‹ Traite de geognosie, ou expose des connaissances actuelles sur la constitution physique et minerale du globe terrestre. Par J.F. D'Aubuisson de Voisins ... Tome premier 3 Tome 3Chapitre 17 sur 38 · XI. Système des Alpes Occidentales · texte numérisé non relu

XI. Système des Alpes Occidentales

On est généralement habitué à considérer comme un tout unique, la réunion de montagnes qu’on désigne sous le nom unique d! Alpes; mais on peutaisément reconnaître que cette Taste agglomération résulte du croisement de plusieurs systèmes indépendants les uns des autres, distincts à la fois par leur direction et par leur âge, et dont l’apparition successive a chaque fois considérablement modifié le relief antérieur. Il résulte de là qu’au premier abord leur structure parait très -embrouillée lorsqu’on la compare à celle de telle chaîne où, comme dans les Pyrénées par exemple, un seul soulèvement a produit les grands traits du tableau, et dont le relief actuel est pour ainsi dire d’un seul jet.

Dans une grande partie de leur étendue, et surtout dans leurs parties orientale et méridionale, on reconnaît encore des traces de nombreuses chaînes de montagnes, dirigées

DES montagnes.

dans le même sens que les crêtes neigeuses des Pyrénées, et soulevées de même avant le dépôt des terrains tertiaires inférieurs ( Castel- Gomberto, Montecchiomaggiore, ValRonca).

Dans les Alpes de la Provence et du Dauphiné, on voit se dessiner fortement les chaînons du système du Mont Viso, soulevés avant le dépôt du terrain crétacé supérieur. Dans les montagnes qui lient les Alpes au Jura, on reconnaît des traces du système des îles de Corse et de Sardaigne, soulevé avant le dépôt des molasses; mais presque partout ces traces de dislocation, comparativement anciennes , sont sujettes à être masquées par des dislocations d’une date plus récente. Le relief des parties les plus hautes et les plus compliquées des Alpes, de celles qui avoisinent le Mont-Blanc, le Mont-Rose, le Finster-Aar-horn, résulte principalement du croisement de deux de ces systèmes récents, qui se rencontrent sous un angle de 4^ à 5o“, et qui se distinguent du système Pyrénéo-Apennln par leur direction comme parleur âge. Par suite de la disposition croisée de ces deux systèmes, les Alpes forment un coude à la hauteur du Mont-Blanc, et après s’être dirigées depuis l’Autriche jusqu’en Valais, suivant une direction peu éloignée del’Elst '1^ Nord-Est, à l’Ouest Sud-Ouest, elles tournent bmsquement pour se rapprocher delà ligneNord-Nord-Elst,Sud-Sud-OuesL S’il n’y avait là qu’une inflexion pure et simple

54$ «DR LES SOCLÈVEMENTS

dans une chatne de montagnes d’un seul jet, qui vient simplement à s’arquer , on verraitpeu à peu la direction des couches et des crêtes s’infléchir pour passer de la direction de^l’un des systèmes à celle de l’autre; tandis qu’on voit au contraire, le plus souvent, les directions des couches et des crêtes se rattacher assez distinctement tantôt à Tun, tantôt à l’autre, et les deux systèmes se pénétrer comme on conçoit qu’ils doivent le faire, s’ils sont le résultat de deux phénomènes entièrement distincts.

Le croisement de ces grands accidents de la croûte terrestre présente souvent une circonstance qui mérite que nous nous y arrêtions un instant.

' On a vu dans les premières parties de ce volume, que, d’après les observations de M. le professeur Hoffmann , les vallées de soulèvement plus ou moins exactement circulaires, dans lesquelles sourdent les sources acidulés du nord de l’Allemagne , sont placées aux points de rencontre de dislocations de directions diverses. Quelque chose d’analogue à ces vallées circulaires s’observe aussi dans les Alpes, aux points où se croisent les grandes lignes de dislocation. Je citerai, comme exemple de ce fait, le cirque de Louëche, dont font partie les escarpements célèbres de la Gemmi; celui de Derbarens couronné par les cimes neigeuses des Diable-

DES MONTAGNES

rets, et surtout la grande vallée circulaire dans laquelle s’élève le Mont-Blanc, à la rencontre de deux des crêtes les plus saillantes des Alpes, celle qui sépare le Valais de la vallée d’Âoste, et celle qui s’étend de la montagne de Taillefer dans l’Oisans, à la pointe d’Ornex, au-dessus de Martigny.

