TERRAINS PRIMITIFS
D’un autre côté , il est des granités , notamment dans le Limosin , qui tombent réduits en gravier dès qu’ils sont exposés à l’air , et qu’on ne peut employer à aucune construction. Entre ces extrêmes , la nature nous présente tous les termes intermédiaires : je vais citer un exemple qui en montre plusieurs réunis sur une même localité.
En suivant la route de Rennes à Brest , avant d’arriver à Belle-Ile-en-Terre , on se trouve dans un chemin creux qui a plus de six mètres de fondeur en quelques endroits , et qui avait été excavé depuis six ans seulement , lorsque je l’observai (en i8o5). La roche de droite et de gauche est un granité ordinaire : dans quelques lieux , il avait fallu l’entailler à la poudre ; mais, dans d’autres , à quelques pas des premiers, elle avait pu se tailler aisément avec le pic , et dans ces parties l’escarpement présentait une face plane et unie : elle était traversée , sur quelques points, par des filons d’un granité dur, qui étaient en saillie de trois ou quatre pouces , en divers endroits , au-dessus du granité adjacent. Vers le haut de l’escarpement , dans la partie la plus altérée , on voyoit , de distance en distance , au milieu d’un granité réduit presque en gravier , des boules d’un à deux mètres de diamètre ; elles étaient aussi traversées par quelques petits filons quarlzeux, lesquels se prolongeaient dans le
GRANITE. 4
terrain décomposé : quelques-unes , qui étaient en saillie, portaient, dans la partie saillante, une écorce terreuse composée de trois ou quatre couches concentriques , chacune ayant environ un pouce d’épaisseur : d’autres boules, qui étaient sur le chemin, et qui avaient été brisées à l’aide de la poudre , présentaient un noyau d’un aspect frais et bleuâtre, très -dur, et ne montrant pas le moindre indice de fissures : il était entouré , à quelques pouces delà superficie, de zones grises, et d’un tissu lâche et terreux. De ces faits on peut conclure : i° que l’altération, due aux effets de l’atmosphère , peut atteindre le gracile â une assez grande profondeur, puisqu’àsix mètres audessous de la superficie du sol , on en a trouvé un assez tendre pour être très-facilement taillé au pic ; 2° qu’il n’a pas fallu six ans pour faire tomber en gravier , sur quelques points , le granité qui bordait les filons, et cela jusqu’à une profondeur de trois ou quatre pouces , puisque les filons sont , sur ces points , en saillie de cette quantité ; 3° qu’au milieu des parties déjà décomposées, le granité en présentait quelques-unes de nature à résister à la décomposition, telles que celle qui formaient les boules et les portions du rocher que l’on avait attaquées à la poudre , et qui présentaient encore des arêtes bien vives; 4° que les boules ne sont que des noyaux d'un granité plus dur, et qu’elles sont encore dans leurgite
TERRAINS PRIMITIFS
primitif, ainsi qu’il est prouvé par les filons quartzeux qui les traversent et qui se propagent dans le granité circonvoisin ; 5° que leur forme est un effet de la décomposition ; et que dans l’intérieur, là où la décomposition n’a point pénétré , elles ne présentent aucun indice de couches concentriques.
Supposons maintenant qu’un pareil terrain reste long-tems exposé à l’ac tion de l’a tmosphère ; la décomposition le pénétrera de plus en plus , les parties tendres seront réduites en sable , entraînées par les eaux , et il ne restera plus que les parties dures et les noyaux globuleux : de là ces rochers qui hérissent presque tous les terrains granitiques ; de là ces tas de blocs arrondis que l’on rencontre en un si grand nombre d’endroits, et dont j’ai déjà cité un exemple ( § 86 ) , pris de la Bretagne même.
Lorsqu’une cause quelconque (§ 45 et 85) vient à produire l’éboulement de quelques rochers de granité , ils se brisent , et leurs fragments livrés à faction destructive des éléments , perdent leurs angles, leurs arêtes, et finissent par former des masses rondes. Quand on parcourt les terrains de transport qui sont au pied des montagnes granitiques , le Béarn ou les environs de Pamiers , par exemple , on est frappé de la rondeur de tous les blocs et gale ts de granité au milieu desquels on se trouve. J’ai déjà dit (§ 18)
GRANITE. 49
que Werner , et un grand nombre de minéralogistes la regardait , en grande partie , comme un effet de la formation originaire , comme l'effet d’une disposition des principes intégrants autour d’un centre. Mais tant que la cassure de ces blocs et galets , dans la partie non altérée , ne me présentera qu’une structure parfaitement égale dans toutes ses parties , sans le moindre indice d une disposition radiée ou à couches concentriques , et c’est ainsi que cette cassure s?est toujours offerte à mes yeux , je ne pourrai voir dans la forme ronde qu’un simple effet de la décomposition.
Cependant, lorsqu’on considère que cette forme se trouve plus particulièrement dans les blocs de granité et de quelques, autres roches, que dans ceux de calcaire , de serpentine , de gneis , etc. , on ne peut méconnaître aussi l’effet d’une cause dépendante de la nature et de la texture de la roche , lequel aura concouru avec la décomposi-r lion. D’abord , il est évident que la texture schisteuse du gneis et des autres roches schisteuses , doit éloigner la forme ronde , et que la texture granitique doit , au contraire , la favoriser. De plus, la nature de certaines roches, et principalement de celles à hase de feldspath , semble permettre à la décomposition de faire ressentir ses effets à une certaine distance dans l’intérieur de la masse , avant d’avoir entièrement détruit la superficie ; et ce fait me paraît devoir produire
plus promptement la destruction des parties saillantes , et par suite la forme ronde. Les pierres calcaires , par exemple, ne sont plus dans le même cas ; la décomposition , en agissant sur leurs fragments , n’en attaque guère que la superficie , elle les atténue et les détruit en les dissolvant , pour ainsi dire , couche par couche ; de sorte qu’ils conservent plus long-tems leur forme première , forme qui déjà pouvait être allongée et plate par suite de la stratification : la décomposition de ces roches est un effet exactement pareil à celui d’un fragment de glace qui se fond dans l’air.
C’est encore à la marche progressive de la décomposition dans l’intérieur des masses et boules de granités , que l’on doit attribuer la division ou l’exfoliation de leur surface en couches concentriques, et non à une disposition des particules autour d’un centre commun , disposition qui daterait de la formation ou de la consolidation originaire de la roche. Une preuve positive qu’il en est ainsi , c’est que lorsque nos monuments de granité se décomposent, le délitement se fait toujours parallèlement à leur superficie ; ainsi , les colonnes de granité se délitent en couches concentriques à leur axe. M. Rozière , à qui l’on doit cette remarque , Ta faite et répétée un grand nombre de fois eu Egypte , notamment à Alexandrie , dans l’ancienne mosquée dite des mille colonnes , sur des masses et monuments du beau
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granité de Syène. Ce meme savant a encore remarqué que les faces polies de ces monuments résistaient beaucoup plus à la décomposition que les autres (i).
Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit (§ 86etsuiv.) sur les immenses effets de la décomposition quia réduit en gravier et en sable, de "grandes étendues de terrains granitiques, et sur les nouvelles formations dues à ces détritus ( § 5o et 92). Nous observerons seulement que la terre qui provient de la décomposition des granités est, en général, peu fertile , qu’elle convient principalement aux plantes ligneuses , aux bois, aux bruyères , et que les plantes céréales , notamment le froment, réussissent beaucoup mieux dans les terrains calcaires. La stérilité qu’on a remarquée dans les terrains primitifs en général , vient -elle du manque absolu de matière provenant de la décomposition des êtres organiques ; ou de ce que, consistant principalement en gravier et ensable, l’argile étant bientôt emportée par les eaux , elle est peu propre à absorber et à retenir l’humidité et les autres éléments nécessaires à la végétation; ou de ce qu’elle forme un sol ou une char-
(i) Description de V Egypte par les savants de l’expédition française. — Mémoires minéralogiques de M. de Rozière , ingénieur en chef des mines. — Description des carrières ( du granité de Syène) et des dégradations qu'il a éprouvées dans les monuments qui existent encore en Egypte»
Àspecl des monta çne3
fl'aui tiques.
Ss TERRAINS PRIMITIFS.
pente peu convenable aux plantes, et au développement de leurs racines , etc. ? Ce sont des questions que Ton a agitées, mais sur lesquelles on n’a donné encore aucune solution satisfaisante (i). Au reste , la stérilité n’est ici que relative à certaines plantes , car, d’ailleurs , les terrains granitiques sont, en général , plus boisés , et couverts de plus de plantes que les terrains calcaires.
§ 160. La manière dont le granité se décompose est la cause principale de l’aspect que présentent les montagnes granitiques. S’il se décompose trèsaisément, par-tout d’une manière à-peu-près égale, et que le sol soit en outre peu élevé , on aura des montagnes et des collines d’une forme assez graduellement arrondie , et un terrain fortement mamelonné; tel est celui qu’on voit dans le Limousin.
