Il
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couche intercalée, un banc rouge-pourpré, celluleux , à cristaux de feldspath à peine visibles, et parsemé de nodules alongés de quartz blanc. Plus haut, à 6o5a mètres d’élévation, le quartz disparaît, et l’on aperçoit une traînée de roches bulleuses, rouges, désagrégées, qui pourraient faire croire à l’existence d’une ancienne bouche près du sommet du Chimborazo. Sur le plateau central du Mexique, les trachytes de Lira enchâssent du quartz laiteux. Les belles opales de Zimapan au Mexique , ne paraissent pas appartenir, comme celles de Hongrie, aux conglomérats, mais bien à des trachytes porphyriques, qui renferment des globules rayonnés de perlite.
Les obsidiennes constituent une des parties les plus intéressantes de la formation tracbytique américaine, et elles présentent sur une échelle plus développée les mêmes caractères que les roches vitreuses des îles Lipari. M. de Humboldt a distingué deux classes d’obsidiennes trachytiques ; i.° celles des trachytes noirs (Cerro del Quinche, au nord de Quito) ou blancs (Cerro de las Novajas, au nord-est de Mexico); a.° celles des perlites (entre Mexico et Valladolid); ces obsidiennes devant être distinguées des obsidiennes laviques de Ténériffe, Vulcano, etc....
Les blocs de roches remplies de rognons d’obsidiennes, lancés par le Cotopaxi, paraissent être trachytiques et avoir été arrachés
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a«x parois du dôme; peut- être en est-11 de même des fragments d’obsidienne lancés en abondance et jusqu’à plusieurs lieues de distance par le volcan de Sotara, près Popayan. Les champs de LosSerillos, des Uvalès et de Palacè, sont couverts de ces fragments, qui affectent quelquefois la forme de larmes et • qui offrent toutes les nuances de couleurs, depuis le noir foncé jusqu’à celle d’un verre artificiel entièrement incolore.
Les obsidiennes des trachytes blancs du Cerro de las Novajas sont chatoyantes, argentées et striées, généralement disséminées par fragments, mais formant aussi quelquefois des couches continues. Les obsidiennes des trachytes noirs pyroxéniques du Cerro del Quinchè, sont noir-verdâtre, veinées de ronge brique, et se trouvent en couches intercalées de plusieurs décimètres. M. de Humboldt signale encore des obsidiennes noires, stratifiées, au nord de Quextaro (plateau du Mexique). Sur d’autres points du plateau de la Nouvelle-Espagne, à Cinapecuaro, au pied du Cerro-Ucareo et dans le chemin de la Puebla de los Angeles à Perote, les obsidiennes se trouvent par rognons dans des perlites à éclat émaillé, composés de globules semi-vitreux blanc-grisâtre. A Cinapecuaro, le perlite constitue de petites collines coniques, entourées de pics basaltiques et de dômes tracbytiques. La roche est régulièrement stratifiée, et fob-
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sidienne noire, vert-noirâtre et vert-grisâtre, se trouve par nids ou rognons de deux à cinq pouces de diamètre, qui sont quelquefois tellement abondants que, par suite de leur juxtaposition, le perlite semble enchâssé dans l’obsidienne.
Les obsidiennes du Mexique et des Andes de Quito contiennent souvent, ajoute M. de Humboldt, de petits cristaux de feldspath vitreux; des masses polyédriques de perlstein; des agrégations de grains cendrés, d’un aspect terreux, distribués par zones parallèles et souvent interrompues; enfin, des fragments de trachyte brun -rougeâtre, à demi fondus, placés tous d’un même côté à l’extrémité de vacuoles très- alongées et parallèles entre elles. M. de Buch a fait observer que les masses de perlites, tantôt sphéroïdales, tantôt octogones dans leur coupe, présentent constamment à leur centre un très-petit cristal de feldspath vitreux ou d’amphibole, et que la position de ce petit cristal a déterminé la forme de tout le système.
L’assise la plus superficielle de la formation ti’achytique des Andes, consiste en conglomérats et débris, remaniés et agglutinés par les eaux. Ces conglomérats couvrent d’immenses surfaces, non au pied des Cordillères, mais sur leurs flancs et sur des plateaux de 2400 à 3200 mètres; ils sont tantôt friables et tufacés (base du Cotopaxi et du Capac-Urcu), tantôt
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compactes et endurcis comme du grès (base du Pichincha).
Les ponces, en blocs de cinq à six mètres de longueur et en masses pulvérulentes, forment, dit M. de Humboldt, la partie la plus intéressante de ces conglomérats. Au pied du Cotopaxi, entre la ville de Tacuuga et le village de San-Felipe (plateau de Quito), il existe d’immenses carrières creusées dans ces ponces et qui en facilitent l’étude. Au premier abord l’on croirait que les collines qu’elles constituent (Guapulo et Zumbalica) sont entièrement formées d’une roche blanche, fibreuse, à couches horizontales et à fibres perpendiculaires, et l’on pourrait, en effet, extraire des blocs non fissurés de plus de soixante pieds de longueurj mais en examinant de plus près ces couches, on voit que ce sont des masses d’un décimètre à un mètre d’épaisseur, enchâssées dans une terre blanche , argileuse et formant un véritable conglomérat. Les blocs sont déposés dans la terre argileuse, recouverts de ponces en fragments menus, et souvent leurs angles sont arrondis. Les ponces sont blanches oubleuàtres,contenantdu mica jaune et noir, des cristaux eililés d’amphibole et du feldspath vitreux.
