CHAPITRE III
Des filons , envisagés comme des fentes produites par des bouleversements locaux d’une certaine intensité, ouvertes par le haut et remplies uniquement par le haut.
Les géologues ne tardèrent pas à sentir l’insuffisance des théories précédentes; aussi Stahl, d’Oppel, Baumer, émirent dans leurs écritssur les mines, celle que nous allons examiner; mais ce qui lui donne surtout une très-grande importance, c’est qu’elle a été appuyée par le célèbre Werner, qui a accumulé en sa faveur toutes les preuves que sa longue expérience et son génie observateur ont pu
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lui fournir; nous donnerons donc à son exposé tous les détails qu’elle mérite.
Stahl, lepremier, dans son Specimen Becheriarnim, admit d'abord que, dès les premiers temps de l’existence du globe, il s’était formé d es fen tes, q ui f u ren t ensui te rem pl i es d’en ha q f par les alluvionsdu déluge universel. Lesexhalaisons qui se sont élevées du milieu du globe, modifièrent ce premier dépôt, et le convertirent en minerai. 11 rejeta ensuite ce premier aperçu, pour en revenir à la théorie de la contemporanéité des filons et des roches.
Baumer conclut positivement que les filons étaient postérieurs à la formation des montagnes, et qu’ils ont été formés sous l’ancienne mer; car, dit-il, ,< ils sont souvent recouverts « dans la Hesse par des dépôts stratifiés et K schisteux, qui en rendent la découverte dif- ,< ficile, et l’on trouve d’ailleurs dans leur in- ,< térieur des corps marins pétrifiés. ”
Mais ces premiers aperçus ne pouvaient se soutenir devant les faits mieux étudiés, et par conséquent aussi généralisés, lesquels démontrent que la masse complète des filons a été
■formée peu à peu; qu’elle est très-variable dans sa compo.sition, et formée évidemment à des époques différentes et très-éloignées les unes des autres; qu’enfîn dans les montagnes primitives il existe une grande quantité de filons remplis de morceaux de roches qui constituent ailleurs des formations bien plus ré-
SUR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. /^^l
centes: d’où il suit naturellement que la durée d’un déluge tel que celui de Moïse, serait infiniment trop courte pour expliquer un pareil défaut d’uniformité et de structure.
Ces objections positives ont été faites par Wemer lui-même, aussi allons-nous passer directement à la théorie de ce dernier.
Suivant ce célèbre géologue, tous les filons proprement dits ont été d’abord, et de toute nécessité, de véritables fentes ouvertes parleur partie supérieure, et qui presque toutes se sont ensuite remplies uniquement par le haut. Cette théorie est donc basée, comme on voit, sur deux faits distincts : le premier est la formation des fentes; le second consiste dans leur remplissage.
I Quant à la formation des fentes, il suppose qu’elle peut résulter des causes suivantes: i.“ Les montagnes étant formées d’assises accumulées les unes sur les autres, ont dû subir l’action de leur poids , et par conséquent s’affaisser et se fendre. On voit encore de temps à autre de pareils événements dans les Alpes en Suisse, en Savoie, et dans le Tyrol.
a.° Les eaux dans lesquelles les strates se sont déposées s’étant retirées, des masses considérables de montagnes se trouvèrent privées de cet appui, et cédèrent encore en se jetant du côté qui se trouvait libre ou le moins sou-
tenu.
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3.° Le retrait de la masse des montagnes, opéré par le dessèchement, a été une nouvelle cause de rupture.
4-° Des tremblements de terre, tels que ceux qui eurent lieu en Calabre en 1783, ont encore formé des crevasses accompagnées d’écroulements; quelques-unes atteignirent jusqu’à un quart de lieue de longueur dans ce dernier événement.
5." Enfin, des pluies intenses, en délayant certaines couches, peuvent donner lieu à des glissements de quelques strates d’une montagne, et par suite à des dislocations du sol: c’est ainsi que dans la Haute-Lusace, près de Wehrau et de Tiefenfurtb, il a observé en 1767, année éminemment pluvieuse, des déplacements qui donnèrent lieu à des crevasses étroites, dont l’une avait plus de deux cents pieds de long, et l’autre près d’un quart de lieue, sur trois à quatre pouces de large.
Werner admet que ces événements, fréquents dans le principe, doivent devenir de plus en plus rares, et qu’il est même difficile qu’il s’en forme actuellement dans les montagnes anciennes, qui ont pu prendre en quelque sorte leur état d’équilibre stable.