Mais si , entre des masses granitiques d’une facile décomposition , il se trouve des granités ou autres roches plus dures, et c’est presque toujours le cas , les montagnes présenteront en saillie, de grands rochers , des pics , des aiguilles , des arêtes tranchantes , des crêtes fortement découpées, et elles auront l’aspect hérissé et haché qui paraît particulier aux terrains granitiques , et qui
(i)'Voyez, entre autres ouvrages, les Observations on the géologie of'the United-Stales , M. Maclure, 1817.
GRANITE. 53
de loin les signale au naturaliste exercé. « La lon- » gue habitude d’observer les montagnes , dit » Saussure , m'a donné un coup-d’œil à-peu-près » sûr : je reconnais, à de grandes distances , la 3> matière dont une montagne est composée, sur- » tout lorsqu’elle est d’un granité dur comme » celui des hautes Alpes. Les montagnes formées » de ce genre de pierre , ont leurs sommités ter- » minées par des crénelures très-aiguës à angles » vifs, (j Sauss. , § 567. ) » Nous rappellerons encore que la situation verticale des couches contribue beaucoup à donner un pareil aspect aux montagnes qui la présentent.
En parcourant les hautes Cévennes , et en y passant alternativement du calcaire sur le granité, j 'étais frappé de ladifférence d’asp ec t qu’offraient ces deux sortes de monLagnes. Les premières présentaient des cimes plates de grande étendue , des vallées éloignées , et, en général, peu profondes. Dans les autres , c’était , presqu’à chaque pas, des gorges enfoncées , ou des coupures à pic séparées par des murs escarpés. Etant sur la cime du Mont-Mezenc , et portant mes regards sur le terrain granitique des Bouttières , je voyais , les uns derrière les autres, plusieurs de ces immenses pans de murailles ; semblables à d’énormes boulevarts, ils comprenaient entre eux d’horribles précipices plutôt que des vallées ; leurs crêtes, hérissées de pics décharnés et de rochers
TERRAINS PRIMITIFS
Etendue clos terrains granitiques.
sourcilleux , offraient à l’esprit l’image d’un monde tombant en ruines et périssant de vétusté.
Les fissures dont les rochers granités sont traversés , contribuent beaucoup encore à faire varier l’aspect des montagnes. Nous venons de voir celui qu’elles produisaient lorsqu'elles étaient verticales ; et nous avons remarqué ailleurs (§ i5q ), que lorsqu’elles étaient horizontales , de concert avec la décomposition , elles changeaient des roches en un tas de blocs de diverses formes et souvent sphéroïdales. Ce fait se présente quelquefois sur de bien grandes dimensions : « Presque toutes les montagnes granitiques de la Sibérie, ditPallas, semblent composées de masses pour ainsi dire amoncelées , arrondies par la décomposition , et leur aspect rappelle ces montagnes que les géan ts de la fable en tassaient les unes sur les autres pour escalader le ciel. »
§ 16 1. Le granité est une des roches les plus abondamment répandues sur la surface du globe : il constitue la majeure partie des terrains primitifs , ou du moins il ne l’y cède qu’au schistemicacé , sous le rapport de l’étendue.
L’énumération de tous les lieux où on l’a trouvé serait hors de notre objet ; et je vais jeter un coup-d’œil sur l’espace qu’il occupe en France , etsur les principales chaînes où il a été remarqué.
Dans les Pyrénées , il forme, sur le versant septentrional et joignant presque le faîte , une bande
GRANITE
<Tune à quatre lieues de large , qui constitue , en quelque sorte , Y axe minéralogique ( § 146 ) de la chaîne ; c’est le granité le plus ancien : du granité de formation postérieure se reproduit encore, de part et d’autre de cette bande , en alternant avec d’autres roches. Au sud-est du royaume , il constitue , avec les autres terrains primitifs, la majeure partie du sol de l’Albigeois, du Rouergue , du Gévaudan , du Yivarais , du Dauphiné , du Forez , du Lyonnais , de l’Auvergne , du Limousin, de la Marche, et d’une partie de la Bourgogne. A l’est, les Vosges ensont en partie composées. Au centre de la France , il s’enfonce sous le calcaire ; mais il se relève ensuite et reparaît au jour à l’ouest d'une ligne qui passerait aux environs des Sables d Olonne , de Fontenai , d’Alençon et de Cherbourg.
En Saxe , dans Y Erzgebirge , il semble former deux assises principales ; l’une servirait de base aux gneis, schiste-micacé et ph)llade,l autre leur estévidemmenl superposée: c’est celle-ci qui passe souvent alasyénitc et dont nous avons parlé page 21 et 35. Le granité paraît encore faire le corps des chaînes de montagnes de la Silésie ( le Rie sengebirge) et du Hartz ; avec les gneis et les schistes-micacés , il forme celui des Alpes. Suivant M. Jamesson , il constitue la sommité des plus hautes montagnes de l’Ecosse , et la partie centrale des monts Grampians. Il est en moindre
TERRAINS PRIMITIFS
quantité en Angleterre , et ce n’est que dans le pays de Cornouailles qu’il occupe des espaces un peu considérables. Il est plus rare encore en Suède et dans tout le nord de l’Europe, et il paraît n’y être qu’un simple accident dans un terrain de gneis.
Il se retrouve en Asie : d’après ce que dit Pallas, il forme comme une bandeau milieu du Caucase, des monts Durais , et de la plupart des montagnes de l’empire russe. Il paraît encore que les monts Himmalaya (lTmaüs des anciens) , les plus hauts points du globe, sont formés de roches granitiques.
En Afrique , les terrains primitifs occupent des espaces très-considérables : en remontant le Nil , on les trouve entre Thèbes et Syène , et ils semblent limités par une ligne allant du sud-est au nord-ouest, au-delà de laquelle ils s’étendent dans la Nubie et l’Abyssinie. Ils paraissent composer également une grande partie du mont Atlas, et ils se retrouvent au cap de Bonne-Espérance , où le granité forme la partie inférieure de la montagne de la Table.
On ne l’a trouvé qu’en petite quantité dans l’Amérique septentrionale : les terrains primitifs occupent une bande de dix à quarante lieues de large sur le revers oriental des chaînes de montagnes des Etats-Unis , et le granité ne forme , à la superficie du sol , qu’une petite portion de cette bande ; il semble en faire la bordure occi-
GRANITE
dentale , celle qui s’enfonce sous les terrains de transport qui longent la côte ( Maclure , Cleaveland ) : dans le Mexique , M. de Iïumboldt ne Ta guère vu que près des côtes d’Acapulco ; sur le grand plateau, il est recouvert par d’énormes masses porphyroïdes. Ce savant l’a trouvé à-peu-près dans les mêmes circonstances de position , sur les Andes de l’Amérique méridionale : dans les hauteurs , il est presque toujours caché sous des couches de gneis , de schiste-micacé , de trachyte , et , en général , il ne s’y élève pas à plus de deux mille mètres ; mais il abonde dans les montagnes peu élevées et dans les régions basses de Venezuela , deParime, etc. ; il descend même dans les plaines, et jusqu’au niveau de la mer : les bords de l'Orénoque et les côtes du Pérou en fournissent des exemples.
Roche de topaze , etc .
W erner met au rang des terrains primitifs , la masse dont on tire les topazes de la Saxe ; et il lui en assimile trois ou quatre autres qui ont avec elle quelques rapports. Mais les unes et les autres sont d’un volume trop peu considérable pour être regardées comme des espèces particulières de roches ( voyez § 108 ) ; et leur texture granitique, ainsi que la considération de leur gissement, nous porte à les traiter comme de simples appendices au granité. Je vais exposer succinctement ce que W erner dit à leur sujet.
58 TERRAINS PRIMITIFS
§ 162. Près (l’Auerbach , dans le Voiglland, en Saxe, on voil un rocher assez considérable., connu sous le nom de Sneckenstein ( pierre des limaçons); il présentait autrefois un pic considérable , qui est aujourd’hui abattu.
Il est principalement composé de quartz, de tourmaline, de topaze et de lithomarge. 11 est remarquable non-seulement par la nature des substances qui le composent, mais encore par sa structure. Il consiste en un assemblage de petites masses de la grosseur du poing , terme moyen , et qui ont l’aspect de fragments , quoique W erner les regarde comme les grains d une roche granitoïde. Chacune est formée de lames minces de quartz , de tourmaline et de topaze , lesquelles alternent entre elles , et sont bien distinctes; elles ont une direction différente dans les diverses masses , et chaque espèce de minéral forme sa lame particulière. Le quartz y est grenu à grains fins : la topaze y est également grenue et amorphe; elle se distingue par sa cassure lamelleuse et par sa dureté ; enfin, la tourmaline est en petites aiguilles noires.
Entre les masses dont nous venons de parler, il se trouve fréquemment des vides ou druses dont les parois sont tapissées de cristaux de quartz, de topaze, et fort rarement de tourmaline; au milieu de ces cristaux est la lithomarge ; sa couleur est blanchâtre, rarement verdâtre, elle plus souvent
GRANITE
d’un jaune d’ocre. Il esta remarquer que , dans les diverses parties de la roche , la couleur des crislaux de topaze, ainsi que son intensité, dépend de celle de la lithomarge voisine , comme si l’une et l’autre de ces substances avaient le meme principe colorant , ou même comme si les cristaux de topaze étaient colorés par de la lithomarge qui serait entrée dans leur composition.
