manquer sont des anomalies assez rares ; elle contient encore quelques autres substances minérales qui y sont accidentelles, et qui sont plutôt renfermées dans sa masse qü’ellcs n’en font partie. Les principales d’entre elles sont :

i°La tourmaline. Elle s’y trouve si fréquemment que plusieurs auteurs la mettent au nombre des parties constituantes du granité : elle y est tantôt en cristaux isolés et terminés par les deux bouts, tantôt et le plus souvent en prismes imparfaits (pièces séparées prismatiques), tantôt en grains amorphes , tantôt en petits cristaux aciculaires rayonnant autour d'un centre. C’est principalement dans les granités quarlzeux qu’elle se trouve, et fréquemment ses cristaux sont comme empâtés dans les quartz. Quelquefois ils tapissent les parois des fissures que la roche présente.

2° Le grenat. 11 est rare dans les anciens granités , et plus fréquent dans ceux des dernières for-

(i ) Fastwesentliche, dit-il dans sa première esquisse sur la classification d< s roclies , publiée eu 1787, Kurze klassijîcation und Besclireibung der Gebirgsarten.

Minéraux

contenus.

mations. Il est habituellement rouge , et quelquefois comme de petits points à peine discernables.

3° La pinite. Les rapports de ce minerai avec le mica et le talc portent à croire que c’est principalement comme un de leurs remplaçants qu’il se trouve dans les granités. Au reste , il y existe en plus grande quantité qu’on ne croirait d’abord ; mais sa ressemblance , lorsqu’il est en parties amorphes , avec la stéatite , a fait souvent prendre pour des grains de cette substance ce qui était des grains de pinite.

4° La lépidolite. Elle prend encore la place du mica dans quelques granités, et vraisemblablement aussi par une suite de l’analogie qui existe entre ces deux minéraux

5° L’émeraude et l’aigue-marine. C’est dans des cavités et dans les fdons des montagnes granitiques, que se trouvent les belles émeraudes du Pçrou , ainsi que celles , moins précieuses il est vrai , que M, le Lièvre a trouvées près de Limoges, et qui ont jusqu’à deux ou trois pieds de long. Les ajgues-marines de la Sibérie , celles que MM. de Bournon , Champeaux, etc. , ont découvertes en France, viennent des terrains granitiques, et paraissent avoir, quanta leur gissement, beaucoup de rapports avec la tourmaline.

6° L’épidole. 11 est assez commun dans quelques granités, notamment en Angleterre : M. H or-

ner l’a observé en assez grande abondance dans quelques granités du Cumberland, des Hébrides et du comté de Worcester , pour y être regardé comme une partie constituante de la roche ; il y est , soit en cristaux imparfaits , soit en grains , soit en petites veines ; il est fréquemment accompagné de quartz et de feldspath (i).

70 La diallage. M. de Buch l’a- vue dans des granités, près le Cap-Nord, remplacer d’abord le mica , puis exclure , en tout ou en partie , le quartz, et finir par rester seule avec le feldspath, de manière à former un euphotide.

8° Le fer oxidulé est beaucoup plus abondant dans les granités qu’on ne le penserait : il y est , le plus souvent , en grains imperceptibles à la vue simple ; mais leur présence est décelée par l’action qu’un grand nombre de ces roches exerce sur le barreau aimanté , et qui leur donne même quelquefois la polarité magnétique : quelques granités d’ilsenstein au Hartz ont présenté ce phénomène.

La topaze , le corindon , la chaux fluatée et sulfatée , le graphite , etc., ont été encore souvent trouvés dans les granités.

Parmi les corps que contiennent les granités , nous devons faire mention de petites masses granitiques en forme de boules irrégulières , et

(i) On the minevalogy of the Malvern hills .

Structure

porpbyrique.

qui sont principalement formées de mica : elles sont noires et à petits grains, se détachent bien du granité qui les entoure , et ont l’aspect de corps étrangers empâtés dans la roche : cependant elles sont de formation contemporaine , et elles sont des effets de la force d’affinitéqui a groupé et pelotonné si diversement les molécules des minéraux et les minéraux eux-mémes.