Pour démontrer la seconde partie de sa théorie : savoir, que la substance des filons résulte d’une suite de précipités qui sont entrés par le haut dans l’espace qu’occupent les filons, il observe d’abord que les fentes
ont pu s’opérer en différents temps, et cela pendant qu’elles étaient couvertes par les dissolutions qui ont formé les couches; et comme la nature des liqueurs a varié, ou bien comme dans une seule et même liqueur des précipités divers peuvent s’obtenir successivement, le dépôt des filons a été variable suivant le précipitant, sans cependant différer bien notablement de celui des couches. Les différences résultent:
1." De la plus grande tranquillité avec laquelle s’est opérée la précipitation dans les filons que dans les couches;
a." D’une moindre proportion de mélange mécanique qui est venu troubler le précipité des filons, ce qui est prouvé par la netteté des cristaux, etc.;
3." De ce que les fentes ont conservé et retenu plus long-temps une dissolution, ou ont pu en recevoir une nouvelle; aussi les filons renferment-ils souvent desminérais de diverse formation, tandis que les couches ne contiennent chacune qu’un fossile de même formation, et que leur masse est beaucoup plus uniforme que celle des filons.
Il confirme ces aperçus par l’identité qu’il trouve entre les sédiments qui constituent les montagnes, et ceux qui forment les filons; ainsi il cite des filons de porphyre, de granité, de houille, de sel gemme,debasalte, de quartz, de calcaire et d’argile; substances qui toutes
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se retrouvent en couches, ou au moins en masses puissantes. Il cite encore les couches de fjalène de la Silésie, et celles de cuivre du Mansfeld; enfin il expose que les pyrites arsenicales, la blende, le cinabre, le cobalt et plusieurs autres minerais se trouvent indifféremment en couches ou en filons.
La seconde preuve du remplissage des filons par le haut, est celle déduite des galets et des pétrifications, qui ne peuvent pas y avoir pénétré autrement.
Enfin, en observant la constitution même de quelques filons, on voit qu’ils sont formés par un assemblage de couches parallèles aux salbandes, rangées symétriquement de part et d’autre; de plus, les couches les plus voisines des salbandes sont plusmincesverslehaut; elles deviennentplus épaissesà mesure qu’elless’enfoncent, et plus bas encore elles finissent par se joindre et se confondre. Est-11 possible d’expliquer cette régularité et cet ordre autrement, qu’en supposant que les espaces dans lesquels se sont formés les filons, ont été remplis de dissolutions chimiques de nature dlflerenle, suivant les époques, lesquelles se sont condensées contre les parois, et ont gagné en puissance vers le bas en vertu de la pesanteur. -
Tels sont les faits principaux sur lesquels Werner a basé sa théorie; ils sont pour ainsi dire extraits littéralement de son ouvrage. Nous ne pouvons mieux faire que de con-
sellier d’y recourir encore, pour se pénétrer de ses vues sur les filons et y puiser des notions nombreuses et positives. Plusieurs géologuesplusmodernes, qui ontclierché à établir de nouvelles théories, sont loin d’avoir montré ce degré de sagacité, et ce coup d’œil observateur qui se manifeste à chaque page dans son traité. Sans aucun doute, si la géologie, qu’il a pour ainsi dire créée, eût été développée dans son temps comme elle l’a été depuis par les travaux nombreux qu’il a suscités; s’il eût reconnu que les diverses chaînes de montagnes résultent non pas de cristallisations locales, mais bien de grands plissements de la surface du globe; s’il eût vu que ces rides affectent un parallélisme remarquable malgré les distances; s’il eût pu prévoir que ce parallélisme est en rapport direct avec l’âge des chaînes; alors, loin de rechercher comme l’une des principales preuves à l’appui de son système, les glissements locaux de quelques strates d’une montagne; au lieu de se baser sur quelques crevasses sans continuité, ni en longueur, ni en profondeur, il se fût, sans aucun doute, servi de ces grandes actions dynamiques; il eût reconnu plus positivement que les filons sont en relation directe avec elles; faifqui n’avait toutefois pas échappé entièrement à sa pénétration : il eût admis alors que les filons devaient avoir une profondeur pour ainsi dire centrale; et à
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quelles amples et intéressantes découvertesson génie ne l’eût-il pas conduit. Placé comme il l’étaitdansun pays de mines, mineurlui-méme, nul doute que les lois générales qu’il eût établies n’eussent enfin afTranchi l’industrie d’une grande partie de ces tâtonnements perpétuels qui fout la ruine des exploitants et qui discréditent dans l’opinion des gens prudents presque toutes les spéculations qui ont pour but l’extraction des métaux : aussi, que les géologues réunissent enfin leurs efforts, qu’ils achèvent la tâche qu’il a commencée, qu’ils aient sans cesse devant les yeux, que le but utile de la science qu’ils cultivent, est en dernier résultat, la connaissance approfondie des gîtes métallifères, et bientôt, il n’en faut pas douter, celle-ci aura acquis, comme la chimie et la mécanique, le double mérite de l’utilité combinée avec les charmes qui embellissent les questior» purement théoriques.