La stratification du Sneckenstein est assez distincte , et les strates en sont épaisses. Le rocher repose sur le granité , et, dans une partie de son étendue , il est recouvert par du phyllade.
Il existe encore , continue Werner , dans nos montagnes , près de Seiffen, une roche composée de quartz et de tourmaline noire : elle ne contient pas , il est vrai , de la topaze ; mais elle n’en paraît pas moins avoir beaucoup de rapports géognostiques avec celle dont nous venons de parler.
Werner regarde comme analogue au Schneckcnstein la roche d’Oudonlchalon, dans laDaourie , d’où l’on tire de belles aigues-marines: elles y sont accompagnées de quartz , de topaze et de lithomarge. Cependant , d’après les rapports de M Patrin, il paraîtrait que cette roche constitue des filons plutôt que des masses de montagnes. La tourmaline y serait remplacée par l’aigue-marine.
Go TERRAINS PRIMITIFS.
ARTICLE SECOND
DU GNEIS.
GneiS des Allemands et des Anglais.
Gneis et granité veiné de Saussure.
k Notice § i63. Le gneis n’étant d’aucun usage particulier , et ne servant guère que dans la bâtisse des édifices que l’on construit dans les lieux où il constitue le sol , ne paraît pas avoir attiré d’une manière particulière l’attention des minéralogistes anciens , ni même celle des modernes , qui jusqu’à ces derniers teins ne l’ont regardé que comme une variété de granité , ou comme une sorte de schiste.
Le nom qu’il porte aujourd’hui n’a d’abord été qu’un terme technique , par lequel les mineurs de Freyberg désignaient la roche adjacente à leurs filons , lorsqu’elle était altérée et d’une apparence stéatiteuse et verdâtre , quelle que fût d’ailleurs sa nature ; granité , porphyre , schiste-micacé , etc. , ou véritable gneis. Dans la suite , on a étendu l’acception du mot , et on l’a donné à toute la roche qui compose le sol des environs de Freyberg. Par un passage de la Pyritologie de Henkel (i) , on voit que du lems de ce métallurgiste , en 1725 , on désignait, à
(1) Page 347 de la traduction française.
GNEIS.
Freyberg , sous le nom de gneiss, ou kneiss , ou kneus , une roche plus dure et plus noire que le schiste ordinaire : c’était vraisemblablement un gneis très-chargé de quartz et de mica.
Ferber paraît être le premier minéralogiste qui ait employé ce mot dans une acception générale ; il le donne à une roche composée de quartz, de mica , et d’une argile durcie blanchâtre qu’il rapporte à l’argile désignée par Cronstedt sous l’expression de terra porcellanea phlogisto aliisqueheterogeneis , minimâ portione , miocta : c’est le feldspath décomposé dont Ferber a certainement voulu parler (i). En 1775, Werner, dans le premier cours de géognosie qu’il fit à Freyberg , détermina la composition du gneis ; il mit , au nombre de ses principes intégrants, le feldspath , qui avait jusqu’alors échappé aux minéralogistes, quoiqu’il fût la partie dominante de la plupart de ces roches, notamment du gneis de Freyberg , que l’on avait en quelque sorte pris pour le type de l’espèce. Charpentier , dans sa Géographie minéralogique de la Saxe , publiée en 1778, voulut concilier l’ancienne et la nouvelle détermination : « Le gneis , dit-il , consiste en quartz, mica et » feldspath, auquel se joint le plus souvent une » plus ou moins grande quantité d’argile , de
(1) Ferber, Bejrlrcege zuder mineral-geschichte von Bœhmen , page 23. 1774.
TERRAINS PRIMITIFS
Composi-
tion.
» stéatile ou de limon durci (i). » Enfin , le petit traité de Werrier sur la classification des roches, qui parut en 1787 , fixa définitivement l’acception que les minéralogistes attachent aujourd'hui à ce mot (2).
Saussure était trop bon observateur pour ne pas avoir remarqué les différences qui distinguent le gneis des autres roches. Dans le premier volume de ses oyages , publié en 1779 , il a trèsbien caractérisé cette substance , et développé les particularités de sa structure, il a observé qu’elle formait le passage du granité aux schistes, et concourait ainsi à prouver l’identité de leur origine ; il en a fait un genre particulier qui est le second de ses roches feuilletées, et il lui a donné le nom de granité veiné \ Dans la suite, il a adopté la dénomination de gneis , en conservant toutefois celle de granité veiné qu’il donnait à quelques variétés particulières.
Lés minéralogistes de toutes les nations , en admettant le nom de gneis , lui donnent maintenant l’acception fixée par la définition suivante.
§ t 64- Le gneis , dit Werner, est une roche composée de feldspath , de quartz et de mica , immédiatement accolés lès uns aux autres , et dont la texture est tout-à-la-fois granitique et schisteuse .
(1) Mineralogische-Geographie , pag. 77.
(a) Werner, Klassification de r gebirgs arien.
GNEIS.
Nous avons dit ( § 106) ce qu’on devait entendre par cette double texture granitique et schisteuse , nous nous bornerons ici à remarquer que le gneis étant un assemblage de plaques de feldspath et de quartz , courtes , renflées et séparées par des feuilles de mica , n’est que très-imparfaitement schisteux.
Le gneis diffère du granité non-seulement par sa texture , mais encore en ce qu’il contient habituellement une plus grande quantité de mica : c’est d’ailleurs à l’abondance de ce minéral quil doit habituellement son tissu feuilleté ( § io3 et 1 14).
Le feldspath est encore le principe dominant dans les gneis , notamment dans ceux qui paraissent les plus anciens ; il y est cependant en moindre quantité que dans le granité , par rapport aux deux autres principes. Il s’y trouve en grains de moyenne grosseur, ou petits et meme très-petits , d’une couleur blanche ou blanc-grisâtre , d’un aspect mat, fort souvent altéré et approchant plus ou moins de l’état de kaolin. Le quartz est en grains- ordinairement plus petits que ceux du feldspath ; il a un aspect vitreux , et une couleur grise cendrée. Le mica est , dans les gneis , en petites paillettes ou écailles qui sont souvent distinctes ; mais quelquefois aussi elles sont si intimement accolées les unes aux autres , qu elles forment des feuillets continus d’une grandeur
TERRAINS PRIMITIFS
Diverses sortes de gneis.
plus ou moins considérable : sa couleur la plus ordinaire est le gris , mais qui passe très-souvent et par toutes sortes de nuances jusqu’au noir. Si, dans les gneis anciens , le mica est celui des trois substances qui est en moindre quantité, il domine fréquemment dans ceux qui avoisinent le schistemicacé. On peut meme dire , en général , que c’est des différences qu'il présente que dérivent celles que les gneis offrent dans leur aspect et notamment dans leur couleur ; ce qui provient de ce que ces roches se divisent toujours dans le sens des feuillets , et que les faces de leurs fragments sont presque en entier recouvertes comme d’un enduit de ce minéral.
§ i65. D’après les différences que présentent les principes intégrants du gneis, d’après celles qui existent dans leur quantité et leur disposition réciproque , on peut distinguer un grand nombre de variétés de celte roche. Nous en signalerons ici trois principales.
i° Celle dans laquelle le mica se trouve en petite quantité : il est en petites paillettes souvent séparées les unes des autres, mais toujours sur des lignes parallèles , suivant lesquelles la roche se divise : c’est ce parallélisme dans les rangées de mica qui la distingue du granité , car d’ailleurs le mica n’y est pas en plus grande quantité , et la texture schisteuse est a peine sensible. Le quartz et le mica forment ici chacun une
GNEIS.
couche ou lame particulière; celles de feldspath sont les plus épaisses, elles ont assez souvent quelques lignes d’épaisseur : la coupe d’un pareil gneis présente un aspect rubanné , et même ondulé si les lames , au lieu d’être planes, sont sinueuses. Quelquefois le quartz n’est plus en lames ou en couches intercalées dans celles du feldspath , mais en petits barreaux parallèles ; et lorsque la roche est coupée perpendiculairement à leur direction , elle présente jusqu’à un certain point l’aspect d’un bois pétrifié; les barreaux de quartz y sont comme des fibres longitudinales.
20 Le gneis commun. Il consiste en petites lames ou plaques lenticulaires , composées de grains de feldspath et de quartz , placées les unes à côlé des autres, et séparées par des feuillets formés de paillettes de mica. Dans le gneis de Freyberg, qui est un des mieux caractérisés , le feldspath , qui forme la partie dominante , est d’un blanc légèrement grisâtre et en grains d’une à deux lignes : le quartz est en grains un peu plus petits , d'un gris cendré. Ces deux sortes de grains sont mêlés, et leur ensemble constitue de petites plaques qui varient beaucoup dans leur grandeur et leur forme, mais qu’on peut se représenter , terme moyen, comme ayant deux à trois lignes d’épaisseur dans le milieu , et un à deux pouces de diamètre : le mica se glisse entre elles sous forme de feuillets sinueux , composés d’écailles
TERRAINS PRIMITIFS
Substances
contenues.
d’un noir brunâtre. Assez souvent on voit dans ce gneis des grains de quartz , gros comme des noisettes , autour desquels se plient les feuillets de mica , ce qui donne â la pierre un aspect glanduleux. Aux environs de Saint-Flour en Auvergne , et de Rabat, dans les Pyrénées, j'ai vu du gneis exactement semblable. Quelquefois les grains de quartz ou de fcldspaths acquièrent une grosseur extraordinaire: M. de Buch a observé des cristaux de ce dernier minéral, dans des gneis de la Norwége , qui avaient jusqu’à un pied de long.
