‹ Traite de geognosie, ou expose des connaissances actuelles sur la constitution physique et minerale du globe terrestre. Par J.F. D'Aubuisson de Voisins ... Tome premier 3 Tome 3Chapitre 18 sur 38 · ai · texte numérisé non relu

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chacun desquels tous les chaînons partiels sont parallèles à un certain grand cercle de la sphère terrestre, et embrassent de part et d’autre de ce grand cercle une zone plus ou moins large et presque toujours d’une grande longueur. Ainsi par exemple la chaîne qui forme l’axe de l’île de Madagascar, et celle beaucoup plus étendue, mais semblablement orientée, qui borde, au S.-E., le contiuent Africain, forment deux anneaux d’un système qu’on peut suivre à travers l’Asie jusqu’aux bords du lac Baïkal et de la Léna. Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples du même geni-e que j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’indiquer dans mes leçons, si cet extrait ne dépassait déjà de beaucoup les bornes dans lesquelles il aurait dû être renfermé.

L’appai'ition d’une chaîne de montagnes qui , à en juger par quelques-uns des résultats des observations géologiques, a produit, dans lescontrées voisines, des effets si violents, a pu, au contraire, n’influer sur des contrées trèslointaines que par l’agitation qu’elle a causée dans les eaux de la mer, et par un dérangement plus ou moins grand dans leur niveau } événements comparables à l’inondation subito et passagère, dont on retrouve l’indication à une date presque uniforme dans les archives de tous les peuples. Si cet événement historique n’était autre chose que la dernière des révolutions de la surface du globe, on serait

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natui^llement conduit à demander quelle est la chaîne de montagnes dont l’apparition remonte à la même date, et peut-être seraitce le cas de remarquer que le système des Andes, dont les soupiraux volcaniques sont encore généralement en activité , forme le trait le plus étendu, le plus tranché, et pour ainsi dire le moins effacé de là configuration extérieure actuelle du globe terrestre. En donnantie nom. de système des Andes à ce système, que je suppose être le plus récent de tous, je prends la partie pour le tout, comme je l’ai fait dans le cas des Pyrénées et des Alpes. Je veux, en effet, parler ici de cet énorme bourrelet montagneux qui court entre l’océan Pacifique d’une part , et les continents des deux Amériques et de l’Asie de l’autre, en suivant, depuis le Chili jusqu’à l’empire des Birmans, la direction d’un demi-grand cercle de la terre, et en servant comme d’axe central à cette ligne volcanique en zig-zag, qui, suivant çà et là dès fractures plus anciennes, sans s’écarter de la zone littorale, forme, ainsi que l’a remarqué M. de Buch, la limite la plus naturelle du continent de l’Asie, et peut même être considérée comme séparant la partie aujourd’hui' la plus continentale du globe- terrestre de sa partie la plus maritimCi Des crises violentes, accompagnées de l’élévation de chaînes dé montagnes, et suivies de mouvements impétueux des mers , ca-

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pables de désoler de vastes étendues de la surface du globe, paraissant avoir, pendant un laps de temps probablement immense, fait partie du mécanisme de la nature, il n’y a rien d’absurde à admettre que ce qui est arrivé à un grand nombre de reprises, depuis les périodes les plus anciennes, jusqu’aux périodes les plus modernes de l’histoire de la terre, soit arrivé une fois depuis que l’homme vit sur sa surface. Ainsi , comme le remarque avec justesse M. le professeur Sedgwick, nous nous trouvons avoir écarté tout ce que présentait d’incroyable la tradition d’un déluge récent.

On peut en outre remarquer, relativement à l’avenir de notre planète, que si le nombre des révolutions de la surface du globe et des systèmes des montagnes réellement distincts, est encore indéterminé, si la sérieformée par ces termes successifs n’est encore que très-imparfaitement connue , les observations déjà faites circonscrivent pourtant déjà. entre certaines limites la loi qui, lorsqu’ils seront tous complètement connus, pourra se manifester dans leur succession. Par cela seul que la hauteur actuelle du Mont-Blanc et du Mont- Rose ne date que des dernières révolutions de la surface du globe , il est visible que, quelle que soit la place définitive que pourront occuper, dans la même série, d’autres montagnes plus hautes encore, cette série ne prendra jamais cette forme longuement etrégulièrement

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décroissante qui conduirait directement à conclure que la limite est atteinte. Rien n’indiquera que des phénomènes, dont les derniers paroxysmes ont été si violents, ne se renouvelleront plus. Quelque provisoire que soit la succession de termes qui résulte de l’état actuel des observations, il est dilGcile d’y prévoir une modification qui change son. aspect au point de porter à supposer que l’écorce minérale du globe terrestre ait perdu la propriété de së rider successivement en différents sens ; il est difficile d’y prévoir un changement qui permette d’assurer, que la période de tranquillité dans laquelle nous vivons ne sera pas troublée à son tour par l’apparition d’un nouveau système de montagnes, effet d’unè nouvelle dislocation du sol que nous habitons, dont les tremblements de terre nous avertissent assez que les fondements ne sont pas inébranlables.

