ad
ÉTCDES
blende paraissait inllniment plus rare dans les formations de granité schistoïde des environs de Rosiers et de Roure, que dans les schistes talqiieux et micacés de Pranal et Barbecot, quoique le système des Clons soit toujours le même.
Mais aucun de ces exemples n’est plus curieux que le suivant, qui nous a été communiqué parM. Voltz, ingénieur en chef des mines, à Strasbourg.
Dans le Furstenberg le filon de Wenzel court à peu près verticalement du nord au sud au travers de plusieurs bancs de gneiss de dix toises environ de puissance, et inclinant de trente environ vers l’est. Chacun de ces bancs forme une variété de roche très-distincte : le premier est très-micacé j le deuxième passe au schiste argileux; le troisième est amphibolique, et dans le quatrième ou n’aperçoit presque pas de mica.
Le filon est rejeté dans la profondeur vers l’ouest par plusieurs croiseurs stériles, et c’est entre deux de ces croiseurs distants l’un de l’autre de quarante toises, que le filon a montré la grande richesse qui l’a rendu si célèbre.
Dans la première couche de gneiss il ne formait qu’un filet argileux presque imperceptible; dans la seconde il a pris subitement une puissance de douze à dix-huit pouces, et était composé de baryte sulfatée, d’argent antimonial , d’argent rouge, de cuivre gris argentifère ;
l’argent antimonial y formait toujours de grandes masses; on en a trouvé pesant jusqu’à un quintal; dans la troisième couche la puissance du (lion et la baryte sulfatée se sont soutenues, mais il n’y avait plüs de minérai d’argent; on y voyait seulement quelque peu de galène; dans la quatrième le minérai d’argent est revenu presque aussi abondant que dans la deuxième; mais à une certaine profondeur il a disparu peu à peu, et a été remplacé par de la sélénite, un peu de galène, et quelques traces de soufre natif.
De pareils exemples sur l’influence locale des roches étaient, il faut l’avouer, bien propres à confirmer les mineurs praticiens et sédentaires dans la croyance de l’existence de roches plus métallifères les unes que les autres, et pour appuyer à leurs yeux l’opinion qu’elles concouraient par leur propre substance au remplissage des filons; mais d’un autre côté, si l’on veut se rappeler que les exemples que nous venons d’accumuler sont en quelque sorte, par leur rareté même, des anomalies au milieu des exemples excessivement multipliés de l’indépendance absolue que les filons de même nature affectent dans^ des roches diverses, nous n’y attacherons plus qu’une import)|^<| relative, et nous n’y ver- ‘ rons autre chose qu’une de ces attractions de cristallisation , produites par des forces électKO-chymiques vers la détermination des-
ÉTUDES
quelles les travaux de M. Becquerel nous mènent à grands pas. '
Pour citer des exemples de l’influence des roches dans ces sortes d’actions, il nous suffira de signaler les observations qui viennent d’être faites relativement aux eaux faiblement acidulés, ferrugineuses et calcaires, employées aux fontaines de la ville de Grenoble. On a trouvé qu’elles n’avaient incrusté, après plusieurs siècles, les tuyaux de plomb que d’un dépôt calcaire très-faible ; tandis qu’en passant dans des corps en fonte, elles déposent rapidement des masses ferrugineuses, concrétionnées en forme de tubercules: fait remarquable, qui nous montre à quel point la nature de la matière encaissante a pu agir dans les cas que nous avons cités, en faisant un triage des matières contenues dans une seule et même dissolution.
D’autres géognostes ont cru trouver un appui plusferme à la théorie d’infiltration venant des parties latérales, dans le fait réel que souvent les parties de la roche adjacentes aux filons sont imprégnées de minérais. Ainsi, dans les mines de AltgrünzweigetdeHimmelfürstà P'reiberg, on voitdela mine d’argent rouge, de ^l’argenlnatifetdel’argentvitreuxdanslegneiss décomposé, quiformeles épontesde ces filons. Pareil fait s’est répété dans d’autres filons, et il * est très -facile à expliquer dans toute autre théorie. En effet, il a presque toujours lieu dans
des roches décomposées, poreuses, fendillées et schisteuses, et qui, par conséquent, ont pu aussi bien se prêter à une infiltration venant de matières qui auraient d’abord rempli un filon, qu’à celle venant de la roche voisine, et ce qui achève de donner du poids à la première présomption , c’est que rarement l’infiltration s’étend au-delà d’une à deux toises du filon; elle est donc plutôt en relation intime avec celui-ci qu’avec la roche adjacente; enfin le fait est très -rare, et cette circonstance achève de lui ôter son importance.
La texture fibreuse par transsudation contemporaine ou postérieure à la formation de la roche que certains minérais prennent immédiatement, ainsi que nous l’avons vu pour les cas particuliers de la glace, du gypse, et que présente encore le vitriol capillaire qui soulève dans les anciennes galeries de mines les feuillets des schistes pyriteux, a paru suffisante à quelques géologues pour expliquer, par cette voie, le fait générât de la texture fibreuse quise rencontre dans un si grand nombre de variétés minérales , et pour appuyer encore la théorie que nous discutons: mais ceci est encore une de ces généralisations hâtives dont nous verrons d’ailleurs tant d’exemples; car d’abord la transsudation peut aussi bien produire des formes laminaires que fibreuses. La brucite (hydrate de magnésie) nous en a déjà offert un exemple. En second lieu, cette
ÉTUDES
Structure ne se prësente-t-elle pas à un haut degré dans des produitsforméspar toute autre voie? Ainsi lemuriate d’ammoniaque, qui, en cristallisant lentement au milieu d’une dissolution, affecte la forme cubique ou octaèdre, se condense au contraire sous forme fibreuse quand il a été vaporisé dans nos fabriques. La nature nous offre des exemples précis qui s’opposent d’ailjeurs radicalement à cette hypothèse. Dans quelques marbres on voit des bélemnites et autres corps marins enveloppés par divers systèmes de fiions en serpentaux ; l’un de ceux-ci , par exemple , se compose de calcaire blanc; l’autre d’asbeste soyeux : ce dernierminérainepeut êtreconsidéré comme le résultat d’une transsudation, puisqu’il est postérieur aux fossiles qu’il enveloppe et qui paraissent d’autant moins en avoir fourni les éléments qu’ils sont peu déformés, et cependant ses fibres sont perpendiculaires aux parois des veinules.
Concluons que la structure asbestoïde ne peut fournir aucun argument en faveur de la formation des filons par filtration d’un liquide au travers des pores d’une roche; elle résulte simplement d’une disposition des particules cristallinessuivanlun axe, comme la structure laminaire ou micacée provient d’un arrangement suivant deux axes, et enfin le cristal régulier d’un groupemen t suivant les trois axes qui constituent le solide géométrique; variations
indépendantes de l’espèce et déterminées par des causes de nature très- diverse.
En résumé, la théorie dont Agricola a jeté les bases, explique très-bien le remplissage de certaines veinules et nodules; elle rend compte d’une foule d’accidents de détail; mais elle ne se prête au remplissage général des lilonsqu’à l’aide d’extensions forcées, telles que la transformation des terres en métaux et autres idées alchimiques, qui ne sont plus admises de nos jours.