‹ Traite de geognosie, ou expose des connaissances actuelles sur la constitution physique et minerale du globe terrestre. Par J.F. D'Aubuisson de Voisins ... Tome premier 3 Tome 3Chapitre 27 sur 38 · Premier système des filons de cuivre · texte numérisé non relu

Premier système des filons de cuivre

SÜR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 4q3

dirigés aussi de l’est à l’ouest, plongeant le plus souvent vers le nord, sous un angle variable de 55 à 70“, et avec une puissance qui n’excède guère 2 mètres. Leur gangue est encore quarUeuse et cliloriteiise, quelquefois de chaux fluatée; on y rencontre en outre des pyrites de fer et de la blende.

La similitude des gangues avec celles de l’étain, l’allure commune des filons, et le fait remarquable que quelquefois la pyrite cuivreuse abonde tellement dans les filons d’étain que ceux-ci peuvent être considérés commodes mines de cuivre, permettent encore de supposer que le cuivre a suivi de près la formation de l’étain; mais comme d’un autre côté une longue expérience a appris que les Glons de cuivre sont généralement peu productifs dans le voisinage des mines d’étain, et que d’ailleurs les filons de ce dernier métal sont toujours coupés par lés précédents, il y a une distinction réelle d’âge à établir entre eux, et l’on est fondé à regarder le cuivre comme ayant suivi l’étain, et à admettre qu’il s’est quelquefois simplement intercalé à/;o^ter/or/, soit dans les vides des filons qui n’avaient pas été remplis par l’étain, ou bien dans de nouvelles ouvertures qui se sont faites dans les Glons de ce métal : dilatations dont nous verrons plusieurs exemples par la suite.

ô.” Le second système des Glons de cuivre est dirigé du sud-est au nord-ouest Leur in-

ÉTUDES

clinaison est d’environ 70" avec l’horizon; leur composition est à peu près la même que celle des précédents; seulement ils présentent plus de parties argileuses.

6. “ Système des filons croiseurs : ceux-ci sont ainsi nommés parce que leur direction, largement variable du nord-ouest au nordest et du sud-est au sud-ouest, leur permet de couper la plupart des filons précédents. Leur inclinaison est aussi inconstante que leur allure, les uns plongeant vers le nord-est, les autres vers le nord-ouest. Ils offrent de plus une grande puissance, puisqu’elle atteint quelquefois jusqu’à douze mètres, et leur constance en longueur est aussi très-remarquable. On en a reconnu un qui s’étend depuis le canal deBristoljusquesurlacôte delaManche; il rejette dans sa course tous les filons métallifères, quelquefois jusqu’à cent mètres de distance. Cette sorte de failles est donc la source de nombreuses dépenses.

Ils sont généralement quartzeux et argileux. On y rencontre cependant çà et là du fer oligiste, de l’hématite, quelquefois encore de l’étain et du cuivre; le plus souvent du plomb, que l’on exploite près de Truro et de Tavistock; enfin, ils renferment rarement des minérais de cobalt, du sulfure d’antimoine, de la bournonite, de l’argent natif et sulfuré.

7. ° Le troisième système de filons de cuivre se confond par sa direction, tantôt avec les

filons est et ouest, tantôt avec les filons croiseurs; on les reconnaît seulement parce qu’ils ' coupent ces deux systèmes de filons. Leur composition est analogue à celle des autres; seulement l’argile y domine encore davanlage. On peut probablement rapporter à la même formation quelques filons de plomb, découverts dans la paroisse de Newlyn.

8. " Premier système des filons argileux (Cross-Fluckans). Leur puissance varie depuis quelques millimètres jusqu’à trois ou quatre mètres, et leur direction est généralement nord-sud, en plongeant vers l’est; iis coupent et rejettent tous les filons, excepté les suivants:

9. °Secondsystème des filonsarglleux(Slides), qui forment probablement la dernière classe des véritables filons de la contrée; car ils les coupent tous, quoiqu’ils soient presque parallèles aux filons d’étain et de cuivre. Ces filons fort minces, puisqu’ils atteignent rarement plus de trois décimètres d’épaisseur, sont peu inclinés à l’horizon et composés d’une argile plus terreuse que dans les autres filons. Leur verticalité leur a fait donner le nom de slides , qui veut dire glissement.