§ i55. Le feldspath se trouve dans un grand nombre de granités, non-seulement en grains ou cristaux imparfaits , comme une des trois parties intégrantes , mais encore en gros cristaux doués de leurs faces et bien distincts du reste de la masse : la plupart sont des prismes hexaèdres équiangles , ayant deux faces opposées plus larges que les autres , et terminés , à chaque extrémité, par un sommet dièdre obtus ( ioo° environ) et quelquefois très-obtus ( i3o° environ) , dont les facettes répondent aux deux arctes comprises entre les faces latérales étroites : quelquefois le prisme se raccourcit au point que les quatre faces latérales étroites disparaissent entièrement ou presque entièrement; alors les deux faces larges , avec les facettes des deux sommets, forment un parallélipipède dont les angles latéraux sont droits , et dont les hases sont inclinées d’environ ioo° par rapport à l’axe. Mais ce qu’il y a de plus remarquable , c’est que presque tous ces cristaux , au moins parmi ceux que j’ai été à

GRANITE

même d’observer , sont maclés ou hémitropes. Leur grandeur est quelquefois très-considérable : M. de Charpentier en a observé dans les Pyrénées , au port d’Oo , au-dessus de Bagnèresde-Luchon , qui avaient plus de six pouces de long , et on en a même vus, en Saxe , ayant plus d’un pied. Ils gisent au milieu de la masse granitique , comme ceux qu’on voit dans la pâte des porphyres : la seule différence , c’est que dans ces dernières roches, la masse qui les entoure est homogène , au lieu que dans les granités elle est composée de grains différents, et par conséquent ces granités présentent tout-à-la-fois une structure granitique et porphyrique , et fournissent ainsi un exemple de ces doubles structures dont nous avons déjà parlé ( § 106 ).

§ i56. Nous avons déjà donné ( §§ 110-114 ) des notions générales sur la stratification des roches et sur celle du granité en particulier. Nous allons ajouter ici quelques observations relatives à cette dernière.

Lorsque le granité se trouve en grandes masses bien cristallines , sans aucun rapport de texture avec le gneis , il n’est point stratifié : les exemples du fait contraire , que l’on a cités , sont trèsrares , et ils portent vraisemblablement plus sur de simples apparences que sur des réalités. Lorsque les masses granitiques se déposaient ou se consolidaient, . la force d’affinité qui les for-

Stratifïca-

lion.

TERRAINS PRIMITIFS

niait entièrement en cristaux , retenait toutes leurs parties liées entre elles , et mettait ainsi obstacle à leur séparation en strates et feuillets : le mica est ici peu abondant, et le feldspath et le quartz tendent à se former en grains. Cependant lesminéralogistes ontété très-divisés d’opinion sur la stratification du granité : cette division venait * en très-grande partie , de la manière que la question avait été posée. Si l’on eût dit : Le granité se trouve-t-il en couches ou en masses d’une grande étendue en longueur et en largeur , mais d’une petite épaisseur, superposées à des couches d’autres roches , ou alternant avec elles ? il me semble que , d’après l’ensemble de nos observations , on aurait répondu : Le granité se trouve quelquefois ainsi disposé par couches , mais plus souvent encore il forme de grandes masses continues. Si ensuite on eût ajouté : Ces masses ou couchessontelles divisées en vraies strates? la réponse eût été négative : les divisions que ces masses et couches présentent fréquemment, seraient regardées comme produites par des fentes accidentelles qui ne sont point les fissures de stratification , c’està-dire qui ne sont pas parallèles à la surface de superposition.