Les escarpements du Buet, des rochers des Fis, du Cramont, forment des parties détachées d’un vaste cirque, au milieu duquel s’élève la masse pyramidale du Mont-Blanc, qui rappelle ainsi, par la disposition du cortège‘qui l’accompagne, la cime trachytique de l’Elbrouz (le Mont-Blanc du Caucase), et même jusqu’à un certain point le cône du pic de TénérilTe. (1)

Le peu d’ancienneté relative de la forme actuelle des Alpes estcertainementau nombre des vérités les plus incontestables que les géologues aient constatées. Le point de vue d’après lequel M. Jurine avait donné le nom

(1) Les hauteurs des trois pyramides sont :

Mont-Blanc 4,811 mètres.

Elbrouz 5,009

Pic de Teyde 3,776

Les hauteurs des bords des cirques qui les entourent en partie sont :

Le Buet 3,1 09 mètres.

Inal , Kinjal , Beurmaneuc (enriron 10,000 pieds) . . . 3,248

Los Adulejos ' . . . 2,865

La comparaison de ces diverses hauteurs donne lieu aux rapports suivants, dont la ressemblance est remarquable ;

Mont- Blanc : Buet Cil ! 0,646

Elbrouz : Inal II 1 1 0,648

Pic de Teyde 1 Lot Adulejos 1 0,758

548 SUR LES SOULÈVEMENTS

Aeprotogine à la roche granitoïde qui domine dans le massif du Mont-Blanc, a été tacitement abandonné aussitôt qu’on a reconnu que les couches les plus tourmentées des Alpes, celles mêmes qui couronnent les escarpements qui regardent le Mont-Blanc, appartiennent à des formations de sédiment très- récentes. Lorsqu’on observe d’un œil attentif l’ensemble des montagnes dont le Mont-Blanc forme l’axe; lorsqu’on suit, par exemple, la couche mince, remplie de fossiles, du terrain crétacé inférieur et d’une constance de caractères si remarquable, qui, de Thonne et de la vallée du Reposoir, s’élève à la crête des Fis (3,700 mètres), on ne peut s’empêcher d’y reconnaître , sur une échelle gigantesque, des traces de soulèvement encore plus certaines peutêtre, que celles que Saussure a signalées plus près de la base du Mont-Blanc, dans les couches presque verticales du poudingue de Valorsine. MM. Brongniart et Buckland ont regardé comme l’effet d’un soulèvement, la position à la hauteur des neiges perpétuelles des fossiles récents des Diablerets. MM. Bakewell, Boué, Kefersiein , Lil de Lilienbach et plusieurs autres géologues, ont signalé des phénomènes du même genre dans beaucoup d’autres points des Alpes. Le nagelflue qui fait partie du 2.' étage tertiaire s’élève au Rigi à la hauteur de 1875 mètres au-dessus du niveau de la mer.

* DES HÔNtAGNES.

Cegenre de pliénomènes distingue les Alpes d’une grande partie des montagnes qui les en- • J tourent. Près de Lyon, les couches de la molasse coqullllère s’étendent horizontalement sur les roches primitives du Forez, tandis que ces mêmes couches s’élèvent et se redressent de toutes parts en approchant des Alpes. MM.

Sedgwick etMurchison, ont de même observé que les couches crayeuses et tertiaires qui s’étendent horizontalement au pied du Bohmerwald-Gebirge, se relèvent sur la rive opposée du Danube en entrant dans les Alpes.

MM. Murcblson et Lyell ont indiqué une disposition analogue dans les tei'rains tertiaires de l’Italie.

On ne s’est pas occupé aussi fréquemment, ni depuis aussi long- temps, de passer de ces aperçus généraux aux recherches nécessaires pour fixer l’âge relatif des dilFérents systèmes de dislocation, dont la superposition a donné naissance à la masse en apparence si informe des Alpes. ’ »•

Dans les Alpes occidentales, c’est-à-dire à l’ouest du Tyrol, et particulièrement dans les montagnes de la Savoie et du Dauphiné, la plupart des grands accidents du sol se rattachent à celui de ces deux grands systèmes d’accidents mentionnés ci-dessus, dont la direction moyenne est du Nord- Nord- Eist au Sud-Sud-Ouest, ou plus exactement du Nord 36" Est, au Sud 36" Ouest. La prédominance

SUR LES SOULÈVEMENTS

d’une direction constante, dans ces montagnes, a été remarquée depuis long-temps par de Saussure, et plus récemment par M. Brochant, et ils en ont conclu avec raison que, dans toutes les parties où cette direction domine, le redressement des couches (ou du moins la partie aujourd’hui la plus influente de ce redressement) doit être attribué à une seule opération de la nature.