La ponce, ainsi que l’a dit M. Beudant, ne peut pas être regardée comme une roche distincte : c’est un état celluleux et filamenteux, sous lequel plusieurs roches de la formation
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trachytiqne et de la formation laviqiie sont susceplibles de se présenter. Ainsi, les ponces que présentent les conglomérats, ne doivent pas être regardées comme toutes liées aux émissions de roches vitreuses. Il en est qui se rattachent à des trachytes, de même qu’il y a une distinction à établir, dans la formation laviqne, entre les ponces rejetées par le Cotopaxi ou le Sotara, lesquels n’ont pas fourni d’obsidiennes, et les ponces vilreqses, capillaires, qui accompagnent les obsidiennes récentes de Ténérilfe.
L’on n’a que peu de données sur l’âge de ces émissions tracliy tiques, relativement à la série sédimenlaire, vu que les trachyleset les roches vitreuses ne sont généralement recouverts que par des roches volcaniques, telles que les conglomérats, les phonolites, les basaltes et les roches laviques. Quelquefois cependant, dit M. de Humboldt, de petites formations locales, calcaires ou gypseuses, que l’on peut appeler tertiaires, parce qu’elles sont certainement postérieures à la craie, surmontent les trachytes qui devaient ainsi être rapportés au commencement de la période tertiaire, et se rapprocheraient plus des trachytes de la Hongrie que de ceux de la France.
Considérations sur V ensemble du terrain volcanique.
Nous n’avons considéré jusqu’ici les formations volcaniques qu’isolément et en les détaillant; mais actuellement que nous avons reconnu qu’il y avait liaison entre ces formations et que, pour ne parler que des deux extrêmes, il y avait connexion géographique entre les trachytes et les laves modernes, connexion qui n’existe pas entre les trachytes et les roches ignées antérieures, et qui suffirait par conséquent pour justifier la réunion des troisformationsvolcaniquesen unseul terrain; actuellement il nous reste à considérer l’ensemble de ce terrain*: il nous reste à constater les relations géognostiques et physiques des trois formations, à reconnaître les modifications apportées dans les produits des émissions anciennes par les émissions plus récentes , à rechercher les lois générales auxquelles sont assujetties les éruptions de cette grande période, qui commence aux trachytes et finit aux laves les plus récemment émises.
Cherchons d'abord à constater les relations géognostiques des formations, et l’influence mutuelle des éruptions qui, pendant trois périodes successives, tendent à s’accumuler vers les mêmes points<du globe. Les éruptions laviques, en s’exerçant à travers les trachytes
Is]es Canaries.
des Cordillères, ont probablement modifié leurs formes; mais on n’a pu reconnaître jusqu’ici de quelle nature étaient ces modifications. Les Canaries, où les troisformations sont réunies et parfaitement distinctes dans leurs produits, ont fourni des indications plus précises.
Les îles Canaries, celles des Salvages, de Madère et de Porto -Santo, de même que le long arcliipel des Açores, semblent, dit M. "Webb, lier ensemble les continents de l’Afrique et de l’Europe, et plusieurs écrivains ont cru y voir les débris de la fameuse Atlantide des Grecs. Les parties les plus occidentales du continent européen (Portugal) se terminent en promontoires basaltiques, et il paraîtrait que la côte occidentale d’Afrique (cap de Geer) est de même nature: or, comme les Canaries, Madère, Porto-Santo et les Açores, sont aussi volcaniques et surtout basaltiques, on a ainsi une grande chaîne, qui se prolonge encore vers le sud jusqu’aux îles du Cap-Vert.
Les Canaries forment le point le plus important de cette longue série, parce que les phénomènes volcaniques ont agi sur une échelle puissante, et que les trois formations s’y trouvent réunies^ circonstance précieuse pour reconnaître les connexions qui existent entre elles. M. de Buch a publié un célèbre travail sur ces îles, et plus récemment MM. "Webb et Berthelot ont complété ce travail
par des observations plus détaillées. Les Canaries présentent les trois formations volcaniques d’une manière très-distincte, et il ne pourrait y avoir de confusion que parce qu’une partie des produits laviques sont feldspathiques et consistent surtout en ponces et en obsidiennes, analogues à celles de Lipari,. Vulcano, etc ; mais les basaltes, très- puis-
sants, très- développés, sont là pour établir une distinction géognostique positive entre ces produits, que leur puissance et leur position pourraient faire confondre avec ceux de la formation trachytique. C’est ainsi que M. Webb regarde comme postérieurs à la série basaltique les vastes amas de ponces qui couvrent le district d’Arico de las bandas, dans la partie méridionale de Ténérilfe, ainsi que celles qui couvrent le grand plateau de Las Canadas, élevé de aSoo mètres au-dessus de l’Océan.