Telle est, ce me semble, Fopinion générale des géognostes expérimentés qui ont été à même de diriger leurs observations sur ce sujet , dans ces derniers tems ; telle est celle que M. de Bu ch a

GRANITE

consignée dans son excellent mémoire ^ur le granité (i) ; telles sont , en général , celles de MM. de Ilumboldt et Playfair; telle est celle de M. de Charpentier sur le granité des Pyrénées, celle de M. üozière sur le granité de Syène , celle de M. Berger sur le granité de Cornouailles, celle de M. Maclure sur le granité des Etats-Unis , etc.

Cependant des géologistes très-distingués paraissent avoir eu une opinion contraire. Werner présente le granité , tantôt comme formant de grandes masses sans divisions, tantôt comme étant réellement stratifié ; mais , ajoute-t-il , le plus souvent il ne l’est point d’une manière bien distincte , et l’épaisseur de ses strates empêchant de les distinguer , porte à conclure qu’il n’y a point de stratification. Saussure pensait de même. « Quant à la disposition du granité par couches , dit-il , il ne me reste plus aucun doute. ... et je suis persuadé que les grandes masses de granité dans lesquelles on n’aperçoit aucun indice de feuillets ou de subdivisions régulières , ne sont autre chose que des couches très-épaisses. » ( Saussure , §§ 6o4 , 662. ) Au reste , cette opinion rentre , au moins en partie , dans la distinction établie plus haut entre l’existence du granité en couches , et la division des couches en strates.

Deluc a également soutenu la stratification ab-

(1) Journal de physique , tom. 49*

TERRAINS PRIMITIFS

Autres

divisions.

solue du granité ; il a formellement attaqué l’observation de M. de Buch sur la non-stratification du granité de la Silésie , en alléguant ce qu'il en avait vu de ses propres yeux. Mais , sans rien ôter au mérite de Deluc , on pourrait remarquer que la réputation de M. de Buch , comme observateur , est bien mieux établie ; et s’il fallait admettre ici le jugement d’un tiers , j’observerais que M. Baumer , dans un traité spécial sur le granité de la Silésie , déclare ne pas y avoir remarqué meme un indice de stratification (i).

§ i5y. Les masses de granité sont habituellement traversées par un grand nombre de fissures.

Assez souvent elles sont horizontales et divisent ainsi la roche en énormes plaques : tel est le cas d’un grand nombre de rochers isolés , ceux de Greiffenstein en Saxe nous en ont déjà offert un exemple (§ 86 ). La décomposition arrondissant quelquefois les angles et les arêtes de ces plaques granitiques , leur donne la forme de masses sphéroïdales comprimées.

Quelquefois les fissures affectent une direction parallèle à divers plans , et elles divisent alors le granité en masses prismatiques qui approchent plus ou moins de celles qui présentent si souvent les basaltes ( § 116 ). M. de Humboldt a observé une pareille division dans quelques granités de

(i) Der granit des Ricsengebirges t i8i3.

GRANliE.

Caracas ; M. Jameson l’a signalée dans des granités de l’Ecosse ; M. Reuss , dans ceux des environs de Carlsbad. Dans la petite île d7 Ai Isa, en Ecosse , un énorme rocher de granité siénilique, est , dans une de ses parties , divisé en prismes hexagones ou pentagones qui ont six à sept pieds de large , et qui s’élèvent a plus de cent pieds : rien n’égale , dit M. Mac-culloch , la magnificence de cette énorme colonnade; celle de Staffa est presque insignifiante , en comparaison de celle-ci , sous le rapport des dimensions (1).

Par suite de la constance que les fissures affectent quelquefois dans leur direction , elles divisent une masse en polyèdres, qui se représentent avec des formes à-peu-près semblables , et qui ont été regardés par quelques personnes , sinon comme de vrais cristaux, du moins comme les effets d’une attraction moléculaire des principes intégrants du granité.