La date géologique de cet événement est facile à déterminer : il suffît, poury parvenir, d’examiner quelles sont les formations dont les couches en sont affectées, et quels sont au contraire les dépôts qui se sont étendus horizontalement sur les tranches des dépôts qui avaient subi la dislocation.

Dans l’intérieur du système de rides dont se composent principalement les Alpes occidentales, on n’aperçoit pas de couches plus récentes que la craie, parce que ces rides se sontformées sur un sol qui, déjà devenu montueux, au moment dusoulèvement dusystème du mont Viso, avait été tout-à-fait élevé audessus des mers, au moment du soulèvement du système des Pyrénées. Mais sur les bords, ainsi qu’aux deux extrémités de l’espace occupé par les rides auxquelles les Alpes occidentales doiventleurprincipal caractère,on voitlesdislocations qui déterminent la forme etla saillie de ces rides, se transmettre aux couches tertiaires de l’étage moyeu (à la molasse coquil-

DES MONTAGNES

Kl

lière), aussi bien qu’aux couches secondaires qui les supportent; d’où il suit que le redressement de couches propre au système des Alpes occidentales, a eu lieu après le dépôt des couches de l’étage tertiaire moyen.

Ainsi les couches de la molasse coquillière se trouvent également redressées, à la colline de Supergue, près de Turin, et au pied occidental des montagnes de la Grande-Chartreuse près de Grenoble. Ce dernier exemple est surtout très-frappant, parce que les couches de molasse qu’on voit se redresser jusqu’à la verticale, à l’approche des escarpements Alpins, s’étendent horizontalement jusqu’au pied des montagnes granitiques du Forez, qui viennent border le Rhône de Lyon à Saint-Vallier. Il résulte de cette circonstance une opposition non moins frappante entre les âges qu’entre les formes des montagnes arrondies du Forez, et des crêtes Alpines <jui terminent si majestueusement vers l’Est- Sud-Est l’horizon des rives du Rhône.

Aux deux extrémités du groupe des grosses rides Alpines, la molasse coquillière se trouve aussi redressée dans leur direction, notamment, d’une part, au milieu de la Suisse, dans l’Entlibuch, et de l’autre, au milieu de la Provence, dans la vallée de la Durance, près de Manosque, entre Volonne et le Pertuis de Mirabeau. Il est même digne de remarque, quoique sans doute le hasard y entre jiour

SUR LES S0ÜLÈYEMENT3

quelque chose, que les directions moyennes de ces deux groupes de couches redressées, sont presque dans le prolongement mathématique l’une de l’autre, et que la même ligne de direction va rencontrer, d’une part, la hutte volcanique de Hohentvviel au nordouest de Constance, et de l’autre, la petite île de Riou, qui s’avance dans la Méditerranée, en avant de l’angle saillant que forme la côte du département des Bouches-du- Rhône, entre Marseille et Cassis. Cette même ligne traverse les Alpes, en passant entre le Mont-Blanc et le Mont- Rose, parallèlement aux énormes escarpements que ces deux masses colossales présentent l’une et l’autre du côté de l’Est-Sud-Est, et elle sert en même temps, pour ainsi dire, de limite occidentale à la région des roches de serpentine. Les deux accidents du sol auxquels elle se termine , l’île de Riou et la butte volcanique de Hohent- Avlel, présentent l’une et l’autre des traces de dislocations antérieures auxquelles la nouvelle ligne de fracture semble s’être arrêtée. L’île de Riou, mal figurée par Cassini , est alongée dans le sens des Pyrénéesj la butte de Hohentvviel s’aligne avec les autres buttes volcaniques du Hegau suivant la direction du système du mont Viso..

Les Alpes ne sont pas la seule partie de l’Europe méridionale dans laquelle les terrains tertiaires de l’étage moyeu aient été a£-

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fect^s par des dislocations dirigées à peu près d.u N.-N.-E. au S.-S.-O., ou plus exactement parallèlement à un arc de grand cercle passant par Marseille et Zurich. Aux environs de Narbonne, commence une série de dislocations qulaffectentlesmêmes terrainset qui, courant sensiblement dans le même sens, déterminent la direction générale de la côte d’Espagne jusqu’au cap de Gates. Le chaînon de montagnes qui, dans l’empire de Maroc, commence au cap Trés-Forcas, paraît en être le prolongement. La Calabre, la Sicile et la régence de Tunis, présentent un grand nombre de dislocations et de crêtes dirigées de la même manière, et M. Christie, que le climat meurtrier de l’Inde a enlevé depuis aux sciences d’une manière si prématurée, a jugé qu’en Sicile ces dislocations sont contemporaines de celles des Alpes occidentales.