Lcsbabiles ingénieurs auxquels nous devons ces premiers détails déjà si remarquables, les ont appuyés encore par des exemples particuliers que nous devons citer ici à cause de leur intérêt. Nous les extrayons de leur ouvrage tels qu’ils les ont exposés.

ÉTUDES

Le grand fiJpn de Carbarak dans la paroisse de Gwenap (fig. m), a une puissance de huit piedsj il se dirige presque est et ouest, et plonge * ■vers le nord sous une inclinaison de deux pieds par toise. Sa partie supérieure est dans le schiste argileux (Killas),et sa partie inférieure dans le granité. Il a subi deux intersections: la première résulte de la rencontre d’un filou appelé Stevens-Fluckan, qui se dirige du nordest au sud-ouest, et qui le rejette de plusieurs mètres. La seconde a été causée par un autre filon qui est presque à angle droit avec le premier, et qui fait éprouver un second rejet de quarante mètres du côté droit. La chute du filon se trouve donc dans un cas à droite et dans l’autre à gauche ; mais dans l’un et l’autre cas elle est du côté de l’angle obtus. Cette disposition est très-singulière; car une partie du filon paraît être remontée, tandis que l’autre est descendue.

La mine de cuivre et étain de Huel-Peever nous présente un exemple analogue (fig. n). Cette mine, ouverte dansle Killas, estexploitée dans deux filons, dont la direction est Est et Ouest, mais qui plongent l’un vers l’autre sous des inclinaisons opposées; celui qui plonge au nord est un filon d’étain; l’autre, un filon de cuivre qui coupe le premier et lui fait éprouver un rejet.

Postérieurement à cette intersection, il s’est fait une seconde dislocation dans les cou-

cbes. Les deux filons d’étain et de cuivre ont été coupés par un filon argileux: la force qui a agi à cette époque, a causé un déplacement en sens opposé; de sorte que, dans un très-petit espace, le filon présente deux intersections, dans l’une desquelles une partie du filon paraît être descendue, tandis que l’autre serait montée.

Le segment du milieu présente un désordre plus grand que les deux autres : il est plus large; la masse est très-dérangée; on y trouve des fragments de la partie supérieure du filon. On observe également ce trouble à la partie du segment inférieur. Legrand désordre qui règne dans le segment du milieu doit être attribué à son élargissement, qui est dù lui-m.ême à la chute du mur.

]\ous devons au conseiller des mines, F. Mayer, des observationsaussi intéressantes que les précédentes, relativement à la formation des filons d’argent et de cobalt de Joacblmstbal dans l’Erzgeblrge. (Planche 3.)

Suivant ce géologue, les filons de Joachimsthaï appartiennent à la formation métallifère qui se rencontre encore à Annaberg, Schnéeberg, Johann-Georgensladt, Scheibenberg et Marienberg. Elle s’étend sur le versant de rErzgeblrge saxon, aussi loin que les indices du terrain. basaltique, et du côté de la Bohème elle se, trouve au milieu de celui-ci. Elle est encaissée., par^ ,uu schiste micacé -qui.

ÉTUDES

d’après les observations de M. de Bonnard, passe insensiblement an plullade et au schiste anloise. Celui-ci est tellernentchargé de silice, qu’il en a acquis une dureté et une finesse de grain remarquables; il passe à son tour à l’amphibole scbistoïde et au jaspe concboïde. Les montagnes de Joacliimsthal sont particulièrement constituées par le mélange de toutes ces roches.

Ce terrain schisteux est traversé par deux systèmes de filous métallifères; l’un dirigé du nord au sud, et l’autre de l’est à l’ouest. Ils sont en relation avec des fiions porpbyriques, dirigés le plus souvent comme les premiers, du nord au sud, et avec des filons basaltiques qui alfectent, comme les seconds, une direction orientale. De nombreuses fissures, toutes dirigées vers le nord, se trouvent encore dans terrain , notamment aux environs du

ce

filon de Jungbauerzechcr, et encore plus à l’ouest.

Les porphyres qui offrent l’un des phénomènes géologiques les plus remarquables de la localité, ne diffèrent en rien des porphyres quartzifères que nous avons déjà décrits. Quelquefois, et notamment à la jonction du granité et du micaschiste, ils forment des filons en ucbes ou qui suivent en apparence la straation du schiste et se replient autour du en perdant leur direction primitive; en sont pas moins de véritables filons,

parce qu’ils coupent quelquefois le schiste dans leur inclinaison, et qu’ils s’écartent, d’ailleurs, aussi très-souvent de l’allure de ses strates.