Nous ne reviendrons pas ici sur les formes globuleuses que présentent quelques granités, et dont celui de Corse nous a fourni un si bel exemple ( § 1 18 ). Ces faits sont assez rares : quelques masses , sans les présenter avec cette perfection , montrenteependant , parla disposition rayonnée de quelques-unes de leurs parties, une tendance à les prendre. Quant aux boules de granité qu’on

(i) Trans. of the geol. societj , 1.3 1 4*

TERRAINS PRIMITIFS

Diverses époques de formation.

trouve à la superficie du sol , soit qu’elles y aient été portées par une cause mécanique, soit qu’elles gisent encore dans le lieu où elles ont été formées , il en sera fait mention lorsque nous traiterons de la décomposition des granités.

§ 1 58. Après avoir traité du granité considéré en lui-méme , voyons-le dans ses rapports avec les autres roches , et examinons ses diverses manières d’être dans les terrains primitifs.

La grande masse des granités paraît s’être déposée antérieurement aux autres roches , et être par conséquent plus ancienne. Mais la formation de cette substance n’a pas cessé tout àcoup pour faire place à des formations d’une autre nature ; elle s’est reproduite , et pour ainsi dire continuée , pendant que celles-ci se déposaient , elle s’est entremêlée avec elles , et cela jusqu'après l’apparition des êtres organisés, c’està-dire jusque dans les premiers terrains secondaires; de sorte que , pendant toute la durée des formations primitives , nous voyons de tems en tems reparaître le granité. Werner en avait signalé de quatre époques différentes , et avait ainsi reconnu quatre formations distinctes de cette roche. M. de Bonnard , dans les seules montagnes des environs de Freyberg, en a compté au moins six, et peut-être en trouverait-on vingt dans les Alpes et les Pyrénées. Mais je ne crois pas qu’on puisse faire des fixations précises, et

GRANITE

on s’exprimera d’une manière plus exacte en disant que le nombre des formations ou d’époques est indéfini, car il y a presque continuité de production durant les tems primitifs : il s’est formé du granité à chaque instant , et tantôt dans un lieu , tantôt dans un autre. Lorsque l’observation ne mettrait pas ce fait hors de doute , la nature meme des choses l’indique : par exemple , pendant qu’il se formait une couche de gneis , soit par suite d’une précipitation , soit par consolidation , il a très -bien pu se faire que les éléments de mica ne se soient trouvés qu’en fort petite quantité sur un point ; alors la couche aura pris la texture granitique , et l’on y aura un vrai granité , tandis qu’à quelques pas de distance on aura un gneis très-bien caractérisé. Saussure avait bien connu la cause de ces variations : après avoir remarqué que l’aiguille du midi , qui est d’un beau granité , présentait , dans une de ses parties , un mélange ou plutôt un enlacement de cette roche avec une cornéenne grise et pesante ( phyllade compacte et terne ) , il dit : « La cristallisation peut seule expliquer des mé- » langes aussi singuliers. Dans un fluide qui tient » en dissolution différentes matières qui se cris- » tallisent , le moindre accident détermine les » éléments de l’une de ces matières à se réunir » en très-grande abondance dans certaines par- » ties du vase. » ( Sauss ., § 674.) Ces accidents,

34 TERRAINS PRIMITIFS

qui à chaque instant changent en granité quelque portion d’une couche de gneis ou de phyllade , peuvent , en agissant sur une grande étendue , produire une masse considérable de granité sur ces roches ; et le fait est souvent arrivé.

Palassou, laPeyrouse nous avaient appris, depuis long-tems, qu’on trouve fréquemment, dans les Pyrénées , du vrai granité sur des schistes , sur des calcaires , sur des serpentines , etc. Dans plusieurs endroits des Alpes , notamment au Sainl-Gothard , on le voit superposé à une grande masse de schiste -micacé ; et celui qui forme l’énorme masse du Mont-Blanc et des montagnes voisines , que M. Jurine présumait être le plus ancien de tous , et qu’il nommait en conséquence protogine, n’est qu’une partie d'un grand terrain de schiste-micacé , ou plutôt de schiste-talqueux, qui constitue les Hautes-Alpes ( Alpes sumrnœ vel Penninœ ). Il n’en est, disais -je il y a dix ans , qu’une anomalie accidentelle produite vraisemblablement par une plus grande quantité de feldspath dans cette localité (i). Dans les environs de Freyberg même, sur cette terre classique des formations , MM. Raumer et de Bonnard , ont constaté de la manière la plus circonstanciée et la plus positive, l’existence d'un terrain de granité , ayant peut-être cent lieues carrés ,