A partir de la convulsion qui a donné au système des Alpes occidentales son relief actuel, l’Europe semble avoir présenté un grand espace continental; pendant la période de tranquillité qui a suivi le redressement des couches de ce système, il ne s’est plus formé de dépôts marins que sur des côtes et dans des golfes éloignés de la partie centrale, comme dans les collines subapennines, dans quelques parllesdela Sicile, et en Angleterre, dans les comtés de SulFolk et d’Essex. Il ne s’est plus formé de dépôts de sédiment dans l’intérieur

SUR LES 80ÜLÈVEMENTS

’du continent que dans les vallées des rivière» alors existantes, et dans quelques lacs d’eau douce qu’une révolution plus récente a fait disparaître, et qui étaient distribués au pied des montagnes, comme le sont les lacs actuds de la Suisse et de la Lombardie, mais dont quelques-uns étaient beaucoup plus étendus, Un lac de cette espèce couvrait la partie nord-ouest et la moins montueuse du département de l’Isère, ainsi que la plaine de la Bresse, depuis Tullins et Voiron jusqu’à Dijon f un antre couvrait la partie du département des Basses-Alpes comprise entre Digne, Ma- Dosque et Barj ois; d’autres couvraient en partie la plaine de l’Alsace et les contrées basses qui avoisinent le lac de Constance. Les dépôts trèsépais qui se sont formés dans ces lacs, et dont les couches horizontales s’étendent sur les tranches des couches de molasse coquillière marine antérieurement redressées, se composent en grande partie d’assises alternatives de sable mêlé de cailloux roulés et de marne; ils présentent tant de ressemblance avec ceux qui se formentsousnosyeuxdans l’intérieur des continents, qu’on en a généralement compris une grande partie dans la classe des terrain» qu’on appelle d’attérissement,de transport o» d’alluvion, quoiqu’ils appartiennent évidemment à la troisième période tertiaire.

Dans les dépôts du premier de ces lacs (dans l’Isère, la Bresse, etc.) on trouve de nombreux.

DES MONTAGNES

amas de bois fossile qui paraissent provenir d’espèces d’arbres déjà assez peu différentes de celles de nos contrées; ils sont accompagnés de nombreuses coquilles d’eau douce. Les débris fossiles de plantes, de poissons, d’animaux terrestres, découverts en si grand nombre à OEningen , dans le bassin du lac de Constance, appartiennent probablement à cette période.

Sur la surface des terres alors découvertes, vivaient l’hyène et l’ours des cavernes, l’éléphant velu, des mastodontes, des rhinocéros, des hippopotames, animaux dont les espèces, aujourd’hui perdues, paraissent avoir été détruites dans la révolution qui, en changeant en partie la face du système des Âlpes occidentales, a donné à la masse des Alpes la forme qu’elle nous présente aujourd’hui , et a achevé de façonner le continent européen.

XII. Système de la chaîne principale des Âlpes {^depuis le Valais jusqu’en Autriche. )

Les vallées de l’Isère, du Rhône, de la Saône et de la Durance, présentent deux terrains d’attérissement ou de transport très-distincts l’un de l’autre, entre lesquels on observe un défaut de continuité et une variation brusque de caractères qui constituent une nouvelle interruption dans la série des dépôts de sédiment.

SUR LES SOULÈVEMENTS

Les eaux qui ont transporté les matériaux du premier de ces deux terrains, lequel appartient, ainsi que je viens de le dire, à la troisième période tertiaire, paraissent avoir été reçues dans les lacs d’eau douce dont j’ai parlé précédemment, tandis que lesmatériaux du second terrain semblent avoir été entraînés violemment par des courants d’eau passagers qui se sont écoulés vers la Méditerranée. Ces derniers courants sont généralement désignés sous le nom de courants diluviens, quoiqu’ils n’aient rien de commun avec le déluge de l’histoire, et que leur passage ait eu lieu avant le séjour du genre humain sur notre continent, où ils n’ont détruit que ces animaux aujourd’hui inconnus, que j’ai mentionnés ci-dessns. On discutera peut-être long-temps encore sur leur origine, qui pourrait bien avoir résulté tout simplement de la fusion des neiges des Alpes occidentales, opérée instantanément au moment du soulèvement de la chaîne principale des Alpes , et du déversement des eaux des lacs dont il vient d’être question; mais on s’accorde généralement à admettre que le passage de ces courants a suivi immédiatement la dernière dislocation des couches Alpines.

En portant un coup d’œil général sur les Alpes et sur les contrées qui les avoisinent, ou peut reconnaître que les crêtes de la Sainte- Baume, de Sainte-Victoire, du Leberon, du Yentoux et de la montagne du Poet, dans le.