Les roches basaltiques sont généralement d’un bleu foncé, grises ou presque noires; elles sont en partie porpbyroïdes et souvent caractérisées par leur structure columnaire; elles occupent tout le littoi'al et les hauteurs moyennes, et constituent les longs conti’eforts qui des hauteurs centrales descendent vers les côtes: leurs nappes sont séparées par d’immenses couches de tufs, d’agglomérats, de déjections volcaniques, d’argile de dillerenlcs couleurs, passant quelquefois au tripoli. Quel-
ques-uns de ces tufs, que M. Webb appelle interbasaltiques, et dont les identiques se trouvent dans les Açores, présentent des empreintes de feuilles, des indices de galène, du mica. Près de la ville de Las Palmas, à la grande Canarie, on trouve une coucbe calcarifère, . interbasaltique , qui contient des nodules forés par des litopbages, une infinité de cardium et d’autres coquilles marines. Cette coucbe se trouve actuellement à soixante mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les roches trachytiques dominantes sont ; un trachyte grisâtre,porpbyroïde, où les cristaux de feldspath, en partie vitreux, sont plus ou moins clair-semés; un trachyte ampbibolique, qui prend accidentellement l’apparence basaltique. Les tracbytes et les tufs feldspathiques, qui sont très- abondants, prennent quelquefois une couleur verte foncée, qui, suivant M. Webb, paraît provenir de la présence d’unegrande proportion d’épidote. D’autres fois le mica leur donne une apparence granitoïde, jusqu’à les faire prendre pour des roches anciennes (cratère de'Palma, Senora de la Pena, dans l’île de Fortaventura), constituant les montagnes intérieures des principales îles et les abords de leurs énormes cratères centraux. Le cirque qui embrasse au centre de TénérifFe le vaste plateau cratériforme des Canadas, est composé de roches feldspatbiques, et c’est au milieu de cette
Dkiiîi^^^ ■
Googk-
TERRAIN TOLCANIQÜE; 171
chaîne de circonvallation que se trouve le volcan de Teyde on pic de TënérilTe. La vaste cavité centrale et cralériforme de l’île de Palma présente une composition analogue. Il en est de même des masses puissantes et bouleversées qui constituent la chaîne circulaire qui encaisse l’immense enceinte cratériforme de la grande Canarie, où la formation trachytique est plus développée que dans les autres îles. Le morne de Saucillo, les cimes d’Artenera, de Firaxana, les montagnes de Tamadaya, de Juenta-Blanca et de la Cueva del Médioda, constituent les points culminants de ce système. Vues de loin, ces montagnes feldspathiques s’annoncent de suite par leurs contours arrondis et massifs, qui les font distinguer de la série pyroxénique, dont les crêtes oll'rent au contraire des pointes aigues et saillantes. Au-dessus des formations tracliytique et lavique,MM.Webb et fiertbelol ont observé des dépôts calcaires et quelquefois gypseux qui recouvrent les talus de certaines' vallées, et qui sont surtout remarquables dans les plaines arides de Fortaventura et de Lancerote: ils ontreconnuque cesdépôts résultaient du dessèchement de grands lacs, ou bien de l’action des eaux pluviales, agglutinant les matières rejetées par le vent, ou bien encore de sources minérales, comme àTénérilfe, près de Fassiga, où une source donne lieu à des calcaires pisolitiques et des stalactites oolitiques.
Cratères de soulévemeDt.
173 TERRAIN VOLCANIQÜE.
Nous avons déjà parlé des éruptions modernes des volcans de Teyde et de Chahorra , au centre de TénérilFe, de celles qui eurent lieu sur les tlancs de Palina, de la fameuse éruption qui couvrit une grande partie de Lancerote. On volt donc que les trois formations volcaniques sont très-bien représentées dans les îles Canaries; mais l’ensemble qui résulte de cette association n’est point tel qu’on pourrait le supposer quant à la forme, et l’étude de la constitution physique de ces îles nous conduira à reconnaître qu’elles résultent, non pas seulement de l’accumulation des matières volcaniques des dilférents âges, les unes sur les autres, mais aussi d’une action purement dynamique sur la croûte solide du globe, c’està-dire, de soulèvements. Un soulèvement, causé par des éruptions volcaniques, comme ceux qui ont eu lieu à Jorullo, ou même sans éruption, comme cela s’est fait presque instantanément sur la côte du Chili et graduellement sur la côte de Suède, ne présente rien que de très-naturel; car l’action qui pousse à la surface du globe de telles masses de laves, est bien capable d’en soulever la croûte solide : mais ces soulèvements sont assujettis à certaines lois, et c’est dans les Canaries que M. de Buch les a reconnues. Avant d’exposer sa théorie, nous avons indiqué la composition générale de ces îles d’après des observateurs qui n’avaient alors aucune connaissance des
D:t / Coogk
idées de M. de Buch, afin qu’il en résultât une, plus grande authenticité pour tout ce qui est fait géognostique , et que l’on pût mieux apprécier la théorie destinée à donner l’explication de ces faits, laquelle a été l’objet de beaucoup de discussions.
L’île de Palma est un cône surbaissé, dont le sommet est tronqué. Lorsqu’on y est parvenu, l’on aperçoit que cette partie centrale est une vaste dépression circulaire, dont les parois sont tellement escarpées, qu’on ne peut y descendre. En tournant l’île, l’on peut entrer dans ce vaste cirque, désigné dans le pays sous le nom de Caldera, par une coupure qui se trouve du côté de la mer. Arrivé dans cette Caldera, on la volt encaissée par une enceinte circulaire d’escarpements et de rochers à pic quis’élèvent jusqu’à plusieurs milliers de pieds. Ces escarpements, partout où on peut les appi’ocher, présentent des alternances basaltiques : ce sont, vers les parties inférieures, des assises d’une énorme épaisseur de fragments basaltiques agglomérés, qui supportent le basalte solide, et les assises plongent toutes du centre de la Caldera vers l’extérieur, parallèlemeut à la surface cônique de l’ile.