(i) Journal des Mines , tom. 39.

sur un sol de phyllade : je circonstancié ce fait. \j Erzgebirge est traversé, dans sa largeur, par une bande de phyllade qui repose sur du gneis et sur du schiste-micacé , et dont les couches inclinent vers l est ; elle renferme des bancs de calcaire , de diabase , de porphyre , etc. , et meme de granité, tel que celui dont j’ai déjà fait mention ( § 1 13 ). Sur sâ partie orientale , à peu de distance de l’Elbe , depuis la hauteur de Meissen jusqu'au-delà de Dohna , un granité très -bien caractérisé, passant, par intervalles, àlasiénite, repose immédiatement au-dessus ; la superposition est des plus distinctes ; M. de Bonnard Fa suivie sur plus de quatre lieues dans les environs de Dohna (i).

Malgré ces exemples de granité de formation postérieure à celle des autres roches , exemples que je pourrais multiplier , la plupart des géologistes n’en regardent pas moins la grande masse granitique comme la base sur laquelle reposent les autres , et comme la roche primitive par excellence, pour me servir de l’expression de Saussure. Ce granité, le plus ancien, qui, d’après M. de Buch, serait principalement le granité des plaines , c’est-à-dire des régions peu élevées, est habituellement de couleur blanche et d’un grain

(i) Raumer, geognostiche fragmente , 1811 ; Bonnard, Essai gèognostique sur CErzgebirge.

Filons de granité.

plus uniforme, il est peut-être plus porté à la décomposition. Dans les granités postérieurs , le grain est plus varié, la couleur est souvent rouge, l’amphibole et les grenats sont plus abondants , et on y voit des fragments des roches antérieurement formées; c’est ainsi que le granité de Greiffenstein , en Saxe , superposé à du schistemicacé, contient de vrais fragments de gneis (i).

§ i56. Les filons de granité que l’on trouve fréquemment dans tous les terrains primitifs , indiquent , au moins dans plusieurs cas , des granités postérieurs à ces terrains.

De pareils filons sont très-fréquents dans les montagnes granitiques même. Ils ont habituellement une forme plane , leurs parois sont parais lèles et bien distinctes , leur largeur n’est le plus souvent que de quelques pouces , mais ils se poursuivent à des distances assez considérables. Presque toujours ils sont d’un grain plus gros que celui de la roche qui les contient ; ils consistent habituellement en feldspath mêlé de quelques grains de quartz ; le mica et l’amphibole y sont rares ; ils renferment , en outre , sur-tout lorsqu’ils sont un peu larges , des cristaux d’autres substances, de tourmaline , d’épidote, etc. Rarement se trouvent-ils seuls ; on en a habituellement plusieurs dans le même lieu, le plus souvent

(i) M. de Bounard, Essai géognostïque sur FErzgebirge.

GRANITE

iis sont parallèles ; quelquefois cependant ils se croisent ; en général , ils sont plus durs que la roche voisine , et ils résistent plus à la décomposition, sur -tout lorsqu’ils sont très-quartzeux r et ils le deviennent quelquefois au point de n’être plus que des filons de quartz.

Les gneis m’ont souvent présenté des filons de granité entièrement semblables. La plupart d’entre eux, comme les filons en général, sont partagés , dans le sens de leur longueur , en deux moitiés symétriques; une ligne bien distincte indique le partage.

W erner en a signalé de pareils dans les schistesmicacés des environs de Johanngeorgenstadt en Saxe ; ils y sont traversés par des filons argentifères , et ils sont par conséquent plus anciens.