Ces nions de porphyre en couche, ou peutêtre aussi legranitevoisin, ont occasioné dans leur contact avec le schiste une modification remarquable, en ce que celui-ci s’estsurchargé de feldspath et de quartz, qui lui donnent une grande dureté. Dans ce cas, cette roche est même devenue peu métallifère et ne contient aucun minéral dans la profondeur. Ces porphyres, en filons ou en couches, ont encore quelquefois converti la roche schisteuse en un mélange grenu de feldspath et de mica, semblable à unewakej accidentsemblable à celui que nous avons déjà cité pour les porphyres quartzifères des environs de Pranal et de Roslei’s. On en a des exemples dans le district de l’Eliaszecher et dans les galeries de Kuh, de Dorothée et du Neuholfnung.

Le filon vertical de porphyre qui a été coupé par la galerie de Daniel, est encore remarquable en ce que les couches du micaschiste se redressent à sa rencontre et plongent de part et d’autre dans deux directions opposées.

Les filons métallifères, dirigés du nord au sud, sont fréquemment adhérents à leurs épontesj sans que cependant, leur masse s’unisse intimement par pénétration au quartz

5oO KTÜDES

de la roche encaissante. Les parties constitutives principales de leur gangue sont le quartz néopctre, le quartz ordinaire, le jaspe, la lithomarge, l’argile, et dans les parties de leur cours, où ils atteignent une couche calcaire intercalée dans le massif schisteux, elle consiste essentiellement en spath brunissant.

Les minerais métalliques qu’ils contiennent sont l’argent natif et sulfuré, l’argent rouge, la sternbergite, l’arsénic natif, le cobalt sulfuré et arsénical, le bismuth natif et sulfuré, le nikel arsénical, la pyrite ordinaire et magnétique, l’urane, et rarement de la galène et du fer oligiste.

Ils ont été influencés d’une manière frappante par le voisinage ou le contact du porphyre quartzifère. Ainsi, le Rothe-Gang court assez exactement vers le nord, avec un filon de porphyre; mais, comme tous deux éprouvent quelques sinuosités, il en l’ésulte que le filon métallifère coupe tantôt le schiste, tan tôt le porphyre. Tant qu’il est dans le schiste micacé, il ne montre comme gangue d’autre matière terreuse que l’argile; mais quand il pénètre dansle porphyre, ou bien quand il file entre celui-ci et le schiste, la gangue devient un quartz néopètre rouge et caverneux, qui va en se perdant dans la pâte du porphyre. Il faut donc eu conclure que ce quartz a été extrait de la masse porphyrique par un agent de dissolution , qui est sorti par la fente,

srn LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 5oi

OU ])ien que le porphyre lui-même a été surchargé eu quartz par l’action qui a forme le lilon.

Indépendamment de cette Influence du porphyre sur les gangues, celle qu’il a exercée sur les parties métallifères n’est pas moins remarquahle; car dans les points où le Ilothe-Gang s’éloigne beaucoup du porphyre, comme cela arrive surtout dans son extension vers le nord, il ne renferme d’autre miuérui que l’urane, tandis que dans le voisinage ou dans le contact immédiat du porphyre, il renferme des quantités remarquables d’argent natif, de sulfure d’argent, de sprodglaserz, de cobalt arséui» cal , de nikel arsénical, de bismuth, d’urane, peu d’arsénic natif, de la pyrite et de la galènej en un mot, tous les minérais qui paraissent à Joachimsthal, à la seule exception de l’argent rouge, que l’on peut d’ailleurs considérer comme le minérai le plus commun de la contrée.

Le porphyre lui-même, qui est fendillé en longueur et en travers, renferme aussi du minérai, mais seulement dans les Assures longitudinales et nullement dans celles transversales, comme on aurait pu le croii’e d’après les ideés d’une imprégnation ordinaire } même le minérai des fentes longitudinales a été un peu rejeté par les Assures transversales. On est donc porté à en tirer la conclusion r ' que le minérai a pénétré dans le poiphyre

KTinES

avant que celui-ci n’eùt épx'ouvé une solidification complète.