3° La troisième sorte est bien feuilletée et est très-chargée de mica ; les écailles de ce minéral ne sont presque plus distinctes ; elles forment des feuillets continus : le quartz et le feldspath sont en grains souvent très -petits, et tellement enveloppés de mica qu’il est quelquefois difficile de les discerner et de les mettre à découvert. Cette variété prend aussi quelquefois l'aspect glanduleux et semble même , dans quelques échantillons , n’être qu’un assemblage de petites boules de mica.
Le gneis passe au granité par la première de ces variétés , et au schiste-micacé par la troisième.
§ 166. Les minéraux que les gneis renferment le plus communément, sont :
La tourmaline ; elle y est ordinairement en
GNLIS.
cristaux isolés , mieux terminés et d'une pâte plus fine que dans le granité.
Le grenat; on le trouve assez fréquemment dans le gneis du nord de l'Europe : il y en a de très -beaux dans celui du Groenland ; et dans quelques-uns de ceux de la Norwége , on en a observés dont la grosseur atteignait celle d'une noix , et qui y étaient en nombre prodigieux : M. de Humboldt en a également vu une trèsgrande quantité , tant rouges que verts, dans les gneis d’Amérique , notamment â Caracas.
L "amphibole ; le plus souvent il est en cristaux imparfaits et aciculaires : quelquefois ils sont groupés autour d'un centre comme autant de rayons.
On trouve encore, dans le gneis, de la chlorite, de l’épidote , du titane , du fer oxidulé , etc.
On y voit aussi , comme dans les granités , des parties , en forme de boules , composées de mica noir. M. de Buch en a meme remarqué des lits entiers en Norwége ; ils étaient formés d'un mica noir , à paillettes épaisses, brillantes, et d’un aspect entièrement charbonneux.
§ 167. Le gneis est très-distinctement stratifié, et la stratification y est parallèle à la direction des feuillets.
Mais ses couches, lorsqu'elles reposent sur une masse granitique , se plient-elles autour d'elle , en suivent-elles toutes les sinuosités , ainsi qu’il
Stratifica-
tion.
TERRAINS PRIMITIFS
paraît que cela devrait être dans le cas où elles seraient des précipités déposés sur le granité postérieurement à sa formation ? Les observations qui mettraient à même de répondre positivement a cette importante question, sont du plus grand intérêt pour la géognosie ; et malheureusement nous n’en avons point qui soient assez circonstanciées et assez multipliées pour qu’on puisse en inférer une conséquence générale. Celles que M. de Raumer a faites dans les montagnes de la Silésie ( le Riesengebirgc et la chaîne voisine ) , sont les plus détaillées que je connaisse : l'ensemble de ces montagnes présente une protubérance granitique d’environ quarante lieues de long et quelques lieues delarge, recouverte (abstraction faite de la partie la plus élevée ) de couches de gncis , de schiste-micacé , etc. , qui l'entourent de toutes parts , qui sont parallèles à ses pentes, qui plongent ainsi vers le nord sur le versant septentrional , vers le sud sur le versant méridional, etc. , et qui offrent un exemple parfait de la superposition de couches en forme de manteau, dont nous avons parlé §§ 126 et i3i : le manteau est complet et complètement fermé , dit M. de Raumer (1).
On citait un fait du même genre aux environs dë Freyberg ; le granité qui y paraît était donné
(1) Der granit des Biesengebirges «
GNEIS. 69
comme un noyau enveloppe par des couches de gneis qui se pliaient , disait-on , et qui se disposaient de tous côtes parallèlement à sa surface (1).
Mais M. Stroem conclut des observations qu’il a faites sur ses couches , que leur direction se continue sans dévier autour du noyau , et que leur inclinaison est la même au nord comme au sud du granité (2).
Si ce noyau n’était qu’une portion même de la montagne de gneis , laquelle aurait pris, accidentellement et momentanément , la structure granitique, et cela pourrait bien être , on n’en saurait rien conclure de relatif à la stratification ; il s’agit ici de celle que présentent les couches qui se forment sur une masse préexistante.
Dans les lieux où j’ai pu observer de pareilles couches, j’ai trouvé leur stratification parallèle à la surface de superposition : mais je n’ai pas vu ce fait assez souvent répété , et dans des circonstances assez différentes, pour le généraliser. Cependant, l’ensemble de mes observations et de celles parvenues à ma connaissance , 11e me permettent pas d admettre , sans de nouvelles vérifications, le cas où l’on représenterait des couches de schistemicacé et de calcaire grenu, par exemple, disposées avec une stratification complètement horizontale , sur un sol de granité offrant une alternative d’élévations et d’enfoncements ; une pa reille représentation se trouve dans le tome 111 des Transactions de la société géologique de Londres ( planche 21, fig. 3).
§ 168. Dans le gneis comme dans le granité, le Décomposi-
(1) M. de Bonnard, Essai sur V E rzgebirge.
(2 ) Leonard’ s T aschenbuch fur die minéralogie, x8i/j* — Stroem über den granit.
TERRAINS PRIMITIFS
Couches hétérogènes.
feldspath se décompose par faction de l’atmosphère , et sa décomposition entraîne celle de la roche. La destruction est même ici plus prompte : d abord le feldspath s’altère et se réduit plus facilement en kaolin ; de plus , la facilité avec laquelle la roche se délite en feuillets , accélère considérablement sa destruction. De là vient qu’elle ne présente que rarement ces grands blocs isolés dont nous avons parlé à l’article du granité ; de là vient encore que ses montagnes ont moins fréquemment cet aspect escarpé qu on a remarqué dans les montagnes granitiques ; que leurs cimes, leurs croupes sont ordinairement arrondies , et qu’elles n’offrent que rarement des aiguilles élancées et des crêtes fortement découpées.
Quelquefois la décomposition , en pénétrant le gneis , détruit l’adhérence entre ses parties ; ses feuillets se brisent alors aisément, et ils tombent en parcelles altérées ; la roche est comme pourie.
§ 169. Les couches hétérogènes sont en beaucoup plus grand nombre dans les terrains de gneis , notamment dans les moins anciens , que dans ceux de granité ; outre les couches métalliques dont nous parlerons plus bas , on y trouve assez fréquemment :
Des couches de calcaire ; ce minéral y est, en général, à gros grains et d’un aspect cristallin :
GNEIS.
Saussure , principalement dans son voyage au Simplon et au Mont-Cervin , en a décrit plusieurs ; j’en ai vu un grand nombre dans les Pyrénées, etc. ; M.Schreiber en a signalé dans le gneis des montagnes de Chalances , en Dauphiné ; M. de Humboldt dans ceux de l’Amérique, etc.
Des couches amphiboliques ; leur substance est très -souvent mêlée de gneis, de sorte qu’il est souvent difficile, en les observant, de prononcer sur leur véritable nature.
Des couches de porphyre eurilique quelquefois très-épaisses , et dont nous parlerons a l’article des porphyres.
Des couches de feldspath compacte ou granuleux ; c’est le weisstein de W erner. J’ai vu cette roche , dans les montagnes de la Saxe , tantôt en couches minces de quelques pouces seulement d’épaisseur, parfaitement planes et semblables à des tables intercalées dans le gneis ; tantôt en couches si épaisses , qu’elles formaient des masses de montagnes. Le feldspath y était blanc , dur , et avait un aspect grenu à grains extrêmement fins, comme les dolomies; il renfermait une multitude de petits points rouges, qui m’ont paru être des grenats , et on y voyait quelques paillettes de mica blanc.
M. de Bonnard, qui a fait une étude particulière des weisstein en Saxe, notamment à la partie nord-ouest de VErzgebirgey où il forme une grande masse de montagnes , observe qu’il est
TERRAINS PRIMITIFS
placé sous le gneis , et î! ne pense pas pouvoir le regarder comme subordonné à cette roche ; il lui semble tenir plutôt à un granité particulier auquel il passe quelquefois : ce ne serait alors qu’un eurite , c’est-à-dire un granité compacte ou presque compacte.
M. Hausmann a remarqué un weissteinen Suède , qui serait dans le même cas : en suivant le granité siénitique, il a vu l’amphibole disparaître , et bientôt il n’a plus eu qu’une roche composée de feldspath compacte , avec quelques grains de quartz et quelques petites paillettes de mica qui avaient peine à lui donner l’aspect stratifié : c’est, dit ce savant minéralogiste, un vrai K veisstein. Ailleurs , et dans le même pays , il a remarqué un eurite , formé de feldspath et de quartz comme fondus ensemble , se rapprocher de cette roche (1).
Dans tous les cas , le weisstein n’est à mes yeux qu’un feldspath habituellement granuleux , contenant quelques paillettes de mica avec quelques grains de cpiartz et d’autres minéraux.