Ces veines ou petits filons de granité , présentent parfaitement l image d’une fente qui se serait faite dans la roche , et qui aurait été ensuite remplie de matière granitique, laquelle y cristallisant en pleine tranquillité , aurait pris une texture grenue à gros grains. Tout indique même qu’elles ont été ainsi formées ; que la fente s’est faite du tems que la roche était encore molle ; que le fluide , cause de la mollesse , y aura pénétré , amenant avec lui une portion de matière granitique , celle qu’il tenait le plus intimement en dissolution; et que cette matière, cristallisant ensuite sous l’empire des circonstances les plus

TERRAINS PRIMITIFS

favorables , aura donné un produit plus cristallin , plus pur, et même plus précieux, s’il est permis de le dire ; car c’est dans de pareils filons qu’on trouve principalement les émeraudes, les aigues-marines , les belles tourmalines et les cristaux d’étain oxidé qu’on retire des granités. Les 'veines de spath calcaire blanc , qu’on voit dans les marbres noirs , celles de quartz qui traversent les lydiennes, nous offrent de pareils filons d’une matière plus cristalline el plus épurée que la masse qui les entoure et qui est cependant de même nature.

Nous aurons encore des filons de granité ayant un autre mode de formation ; ce seront des fentes faites dans une roche, et qui, postérieurement à sa consolidation , auront été remplies par une masse granitique , laquelle se déposait en même tems sur cette roche. Saussure a observé , près de Valldisine , dans les Alpes , dans un phyllade que tout indiquait être sous un granité voisin , des fentes dont quelques-unes avaient jusqu’à trois pieds de large, et qui étaient remplies de la matière de ce granité. ( Sauss . , § 5gg.) Dans les montagnes de Mourne en Irlande , sur une masse de schiste- phyllade , sé trouve un granité gris ; la surface de superposition est nette et bien distincte , et , en la suivant , on voit des parties de granité qui , semblables à des racines, s’enfoncent dans le schiste ; elles y formant ainsi des veines

GRANITE

qui se prolongent à des profondeurs assez considérables, et qui, diminuant peu-à-peu de longueur, finissent par sc perdre dans la roche ; elles renferment, comme tous les grands filons, des fragments de celte roche (i).

Il existe encore , au rapport de Hutlôn et de plusieurs géologistes anglais, des nions d’une autre espèce et qui sont en quelque sorte l’inverse des précédents. Le schiste est sur le granité , et les veines granitiques , au lieu de s’enfoncer, comme des racines, dans la masse schisteuse , s’y élèvent comme des brandies ; elles s’y prolongent et s’y ramifient de diverses manières. Hutton insistait beaucoup sur ce fait, un des fondements de sa théorie de la terre. La matière de ces veines , disait-il , n’a pu pénétrer dans le schiste qui repose au-dessus, que par l’effet d une force qui , agissant de bas en haut, l’a injectée dans les fentes de la roche schisteuse : une pareille force existe donc dansfintérieur du globe, ajoutai t-t-il ; et c’est elle qui a soulevé les couches minérales et porté la surface de nos continents au-dessus des eaux (2). Ces filons si extraordinaires se trouvent , dit-on, dans File d’Aran , où M. Playfair a vu un terrain granitique pousser, dans un schiste surperposé , d’innombrables

(1) Trans. of the geol. society, tom. IV, p. 44^ et planche 28.

(2) Tom. I, pag. 421 de ce traité.

TERRAINS PRIMITIFS

veines dont plusieurs sont dirigées de bas en haut : ils se trouvent sur-tout dans le Galloway, où ils ont été observés par Hutton, Hall , etc.; la superposition du schiste sur le granité y a été reconnue sur une longueur de onze milles, et sur une largeur de sept ; « lorsque la jonction du granité » et du schiste est visible, on aperçoit des veines ^ de la première de ces substances, dont la largeur » varie depuis une ligne jusqu’à cinquante me- » très , pénétrer dans le schiste , et le traverser » en toutes directions , en tenant toujours par » leur base à la masse granitique (x). »