Werner, disons-nous, à son époque, n’étant pas encore muni des faits positifs qui démontrent les grandes actions souterraines, devait nécessairement rechercher à la surface du globe ce que l’intérieur lui voilait encore; il a donc été conduit à supposer que les mêmes eaux superficielles qui pouvaient avoir déposé de vastes couches métallifères, telles que les schistes cuivreux du MansFeld, de la Thuringe; les calcaires et les grès plombifères de la Silésie et de Bleiberg; les dépôts stratifiés
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de* mercure du Palatinat, de la Hongrie, de la Bohème, de la Saxe et de l’Amérique; les lits nombreux des minerais de fer; les bancs de galets , de houille , de sel gemme ; les masses de pyrites ferrugineuses, disséminées si abondamment dans les assises les plus diverses; les couches quartzeuses des terrains tertiaires, devaient aussi avoir rempli les crevasses du sol qui pénétraient jusqu’au jour, et constitué ainsi les blons métallifères par une série de précipitations successives.
Il s’appuyait, comme on voit, sur des faits aussi nombreux que positifs; mais rien ne s’opposait à ce que l’inverse eût lieu, c’est-àdire, à ce qu’on admit que ce fussent au contraire des eaux qui, en sortant de la profondeur par les fentes, avaient déposé dans le trajet la matière des filons et ensuite aussi celle des couches en se répandant à la surface. Cette explication rendait même mieux compte de la distribution peu générale des couches métallifères. Aussi M. d’Aubuisson, qui sentit toute la valeur de leur exiguïté comparative, combattit, le premier, cette théorie d’une manière péremptoire :
«Lorsque, dit-il, dans une contrée de cent lieues d’étendue , composée uniquement de roches de texture grossière, grès et phyllade, par exemple , je vois de nombreux filons de galène et de quarz bien cristallins; lorsque, dans des montagnes de gneiss d’une étendue
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aussi grande, je trouve une multitude de filons d’argent et de spath, et que je ne vois pas le moindre indice de ces substances dans la masse de ces montagnes, il m’est bien difficile de concevoir que ces filons soient le produit d’une dissolution qui, couvrant la contrée, pénétrait dans les fentes et y déposait les matières dont elle était chargée. IVaurait-elle donc déposé ses précipités que dans ces fentes? Oubien aurait-elle déposé des masses de gneiss à la superficie du sol et des masses de spath et d’argentdansles fentes de ce même sol? On conçoit bien qu’un précipité fait dans un lieu avec plus de tranquillité, puisse donner un produit plus cristallin, mais non qu’il puisse former descorps entièrement différents, parexemple, du feldspath et du mica dans un lieu, du plomh sulfuré et du spath calcaire dans un autre. Ce serait admettre la transiuutabilité de la matière, celle de principes regardés comme simples, et que tout nous indique être tels. ”
A ces objections on en joignit d’autres, sur l’immense quantité du dissolvant et sur sa nature qui devait réunir à la fois les propriétés des acides et des alcalis, puisqu’il tenait en dissolution en même temps les métaux et le soufre, le calcaire et le quartz, etc.; enfin ce n’était pas tout de dissoudre les matières; mais il fallait encoi’e séparer le dissolvant de sa solution, et ensuite s’en débarrasser sans
qu’il réagît sur les roches déjà formées : action dont le résultat devait être en définitive énorme, puisque cet océan était tel qu’il a dû dominer les plus grandes hauteurs du globe sur lesquelles nous retrouvons des filons métallifères. Il suffit à cette occasion de rappeler que la mine de mercure de Guanca-Velica au Pérou, est à 3357 toises au-dessus du niveau de la mer actuelle, et qu’il existe des filons encore plus élevés.