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midi de la France; la crête principale des Alpes, qui court du Valais vers l’Autriche; la crête moinshaute et moins étendue, qui comprend en Suisse le mont Pilate et les deux Myten, etc., sont différents chaînons de montagnes, qui, malgré leur inégalité, sont comparables entre eux, à cause de leur parallélisme et des rapports analogues qu’ils présentent avec les accidents des Alpes occidentales. Le parallélisme, l’analogie de rapports dont je viens de parler, présentent à eux seuls de fortes raisons de croire que tous ces chaînons de montagnes ont pris naissance en même temps, et ne sont que différentes parties d’un même tout, d’un système de fracture unique, opéré en un moment. On pourrait tout au plus concevoir l’idée de les diviser en deux groupes, celui de la Provence et celui des Alpes; mais on en est immédiatement détourné par les rapports analogues qu’on recojinaît entre ces diverses fractures des couches et un mouvement général, que le sol d’une partie de la France a éprouvé en contractant une double pente ascendante, d’une part, de Dijon et de Bourges vers le Forez et l’Auvergne, et de l’autre, des bords de la Méditerranée vers les mêmes contrées. Ces deux pentes opposées donnent lieu par leur rencontre à une espèce de ligne de faîte qui est située précisément dans le prolongement de la ligne de soulèvement de la chaîne principale des Alpes.

558 SUR LES SOULÈVEMENTS

Cette ligne, qu’on voit se suivre ainsi d’une manière plus ou moins marquée depuis les confins de la Hongrie jusqu’en Auvergne, semble être en rapport avec les principales anomalies que les mesures gëodésiques et les observations du pendule nous ont deypilées dans la structure intérieure de notre continent. 11 est probable que sa formation a donné, pour ainsi dire, le signal de l’élévation des cratères de soulèvement du Cantal, du Mont-Dore et du Mézenc, autour desquels se sont groupés depuis les cônes volcaniques de l’Auvergne.

Les deux pentes opposées dont nous venons de parler, ne se sont produites qu’après l’existence des lacs dans lesquels s’est accumulé le terrain de transport ancien; car on peut vérifier que le fond de celui de ces deux lacs qui couvrait la Bresse et le nord-ouest du département de l’Isère, a subi un relèvement considérable du Nord vers le Midi, et que le fond du lac qui s’étendait entre Digne, Manosque et Barjols, a subi un relèvement pluscon* sidérable encore du Midi vers le Nord.

Les dépôts de transports anciens, formés en couches horizontales, au fond du second de ces deux lacs, sur la tranche des dépôts tertiaires déjà disloqués lors de la production du système de fractures des Alpes occidentales, ont même été disloqués à leur tour près de Mézel (Basses-Alpes), dans une direction conforme à celle des petites chaînes qui sillon-

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Bont la Provencè, comme le Ventoux, le Lebcron, la Saiate- Baume, parallèlemeut à la chaîne principale des Alpes.

Le dépôt de transport diluvien n’est nulle part alTecté par les dislocations du sol; partout il s’étend sur les tranches des couches disloquées, sans présenter d’autre pente que celle que le courant qui le déposait a dû lui faire prendre à son origine : ainsi le redressement de couches dont il s’agit a eu lieu nécessaii’ement entre le dépôt du terrain de transport ancien et le passage des courants diluviens, qui ont rayonné autour des Alpes.

Les environs de Paris et une partie du nord de la France, présentent des traces du passage de puissants courants d’eau venant du .Sud-Est, dont le déversement des eaux du lac de la Bresse, par suite de l’élévation inégale de son fond, fournit l’explication la plus simple et dont il est de même évident que les dépôts n’ont subi aucun dérangement depuis leur origine; circonstance qui, à elle seule, les distinguerait des dépôts tertiaires dans lesquels sont creusées les vallées qui les renferment. La ville de Paris est bâtie en grande paiv lie sur ce dépôt de transport, dont l’origine violente est attestée par la grosseur des blocs qu’il renfei'rae et dont l’ancienneté est prouvée par la découverte qu’on y a faite, près de la gare, d’un squelette d’éléphant.