Dans cet immense cratère, qui a deux lieues mai'ines de diamètre, rien ne rappelle un centre d’éruptions volcaniques; l’on n’y voit ni scories, ni déjections, ni coulées de lave analogues à celles que -produisent l’Etna et
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le Vésuve. En parcourant l’énorme fente qui y conduit, on rencontre des blocs de roches primitives, tout-à-fait étrangères à la surface des Canaries. Quels phénomènes présidèrent donc à la foraiation de ce cratère, qui n’a de commun avec les cratères ou entonnoirs d’éruption, dont il s’éloigne par sa composition et par ses dimensions, que la forme circulaire. A voir la stratification des assises de basaltes et de conglomérats qui s’inclinent* à partir d’un point central et culminant, il semble que ces assises, soulevées par une force agissante en ce point, se sontrompues tout en obéissant à cet exhaussement, laissant un vide au point de rupture. C’est cette hypothèse qui se présente tout d’abord à l’esprit, qui a fait donner à ces dépressions circulaires le nom ' de cratères desoulèvement; nom qui rappelle à la fois le fait du soulèvement et l’action volcanique qui a pu se manifester. La présence anomale des blocs de roches primitives peut, en effet, être attribuée à des explosions centrales, et il est à remarquer quelesdeux cônes d’éruptions qui existent sur les flancs de Palma et qui ont vomi des laves, se trouvent sur une ligne droite, qui passe en même temps par le centre de la Caldera.
La grande Canarie présente sur une échelle plus vaste une forme analogue à celle de Palma, et ne peut guère révéler de fait nouveau. Les trachytes occupent la partie
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centrale et culminante de l’île, c’est-à-dire, forment l’encaissement de la dépression circulaire. Les basaltes forment les sommités du second ordre, et la stratification des longues terrasses que forment leurs assises, suit dé même les pentes de l’île; mais la découverte par MM. \Vebb et Berlbelot d’une couche coquillière interbasal tique (Las Palmas), évidemment formée sous les eaux de la mer, et actuellement à soixante mètres au-dessus de son niveau, acquiert une grande importance; car elle démontre un exhaussement considérable et postérieur à la formation basaltique.
Ténériffe, en partie diflerente de Palma et de Canaria, apporte de nouveaux documents. Le trait caractéristique de sa constitution physique n’est plus le cratère; c’est un énorme pic (planche X), cône aigu, qui atteint une hauteur absolue de 5710 mètres. Ce pic, dit deTeyde, est un volcan actif, dont nous avons déjà cité le mode d’action, flanqué d’autres volcans, dont la montagne de Chahorra est la plus apparente. Le système actif occupe la partie centrale d’une vaste dépression cratériforme, analogue à la Caldera de Palma; mais il la remplit presque entièrement. Ce cratère central est pourtant très-prononcé; ses parois sont escarpées, et la crête dépasse généralement la limite de la végétation des arbres. Les masses qui constituent cette enceinte sont trachy tiques; ce sont des conglomérats qui com-
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posent la partie inférieure des escarpements, et leurs alternances sont couronnées par des assises découpées de trachyte. En quelques points l’on voit des basaltes les couronner (parties supérieures de l’Angostura), et de là s’incliner en longs plateaux vers la mer. Le volcan central du pic, avec ses bouches latérales et ses montagnes accolées, n’exclut point d’ailleurs la manifestation de l’action volcanique dans les autres parties de File; il y a souvent au pied des contreforts basaltiquës de petits cônes d’éruption, qui ont produit des laves : mais l’intensité de Faction centrale, l’accumulation des matières vomies, et peut-être en partie soulevées, démontrent clairement que le centre du cratère de soulèvement fut toujours le principal point d’action. Ainsi, l’examen de Ténériffe tend à démontrer deux faits: d’abord la formation par soulèvement d’un cratère central, qui se distingue des cratères d’éruption non-seulement par sa composition toute trachy tique, mais aussi par sa dimension, puisqu’il suffit à contenir un des plus grands cônes d’éruption connus; ensuite, que le point central de ce cratère, c’est-à-dire, le point de soulèvement, fut la route la plus naturelle ouverte à Fin- ^ tensité volcanique qui s’y développa avec énergie, et ne fut qu’un second effet d’une même cause agissante au même point.
L’île de Fortaventura, celle de Lancerote,
malgré la défiguration que lui fit subir l’éruption de 1750 , présentent aussi des indices d’une disposition analogue : mais ce n’est pas seulement dans les Canaries que M. de Buch a reconnu celte disposition; d’autres centres volcaniques, séparés par des distances Considérables, lui ont ofFert une configuration identique. L'île de Barren, dans le golfe du Bengale, au nord des îlesNicobar, est un des exemples les plus complets et les plus évidents (■planche X) : c’est une enceinte circulaire de rochers qui s’élèvent souvent à cinq cents mètres,s’abaissanten pente assez douce du côté de la mer, mais très-escarpés à l’intérieur. Cette haute muraille circulaire s’enfonce sous les eaux et présente une échancrure parlaquelle on peut entrer, et qui permet de voir dans l’intérieur du cirque un cône d’éruption qui s’élève au point central. Ce cône est d’une grande activité ; sa hauteur égale celle des bords; elle est de 5Üô mètres.