Dans le schiste micacé, les veinules métallifèi’es ne s’écartent qu’à une faible distance du porphyre, et contiennent beaucoup plus de cobalt, d’argent natif et sulfuré que dans le poi’phyre.

A eu juger d’après les déblais des Haldes, de pareilles relations auraient eu lieu aux anciennes exploitations du Geister et du Schweitzergang , et l’on se souvient encore de phénomènes analogues qui s’olfrirent dans les filons de Jean l’Evangéliste et de la Rose de Jéricho.

La gangue de ce dernier consistait en calcaire spalhique dans son contact avec la couche calcaire, et plus loin en matières siliceuses. C’est en rapport avec le jaspe et le quartz ferrugineux que l’on y a trouvé l’apparilion remarquable du fer oligiste à la sole de la cinquièmegaleriej mais danssespoints de contact avec le porphyre on a vu reparaître le quartz néopètre caverneux, pénétrant dans le porphyre, et avec lui de puissants dépôts de minérais, sans traces d’argent rouge : phénomène absolumentidentique à celui qu’avait présenté le Rothe-Gang.

Cette influence du porphyre sur le minéral est encore très-problématique. Nous avons d’ailleurs déjà cité des exemples analogues de l’influence des rochessur la nature des dépôts

Di- ■-

SÜK LKS DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 5o5

métallifères, et ceux-ci en sont en quelque sorte une nouvelle confirmation.

Si l’on combine toutes ces données, on sera porté à en conclure que les filons du porphyre quarlzifère sont à peu près contemporains aux filons métallifères avec lesquels ils ont une direction commune; fait sur lequel nous avous déjà insisté en citant les exemples que nous offre le Cornouailles, quand nous avons appuyé sur la liaison intime qui existait entre les deux premiers systèmes d’étain et celui d’un porphyre analogue.

Les filons orientaux renferment principalement de l’argent rouge et sulfuré, souvent du cobalt arsénical , rarement de l’arsénlc natif, de la pyrite, peu de galène et de blende. L’argile n’y manque jamais auprès des minérais, et il n’y a donc pas d’adhérence aux épontes, comme c’est fréquemment le cas pour les filons septentrionaux. Cette argile présente d’ailleurs une texture un peu schisteuse; en combinant cette indication avec celle que fournlssentlesgllssementsdu toit, il estpei..MS de supposer qu’elle est le résultat du frottement et de la pression occasionés par ces mouvements. Indépendamment de cette argile on y rencontre encore en petite quantité des veinules de quartz et de spath calcaire.

Il se manifeste donc dans l’ensemble des filons oi’ientaux ou septentrionaux un type commun, quoique les derniers soient ordi-

nairement coupés par les premiers. Ce fait! n’est cependant pas général; car on possède v quelques exemples isolés de filons septenlrio-> naux qui traversent les filons orientaux; telsi sont les filons de Goldene-Rose qui croise celui de Maurizi, et de Fundgrubner qui coupe tous les autres. Ces caractères amènent à la conclusion que l’àge relatif des deux systèmes n’est pas très- différent.

Les relations de ces derniers filons avec les dykes basaltiques ne sont pas moins intéressantes que celles que nous avons observées pour le porphyre. ^

Ainsi , le filon métallifère oriental, dit Kuhgang, est accompagné par un filon basaltique sur plusieui'S toises de son extension en profondeur. Aussi loin que cette association s’est manifestée, les vides étaient remplis de sulfate de magnésie fibreux, et la roche encaissante était imprégnée de pyrites. En outre, on y a trouvé un très-beau gîte métallifère, composé principalement d’ai'gent natif et vitreux, déposé au toit et au mur du filon, tandis que son milieu était rempli par le basalte en question sur une épaisseur de deux pieds. Ou a avancé plusieurs fois que le sulfure d’argent avait pénétré dans les iissui'es de ce basalte, et cela est d’autant moins improbable que M. Mayer a trouvé de cette même roche contenant de la galène etdela blendebrune, qui se rencontrent d’ailleursaussi dans lesautres parties de ce filon.

SUR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 5o5

On connaît iin autre exemple de cette postériorité du minérai, relativement au basalte. Il a été signalé par M. Burckhardt, dans saDescription du filon de Heinilzllachen à Annaberg, en Saxe, et il est impossible de tirer de la description et du dessin de cet auteur d’autre conclusion , sinon que ce Ulon, qui croise le basalte, lui est postérieur. Ces faits, prissur des localités dilferentes, se confirment donc récipro((uement.