En examinant avec soin la disposition des

SUR LES SOÜLÈVEMENTS

terrains secondaires et tertiaires, depuis la Baltique jusqu’à Gibraltar et en Sicile, celle même des blocs diluviens répandus autour de la Scandinavie et dont le transport est probablement antérieur à celui du diluvium Alpin , on y reconnaît de nombreuses traces du mouvement du sol dont j'ai indiqué plus haut les effets dans les Alpes et autour de leur base; ^ mais, dans un résumé aussi bref que doit l’être ’é'i celui-ci, je puis à peine les indiquer, i A La surface des terrains lertiaii'es de Tintérieur de la FVance qui, dans l’origine, devait être sensiblement horizontale, va en se relevant (ainsi que Ta remarqué depuis long-temps M. d’Omalius d’Halloy) , depuis les bords de la Loire jusqu’à une ligne qui, passant par Compiègne et Laon, et dirigée à peu près parallèlement à la chaîne principale des Alpes, irait traverser la contrée volcanique des bords du Rhin. Dans le voisinage de cette ligne oa voit en plusieurs points, comme à Compiègne, à Chambly, à Vigny, à Beyne, à Meudon même, la craie relever autour d’elle les dépôts tertiaires et former au pied de leurs escarpes^nts le fond de vallées d’élévation, dans lesqpêlles le seul dépôt diluvien venu du S.-Ei. présente une position en rapport avec les lide niveau actuelles.

Depuis l’extrémité du Cornouailles jusqu’à Memel , en Pi'usse, la direction dominante des rivages dont Içs falaises sont formées indilfë-

Di.. ' - "

DES MONTAGNES

remment pour toutes les couches de sédiment, est sensiblement parallèle à la direction de la chaîne principale des Âlpes, et la grande hauteur à laquelle le dépôt du crag a été récemment observé sur les falaises au sud de l’emboucbure de la Tamise, prouve qu’à l’époque dont je m’occupe en ce moment, le sol du midi de l’Angleterre a subi, comme celui du nord de la France, des mouvements considérables. ,

LeS.-O.delaFranceetl’Espagne ont éprouvé, à la même époque, des mouvementsbeaucoup plus considérablesencore. Des masses d’ophite sans nombre, perçant le sol de toutes parts, y ont relevé autour d’elles tous les dépôts de sédiment, y compris même lesable des landes, qui appartient, comme le crag et le limoa caillouteux de la Bresse, à la troisième période tertiaire. Ces opbites, dont M. Dufrénoy a montré depuis long-temps que le soulèvement est indépendant de celui de la masse des Pyrénées, se sont souvent alignées par files qui suivent les directions de toutes les anciennes fractures , de tous les clivages y>\\iso\i moins oblitérés que présentait le sol quelles avaient à percer; mais, considérées dans leur ensemble, ces masses d’ophites, les masses de dolomie, de gypse et de sel gemme, les sources salées ou thermales qui forment en quelque sorte leur cortège, sont disposées par bandes qui , prenant naissance au milieu des corbières

3Ga

SÜR LES SOULÈVEMENTS

et des plaines ondulées de la Gascogne, s’eur foncent en Espagne parallèlement à la direction prolongée des lignes de fractures récentes qui traversent la Provence. Les dépôts tertiaires qui forment en partie la surface de la Vieille Castille et peut-être celle de la Nouvelle (d’après les observations de M. le Play), attestent l’élévation récente du sol de l’Espagne; et la direction générale des lignes de - faite et des grands cours d’eau, tels que le Douro, le Tage, la Guadiana, le Guadalqulvir, étend à la péninsule entière l’empreinte de l’époque des opbites.

Le sud de l’Italie, la Sicile et les îles qui l’entourent présentent de même un grand nombre d’accidents topographiques parallèles à la direction de la chaîne principale des Alpes; et M. Christie a constaté que la grande chaîne qui borde la côte septentrionale de la Sicile et qui est le plus important de ces ac- . relief actuel à un soulève-

tnt opéré, comme celui de la chaîne prinale des Alpes, à la fin de la période pend^Bnt laquelle les éléphants, les hippopotames et fes: autres animaux caractéristiques de la troisième période tertiaire, habitaient le sol de l’^Brope. (Voyez Annales des sciences naturelles, t. XXV, p. 164.)

Remarques générales. Si l’on considère avec soin, sur un globe terrestre d’une dimension

DES MONTAGNES

suffisante et d’une exécution soignée, chacun des systèmes de montagnes les plus proéminents et les plus récents qui sillonnent la surface del’Europ€^ on peut remarquer que chacun d’eux -fait partie d’un vaste système de chaînes parallèles, qui s’étend bien au-delà des contrées dont la structure géologique nous est connue. Mais comme, dans toutes les portions de chacun de ces systèmes qui sont situées dans les parties bien observées de l’Euxope, on a reconnu, de proche en proche, que les chaînons parallèles sont en général contemporains, on n’a aucune raison pour supposer que cette loi , vérifiée sur de si nombreux exemples, dût s’interrompre brusquexnent,^ si on en poussait la vérification plus loin encore. Il est donc naturel de croire, jusqu’à ce que des observations directes aient montré le contraire, que chacun de ces vastes systèmes, dont les systèmes européens sont respectivement des portions, doit son origine à une seule époque de dislocation.