Si les eaux de l'Océan s’élevaient à deux S»ntorîn, mille mètres environ, les bords du cirque dg la Caldera-de-Palma, dont le point culminant a 2586 mètres de hauteur absolue, formeraient, dit M. de Buch, un golfe semblable par sa configuration et sa profondeur, à celui que forment les îles de Santorin, de Thérasia et d’Aspronisi dans l’archipel grec; golfe dont le diamètre ne surpasse que d’un quart celui de la Caldera. Ces trois îles sont composées de
lyS TERRAIN VOLCAMQtE.
conglomérats et de tufs Iracliy tiques , recouverts par des agrégats ponceux. l-.es assises plongent vers l’extérieur du golfe et se perdent dans la merpardes pentes assez douces, tandis quelles présentent dans l’intérieur des escarpements très- abruptes. Ainsi Santoi’in , qui forme les deux tiers du cirque, présente un escai'pement de six lieues de développement, tout px’ès duquel ou n’a trouvé le fond qu’à huit cents pieds, tandis qu’un peu plus loin on a sonde jusqu a mille , sans loucbei. Les alternances de tufs et de conglomérats, dont se composent ces trois îles, ont été déposées liorizontalement sur des schistes argileux, qui forment le fond des mers voisines et qui sont visibles en plusieurs points des côtes extérieures de Santorin et de Tliérasia;tOt‘, pour amener ces dépôts horizontaux à la disposition ciatérlforme actuelle, on est conduit à supposer une force agissant de bas en haut, et relevant symétriquement les assises qui se sont l'ompues au point où agissait la lorce expansive. En effet, ajoute ]M. de Bucli, la manifestation de cette force a tenté à plusieurs reprises de créer un volcan en ce même point. Cent quarante -quatre ans avant l’ère chrétienne, parut au centre du golfe la petite île d’Hyéra ou Palalo - Kaméni , qui reçut un accroissement en En iS’]S, la petite
Kaméni sortit au milieu du bassin avec beaucoup de ponces et un grand dégagement de
TERRAIN VOLCANIQUE. i>jg
chaleur; enfin, de 1707 à 17098e forma la nouvelle Kameni, (jui fournit des vapeurs sulfureuses. Ces îles centrales sont composées d’un trachyte brun, à cassure résineuse, avec des cristaux de feldspath vitreux, .\ucune ne présente de traces de cratère d’éruption , de sorte quelles semblent produites par soulèvement. On a remarqué, en effet, en plusieurs points des exhaussements graduels.
LecônedeSantorinest très-surbais,sé:Strora-
boli se présente dans des conditions inverses. Les assises de trachytes et de conglomérats à travers lesquels l’action lavique s’est frayé une issue, ont été soulevées, vers le point d’éruption,sousdes angles de vingt-cinq et trente degrés. La planche X, ou M. Holfinann a représenté la disposition des produits trachytiques et laviques, indique parfaitement comment ce soulèvement s’est effectué et de quelle manière la cavité centrale a été remplie par le cône d’éruption.
Les cratères de soulèvement indiqués jusqu ici, sont des îles, et paraissent formés par l’action des roches laviques. La Somma, qui ceint le Vésuve, est un fait continental qui semble se rattacher à ceux que nous venons d’énoncer dans les îles et que nous pourrions encore multiplier. La cavité centrale que présenterait la Somma, en faisant abstraction du cône du Vésuve, n’estpas d’une grandeur telle qu’oa ne puisse la comparer avec certains
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cratères d’éruption; mais sa composition n est guère celle d’un de ces cratères. 'Toutes les déjections de Fossa-Grande semblent faire partie des éruptions du Vesuve proprement dit, et
les rochescalcairesetprimilivesque l’on trouve
soulevées et altérées à la Somma, annoncent des phénomènes de soulèvement accompagnés de chaleur et de pression, plutôt que ceux des éruptions laviques. La seule analogie quil y ait entre le cratere de la Somma et celui du Vésuve, ce sont les filons qui en traversent la masse, de même que la lave moderne remplit les fractures que sa pression détermine dans le cône : mais les filons de la Somma ne sont pas de la meme nature que les roches laviques de ce système; ils sont trachy tiques et pourraient, par conséquent, être de beaucoup antérieure au système d’éruptions génératrices du Vésuve. De plus, ces filons ne peuvent être assimilés à ceux du cône actif, parce que, s’ils n’étaient que le passage d’une lave, on retrouverait encore les laves correspondantes à chacun d’eux par leur nature minéralogique et leur voisinage, ce qui n’a pas lieu.
Si la formation des cratères de soulèvement est un fait général et qui tend à se produire toutes les fois qu’il y a manifestation de l’action'expansive sur un point de Técorce du globe, il a dii s’en former non pas seulement par la sortie des roches laviques, mais par
celle des basaltes, des trachytes et même des roches ignées antérieures. Il est vrai que dans la période lavique il a fallu le concours de certaines circonstances, que nous ne pouvons guèresapprécier, pour qu’il v ait eu formation d’un cratère de soulèvement; car dans beaucoup de cas les laves ont percé leur trou net ou bien ont fait éruption en un ou plusieurs points d’une fissure, sans qu’il y ait eu de soulèvements très-sensibles du sol : mais comme ces circonstances doivent dépendre eu grande partie de la résistance opposée par le sol traversé, et de l’état de la lave, qui peut avoir moins de facilité pour traverser et percer les roches solides , et par conséquent plus de tendance à soulever, elles doivent avoir existé *
dans les autres périodes ignées.
Les groupes du Cantal et du Mont-Dore ont Fnnc» eenété signalés par MM.‘ Dufrénoy et Elle de Beaumont comme présentant les plus grandes analogies avec lescratères de soulèvement. Le %groupe du Mézenc est dans le même ca^ et r ces trois grandes accumulations trachylfiques qui dominent la France centrale, doivent évidemment au même ordre de phénomènes les formes analogues qu’ils affectent. Le groupe du Cantal est celui où l’on peut le mieux se rendre compte de ces phénomènes, parce qu’il y a dans sa forme un ensemble qui annonce une grande unité des causes génératrices.