Il n’a d’ailleurs été observé qu’en Suède, en Saxe et en Moravie , où il constitue aussi des montagnes.
Je ne parlerai pas des couches de granité , de schiste-micacé et de phyllade , qui se trouvent souvent dans le gneis, et avec lesquelles il alterne. Je me bornerai à remarquer que dans quelquesunes de ces couches de granité , j’ai vu le feldspath presque à l’état terreux ou de kaolin : tout indiquait que cet état n'était nullement l'effet d’une décomposition due à l’action de l’atmosphère, ou a d’autres agents étrangers : le feldspath aurait donc été ainsi formé ; ses molécules, au lieu de se serrer et de se lier de manière à faire un
(i) Reisc du ix h Scandinavien , tom. V.
GNEIS.
corps cristallin ou lithoïde, seraient restées inconhérentes, et il en serait résulté une masse terreuse. Nous verrons par la suite plusieurs exemples de ce fait remarquable.
Outre les couches dont nous venons de parler , le gneis renferme encore des filons des mêmes substances. 11 contient en outre beaucoup de fdons de quartz : j’en ai vu un qui était d’un beau noir ; et en l’examinant avec attention , j’ai reconnu qu’il ne devait sa couleur qu’a de la tourmaline dont il était en quelque sorte imprégné. Nous avons déjà parlé ( § i56 ) des fdons de granité , habituellement à gros grains cristallins et surchargé de feldspath, qu’on y trouve. « 11 est vraiment remarquable , dit M. de Buch à leur sujet, de voir que par-tout où la matière du gneis jouit de quelques repos , comme dans les fentes des filons , le feldspath augmente , le mica diminue et le granité se forme : nouvelle confirmation , ajoute-t-il , de cette vérité à laquelle ramènent tous les phénomènes géologiques, que toutes les différences dans les formations ne viennent que des mouvements extérieurs, modifiés par les forces d’affinité intérieure (i). » Sans adopter cette opinion dans tout son entier, nous croyons qu’elle mérite d’être prise en grande considération.
(i) V oyage en Norwege , (om, I, pag. 3g3 et 4*0 l’édition allemande.
74 TERRAINS PRIMITIFS
§ 170. Le gneis succède immédiatement a» granité , dans la suite des formations schisteuses ( § i44 ) : il est entre lui et le schiste-micacé, et il forme l’anneau qui joint ces deux roches ; on peut même dire qu’il va de l’une à l’autre par des nuances insensibles, et qu’entre elles il présente tous les intermédiaires imaginables sous le rapport de la texture et de la composition. Cependant, malgré ce passage, malgré l’alternance trèsfréquente entre ces roches , malgré leur mélange, quelquefois dans la même couche (§ i55), la plupart des minéralogistes regardent sa masse générale comme d’une formation postérieure à. la masse générale du granité ; quoique d ailleurs il 11’y ait eu aucune interruption entre les deux formations ; et , dans le fait , la moindre quantité de feldspath , la plus grande abondance de mica , la moindre grosseur et le moins de cristal - Unité des grains, semblent indiquer un autre ordre de choses , et un rapprochement vers cette époque subséquente , où les formations minérales ont été moins pures et plus troublées. Le grand nombre de couches étrangères , et la quantité des substances métalliques que le gneis renferme , le distinguent encore géognostiquement du granité ; et toutes ces diverses circonstances motivent suffisamment la séparation faite par Werner et adoptée aujourd’hui par tous les minéralogistes.
GNEIS.
Certainement il existe de bien grands rapports entre ces deux sortes de roches , et nous y avons insisté : mais ce n’est pas une raison suffisante pour les confondre ; c’est bien en géognosie que l’on peut dire, avec pleine raison , ce que Saussure disait dans la minéralogie en général : Si l’on réunit et confond, sous le même nom , deux substances du moment qu’elles ont des rapports, on finira par n’avoir plus, dans le règne minéral, qu’un seul nom et qu’une seule chose. Lors même que nos division et nos dénominations seraient moins l’expression de ce qui existe réellement dans la nature , qu’un moyen d’en faciliter l’étude et la connaissance , il faudrait encore les conserver. Je me suis prononcé (§ 108) contre l’introduction de nouvelles dénominations dont l’expérience n’aurait pas justifié la nécessité; mais je n’en dis pas moins que, dans l’état actuel de la géognosie , on nuirait bien plus à ses progrès par la suppression des dénominations déjà reçues , que par l’admission de quelques autres.
Le gneis ayant été formé a diverses époques , peut renfermer , et renferme effectivement quelquefois des fragments des roches préexistantes. M. de Buch en a vu un exemple au Rostenberg , en Norwége : la roche y est un gneis très-chargé de mica et très-schisteux ; elle contient des fragments d’un autre gneis , formé de bandes ou plaques de feldspath avec un peu de quartz , et séparées par des feuillets de mica , comme dans la première variété que nous avons décrite : ces fragments sont anguleux, quelquefois quadrangulai res , et ont jusqu’à un pied et plus ; ce sont , dit M. de Buch , les débris d’un gneis plus ancien qui fut détruit à l’époque de la formation du gneis nouveau. La vue de cette roche lui rappela
TERRAINS PRIMITIFS
Substances
métalliques.
les poudingues de Vallorsine ( § i35 ) , et il l’eût regardée comme un poudingue si les fragments y eussent été plus nombreux (1).
§ 171. Le gneis est peut-être la roche qui renferme le plus de substances métalliques, au moins en Europe : il n’en est presque aucune qui 11’y ait été trouvée et en assez grande abondance pour être l’objet d’une exploitation ; elles y sont le plus ordinairement en fdons , mais souvent aussi en couches.
C’est dans les gneis de la Gardette en Dauphiné , que M. Schreibcr a fait exploiter le seul filon d’or, où le mineur français ait attaché ses travaux (2). C’est dans les gneis , au pied du Mont- Piose, que gisent les mines d’or de Macugnaga (3). Celles de Piauris , Gastein , Schellgaden , dans le pays de Salzbourg , sont encore dans cette même roche (4).
Les filons et veines de la montagne de Chaîances, près d’Allemont, qui ont livré de l’argent, du cobalt, de l’antimoine, etc., sont dans du gneis. Cette roche renferme encore, dans les Vosges, les filons de Sainte-Marie-aux-Mines, lesquels ont prouvé leur richesse et leur étendue , par
(1) Voyage en Norwège et en Laponie , ch. (\.
(2) Journal de physique , tom. 36.
(3) Saussure, §§ 2i32 et suiv.
(4) Moll, Ober Teutche Beytrœge , 1787.
GNEIS.
les longs travaux qu’on y a poussés , et par r abondance des métaux qu’on en a retirés. C’est dans le gneis de l’Auvergne que j’ai vu les fdons de plomb et d’argent de Pontgibaud , ainsi que ceux d antimoine près de Massiac. C’est dans celui de la Saxe que sont les riches et célèbres mines d'argent , de plomb , etc. , de Freyberg , Maricnberg , Annaberg , Glashutte , Ehrenfridersdorff , etc. ; c’est dans celui de la Bohème que sont les exploitations de Joachimsthal et de la contrée environnante. Presque par-tout, dans ces lieux, le minerai métallique est en fdons.
Il est en amas dans les fameuses mines de cuivre de Fahlun en Suède. Le gneis renferme encore une grande quantité de minerai de fer ; presque tout celui qu’on exploite dans la Scandinavie est dans cette roche ; par exemple, au Taberg, à Dannemora, àUtoe, à Gellivara et à Arendal. Nous parlerons plus bas de ces gîtes célèbres.
En Amérique , d’après la remarque de M. de Humboldt, le gneis est beaucoup moins métallifère.
§ 172. Le gneis accompagne presque par-tout le granité, il se retrouve dans les memes contrées que lui ; mais resserré , en quelque sorte , entre cette roche et le schiste-micacé , il occupe moins détendue qu’eux en France, en Suisse, en Allemagne et en Angleterre. Cependant ailleurs, notamment en Norwége et dans le nord de
Etendue.
TERRAINS PRIMITIFS
l’Europe en général , il est la roche dominante : le terrain de gneis y est en quelque sorte l’unique ; il enveloppe toutes les autres roches , et elles y occupent si peu d’étendue, dit M. de Buch, qu’on peut les regarder comme lui étant subordonnées.
Le gneis est encore abondant dans les Etats- Unis d’Amérique : il y constitue peut-être la moitié des terrains primitifs; il y renferme des masses ou bancs de granité qui ont plus de trois cents pieds d’épaisseur, et il y contient une multitude de couches de calcaire , de roches amphiboliques , de serpentine , de fer oxidulé , etc. Dans l’Amérique méridionale , M. de Humboldtl’a vu dominer sur la haute chaîne des Andes de Quito ; il l a observé dans les montagnes de Parime , et dans celle de Venezuela.
ARTICLE TROISIÈME
Saxum fornacum etsaxum molare de Wallerius.
Roche feuilletée , quartz et mica , ou schiste -micacé de Saussure.
Glimmerschiefer des Allemands.
Mica slate des Anglais.
Çomposi- ^173 Le schiste-micacé est une roche de iex-
tion. ^ 1 r 1 J 1 J , N
tare schisteuse, composée de mica et de quartz ( 1 ;.