D’après cette considération, on serait conduit à supposer, par exemple, que les crêtes du système des Pyrénées que j’ai signalées plus haut sur la surface de l’Europe, fontpartie d’un systèmeplusétendu, dont lesÂlleghanys et peut-être les Gates du Malabar formeraient les deux anneaux les plus éloignés. Ces deux termes extrêmes de la série se trouvent, à la vérité; considérablement détachés du reste;

564 LES SOULÈVEMENTS

mais, depuis le cap Ortëgal en Espagne jusqu’à l’entrée du golfe Persique, sur une longueur de seize cents lieues, on peut suivre une série d’aspérités alongél^s, toutes parallèles à un même grand cercle de la sphère terrestre, et dont le parallélisme et la proximité s’accordent avec l’idée qu’elles auraient été produites en même temps et pour ainsi dire du même coup.

Ainsi, les directions des petites chaînes de montagnes, que les cartes les plus récentes indiquent dans la partie septentrionale du grand désert de Sahara, au sud de Tripoli et de l’Atlas, et dont quelques-unes se poursuivent même à travers l’Atlas jusqu’à la mer, ainsi que la direction de la côte septentrionale de l’Afrique, entre la grande et la petite Syrte, sont exactement parallèles à la direction des Pyrénées et à celle des accidents du sol que j’ai indiqués en Provence, en Italie, en Morée. Les observations de M. Rozet prouvent en même temps qu’il existait déjà des montagnes près d’Alger lors du dépôt des couches tertiaires. La direction du système Pyrénéo-Apennin que nous avons déjà suivi jusqu’en Grèce et dont certains chaînons paraissent se poursuivre jusqu’à la mer de Marmara, pour reparaître au-delà dans l’Anatolie, se retrouvent exactement dans la direction de la grande vallée de la Mésopotamie et du golfe Persique, et dans celle des chaînes qui s’élè-

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vent immédiatement au N.-E. de cette grande vallée et qui vont se rattacher au Caucase. La direction de beaucoup de cours d’eau qui descendent du Caucase, et celle de plusieurs des principaux chaînons de ce système, notamment celle du chaînon qui horde la mer Noire au N.-E. de l’Abasie et de la Miogrélie, est encore exactement celle du système Pyrénéo-Apennin. Cette direction du chaînon le plus occidental du Caucase est en quelque sorte continuée à travers les plaines de la Russie, de la Pologne, de la Prusse, jusqu’à l’ile de Rugen, par les dislocations que M. Dubois de Montperreux y a signalées dans le terrain crétacé. Elleserattacheainside proche en proche aux dislocations Pyrénéennes des Carpathes et du pied N.-N.-E. du Harz.

La direction du système des Ballons et des collines du Bocage étant sensiblement la même que celle du système des Pyrénées, la considération des directions permettrait de rapporter une partie des chaînons de montagnes dont je viens de parler au système des Ballons aussi bien qu’à celui des Pyrénées; mais dans l’état actuel de la surface du globe terrestre, tous les systèmes de montagnes d’une date ancienne ,sont trop morcelés, trop usés, trop peu saillants pour qu’on puisse leur rapporter des systèmes de crêtes aussi proéminents que ceux que je viens de mentionner. Il est toutefois naturel de penser que, si réellement le sys-

SUR. LES SOULÈVEMENTS

tèmedontles Pyrénées fontparlie seprolonge depuis les Etats-Unis jusque dans l’Inde, en traversant l’Europe, il doit en être de même du système des Ballons, auquel il me paraît même bien probable que les Allegbanys doivent une partie de leur conBguration ; et la circonstance que les bouleversements qui , en Europe, ont marqué le commencement et la fin de la période secondaire, se seraient étendus jusqu’aux États-Unis et dans l’Inde, expliquerait pourquoi ces grandes coupures des terrains de sédiment semblent se retrouver dans trois contrées aussi distantes.

Si maintenant nous passons au système des Alpes occidentales, nous pouvons remarquer que le prolongement mathématique de la ligne tirée de Marseille à Zurich, se trouve être parallèle a des accidents très-remarquables de la surface du globe, que l’induction de contemporanéité, tirée de la direction des chaînons de montagnes, conduirait à considérer comme de la même date, quoique l’état des connaissances géologiques ne donne pas encore le moyen de vérifier complètement cette conjecture.