La grande êavité centrale, au milieu de la~
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quelle surgissent des masses plionolltiques^esl entourée par une crête culminante, de laquelle se détachent, comme autant de rayons divergents, toutes les vallées principales. U ne vaste nappe basaltique recouvre tous les contreforts qui séparent les vallées, et les escarpements qui regardent de chaque côté, semblent indiquer que les solutions de continuité sont postérieures à rémission, et qu’elles résultent de l’excavation des vallées, qui ne seraient que des fractures agrandies par les eaux. L’inclinaison du basalte dans le sens des pentes du cône du Cantal, inclinaison qui est souvent de neuf et dix degrés, concorde avec l’hypothèse des soulèvements postérieurs, parce que des nappes si minces, si étendues, doivent avoir été très-fluides et qu’elles n’auraient guère pu rester dans des positions si inclinées. Enfin, lesperlurhations si nombreuses des conglomérats qui se montrent en couches inclinées jusque Sur la crête culminante; celles du terrain tertiaire, qui sembleavoir été bombé^ ainsi^que l’ont fait remarquer MM. Lyel et Murchison, position tout-à-fait opposée aux lois de la stratification; la si tua lion anomale des phonolites; conduisent à assimiler le groupe du Cantal auxcratèresdesoulèvementsignalés par M. de Buch. Si l’on supposait le groupe du Cantal submergé jusqu’à la base des masses phonolitiques du centre, les parties saillantes au-dessus de ce niveau présenteraient une
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disposftion analogue aux lies de Santorin.
Le Mont-Dore est dans des co'nditions à peu près identiques à celles du Cantal, si ce n’est qu’il présente deux centres distincts de soulèvements, tous deux en forme de cratères; il n’y en a qu’un seul qui présente des plionolitesau centre. Dans le groupe du Mézenc, ce sont les basaltes qui ont soulevé les plionolites. Du reste, ces soulèvements c raté ri formes n’existent pas seulement dans les groupes trachytiques, et il est des points où les basaltes semblent avoir soulevé de la même manière le sol primitif
Ausomrnetdela côte deMontpezatse trouve un cirque granitique, dont la parfaite conservation est due, sans doute, à ce qu’il est moins vaste que les cirques du Cantal et du Mont- Dore, et à ce qu’il n’est sillonné par aucun cours d’eau. Vers le centre de la plaine circulaire qui forme le fond de ce cratère granitique, surgissent trois cônes isolés de déjections basaltiques. Ces cônes sans cratères sont des soufflures de la lave soulevante, laquelle a été injectée dans plusieurs fentes qui traversent les montagnes qui forment l’enceinte du cratère , notamment vers l’échancrure qui sert d’entrée. Le granité qui forme l’enceinte, n’est pas stratifié; on ne peut donc tirer aucun argument des masses divisées verticalement, qui font saillie surtout vers l’ouest. Mais comment donner aucune explication de
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cette forme anomale à celles de tous ïes gise> ments degranlte? Le soulèvement se démontre ici non plus par les bouleversements de masses stratifiées, mais par l’impossibilité de trouver aucune hypothèse pour justifier la formation de ce cratère, qui n’est point évidemment un cratère d’éruption, et qui se montre au contraire avec tous les caractères d’un cratère de soulèvement.
Ce cratère est situé au sommet de l’escarpement si abrupte, qui conduit du Haut au Bas- Vivarais; or, l’on voit, en descendant cet escarpement, que la même lave basaltique qui a«té injectée en plusieurspoints de ce cratère, a crevé latéralement, et s’est épanchée le long de l’escarpement jusque dans le Bas-Vivarais. Il jest à remarquer que cette lave devait être très-peu fluide, puisqu’elle s’est maintenue sur un plan très-incliné, au lieu de s’épancher dans la plaiue, quoique pourtant très-chaude, puisqu’elle a en partie vitrifié les fragments de granité quelle a empâtés. Sa division n’est pas prismatique.
L’existence de cratères formés par soulèvement est donc un fait général quant aux trois formations volcaniques. Nous verrons, en étudiant les autres terrains, qu’ils sont extrêmement fréquents et qu’ils sont résultés des émissions porphyriques, granitiques, comme de celles des phonolites, 4^s. basaltes ou des laves modernes. La discussion théorique des
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faits qui doivent avoir lieu lorsque la force expansive tend à soulever en un point l’écoi’ce du globe, est-elle en, harmonie avec les faits observés? Telle est la question que MM. Elic de Beaumont et Dufrénoy ont traitée, mettant en connexion ces faits avec les lois proportionnelles qui existent entre l’exhaussement total de la masse soulevée et les dimensions des fractures résultant de cet exhaussement.
Les soulèvements ont agi sur des surfaces peu bombées, ainsi que le prouvent les assises régulières de tufs et de conglomérats, roches qui, stratifiées par les eaux, n’ont pu généralement former que des surfaces très-planes, et les vastes nappes de basalte, nappes dont la continuité n’est interrompue que par les vallées creusées postérieurement à leur émission , et qui n’ont pu s’épancher d’une manière aussi continue et prendre le retrait prismatique perpendiculaire aux surfaces de stratification, que sur des plans très- peu inclinés. Or, pour comparer à ces roches une matière comme elles inextensible, supposons qu’une action de bas en haut tende à soulever en un point une nappe de glace d’une épaisseur suffisante. La glace sera d’abord soulevée autant que le permettra son peu d’élasticité, puis elle s’étoilera dans le point où agit la force, et les pointes des fragments triangulaires con; vei’gents seront exhaussées proportionnelle^ ment à l’intensité de cette force,- laissant en^
l86 TERRAIN VOLCAMQÜE.
tre elles un vide d’un diamètre d’autant plus grand que l’exhaussement aura été plus considérable, autour duquel divergeront, comme des rayons autour d’un centre, des fractures, dont le nombre et la largeur seront proportionnels à l’exhaussement total, et par conséquent au vide central,
MM. Dufrénoy et Elie de Beaumont ont reconnu par le calcul que les cratères de soulèvement précités satisfaisaient aux conditions de proportion entre les fractures divergentes et l’exhaussement probable. Dans les cônes de Stromboli, Palma, Ténériffe, Santorin, et dans ceux du Cantal e4 du Mont-Dore, le rapport de la somme des interstices dus à l’écartement, mesurés à égale distance de la base et du sommet, au développement total de la circonférence que présente le cône à
cette même hauteur, est de :
Pour Stromboli o,i473o
— Palma o,o44?o
— Mont-Dore 0,01012
— Ténériffe 0,00708
• — Cantal 0,00219
— Santoriu o,ooo85.