Tout nous conduit donc à supposer que les causes qui ont produit les phénomènes géologiques, subsistent encore, et que la tranquillité dont nous jouissons aujourd’hui est duo à leur sommeil bien plutôt qu’à leur anéantissement.

On a essayé d’expliquer, par la répétition: prolongée des effets lents et continus que nous voyons se produire sur la surface du globe, l’ensemble des phénomènes qui s’observent dans les pays de montagnes ; mais

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on n’est parvenu de cette manière à aucun résultat général complètement satisfaisant Tout annonce, en effet, que le redressement des couches d’une chaîne de montagnes est un événement d’un ordre différent de ceux dont nous sommes journellement les témoins.

Le nombre, la périodicité, la similitude des grands événements que nous présente • riiistoire du globe, fourniraient, s’il en était besoin aujourd’hui, de puissants arguments contre la plupart des causes cosmologiques, telles qu’un déplacement de l’axe de la terre ouïe choc d’une comète, auxquels on a souvent eu l’idée d’avoir recours pour les expliquer. Le choc d’un corps en mouvement serait beaucoup plus propre à produire, dans la croûte solide extérieure du globe, des inégalités disposées plus ou moins symétriqement autour d’un point, que des rides courant parallèlement les unes aux autres sur une grande étendue.

L’absence de tout rapport direct entre la direction des chaînes de montagnes et la position des pôles et de l’équateur, indique assez à elle seule qu’elles ne doivent pas leur origine à des phénomènes astronomiques. Les chaînes de montagnes ne présentent de relations évidentes que les unes avec les autres, par leur répartition en groupes rectiligpes, et avec les dimensions du globe terrestre, par la propriété que paraît avoir chaque système

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d’embrasser plus ou moins exactement une demi-circonférence de la terre ; et on peut remarquer, à l’appui de l’bypotbese dans laquelle éhacun de ces systèmes de montagnes, quelle que soit son. étendue, serait considéré comme le résultat d’un seul mouvement de dislocation de la croûte terrestre, quil est plus aisé de se représenter géométriquement le déplacement relatif de parties, necessaire, pour que l’écorce solide de la terre se ride suivant une portion considérable de 1 un do ses grands cercles, que celui qui devrait avoir lieu si elle venait à se rider seulement dans un espace plus circonscrit.

L’idée d’assimiler, à l’époquede tranquillité actuelle, chacune des périodes de tranquillité

relative dont l’étude des dépôts de sédiment nous atteste l’ancienne existence, est complé- . tement en harmonie avec l’idée; très-philosophique. en elle-même, de chercher dans les causes qui agissent encore actuellement sous nos yeux à la surface du globe, l’explication des phénomènes dont les géologues observent les effets. Mais il y a loin de l’idée que tous les phénomènes géologiques ont du etre produits par de^ causes encore en action, à la supposition gratuite que ces causes n’ont jamais déployé une énergie supérieure à celle avec laquelle elles ont agi depuis 1 établissement •définitif .des sociétés actuelles. Cette supposition ne peut s’accorder avec le fait de 1 indé-

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pendance des formalions de sédiment successives, qui est'le résultat le plus important, et en quelque sorte le résumé de l’étude des couches superficielles de notre globe; ilj a, au contraire, une harmonie remarquable entre la forme générale que tous les géologues ont attribuée, depuis "Werner, et meme depuis BufTon , à la série des sédiments qu’ils ont constamment divisée en un nombre limité de formations, et l’idée d’une série de catastrophes, susceptibles chacune de changer, sur de grands espaces, la forme des mers et le cours des rivières, et séparées les unes des autres, dans chaque contrée , par des périodes d'une tranquillité relative.

Mais, plus il sera solidement établi, parles faits dont l’ensemble constitue la géologie positive, que l’histoire de la terre se compose d’une série de périodes de tranquillité, dont chacune a été séparée de la suivante par une convulsion subite et violente, dans laquelle une portion de la croûte du globe à été disloquée, plus en même temps il paraîtra raisonnable de ne chercher que dans l’action des causes dont l’observation de la nature nous a démontré l’existence, l’explication de ses ouvrages même 1 es plus anciens ; pl us sera grande la curiosité, on pourrait même dire l’anxiété avec laquelle on se trouvera porté à rechercher, parmi les causesactuellement en action, quel est l’élément qui peut être propre à pro-.

^iiire de temps à autres, des crises si différentes de la marche ordinaire des événements qui se passent sous pos yeux.

Les volcans se' présentent naturellement à l’esprit, lorsqu’on cherche dans l’état présent des choses quelques termes de comparaison avec ces phénomènes gigantesques qui apparaissent clair-semés dans l’histoire de la terre. Mais la volcanicité ne serait une cause comparable aux effets qu’il s’agit d’expliquer, qu’autant qu’on élargirait l’acception habituelle de cette expression ; en la définissant avec M. de Humholdt, l’injluence qu exerce l’intérieur d’une planète sur son enveloppe extérieure dans les différents stades de son re~ froidissement.