Ainsi , en tendant sur la surface d’un glohe terrestre un fil qui passe par Marseille et par Zurich, on peut remarquer que ce fil, qui passe aussi vers le Nord par l’embouchure de l’Obi, et vers le Midi par l’Archipel des nouvelles Shetland du Sud, se trouve à peu près \

BES MONTAG>ES

parallèle à la chaîne du Kiül, rameau le plus étendu des Alpes Scandinaves, aux chaînons principaux et aux vallées les plus remarquables de l’empire de Maroc, et même à la Cordillère littorale du Brésil qui borde le rivage de l’océan Atlantique, depuis le cap Iloque jusqu’à Monte-Video.

Cette meme direction est parallèle, nonseulement à la ligne générale des côtes orientales de l’Espagne, depuis le cap de Gates jusqu’aux environs de Narbonne, mais encore à la ligne générale du littoral de l’ancien continent, depuis le Cap-Nord de la Laponie jusqu’au Cap-Blanc d’Afrique. Le Mont-Blanc , situé à peu près à égale distance de ces deux points extrêmes, forme comme le pivot de la charpente de la partie de l’ancien continent qui est comprise entre eux, et dont il est en même temps le point le plus élevé.

Au sud du Cap Blanc, la côte de l’océan Atlantique est basse et sablonneuse sur une grande étendue, et à l’est du Nord-Kyn , voisin du Cap-Nord de la Laponie, la côte est de même assez peu élevée. Dans l’intervalle de ces deux points, au contraire, les côtes qui regardent la haute mer, sont généralement formées par des terres élevées , qui, lorsqu’elles ne sont pas composées de roches primitives, opposent du moins à l’Océan une barrière de couches redressées; disposition qui semble indiquer que le long de cette ligne tous les

SUR LES SOULÈVEMENTS

terrains plats et peu élevés ont été surmergés.

Passant ensuite au système de la chaîne principale des Alpes, on peut remarquer que les crêtes du Mont-Pilate (en Suisse), delà chaîne principale des Alpes, du Ventoux, du Leberon,de la Sainte-Baume, etc., font partie d’un vaste ensemble de chaînons de montagnes qui, répandus à l’entour de la Méditer-'' ranée, et se prolongeant à traversle continent asiatique, semblent se lier à la fois les uns aux autres, par leur parallélisme et par la similitude de leurs rapports avec les grandes dépressions du sol, remplies par les eaux des mers, ou peu élevées au-dessus de leur surface. Outre les chaînes déjà mentionnées, ce système comprend l’Atlas, la chaîne centrale du Caucase, couronnée par le pic de l’Elbrouz, ainsi que la longue série de montagnes qui, sous les noms de Paropamissus, d’Indoukosh, d’Himâlaya, borde, au Nord, les plaines de la Perse et du Bengale, et renferme les cimes les plus élevées de la terre. Toutes ces chaînes courent parallèlement à un grand cercle,^ qu’on représenterai t sur un globe terrestre par un fil tendu du milieu de l’empire de Maroc, au nord de l’empire des Birmans.

Il existe un rapport de disposition dJlTicile à méconnaître, entre la situation de l’Himâlaya, au nord des plaines du Gange, et celle de la chaîne principale des Alpes, au nord des plaines du Pô j les coui's d’eau qui s’échap-

DES MONTAGNES

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peut de l’une ou de l’autre chaîne de montagnes s’infléchissent de la même manière dans la contrée basse qui la borde, pour tomber les unes dans le Gange , comme les autres dans le Pô; ce qui semble indiquer que la première plaine doit être, comme la seconde, formée par une vaste alluvion descendue des montagnes voisines. Le système géologique de la presqu’île occidentale de l’Inde s’élève, au midi des plaines du Bengale, à peu près comme celui des Apennins, au midi des plaines de la Lombardie; et on pourrait, par suite de cet ensemble de rapports, remarquer des analogies de situation géographique etcommerciale entre Milan et Dehlv entre Venise et Calcutta, entre Ancône et Madras, entre Gênes et Bombay. Les rapports que je signale deviendraient plus frappants encore, si, le cours de rindus étant barré par des montagnes comparables en position à celles qui vont de Gênes au col de Tende, les eaux de ce fleuve et celles de la rivière Setledje et de ses autres affluents, étaient obligées de franchir le seuil peu élevé qui les sépare de la grande vallée du Gange.

Les systèmes de montagnes qui viennent d’être mentionnés sont bien loin de comprendre toutes les chaînes qui sillonnent la surface du globe; mais les chaînes qui n’y sont pas comprises jouissent aussi de la propriété de pouvoir être groupées par systèmes, dans

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