L’on voit par ce rapprochement un exemple frappant de la différence que présentent les parois des cratères de soulèvement, suivant qu’elles appartiennent à des cônes plus ou moins surbaissés, et par conséquent, de l’iné-
TERRAIN VOLCAN IQÜE. 187
galefacilité avec laquelle elles doivent se trouver susceptibles d’être démantelées par les agents atmosphériques. Pour de plus grands détails, nous ne pouvons que renvoyer aux mémoires intéressants publiés par MM. Elie de Beaumont et Dufrénoy , dans lesquels sont consignés toutes les objections et tous les arguments relatifs à la théorie des cratères de soulèvement. •
Cherchons actuellement à embrasser les Ditpoiition faits relatifs à la disposition et la distribution géographique des terrains volcaniques : ques-phîque dts lions qui ont été éclaircies par les travaux de*^'""”*
1 caaïques.
MM. de Buch et PoulettScrope.
L’action volcanique, quelle que soit d’ailleurs son origine, se présente comme une action expansive, agissant de bas en haut, soulevant ou perçant la croûte du globe, et poussant à sa surface des matières généralement fluides ou gazeuses. Lorsque l’ouverture d’une nouvelle bouche volcanique est nécessaire à l’équilibre intérieur du globe, sa position sera déterminée par les circonstances locales de résistance des couches superficielles, la fracture devant s’opérer dans les points où elles en offrent le moins.Si les efforts qui ont accompagné ou précédé les éruptions précédentes ont disloqué la croûte solide du globe, de manière à la rendre moins résistante dans le voisinage de certains points, la nouvelle fissure d’éruption se produira dausle voisinage de ces
anciens volcans. La prédominance générale de cette loi, dit M. Scrope, est la cause du surgissement des nombreux systèmes de volcans. Parmi ces systèmes, les uns présentent des agglomérations qui ne semblent au premier abord assujetties à aucune loi de disposition; teJlessont les agglomérations volcaniques de la France cenlraie, des bords du Rbin, de l’Islande, des Açores, des Canaries, des îles du Cap-Vert, de l’archipel des Moluques, des Gallipages, etc. : mais cette apparence d’irrégularité disparait lorsqu’on vient à étudier dans leurs détails ces diverses agglomérations, et l’on a reconnu quelles pouvaient se décomposer en divers systèmes linéaires, représentant des alignements de volcans sur des fractures longitudinales, elles-mêmes assujettiesà certaines lois; ou bien qu’elles faisaient partie de longues et larges bandes volcaniques, dont la disposition était loin d’être arbitraire. Ainsi nous avons vu que les volcans de la France centrale se répartissaientsuivant des lignes assujettiesà des lois de parallélisme, soit entre elles, soit avec les accidents principaux du sol, et nous avons vu que les masses les plus puissantes qui représentaient les éruptions accumulées d’au moins deux formations, n’échappaient pas elles-mêmes à ces lois d’alignement et de parallélisme : ainsi les groupes d’îles de la mer Pacilique se suivent dans des directions faciles à constater. Les autres sys-
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tèmes, et ce sont de beaucoup les plus nombreux, sont nettement et franchement alignés et présentent, soit sur les continents, soit dans les îles, des exemples frappants et très-multipliés de parallélisme.
D’après ce qui a été dit précédemment, il est facile de se rendre compte des causes qui déterminent cette disposition. En effet, la position des volcans dans une contrée étant déterminée par les conditions de résistance locale, les points qui présenteront le moins de ^ « résistance seront généralement situés dans une fracture préexistante, soit dans le prolongement de cette fracture. En second lieu, une première fracture s’étant formée dans le sens où les couches solides avaient le plus de facilité à se fendi’e, lorsqu’une seconde fracture se formera à travers les mêmes couches, elle tendra à suivre une direction parallèle à celle des précédentes} sans compter que, la direction étant aussi déterminée en grande partie parla nature de l’elfort qui la produit, cette condition ne peut guère varier dans un même terx-ain. Ainsi , d’une part cette tendance des masses volcaniques à s’aligner, tendance qui se manifeste non-seulement par leur position relative, mais aussi par leur forme, qui est très-souvent alongée dans le sens de la direction générale, s’explique parlesconditions 4
de solidité des couches superlicielles, qui assignent au volcan qui se forme une place sui-
vaut la fracture préexistante: d’une autre part le fait de parallélisme des alignements d’une même contrée résulte non-seulement de la parité des circonstances de solidité des couches résistantes, mais aussi de la parité qui doit également exister dans les circonstances des elforts agresseurs.
Et, en elFet, les elforts d’une action expansive qu' s’exerce par l’intermédiaire de matières fluides ou gazeuses contre des parois solides, doivent avoir lieu de la manière la plus simple possible, c’est-à-dire, suivant une ligne droite ou sur un seul point.