Cette ascension de liions dans une roche superposée , est-elle un fait bien positif ? est-elle en réalité ce qu’elle est en apparence ? On pourrait en douter , en voyant M. Jameson affirmer que l’examen circonstancié des lieux sus-mentionnés ne lui a pas présenté un seul exemple de veine» s’élevant du granité pour entrer dans les roches superposées (2). On peut encore en douter , lorsqu’on voit la manière dont M. Berger parle des veines du pays de Cornouailles citées aussi à l’appui de la doctrine de Hutton : ce géologiste expérimenté, après avoir soigneusement examiné ces prétendus filons , n’y a vu que de simples protubérances de la roche granitique , lesquelles

(1) Illustration of the huttonïon theory , § q8i et 282,

(2) Elemens of geognost. , pag. 110.

GRANITE

ont été enveloppées et recouvertes par la matière schisteuse qui s’est déposée dessus. Il fait observer à ce sujet , que ces veines ou protubérances ne s’étendent ni loin ni perpendiculairement dans le schiste , mais qu’elles sont parallèles à la stratification et à l’inclinaison du sol granitique ; qu’elles ne pénètrent pas dans la matière schisteuse , mais qu’elles y sont simplement juxtaposées (i).

Au reste , toutes les veines citées par les géologistes anglais ne sont pas dans le même cas ; elles s’enlacent et se fondent souvent dans le schiste , à tel point qu’il est impossible qu’elles y aient été portées par injection. On a un exemple de ce fait dans le Glentilt en Ecosse. Sur un terrain de granité assez inégal , reposent des couches bien réglées de schiste-phyllade , contenant des bancs de calcaire grenu : au contact , les deux roches se mélangent et se pénètrent : on voit des parties de granité dans le schiste , et des parties de schiste ou de calcaire dans le granité. De plus, la matière granitique, qui s’est trouvée quelquefois mêlée dans le calcaire , s’en est séparée lors de la consolidation des masses , et il s’est fait , en quelque sorte , un départ; Elle s’est réunie et formée , tantôt en masses amorphes , à-peu-près comme nous avons vu des silex

(i) Trans. of the geol. soc., tom. I, pag. i45.

42 TERRAINS PRIMITIFS

se former dans les craies (§ 119), tantôt en grosses veines poussant des ramifications de tous côtés, tantôt en minces cloisons traversant, en tous sens , la masse calcaire , et y formant un tout réticulé ( opus réticulum') : une paitie est meme restée comme fondue dans le calcaire , elle en a altéré le tissu ordinaire , et a rendu la roche plus dure et plus compacte. Dans les grosses masses et veines, la séparation et la cristallisation des éléments ayant pu se faire , on a eu de vrais granités , composés de feldspath rouge , de quartz , de mica et d'amphibole : dans les petites veines, il n’y a guère que du feldspath avec des grains de quartz : enfin, dans les minces cloisons , les éléments ne s’étant point séparés, on n’a eu qu’une matière compacte, ou un eurite rougeâtre. Telle est l’explication , aussi simple que naturelle, de tous les faits intéressants et curieux que M. Mac-culloch a consignés dans sa description de la vallée de Tilt , et qu’il a représentés dans plusieurs belles planches (1). Au reste , je sais parfaitement que cette explication ne s’applique pas aux veines qui s’élèveraient dans des schistes superposés, tels que nous le représente Hutton: mais je n'explique point des faits qui n’ont aucun rapport avec ceux que j’ai vus , que je ne connais

(1) On the geology of Gleen-T ilt. Trans. of the geol. society , tom. III.

pas avec assez de détails , et sur l’existence desquels on a meme élevé des doutes.