Aussi Kirwan, qui était en garde contre cette difficulté, a cherché à la prévenir d’une manière singulière, en admettant l’existence d’un fluide chaotique, dans lequel toutes les substances étaient tenues en dissolution eu vertu d’une excessive division , et il supposa qu’il était d’ailleurs lui-même en quantité très-insuffisante, en sorte que la précipitation avait eu lieu très-promptement.
De pareilles hypothèses sont trop hasardées pour que nous puissions y attacher la moindre importance. D’ailleurs les progrès de la chimie et de la physique ont tellement développé nos connaissances, qu’un grand nombre de substances regardées naguère encore comme insolubles,se forment maintenantavecfacili té dans nos laboratoires; il nous sera donc complètement inutile de recourir à des moyens aussi extraordinaires, pour expliquer la production des matières minérales, quand la suite des faitsnousaura amené à discuter cette question.
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La théorie de Werner est Jonc en dernier résultat loin de satisfaire à toutes les conditions du problème. Cependant nousne devons pas passer soussilence la description de divers gîtes, dont on a prétendu qu’elle rendait parfaitement raison.
Un des plus remarquables, sans contredit, serait le Putzen^verk de Joachimsthal en Bohème (planche 3); il consiste en une grande masse cunéiforme de^vake, intercalée dans le phyllade, dont il coupe les strates en même temps qu’il traverse plusieurs filons, sans en changer la direction; il atteint une profondeur de plus de 400 mètres, et sa largeur qui, à la surface du terrain, excédait 100 mètres, ne se trouve plus que de ao mètres à 3oo mètres plus bas; il renferme despierresdediverses espèces et des débris d’êtres organisés, parmi lesquels on trouve des arbres entiers avec leurs braiiches et leurs feuilles, à demi bituminisés, que les habitants du pays appellent bois du déluge, comme s’ils y eussent été portés et enfouis par le déluge universel.
Mais cette masse alongée ne diffère essentiellementen rien des autres filons basaltiques de même âge qui accompagnent les filons métallifères de la contrée et paraît même se lier à celui de Segen-Gottes, dont nous aurons occasion de parler quand nous traiterons des gîtes de ce district. Cet exemple a donc été mal choisi et ne peut nullement se rapporter aux
mines en sac proprement dites, dont la profondeur doit être limitée à une petite distance du jour, d’après leur définition et la théorie qu’elles doivent appuyer.
L’exemple du gîte de Maria -Loretta près de Fatzebay en Transylvanie, pourrait être plus concluant. Il consisterait, d’après de Born, en une fente cunéiforme remplie de grès en coucheshorizontales et contenant une quantité d’or assezconsidérablepour être l’objet d’une exploitation importante. La présence de l’or dans cette crevasse serait difficile à expliquer, si l’on ne se rappelait que presque toutes les plaines de la Transylvanie et du Bannat contiennent des particules de ce métal.
Sans vouloir donc rejeter entièrement l’au- «tbenticité de cette preuve de la théorie Wernerienne, nous ne pouvons cependant nous dispenser de faire la remarque que ces grès etminérais d’or pourraient bien être de simples dépôts d’alluvion et rentrer par conséquent dans la classe des failles remblayées de cailloux roulés, d’argile plastique, de sable, de terre végétale, de calcaire concrétionné et quelquefois farineux, de silex liés par un ciment siliceux, qui sont si communs dans le calcaire grossier des environs de Paris.
On rapporte à des formations analogues les fentes remplies de brèches osseuses, que l’on trouve aux environs de Nice et de Gibraltar (fjg.y')» etM.Al.Brongniarta cherché à établir
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dans divers mémoires insérés dans l.es Annales des sciences naturelles (Août i8a8 et Janvier 1829), (|ue les dépôts de minérais de fer pisiforme du calcaire jurassique, et les brèches osseuses, dont nous venons de parler, montraient une concordance parfaite dans leurs relations géologiques.