Le lilou oriental de Segen-Gottes, qui est rempli de basalte sur presque toute sa longueur, fournit un autre exemple de ces rapports. Le basalte y est en partie décomposé et entremêlé d’une terre verte, ou bien intact, et contient alors beaucoup d’augite et d’olivine; il est croisé perpendiculairement et même rejeté par le filon de Jean l’Lvangéliste. Que l’on explique comme on voudra celte circonstance, il n’en restera pas moins évident qu’ici encore le filon métallifère est plus moderne que le filon basaltique.

Un second phénomène remarquable s’est manifesté de la part de ce même filon bavsaltique, contenu dans celui de Segen-Gottes, à sa rencontre avec le filon septentrional de Ilildebrandt. Ce filon basaltique formait à ce nouveau point deux branches qui ont été coupées toutes deux par le filon de Hildebrandt; mais celui-ci a été à son tour rejeté par celui de Segen-Gottes. Il en résulte que

le filon de Hildebrandt est plus moderne que le filon basaltique, mais plus ancien que le Segen-Gottes. La masse basaltique ne s’est donc pas simplement intercalée dans la fente du Segen-Gottes j mais sa formation à précédé celle du filon métallifère, et lui a, pour ainsi dire, préparé la place.

Il y a aussi des filons basaltiques qui tra- Tersent les filons métallifères; tels sont celui II , qui coupe le Rotlie-Gang, et leWolfottinger-Wackengang, qui coupe tous ceux qu’il rencontre. Il faut donc conclure de l’ensemble des faits, que les filons métallifères de Joacbimstlial se sont formés successivement pendant la période de la grande formation basaltique de la contrée.

Quel est actuellement l’âge de ce basalte? On sait, à la vérité, qu’il existe dans le nord de l’Angleterre une formation de ce genre, qui traverse les couches houillères, et qui s’arrête au zechstein superposé; mais ce basalte, très-ancien, ne renferme pas d’olivine, comme celui de Joacbimsthal ; ce qui tend déjà à établir une distinction entre eux; d’ailleurs l’âge moderne de ce dernier est confirmé par la présence des végétaux dicotylédones (bois du déluge), que l’on a trouvé dans le Putzenwacke, dont nous avons déjà parlé (page 45o). En outre de nombreux culots basaltiques avec divine percent au jour directement au-dessus des dépôts métallifères; tels

SUR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 5o7

sont le Spitzhubel et le Jugelslein , et ceux-ci se lient d’ailleurs intimement à la grande formation basaltique, qui s’étend sur les sables verts etlesmarnescraj'eusesauprèsd’Ellbogen et de Saaz, et sur les lignites aux environs de Biuow.

Toutes ces circonstances rendent très-vraisemblable l’opinion que les liions basaltiques de Joacbinislhal , quand même ils différeraient un peu entre eux sous le rapport de l’àge, n’en appartiennent pas moins à la grande formation du basalte tertiaire, qui est si abondamment répandue au nord de la Bohème, et que, par conséquent, aussi les liions de Joacbimstbal ont été formés seulement pendant cette grande révolution du globe.

3Iais il a été établi d’un autre côté qu’une partie des filons métallifères devait être à peu près contemporaine au porphyre quartzifère. Pour appuyer l’âge récent de celui-ci, il nous sullira de citer les observations que MM. Naumann et Puscb ont été à même de faire sur' cette roche près de Tôplitz. Le porphyre y est tout-à-faitsemblable à celui de Joacbimstbal; mais à son contact avec la marne crayeuse de la contrée, il est traversé par de nombreuses veinules entrelacées d’un quartz néopètre, qui se prolongent j usqu’à une distance de six à huit pieds dans la marne voisine. On trouve souvent dans ce quartz des fragments porpbyriques, de la grandeur d’un pois à celle du

ÉTUDES

poing, et récipi’oquement des fragments du même quartz se trouvent dans le porphyre, lies deuxsubstancesse distinguent tantôtl’une de l’autre d’une manière tranchée, tantôt se fondent imperceptiblement ensemble, et ces veinules de quartz et de calcaire siliceux con tiennent lespétrifications qui caractérisent la marne. M. Puschy indique des térébratules , Je plagiosLoma spinosa, des empreintes de pointes d’ oursin , (\espectinites,ù.es planulUes , des mjtulites et des vénalités.