§ 157. Les granités anciens paraissent assez homogènes , et ils contiennent peu de couches et de masses étrangères. Elles sont en plus grand nombre dans les granités nouveaux ; mais encore n'y sont-elles pas bien fréquentes. Les terrains granitiques sont en général assez simples , les circonstances qui ont présidé à leur formation , semblent en avoir éloigné les corps hétérogènes. Parmi les couches qu’on y a trouvées, on en cite :

De quartz : il y en a de telles en Suisse, et elles présentent dans leurs cavités de beaux groupes de cristaux de roche. En Saxe , à Zinnwalde , l’étain est exploité dans une couche quartzeuse au milieu du granité.

De feldspath ou d’eurite.

De calcaire : M. de Charpentier en a observé plusieurs dans les Pyrénées, il en a distingué une entre autres , qu’il a suivie sur une longueur de quatre lieues , et qui a jusqu’à trente mètres d’épaisseur : elle consiste en un calcaire jaunâtre , très-cristallin (1).

Nous ne parlerons pas des couches de gneis ,

(1) Mémoire sur le terrain granitique des Pyrénées. C’est un des mémoires de géognosie les mieux faits que je connaisse : la marche qu’on y a suivie, est très-propre à faire ressortir tout ce qu’une contrée ou un terrain présente d’intéressant et de particulier : elle peut être donnée comme un modèle à suivre.

Couches hétérogènes contenues.

TERRAINS PRIMITIFS

Mctaux

contenus.

de schiste-micacé , de phyllade , de diabase , etc. f sur lesquelles il repose nécessairement dans les terrains peu anciens , et avec lesquelles il alterne même quelquefois.

§ i58. L’éloignement du granité pour les corps étrangers s’étend jusqu’aux substances métalliques ; elles y sont peu abondantes , et elles n’y forment point des couches ou de filons puissants et suivis comme dans les montagnes stratifiées.

L’étain est le métal qui paraît le plus propre au granité : on ne le trouve guère , au moins en Europe, que dans cette roche : dans les mines de la Bohême , de la Saxe , et du pays de Cornouailles en Angleterre , il est en petits cristaux ou grains disséminés , soit dans le granité , soit dans des couches ou filons quartzeux qui le traversent. C’est encore dans un terrain granitique qu’on trouve , à huit lieues à l’ouest de Limoges , du minerai d’étain , en grains ou points presque imperceptibles à la vue, disséminés , soit dans la roche , soit dans de petits filons de quartz ; et ici , comme en Saxe , ce minerai est accompagné de wolfram. C’est très-vraisemblablement de la destruction des granités de la Bretagne, qu’on peut regarder comme le prolongement de ceux de Cornouailles , que proviennent les fragments de minerai d’étain , qu’on trouve sur les côtes des environs de Quiberon.

GRANITE. 45

Le fer est encore assez commun dans les granités. Les mines de Traverselle, en Piémont, sont dans une masse granilique subordonnée au schistemicacé. Celles de fer hydraté de Taurynia et de Fillols, dans les Pyrénées orientales, sont encore dans des terrains granitiques.

Ces terrains contiennent en outre du plomb sulfuré, du graphite, du molybdène, du bismuth, etc. Nous ne poursuivrons pas cette énumération, ainsi que l’indication des localités ; elles seraient sans objet dans un ouvrage destiné aux faits généraux.

§ 109. Nous avons fait connaître les causes de la décomposition des roches (§4$) ; nous avons vu (§ 118) la tendance qu’elle avait à donner une forme sphéroïdale aux granités sur lesquels elle exerçait son action. Nous allons entrer ici dans quelques détails particuliers à cette roche.

Nous rappellerons d’abord qu’elle présente les plus grandes différences dans la facilité avec laquelle ses diverses variétés, et les diverses parties d une même variété s’altèrent et se décomposent. L’obélisque qui est aujourd’hui sur la place de Saint-Jean-de-Latran , à Rome , et qui fut taillé à Syène , sous le règne de Zétus , roi de Thèbes , i3oo ans avant l’ère chrétienne ; et celui qui est sur la place de Saint-Pierre , encore à Rome , et qu’un fds de Sésostris consacra au soleil , résistent depuis trois mille ans aux injures du tems.

Décomposi-

tion.

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