En effet, ce minérai est très-souvent superficiel , et il ne se trouve guère recouvert que parla terre végétale ou les alluvions modernes (fig. x); cependant dans les environs de Candern, à Aarau età Baden, il forme une couche qui est recouverte par les formations des grès et molasse de la Suisse, qui sont bien plus récentes: dans d’autres cas il occupe des dépressions et des cavités du calcaire jurassique, configurées en forme de bassins, d’entonnoirs, de fissures, de cavités sinueuses aboutissant toutes à la surface du sol et dont les parois présentent tout-à-fait l’aspect d’une pierre de densité inégale, sur laquelle aurait coülé un acide ou tout autre liquide dissolvant. Ces érosions sont quelquefois accompagnées de circonstances singulières, dont une des plus remarquables est celle que nous offre la mine de Poissons dans la Basse-Champagne. D’après la description qui en a été faite par M. Baillet, ancien professeur d’exploitation à l’École des mines, elle présente au milieu du minérai un pilier isolé de forme arrondie, composé de couches calcaires, semblables à celles du l'este
de la montagne. L’exploitation l’avait mise à découvert sur une hauteur de près de quarante mètres, et son diamètre, qui avait deux ' mètres au sommet, allait en croissant par le bas, où il prenait jusqu’à quatre mètres. Ce pilier parait avoir été détaché des couches collatérales lors de la dislocation qui a produit les fissures, et les remous du liquide dissolvant qui se sont établis à l’entour, semblent l’avoir tourné peu à peu, en lui enlevant toutes ses parties saillantes, et lui ont donné la forme cylindrique qu’il possède maintenant.
Les minérais pisiformes sont toujours accompagnés d’une argile ocreuse rougeâtre, qui enchâsse les globules ferrugineux, et l’on rencontre fréquemment parmi eux des ossements d’animaux, notamment de ïursus spe- Iceus , quelquefois de rhinocéros, de mastodontes, de lophiodon, de cerf, de cheval, etc.; mais ces débris sont principalement situés à la partie supérieure des gîtes : on n’y trouve du restenicoquillesmarines,uifluviatiles; cependant ces ossements ne se retrouvent pas dans les parties des environs de Candern, sur lesquelles se sont superposées les molasses et les grès de la Suisse.
Tels sont les caractères généraux qu’offrent les gîtes du Liesberg, près de Delémont, du Mettemberg, des environs de Lucelles, de Cbâtenois, de Winkel, etc., dans les départemens du Haut-Rhin et du Doubs; on peut y
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rapporter les gîtes des minerais de Brnniquel , département de l’Aveyron, que M. Dufrénoy a signalés comme inclus dans les étages inférieurs delà formation jurassique; enfin ceux de la Carniole et de l’Alpe en Wurtemberg, etc.
M. Brongniart a donné une théorie de la formation de ces minérais que nous croyons devoir extraire pour ainsi dire textuellement de ses importants mémoires, craignant d’affaiblir la portée des expressions de cet illustre géologue.
„ On peut les regarder, dit-il , comme un précipité d’oxide de fer fourni par les eaux minérales qui sortaient par les fissures ouvertes dans les calcaires compactes, jurassiques ou autres, avec l’abondance, l’impétuosité, la saturation, et avec toute la puissance d’action qui était l’attribut des phénomènes géologiques de cette époque.
«Cet hydroxide de fer pouvait être roulé en sphéroïdes par la double action du précipité et de l’émission de l’eau : il pouvait se répandre en partie à la surface du sol, avec l’eau qui s’épanchait des nombreuses sources dont on voit partout les traces; il pouvait aussi rester en partie dans les cavernes et fissures, mêlé avec les débris de la roche calcaire; il était uni par un ciment ferrugineux et calcaire, produit par les mêmes eaux.
«Cette théorie n’est guère que l’application
de ce que nous montre la nature dans quelques circonstances.
R On sait ce qui se passe à la sortie des sources d’eaux thermales de Carlsbad; il s’y forme des pisolithes calcaires en abondance. Si la source, qui dépose aussi un peu d’bydratede fer, était plus ferrugineuse, on aurait des pisolithes d’bydrale de fer.
R Ainsi, le minéral de fer pisiforme, tout-àfait étranger aux eaux et aux animaux marins par son origine, son mode de formation et la nature du liquide qui le transportait, ne devait pas renfermer de coquilles marines.
„La grande catastrophe aqueuse qui est venue balayer la surface du globe, qui parait avoir mis en mouvement les blocs erratiques et entraîné dans les cavernes et les fentes les débris d’animaux et dérochés répandus dansleur voisinage, a de même rejeté dans les fissures et les cavernes jurassiques le minéral pisiforme qui en sortait, et en a rempli les vides que ces cavités pouvaient encore présenter.”