Il résulte de cet ensemble de faits que la marne crayeuse a été modifiée par des émanations quartzeuses provenant du porphyre, et comme d’ailleurs la diffusion réciproque du porphyre et du quartz ne peuvent s’expliquer que par la contemporanéité des deux substances, il faut encore en conclure que l’apparition au jour de la masse porphyrique doit être rapportée à l’époque de la formation de la craie; ce qui confirme complètement les idées que les filons de Joachimsthal nous avaient fait concevoir relativement à leur âge.

Quelque minutieux que soient les détails dans lesquels nous sommes entrés dans cette section, nous n’avons pas cru devoir en passer une partie sous silence, afin de mettre les observateurs à même de bien apprécier les lois générales, qui se manifestent d’une manière d’autant plus nette et tranchée, que les formations successives sont plus distantes les unes

des autres dans la série géognostique, et les anomalies ou exceptions qu’elles éprouvent par le rapprochement ou la contemporanéité dans l’àge des filons de deux ordres différents. Sous ce dernier rapport il était impossible de trouver des exemples plus frappants que ceux qui nous ont été fournis par les liions de Joachimslhal. Pour faire sentir la valeur de ces relations, nous ne pouvons mieux faire que de les comparer à celles qu’on observe dans les terrains stratifiés.

Si l’on examine ceux-ci dans des points où il se présente à la fois des couches inférieures redressées et des dépôts supérieurs horizontaux, où, en un mot, il y a discordance complète dans la stratification, on ne voit aucune liaison entre les deux formations, et l’on peut admettre qu’il y a eu un intervalle quelconque de temps entre les dépôts de fune et de l’autre; mais si la formation la plus récente des deux est jilacée sur la plus ancienne en stratification parfaitement concordante , on observe sur une certaine épaisseur au contact une liaison indiquée par un passage graduel, par des alternances et des retours répétés de l’ancienne formation dans les premières assises de la nouvelle; phénomènes identiques à ceux que présentent les filons d’un certain système qui croisent ceux d’un autre système à peu près contemporain, etsonl réciproquementcroisés

ÉTUDES

5io

par eux. Dans ce cas, il faut, pour bien s’assurer de leur âge relatif, ne pas se borner à l’examen de faits particuliers, mais recourir à l’étude générale du système, et la poursuivre largement sur de grands espaces, afin de bien se rendre compte des premières et des dernières causes agissantes, en faisant abstraction des époques intermédiaires et nécessairement anomales, comme tout état de transition.

SECTION III

Relation réciproque des diverses parties d’un même Jilon-

Jusqu’à présent dans les deux sections précédentes nous n’avons considéré que les faits généraux qui résultent de l’étude de tout un ensemble , comparé soit avec le relief du sol, soit avec scs diverses parties. Examinons maintenant les faits particuliers, pris dans un seul et même filon. Cette étude est d’autant plus utile que ce n’est qu’en la poursuivant avec opiniâtreté, que l’on peut acquérir des notions relatives a une localité donnée, à l'aide desquelles il est possible d’asseoir un jugement sur le succès des travaux de poursuite, d'avancement ou de foncement nécessaires pour agrandir le champ d’une exjdoitation.

En elFet, un grand nombre des fiions qui nous occupent en ce moment, abstraction

faite (les liions de roches, dilTèrent des fissures produites par retrait ou par des dislocations purement locales, en ce (jue celles-ci n’olTrent qu’une extr(;me simplicité dans leur composition. Quelques dcbins transportés, des produits cristallins peu nombreux, une faible somme d’espèces minérales, ont, pour ainsi dire, caractérisé chacune d’elles, prise isolément, et il y a loin de là, à la variété qu’alfectent ces nobles et puissantes veines, dont le mineur montre avec tant d’orçueil l’éclat et la bigarrure;maisson travail aurapeut-êtrebienlôt fait disparaître ces richesses, et quelles sont les chances (]u’il a en sa faveur pour en découvrir un nouveau dépôt dans le même filon?

Cette variété même produit des alternatives de succès et de revers, et il est excessivement rare qu’on puisse établir avec certitude la proportion : si telle étendue de filon a donné tant de minérai, combien doit en fournir une autre quelconque. Les exemples que nous exposerons dans cette section nous prouveront combien sont trompeurs ces sortes de calculs auxquels se livrent quelquefois d’ignorants spéculateurs.