(1) Le glimer schiefer , formé des deux mots glimmer ( mica) et schiefer( schiste ), est déduit et du principe dominant et de la structure de la roche.
Gelui de schiste -micacé en est la traduction naturelle, et quoi-
Le mica domine presque toujours , ou du moins il est plus apparent ; il est communément gris , il Lire cependant quelquefois sur le jaune , plus rarement sur le brun , et assez souvent sur le vert ; dans ce dernier cas , il se rapproche du talc. Il n'est plus ici en paillettes comme dans le granité , ni en écailles souvent distinctes comme dans les gneis : presque toujours les écailles , on cristaux imparfaits, sont tellement lissues et fondues les unes dans les autres , que leur ensemble forme des feuillets continus semblables à des pellicules. Le quartz a sa couleur grise et son aspect vitreux ordinaires ; il est en petites lames de forme à-peu-près lenticulaire et interposées à plat entre les feuillets de mica. Souvent ces lentilles augmentent d’épaisseur , jusqu’à avoir un demipouce dans le milieu ; elles deviennent meme
que imparfaite elle est aussi exacte que possible dans une langue qui ne compose pas ses noms, comme l’allemand , l’anglais, le grec, etc., de substantifs simplement juxta-posés. Ce mot est employé depuis plus de trente ans par Saussure et par tous les minéralogistes fiançais. Il est évident , d’après la définition ci-dessus , qu’il ne saurait être donné à une roche par cela seul qu’elle serait schisteuse et qu’elle contiendrait du mica : cependant, pour pré- ▼enir cette fausse application, M. Brongniart lui a substitué celui de micaschiste. Je ne connais aucun exemple delà méprise susmentionnée ; si je l’eusse crainte, j’aurais donué au glimmerschiejer un nom français simple; mais cela m’a paru superflu ; dans l’état actuel de la nomenclature on s’entend complètement ; la nom existant remplit son objet , et il est consacré par l’usage.
8o TERRAINS PRIMITIFS.
quelquefois presque entièrement globuleuses : les feuillets de mica continuent toujours de se plier tout autour, et lorsqu’on casse de pareils schistes , comme ils se délitent dans le sens des feuillets , ces boules , ou nœuds de quartz , étant en saillie sur le fragment , présentent , sous la pellicule de mica qui forme la surface , une image semblable à celle des tumeurs ou glandes sous la peau des animaux. D’au très fois les grains de quartz sont si petits et tellement enveloppés dans les feuillets de mica , qu’on ne peut les discerner , et que la roche ne paraît composée que de cette dernière substance.
Quoi qu’en général le mica constitue la masse principale du schiste-micacé , et que ce soit de ses différences que dérivent celles que présente la roche , il arrive cependant quelquefois que le quartz est en grande quantité , et qu'il forme seul des lames qui se continuent à plusieurs pouces de distance ; la coupe transversale de la pierre présente alors un aspect veiné ; d'autres fois il augmente tellement qu’il fait la majeure partie de la masse; le mica n’y est plus qu’en feuillets aussi rares que minces , ou meme il n’y est qu’en petites écailles séparées les unes des autres , et alors le schiste passe à la roche de quartz dont nous parlerons dans la suite.
Les schistes dans lesquels le quartz abonde , se délitent quelquefois en plaques plates et d’une
SCHISTE-MICACÉ. 8i
assez grande étendue , on s’en sert dans quelques endroits , en guise d'ardoise , pour couvrir les toits : c’est le vrai saxum fornacum de Wallérius. Mais le plus souvent le mica domine , et le schiste se divise en feuillets four ts , épais et contournés: ce caractère sert assez souvent à le faire distinguer au premier aspect du gneis , celui-ci ayant en général les feuillets plus plats et plus réguliers: au reste , c’est dans la présence ou l’absence du feldspath que consiste la principale différence entre ces deux roches , au moins lorsqu’on les considère en petits échantillons.
§ 174* Le gneis passe au schiste-micacé, mais ce passage ne se fait pas brusquement : de sorte que les premières variétés de cette dernière roche, celles qui tiennent de plus près au gneis , renferment encore quelques grains de feldspath , et quelquefois même de petits rognons de ce minéral ; leurs feuillets sont en outre moins fins. Ensuite nous avons le schiste-micacé ordinaire, composé de mica et de quartz en parties bien distinctes. Enfin le mica augmentant, le quartz ne se montrera plus qu’en petits grains qu’on a quelquefois même de la peine à apercevoir entre les feuillets de mica; le tissu de la roche sera très-fin; souvent ces feuillets s’appliqueront intimement les uns contre les autres , et si l’aspect cristallin diminue , on passera au schiste- phylîade.
Outre les diverses variétés de schiste-micacé
Variétés.
TERRAINS PRIMITIFS
qui peuvent résulter du changement graduel de composition, nous remarquerons celle qui présente l’aspect glanduleux dont nous avons indiqué la cause.
Le mica passe souvent au talc , et par suite le schiste-micacé passera au schiste-talqueux ; mais le passage entre ces deux roches, comme le passage entre les deux minéraux , est si insensible et si fréquent , que je ne saurais voir dans ces deux termes que deux simples variétés. Un des exemples les plus frappants que j’aie vus de ce passage , est en Auvergne, près Saint- Sernin , sur la route de Mauriac à Aurillac : le schiste-micacé y passe , sans changer même de couleur, à un schiste-talqueux, tellement smectite (onctueux au toucher) , que pour peu que la roche soit inclinée , il est difficile de s’y tenir debout ; on y glisse comme si elle avait été frottée avec du savon. Quoique le passage entre les deux variétés ne soit le plus souvent qu’instantané , cependant il se maintient quelquefois sur des espaces d’une très-grande étendue : c’est ainsi que sur le revers méridional des grandes Alpes, depuis le Mont- Rose jusqu’au Mont-Blanc, la roche dominante est presque toujours du schiste-talqueux; mais elle retourne, par intervalles, au schiste-micacé, et elle présente d’ailleurs tous les mêmes caractères géognostiques que lui : ainsi , il n’y a nullement lieu à les séparer comme deux formations distinctes.
§ 1^5. te schiste-micacé renferme très-fréquemment diverses substances. Les principales sont :
i° Le grenat , soit en grains amorphes , soit Substances
° D 1 coutenues.
en cristaux ; il s’y trouve si souvent qu’on pourrait presque le regarder comme un des principes intégrants de la roche. J’ai vu peu de schistesmicacés qui , pris dans une certaine étendue , n’en continssent un plus ou pioins grand nombre: j’en ai trouvé dans ceux du Languedoc , des Alpes, de la Saxe , de la Silésie , etc. M. de Buch en voyait presqu’à chaque pas qu’il faisait dans les schistes-micacés de la Scandinavie. Ils sont quelquefois en grand nombre et d’une grosseur considérable dans le meme lieu : Saussure, descendant du Simplon à Duomo d’ûssola , marchait sur un chemin qui en semblait presque pavé ; ils y étaient,, dit ce naturaliste, saillants hors du rocher comme les clous d’une charrette. ( Sauss. ,
§ 1760.) M. de Humboldten a également observé dans les schistes-micacés d’Amérique ; mais iis y sont en moindre quantité que d^ns le gneis ; ils v diminuent dans cette roche lorsqu’elle se rapproche des schistes , tandis qu’en Europe , c’est à l’époque de ce rapprochement quelle commence à prendre des grenats. '
Les feuillets de mica se plient tout au tour des cristaux de grenat, comme nous avons dit qu’ils le faisaient autour des nœuds de quartz ; et
TERRAINS PRIMITIFS
lorsque ces cristaux sont un peu gros , ils contribuent beaucoup à donner au schiste-micacé l’aspect glanduleux dont nous avons parlé. On peut en dire autant des cristaux de quelques-unes des substances que nous allons encore citer. Ces nodules présentant des parties dures , quelquefois très-rapprochées et saillantes au-dessus du reste de la roche , la rendent propre à servir de pierre meulière , de là le nom de saxum molare qu’elle porte en Suède : W allérius en distingue un grand nombre de variétés ; dans les unes les nœuds saillants sont des grenats, dans d’autres des quartz; ailleurs c’est de la tourmaline avec du quartz. J’ai vu , dans le pays d’Aoste , une grande quantité de meules faites d’un schiste-micacé chloriteux rempli de grenats rouges et gros comme des pois.
2° La tourmaline : en cristaux souvent bien terminés.
3° L’ amphibole : en cristaux habituellement imparfaits , et quelquefois en faisceaux formés de fibres divergentes ; souvent ils sont comme fondus dans la masse du schiste , et n’v paraissent que comme des taches noires sur un fond de couleur différente.
4° La staurotide : elle n’a encore été trouvée que dans cette espèce de roche , tant en Suisse qu’en Bretagne.
5° La macle : elle est abondante dans les Pyrénées.
6° La belle émeraude trouvée par M. Caillard en Egypte , est dans un schiste-micacé.
On a encore , dans cette roche , des disthènes , des graphites , des titanes , de l’idocrase , etc.