Cette théorie, qui, comme on le voit, consiste essentiellement à admettre le remplissage et en partie l’extension des cavités jurassiques, comme étant le résultat de l’action des eaux minérales, ne nous oblige pas cependant à considérer ces cavités comme n’ayant qu’une profondeur très-peu limitée, en un mot, comme étant de véritables sacs. Bien au contraire, nous voyons qu’elles doivent avoir par
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leur origine meme une très-grande étendue verticale, puisqu’il est bien reconnu maintenant en géologie que les sources minérales tirent en partie leur origine des parties intérieures du globe , et elles ont naturellemeiitdù trouver un chemin frayé depuis là ,jusqufau jour. Ainsi donc l’opinion que ces sortes degl tes sontdesimples troussuperliciels, pluson^^oins contournés et limités, doit être abandonnée, et nous sommes conduits à ranger ces sortes de dépôts parmi les véritables filons, en leur attribuant seulement une forme particulière. Les dépôts diluviens qui s’y rencontrent quelquefois, s’expliquent du reste si facilement qu’il est inutile de s’y arrêter.
Malheureusement nous manquons de faits positifs qui soient de nature à appuyer la grande profondeur que nous attribuons à ces cavités; car le peu de valeur du minéral empêche de s’attacher à atteindre de grandes profondeurs; cependant danslaCarnioleon a déjà foré des puitsdeprèsdeaÔomètressur ces gîtes, sans qu’il soit dit qu’on en ait atteint le fond.
Pour achever de prouver que la forme orbiculaire de ce minéral n’est pas due à un simple roulis par un transport prolongé, et qu’il a réellement pris sa forme sur place, il suffit d’observer qu’il a une structure souvent fibreuse ou bien même testacée; d’ailleurs on observe dans les mêmes relations géologiques et dans le voisinage des mines en
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grains, d’autres structures accidentelles, qui ne peuvent plus présenter le moindre doute sur leur position en quelque sorte toute originelle. Ainsi, M. Brongniart a observé qu’à la mine dite du Ziegelkopf, voisine des précédentes,, le minéral de fer hydraté est en masses qui .ont pris la forme de véritables héinaütes Brunes , compactes, à structure presque cellulaire ; il forme avec les fragments de calcaire jurassique, qu’il enveloppe de toutes parts, une véritable brèche à ciment ferrugineux, et dans certaines parties de la mine, les cavités sont remplies de l’argile ocreuse qui accompagne les minérais pisolithiques; enfin, le tout est entremêlé de veines de calcaire spathique et cristallin, en sorte qu’il paraîtrait que cette régularité locale n’est due qu’à une précipitation moins troublée par le bouillonnement des eaux, et l’on retomberait ainsi dans les faits ordinaires aux filons métallifères.
On se rappelle d’ailleurs que c’est dans ces sortes de minérais pisolithiques en général que M. Berthier a l’econnu de l’alumino-silicate de fer, ainsi que de petits octaèdres de fer titané : substances qui rendent ces minérais quelquefois attirables.
” La défectuosité des exemples que l’on a recueillis en faveur de la théorie de Werner, nous prouve donc qu’elle n’est applicable tout au plus qu’à une partie du phénomène
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complexe qui a amené le remplissage des filons. Nous avons vu que les eaux de la surface ont pu charier dans ces fentes ouvertes des sables, des argiles, des blocs, des débris organiques, y déposer même quelques produits cristallins; mais tout cela est loin d’expliquer l’introduction des sulfures métalliques, qu’elles ne tenaient évidemment pas en dissolution, et comme nous avons aussi démontré d’un autre côté que les infiltrations au travers des roches latérales étaient tout aussi insuffisantes, il ne nous reste plus qu’à rechercher les résultats d’une troisième direction dans les transports, qui est celle de bas en haut.
Celle-ci a été pressentie vaguement par plusieurs anciens géologues; mais ce n’est que par suite des progrès les plus modernes de la géologie, qu’elle a pu être développée convenablement. En effet, il fallait être à même d’établir clairement que les filons offraient des points de contact nombreux avec les grands phénomènes d’injection, d’épanchement, de sublimation, de fusion, qui ont modifié si fortement l’ancienne croûte du globe; qu’ils se trouvaient fréquemment en relation avec les faits que présentent les sources minérales, dont l’origine est si incontestablement centrale, puisqu’elles-mêmes sont toujoui's enrapport avec de pi'ofondes cassures, et enfin il fallait retrouver parmi toutes ces actions
si notnhreiises une série de faits palpables ou visibles, qui pussent nous expliquer clairement,parla similitude de leursproduils, comment la nature avait pu opérer à chaque grande commotion qui a troublé momentanément son instable équilibre : c’est ce qui nous reste à développer, autant du moins que les connaissances acquises nous le permettront.