11 est sans doute impossible de détailler tous les signes d’une variation prochaine (ju’une extrême habitude a fait connaître à cet égard au praticien; les leçons de l’expérience personnelle se communiquent dilli*

ÉTUDES

cilement. Un simple plissement particulier des gangues, des fissures à peine visibles, un spécial delà roche, quelquessuinlements d’eau, sudisent quelquefois à un homme consommé dans son art, pour lui faire présager l’aveniravec assezde cerllludelà où toutautre resterait dans l’aberration. Il en est en quelque sorte de ceci comme de ces indices météorologiques qui échappent aux yeux du commun et qui pourtant avertissent le marin de la tempête future, sans qu’il ait besoin de recourir au baromètre. Cependant, les citations pouvant servir de guide au commençant et lui montrer sur quels objets il doit porter son attention, nous ne devons pas négliger d’exposer ce qui a été observé dans diverses localités; mais sous la mention expresse que ces faits sont purement locaux et que rien n’autorise à en tirer des conséquences générales.

Les modillca lions qui peuventsurvenir dans un filon , résultent, soit de la forme particulière de la fente, soit du mode de distribution des matières minérales dans son inté-

rieur.

Nousallons d’abord nous occuper des formes de la cassure. IMous avons déjà indiqué sommairement et dès le début, les accidents les plus ordinaires; tels que l’allure rectiligne ou courbe, ou sinueuse, et la terminaison brusque ou en forme de coin, ou en ramification. On conçoit d’ailleurs, de prime abord, que

lèlfcassures n’on t pu qii e b 1 en ra rem en t a flec I er Wfine allure parfaitement rectiligne, vu la va- -riabililé de cohésion des roches qu’elles traversent. On conçoit aussi qu’elles ont pu s’opérer dans une série de roclies diverses etalternantes, avec plus defacllllé dans les unes que dans les autres; même, dans les roches Schisteuses, la fracture se borne quelquefois à une simple exfoliation, et le filon, au lieu de conserversa largeur primitive, se dissémine dans une multitude de petites branches, sans ■toit ni mur bien distinct. On en a eu quelques exemples dans les roches stéaschisteuses de Barbecot, près de Pontgibaud. Quelquefois une plus grande homogénéité dans la roche encaissante détermine la formation de quel-* ques grosses branches, qui y pénètrent en s’y perdant, ou bien même reviennent au filou principal. ’

f‘ Le plus ordinairement les deux épontes d’un filon sont grossièrement parallèles sur une grande étendue. On en voit un bel exemple dans le fameux filon d’Andreasberg au Hartz. Il s’étend dans la profondeur à plus de5oo mètres perpendiculaires, sur une étendue horizontale de 200 mètres, et nulle part il n’a plus de i“,3o, ni moins de o“',3o d’épaisseur; variations accidentelles qui n’ôtentrieu au parallélisme général de ses deux Immenses parois.

M. Brochant de Villlers, auquel nous de- 3. 33

DiOiîiiCrd t'y

ÉTÜDES

vons un grand nombre d’observations intéressantes sur les filons de plomb du Cumbei*land et du Derbysbire, a remarqué que plusieurs d’entre eux présentaient dans leur ensemble des espèces de marches ou de zigzags. Les parties qui sont verticales ou du moins perpendiculaires aux couches, sont encaissées dans le grès ou le calcaire, et elles sont unies entre elles par des parties horizontales, quand elles viennent à couper des argiles schisteuses.

Werner avait déjà observé cet accident rare dans le filon de Halzbrucknerspath,près de Freiberg.

La puissance des filons varie aussi dans ces alternances : c’est ainsi qu’ils sont en général plus étroits dans les argiles schisteuses ou dans îesgrès que dans les roches calcaires , et la différence varie de i à 4 pieds. Le riche filon de Hudgillburn atteint jusqu’à 17 pieds dans le calcaire dit great-limestone ; tandis qu’il ne dépasse pas 3 pieds dans le grès inférieur, connu sous le nom de WatersilL