§ 176. Le schiste-micacé est très-distinctement stratifié , moins cependant que le gneis ; sa structure , si souvent glanduleuse , donne fréquemment à ses feuillets une forme contournée , qui ne permet pas d’en suivre aussi aisément la direction que s’ils étaient plans.
Ce contournement se retrouve aussi dans les strates : j’en ai vu de nombreux exemples dans les petites montagnes d’Arré en Bretagne : entre deux strates assez planes , on en voit quelquefois une , tantôt toute tordue et repliée sur ellemême , tantôt renfermant une bande de quartz qui y serpente , et parallèlement à laquelle les feuillets se disposent, etc. La matière de cette strate se sera tourmentée vraisemblablement par un mouvement intestin , lorsqu’elle est passée , par cristallisation , de l’état de mollesse à l’état solide ; de là tous les plis et toutes les formes singulières de ses feuillets.
§ 177. Le schiste-micacé est de toutes les roches primitives celle qui contient le plus de roches étrangères. Nous y remarquerons d’abord celles qui sont en grand rapport de composition avec lui ; telles que :
i° Des couches de talc : Dans plusieurs schistes-
Stratifica-
tion.
Couches
hétérogènes.
TERRAINS PRIMITIFS
micacés , le mica est remplacé par le talc , et lorsque celui-ci vient à dominer considérablement , il en résulte les couches dont nous parlons ici. On en a plusieurs exemples dans les Alpes, si riches en matière talqueuse : ainsi , sur les bords de la Doire-Baltée , au Mont-Jovet , on voit une couche dont le talc est pur , et par suite très-réfractaire ; on en taille les pierres pour les creusets des fourneaux à fondre le minerai de fer : ailleurs , les lamelles cristallines du talc sont tellement enlacées , soit entre elles , soit avec la partie compacte , que la roche qui en résulte , quoique très-tendre , a assez de consistance pour pouvoir être travaillée au tour; c’est une pierre ollaire.
La serpentine n’étant, en quelque sorte , qu’un schiste très-talqueux à l’état compacte , nous en trouverons fréquemment des couches dans les terrains dont nous parlons ici. Le Piémont en offre encore plusieurs exemples, sur lesquels nous reviendrons , en parlant des terrains de serpentine.
La chlorite tenant de même très-intimement, par sa nature, au talc , et par suite au mica , se trouvera souvent en couches au milieu de celles du schiste-micacé.
Quant à des couches de mica pur , ou presque pur , elles sont assez rares , du moins n’en ai-je vu qu’un bien petit nombre. Mais souvent on
trouve des masses ou portions de couches qui semblent n’être qu’un assemblage confus de paillettes de mica , petites, incohérentes , noires et dures.
2° Les couches de quartz , au contraire , sont très-communes dans le schiste-micacé , elles n’y sont pas , il est vrai , ordinairement pures ; elles contiennent presque toujours une plus ou moins grande quantité de mica , qui donne à la roche une texture schisteuse , et qui en fait un hyalomicte ( greisen des Allemands ). Le quartz y est souvent en parties qui montrent une tendance à se former en grains ; elles sont même quelquefois si distinctes que la roche a une texture entièrement granuleuse , et qu’elle a même été quelquefois prise pour un grès , comme dans la pierre dite grès flexible du Brésil , laquelle n’est qu’un quartz formé en grains bien distincts et entremêlés de quelques paillettes de mica : elle fait très - vraisemblablement partie d’une couche dans un terrain de schiste-micacé. Quelquefois le mica n’est , dans l’hyalomicte , que comme un léger enduit , ou en minces pellicules interposées entre les plaques quartzeuses et servant à les séparer les unes des autres : lorsque la roche se brise , ou plutôt qu’elle se délite , la pellicule enveloppant les fragments, ils paraissent être des morceaux de mica ou de talc ; mais bientôt la décomposition détruisant la pellicule , ils se présentent comme des échantillons de quartz pur.
TERRAINS PRIMITIFS
Souvent les couches et masses quarlzeuses pures augmentent de volume , de manière à former des montagnes et des terrains de quartz; ils seront 1 objet d'un article particulier.
3° Non seulement le grenat se trouve en grains ou cristaux disséminés dans les montagnes de schiste-micacé ; mais encore il y forme des couches particulières : j'en ai vu une auprès d Ehrenfriedersdorff en Saxe : il y en adanslesmontagnes de la Scandinavie.
4° Les couches calcaires sont très-abondantes dans le schiste-micacé : je puis meme dire qu’il est leur gîte le plus habituel dans les terrains primitifs. Les schistes-micacés des Alpes , des Pyrénées, de la Saxe , de la Montagne-Noire en Languedoc , etc. , m’en ont présenté un grand nombre ; il serait superflu d’insister sur ces localités , ainsi que sur celles qui sont rapportées par les auteurs ; le fait est trop général.
Le schiste se mêle très-souvent avec le calcaire : quelquefois le mélange n’a lieu qu’au contact des couches ; d’autres fois il existe sur des masses considérables, et les deux substances sont absolument mêlées ; les feuillets présentent une matière calcaire contenant de petits grains de quartz, et ils sont séparés les uns des autres par des lames composées de feuillets de mica. On voit un exemple d’un pareil fait entre Aoste et le Petit-Saint-Bernard, à la jonction du terrain primitif et du terrain
intermédiaire. Le calcaire se mêle aussi dans le schiste-micacé, sous forme de petits grains , qui semblent faire une de ses parties constituantes. Très-souvent les couches calcaires renfermées dans les schistes-micacés, contiennent des paillettes de mica ou de talc , qui, quoiqu’en très-petite quantité , leur communiquent une texture schisteuse : nous traiterons de ces divers objets à 1 article des calcaires primitifs. Nous nous bornerons ici à remarquer que parmi les variétés de calcaire qui se trouvent dans le schiste-micacé , il en est une qui doit être remarquée ; c’est celle qui , mêlée de magnésie et ayant une texture granuleuse , a été nommé dolomie; elle est sur-tout commune dans les Alpes du Saint-Gothard et du Splugen. M. de Buch a vu, dans cette dernière localité, le calcaire accompagné de gypse (1).
5° Des couches de diabase, d’amphibolite, d’actinote , de trémolite , etc. — Elles seront regardées comme exemple de couches accidentelles ; les calcaires seront comme exemple de couches habituelles^ et celles de talc, de serpentine et de quartz, comme subordonnées (§ 122).
Il est superflu de faire mention des assises de granité , de gneis et de phyllade , qui alternent quelquefois avec celles de schiste - micacé : et nous parlerons bientôt des nombreuses couches
(1) Magazin der naturforschender Freunde. 1809.
90 TERRAINS PRIMITIFS
métallifères qu’on trouve au milieu d’elles.
ASe- § 178. Le schiste-micacé vient après le gneis , dans la suite des formations , c’est, dans la suite schisteuse (§ 1 45 ), l’anneau qui le joint au phyllade ; il passe d’un côté à la première de ces roches, et de l’autre à la seconde. Quoique le schiste-micacé , pris en général, paraisse se trouver entre les grands terrains de ces deux roches , très -fréquemment on en voit des couches placées avant ou après, en suivant Page relatif des formations ; on en voit meme qui s’enfoncent sous le granité.
Non-seulement le schiste-micacé alterne avec le granité , le gneis et le phyllade , mais encore il passe immédiatement à ces roches dans le meme terrain, et quelquefois dans la même couche : ainsi , une assise sera de granité sur un point , et de schiste-micacé sur un autre ; la présence d’une plus grande quantité de feldspath , peutêtre plus de tranquillité dans la précipitation , auront suffi pour déterminer la production du granité , ainsi que nous l’avons déjà remarqué ( §§ 1 55 et 160 ).
Métaux § 1 79- Le schiste-micacé est une des roches qui contenus, renfermentle plus de substances métalliques : elles y sont plus souvent en couches qu’en filons, quoique ceux-ci ne laissent pas que d’être en assez grand nombre ; et l’on peut dire que si le gneis est la roche qui contient le plus de filons métalli-
SCHISTE-MICACE. 91
fères, le schiste-micacé est celle qui renferme le plus de couches.
Les mines d’or exploitées au pied du Mont- Rose, du côté de Duomo d’Ossola, sont en grande partie dans cette roche. Il en est de meme de quelques-unes de celles du pays de Salzbourg ; telles sont entre autres celles de Raminstein , Murwinke , etc.
Les exploitations d’argent de Johan-Georgenstadt , de Braunsdorf , une partie de celles d’Ehrenfriedersdorff en Saxe, une partie de celles de la Suède et de la Norwége , notamment celles de Kongsberg , etc. , sont dans le schiste-micacé.
La majeure partie des mines, dans les montagnes qui séparent la Silésie de la Bohême, existent dans cette roche : il en est de même de celles de cuivre près de Kupferberg , de celles d’étain à Gieren , et de celles de cobalt à Querbach, en Silésie.
Le fer se trouve fréquemment dans les couches que renferme le schiste-micacé , notamment près Ehrenfriedersdorff en Saxe.
§ 180. Le schiste-micacé se délite et se décompose avec beaucoup de facilité ; il se réduit en une terre contenant des grains de quartz , ainsi qu’on le voit dans tous les éboulements qui sont au pied de ses montagnes. Si le talc domine , la terre est douce et onctueuse au toucher , et peu propre à la végétation , comme toutes les terres magnésiennes.