Déjà on était obligé de modifier le sens primitif de l’expression action volcanique, lorsqu’on voulait continuer à y comprendre, ainsi que le faisait Dolomieu, les éruptions de trachytes et de basaltes, puisqu’il est prouvé aujourd’hui que ces roches, au lieu d’avoir coulé d’un cratère situé à la cime d’un cône, se sont élevées sous forme de cloches, ou se sont épanchées en grandes nappes par des crevasses souvent longues et étroites (dykes). Les différences si bien établies par M. de Buch, entre les laves des volcans, et les mélaphyres qui, dans le soulèvement des chaînes de montagnes, sont arrivés au jour dans uu état pâteux, et n’out jamais coulé sur la sur- ,

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face, montrent la néce^ité d’élargir encore plus le sens attribué le plus souvent à cette même expression d’action volcanique, si on veut que le phénomène du soulèvement d’une chaîne de montagnes puisse être compris.

Les volcans se sont souvent alignés suivant des fractures parallèles à des chaînes de montagnes, et qui devaient probablement à l’élévation de ces chaînes leur première origine j mais cela ne conduit nullement à considérer les chaînes elles-mêmes comme étant dues à ce jeu prolongé des évents volcaniques, auquel s’applique proprement le sens de l’expression d’action volcanique. Si on conçoit comment un centre d’éruptions volcaniques, agissant avec une énergie extraordinaire , aurait pu produire des accidents disposés circulairement, ou en forme de rayons, autour d’un point central , on ne peut imaginer comment même plusieurs volcans réunis auraient produit de ces rides, en partie composées de couches repliées, qui se poursuivent avec une direction constante dans l’espace d’un grand nombre de degrés.

L’action volcanique, dans le sens propre de ce mot, ne saurait donc être la cause première des grands phénomènes qui nous occupent; mais les éruptions volcaniques paraissent avoir elles-mêmes des rapports avec la haute température que présentent encore aujourd’hui les parties intérieures du globe.

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èt les analogies qui au premier aperçu nous feraient chercher dans l’action volcanique proprement dite la cause ies révolutions de la suTface du glohe, doivent nous conduire , hnalement à chercher cette même cause dans lephénomène beaucoup pluslarge de la haute température intérieure de la terre.

Le refroidissement séculaire, c’est-à-dire la diffusion lente de cette chaleur primitive à laquelle les planètes doivent leür forme sphéroïdale, et la disposition généralement régulière de leurs couches du centre à la circonférence, par ordre de pesanteur spécifique , présente en effet un élément auquel il me semble depuis long-temps, ainsi qu’à M. Fe'néon (qui m’a dit avoir eu aussi, de son . côté, la même idée), que ces effets extraordinaires pourraient être rattachés. Cet élément estle rapport qu’un refroidissementaussi avancé que celui des corps planétaii’es établit sans cesse entre la capacité de leur enveloppe solide et le volume de leur masse interne. Dans un temps donné, la température de l’intérieur desplanètes s’abaisse d’une quantité beaucoup plus grande que celle de leur surface, dont le refroidissement est aujourd’hui presque insensible. Nous ignorons sans , doute quelles sont ' les propriétés physiques . des matières dont l’intérieur de ces coips est composé; mais les analogies les plus naturelles portent à penser que l’inégalité de re-

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froidissement, dont on vient de parler, doit mettre leurs enveloppes dans la nécessité de diminuer sans cesse de capacité, malgré la constance presque rigoureuse de leur température , pour ne pas cesser d’embrasser exactement leurs masses internes, dont la température décroit sensiblement. Elles doivent par suite s’écarter légèrement et d’une manière progressive de la figure spbéroïdale qui leur convient, et qui correspond à un maximum de capacité; et la tendance graduellement croissante à revenir à une figure à peu près de cette nature, soit qu’elle agisse seule, ou qu’elle se combine avec les autres causes intérieures de changement que les planètes peuvent renfermer, pourrait peut-être rendre complètement raison de la formation subite des rides et des diverses tubérosités qui se sont produites par intervalles dans la croûte extérieure de la terre, et probablement aussi de tous les autres corps planétaires.

L’application la plus directe et la plus positive de la géognosie est la connaissance des gisements des matières utiles. La forme, la composition et la répartition de ces gisements, sont assujettis à des lois qu’il faut nécessairement connaître pour les rechercher et les

exploiter. Malheurensement cette importante partie de la géognosie a été jusqu’ici un peu négligée, et comme il est temps de ramener la science au point de vue des applications utiles, dont elle n’aurait jamais dû. s’éloigner, le lecteur me saura gré de céder ici la plume à M. Fournet, que ses travaux d’exploitation et ses études toutes spéciales ont mis à même de découvrir des faits nouveaux et d’apprécier, mieux que tout autre, ceux qui avaient été déjà observés.

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