Pour expliquer cet élargissement d’après l’opinion que les filons sont des fentes, on a pensé que le rejet ou la chute d’une des parois avait dû naturellement produire ces différences de largeur; mais ne serait-il pas aussi naturel d’admettre que cet élargissement, qui porte principalementsur les parties calcaires, provient d’une simple dissolution de cette roche si attaquable, du reste, par les agents

qui ont amené le minerai. Le fait rentrerait alors dans celui des formes bizarres que présentent les dépôts de minérais de fer pisolithiques, dont nous avons déjà parlé. Ce qui autoriserait encore cette hypothèse, c’est que cette largeur est accompagnée aussi d’une plus grande richesse en plomb; d’où il suivrait qu’à mesure que l’agent de dissolution se saturait de calcaire, il laissait par contre précipiter du minéral; phénomène dont les réactions chimiques de nos laboratoires peuvent nous rendre compte.

Il y a même certaines couches calcaires dans lesquelles les filons sont plus particulièrement métallifèresquedanslesautres. La couche dite great-limestone , est celle qui enrichit le plus les filons, c’est-à-dire, dans laquelle ils sont à la fois les plus larges et les plus riches. Les couches calcaires supérieures sont plus productives que les inférieures. Des analyses de ces diverses roches jettei'aient probablement biendu jour sur ces variations etsurla théorie des filons en général, en faisant voir quel est celui d’entre leurs éléments basiques qui a • contribué le plus à accélérer le dépôt des matières métallifères.

Du reste, quoique ces filons ne soient généralement pas exploités à des profondeurs plus grandes que 007 mètres, ils paraissent cependant se prolonger encore au-delà.

Lesfilons de J oacbimsthal présentent d’après

ÉTUDES

Mey-er, dont nous avons déjà cité en détail une partie des belles observations', des faits non moins remarquables sous le rapport de la forme de la cassure. Tous les liions orientaux y conservent, depuis la surface jusque dans la profondeur, une puissance passablement égale; tandis que les filons septentrionaux, surtout ceux qui plongent verticalement, deviennent au contraire de plus en plus puissants, à mesure qu’ils s’approfondis- ' sent.

Ainsi le Geschiebergang ne possède dans les parties supérieures qu’une puissance de 3 à 12 pouces, et à la profondeur de 170 toises et au-delà, il a acquis une dimension de 4 pieds, sans y comprendre les veinules latérales, qui la porteraient à près de 4 toises.

Le Jungbauerzecbergang est puissant de 4 pieds sur la soie de la la.’galerie deJoacbiimi. 84 toises plus baut, il n’a plus que 4 pouces; plus haut encore, il n’en a que deux, etenBn, dans la galerie de Daniel, il n’existe plus qu’une simple fissure.

Les filons de Pz’ocopi et de Clementi ont encore présenté des circonstances analogues: > ils possèdent une certaine puissance à 100 et i5o toises du jour; mais se ferment totalement en forme de coin dans les parties supérieures.

Le filon de galène argentifère de Kubscbacht, près de Freiberg; les fiions de fer sulfuré et arsenical aurifère de Goldcronacht en Fran-

Digilizcd by Cookie

SUR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 5l7

conie, vont aussi en s’élargissant dans la pro- . fondeur.

On pourrait concevoir que l’inverse pût avoir lieu jusqu’à un certain point. Cependant les exemples bien constatés manquent - absolument. On a bien vu des filons très-larges à la surface se rétrécir graduellement; mais, soit que les difficultés de l’exj^loitation, soit que la rareté du minérai s’y opposent, ou n’a pas encore rencontré de filon réellement fermé par le bas. Ce fait serait capital dans lu théorie du remplissage des filons, et combiné avec le précédent, il tendrait à nous convaincre que la matière métallifère n’a pas pu provenir d’une infiltration par les parties supérieures.

La largeur des fiions métallifères, à parois parallèles, est sujette à quelques variations remarquables. Si l’on fait abstraction des branches et filons accompagnants, elle ne dépasse en général pas un mètre. Sur plus de cent filons contenus dans les montagnes de Freiberg, Wernera pu à peine en observer quelques-uns qui atteignent 2 mètres. Cependant le Nordlauer, en Franconie, que l’on ■ cite pour le plus grand de l’Allemagne, a une puissance de 10 à 12 mètres; le Bui^stadtergang, dans le Hartz, en a depuis 40 jusqu’à 60; mais il paraît qu’on pourrait le regarder comme un plexus de plusieurs autres filons. Le filon principal de Schemnitz, en Hongrie,

Page 1