Décom-
position.
TERRAINS PRIMITIFS
D'après cette aptitude à la décomposition , ses montagnes ne peuvent guère présenter que des formes et des cimes arrondies; à moins qu’elles ne renferment des roches d’une autre nature , tels que les quartz , les calcaires : celles-ci restant en saillie , peuvent constituer dans ces terrains des pics d’un volume considérable. Les Alpes et les Pyrénées en offrent un très-grand nombre d’exemples.
Etendue. § 181. Les terrains de schiste-micacé sont peutêtre les plus étendus des terrains primitifs , au moins dans les Alpes, en France, en Allemagne , etc. Dans les Pyrénées , cependant, la formation du schiste-micacé, principalement composée de couches de ce schiste , de phyllade et de calcaire , présente une longue bande morcelée , reposant immédiatement sur le granité , et bien moins étendue que lui. Dans la partie la plus septentrionale de 1 Europe, le schiste-micacé est presque aussi abondant que le gneis : il paraît qu’il est en moindre quantité en Angleterre , quoique cependant il ait été remarqué sur plusieurs points, notamment en Ecosse. On le retrouve en divers lieux des montagnes des Etats-Unis d’Amérique. M. de Humboldt l’a observé auprès de Cumana.
Cet illustre voyageur l’y regarde comme appartenant à la formation de micaschiste (schiste-micacé) proprement dite. Il admet , pour l’Amérique équinoxiale , les cinq formations, ou grandes assises, qui, d’après M. de Raumer, constituent les
phyllade: 93
montagnes du Riesengebirge , en Silésie , et que cet habile minéralogiste désigne, suivant les roches qui les composent, sous les noms de granité , granite-gneis , gneis , gneis-micaschiste et micaschiste. Les parties des Alpes , des Pyrénées et de la France que j’ai été à même de voir et d’étudier, ne m’ont présenté aucune indice d’une division de ces formations.
ARTICLE QUATRIÈME
DU PHYLLADE
Tkonschiefer des Allemands.
Clay slate des Anglais.
Schistus mensalis, tegularis, durus , de Vall.
Ardoise , schiste de Saussure et des anciens minéralogiste?.
Schiste argileux de M. Brochant.
§ 182. La roche , objet de cet article , était désignée parles anciens minéralogistes français sous le nom vague de schiste , et lorsqu’elle se divisait aisément en feuillets plats , de manière à pouvoir être employée à couvrir les toits ou à faire des tables , ils lui substituaient la dénomination d’ ardoise. Le nom de schiste ayant été donné ensuite à toutes les roches d’une texture fissile , n’a pu être , plus long-tems , celui d’une roche particulière ; et pour le faire servir à cet usage on y a joint l’adjectif argileux , traduisant ainsi , autant que l’esprit de notre langue le permettait , le mot Allemand thonschiefer ( argila schistus). Mais outre que la 4ra4qction est imparfaite, et que l’usage général n’a point attaché le nom schiste argileux à une roche particulière, deux inconvénients majeurs exigeaient sa réforme. i* Nous avons, en géognosie, une autre substance connue sous le nom argile schisteuse ( schie fer thon ) ; or il faut presque de la subtilité pour maintenir une différence entre ces deux noms, et dans la pratique, il y a de continuelles méprises. a0 Le mot argileux éveille nécessairement l’idée d’argile , et
Dénomi-
nation.
94 TERRAINS PRIMITIFS
semble dire que notre roche est composée de cette terre ; elle ne l’est pas plus que le schiste-micacé : elle a seulement un aspect moins cristallin, et par suite plus terreux : l’argile , détritus de roches préexistantes , n’a son véritable gissement que dans les terrains secondaires, et non dans les terrains primitifs ou intermédiaires auxquels appartient le prétendu schiste argileux.
Ces considérations nous ont portés , M. Brochant et moi , à lui substituer le nom de phyllade , déduit de sa texture feuilletée ( çva \ct? , tas de feuilles ).
Caractère. § i83. Le phyllade est une roche simple , schisteuse , présentant une cassure transversale mate , terreuse, à grains fins, opaque, tendre, donnant une poussière gnse , quelle que soit d ailleurs sa couleur , et fondant en une scorie noirâtre.
Ses couleurs les plus ordinaires sont le gris plus ou moins foncé et le noir bleuâtre , trèssouvent encore le gris verdâtre , pîus rarement les gris jaunâtres et le rouge brunâtre. L’oxide de fer est le principe colorant habituel ; mais dans les variétés noires , c’est une matière charbonneuse , soit à l'état de carbure de fer , soit à l’état d’anthracite. La plupart des phyllades se délitent très-aisément J en feuillets minces, tantôt plans , tantôt plus ©réi moins contournés : leur surface est quelquefois lisse, d’autres fois elle est traversée par des stries profondes, et est comme froncée : elle est tantôt terne , tantôt luisante , d’un éclat nacré ou soyeux.
4- Les derniers schistes- micacés, ceux qui nent le plus du gneis, ne paraissent presque
Rapport du § l8 phyllade au , , .
schiste-mi- S éloig
cace.
PHYLLADE
composés que de mica , le quartz y est en parties presque imperceptibles, et le tissu en est très-fin ; mais encore le mica s'y distingue , soit en petites paillettes , soit en pellicules très-minces : ensuite , ces paillettes ou ces pellicules se lient plus intimement les unes aux autres, elles ne se séparent qu'en feuillets plus épais, formés de leur réunion, et on a déjàunphyllade : cependant en l’examinant à une vive lumière , ou à l’aide d’une loupe , on aperçoit encore sur la surface des feuillets , une multitude de petites écailles de mica extrêmement déliées , et l’on voit que tout le corps en est composé : ses reflets sont encore , en partie , ceux du mica ; mais bientôt les écailles se fondent les unes dans les autres , l’aspect cristallin disparaît , et on a un tout d’apparence homogène ; c’est le vrai phyllade. Les paillettes de mica que l’on voit quelquefois sur ses feuillets, sont plutôt renfermées dans sa pâte qu’elles n’en sont partie : les points quartzeux , qui ont d’ailleurs diminué en quantité , sont entièrement invisibles , ils sont en tout ou en partie fondus dans la masse. C’est ainsi que s’établit , de la manière la plus continue et la mieux graduée, le passage entre ces deux roches , et par suite le passage du phyllade au gneis et au granité.
Ce fait est un des plus positifs de la science ; tous les géognostes sont unanimes sous cé rapport. Ferber , en donnant la première descrip-
TERRAINS PRIMITIFS
lion du gneis , ne voyait en lui qu’une roche qui tenait d'un côté au granité , et qui de l’autre passait au phyllade (1). Charpentier, décrivant le schiste-micacé , le donne comme l’intermédiaire entre cette même roche et le gneis (2). Haydînguer s’exprime de même dans son traité sur les roches (3). Saussure insiste souvent sur la transition des granités feuilletés à l’ardoise. M. de Buch a très-bien développé ce fait dans un mémoire particulier (4), et il a vu, pour ainsi dire à tout instant , les schistes-micacés de la Norwége et de la Suède se changer en phyliades. Dans les Pyrénées , M. Cordier est arrivé par un passage insensible d’une de ces deux roches à l'autre (3). Je ne multiplierai pas les citations y celles que nous avons données suffiront pour mettre à même de conclure que le phyllade n’est qu’un schistemicacé, surchargé de mica, dont les éléments sont fondus les uns dans les autres ; en un mot , qu’il n’est qu’un mica plus ou moins chargé de quartz et à l’état compacte.
J’aurais désiré confirmer par l’analyse chimique cette identité de nature ; mais les données relatives à chacun des deux
(1) j Bytrœge zur naturgeschichle von Baehmen , pag. 24.
(2) Mineralogische géographie der Chursœchsischen Lœndesr, pag. 280.
(3) Entvsurf einer sjrslematische Darslellung der Gebirgsarten, pag. ai.
(4) Bibliothèque britannique , tom. i5.
(5) Journal des Mines , tom. 16, pag.
PHYLLADE
termes de comparaison nous manquent : nous ne connaissons pas la composition du mica et de ses diverses variétés, du talc , etc. : et malgré les rapports que la minéralogie et la géognosie montrent entre ces substances , il paraît qu’elles diffèrent dans leur essence, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas pétries de la même pâte. Notre ignorance est encore plus grande à l’égard du phyllade ; c’est une roche réellement mélangée, et la plus ou moins grande quantité de quartz qu’elle renferme doit influer sur les résultats de l’analyse. J’ai voulu cependant voir quels seraient ces résultats sur une des variétés les mieux caractérisées , l’ardoise tégulaire de Paris, et l’analyse m’a donné les résultats suivants, que je mets en comparaison avec ceux que M. Klaproth à retirés du mien en larges feuillets de Sibérie (i).
PHYLLADE
Silice
Alumine 23,5
Magnésie 1,6
Peroxide de fer n,3
Oxide de manganèse o,5
Potasse 4>7
Carbonne o,3
Soufre o, i
Eau et matières volatiles. ..... 7,6
Perte 1,8