Le cas où l’action tend à s’exercer suivant une ligne droite doit être le plus ordinaire, parce qu’une paroi solide et cassante, telle que nous pouvons nous représenter l’écorce du globe, sera toujours portée à se fissurer et à se fendre. Dès- lors, les émissions de laves auront lieu sur les divers points de ces fissures, et rien de plus simple que les alignements de masses volcaniques dont le globe est en quelque sorte sillonné.
. L’énumération des volcans en séries de M. de Bucli comprend, en effet, sauf celles de l’Europe, la presque- totalité des masses volcaniques du globe , et la tendance à la disposition linéaire est telle que les volcans isolésougroupés qui semblent les plus indépendants, apparaissent liés entre eux par des points volcaniques intermédiaires, qui existent ou dont on
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peut (lu moins supposer l’existence. C’est ainsi que l’on peut considérer les Açores, les Canaries, les îles du Cap-Vert, comme constituant un système linéaire avec Sainte-Hélène et l’Ascension. Il en est de même des masses volcaniques du nord de l’Irlande, des Hébrides et des îles Féroë, etmême de l’Islande La connexion qui existe entre toutes les masses volcaniques sera bien plus apparentes! on les trace sur une mappemonde : alors rien n’est isolé, rien n’est anomal. Toutes les séries sont généralement réunies par des points intermédiaires, de sorte que l’ensemble des fractures qu’elles constituent, représente des lignes brisées, inégalement réparties sur la surface du globe. Or, si l’on compare ces lignes volcaniques avec celles qui forment les traits caractéristiques de la configuration actuelle du globe, traits qui sont parfaitement indiqués, d’un côté par les chaînes de montagnes qui le sillonnent, de l’autre, par les contours des continents,
les îles, etc , qui représentent les lignes
d’intersection des inégalités de cette surface par un horizon régulier, qui est la surface des mers; l’on arrive à reconnaître que la distribution des masses volcaniques n’est pas arhitraire et (|u'il existe des relations fixes entre cette disti'ihutiou et la configuration du globe. Ces relations, en grande partie étudiées par M- Poulett Scrope, sont importantes à constater, parce qu’elles cousliluent un des éié-
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ments les plus concluants pour la théorie gér néralemenl adoptée sur la géogénie du globe.
Et d’abord, quels sont les points où l'actioa volcanique semble la plus fréquente et Ia‘ plus énergique? En considérant non -seule-: ment les volcans en activité, mais toutes les émissions du terrain volcanique, on reconnaît que celte tendance générale des premiers à' se trouver sur les côtes maritimes ou dans des îles, existe également pour l’ensemble du ter- •rain. Ainsi, presque toutes les séries précédemment citées, sont formées par des îles (sauf celles des Andes et du Mexique). Les îles qui bordent le continent africain et qui pré-,
. sentent les plus grandes accumulations d’émissions ignées des trois formations, viennent à l’appui de ce principe, confirmé en Europe par nos volcans méditerranéens, placés dans des îles ou sur les côtes continentales.
Les exceptions qui résultent de la position des terrains volcaniques delà France centrale, des bords du Rhin, de ceux que l’on a signalés dans les parties centrales de l’Asie et de ceux qui surmontent les Cordillères, suflisent pour démontrer que la loi n’est pas générale et que toute hypothèse qui tendrait à l’attribuer à l’influence des eaux de la mer dans la formation des volcans, serait incompatible avec les faits; mais elles ne peuvent infirmer le principe de la tendance des masses volcaniiques à se former dans l’intérieur des mers.
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Join (le tout continent, ou à s’aligner parallèlement aux côtes continentales.
Que l’on jette un coup d’œil sur l’intérieur (le 1 océan Pacilique, l’on sera frappé, ditM. Scrope, de l’absence des terres sur un si grand espace qui forme presque le quart du globe. On y voit une multitude d’îles volcanKjues ou dîles madrépori({ues, qui représentent presque toutes des volcans : outre cette accumulation intérieure d’îles volcaniques (les Carolines, les Maria unes, les Sandvvich , etc...) cette vaste mer est encerclée par les séries insulaires ou littorales des masses volcaniques que nous ayons énumérées et qui s’étendent suivant les côtes occidentales des Amériques, depuis la Terre-de-Feu jusque vers les côtes de la Californie, puis se 'dirigent par le système des Aleutiennes vers le Kamtschatka , à partir duquel commencent les séries japonaises, coréennes , etc., qui bordent de loin le continent asiati(jue, tandis que les volcans des Andes forment au contraire une bordure volcanique intérieure et continentale. Que l’on compare cette profusion des masses volcani(|ues dans l’intérieur et autour de la Pacifique avec leur rareté dans l’intérieur de l’Asie ou des Amériques, et l’on en déduira que la distribution des volcans parait assujettie à deux lois: tantôt ils sont développés en raison de l’absence des terres continentales, c’est-à-dire, quils font équilibre au non-exhaussement de 5- ■ i3
ig4 TERRAIN VOLCANIQUE.
la croûte du globe; tantôt ils sont disposés parallèlement aux saillies continentales, dont ils paraissent dessiner les contours, c’esuà-dire, qu’ils se sont formés sur les lignes de fracture résultantes de l’exhaussement de ces parties de la croûte du globe.
Ces deux lois demandent à être appuyées sur d’autres faits que la distribution des volcans de la Pacifique. Pour la première, nous citerons avec M. Scrope la position géographique des Antilles. En efifet, l’absence totale des volcans sur les côtes orientales des Amériques contraste avec leur fréquence sur les côtes occidentales. Ce fait, dont nous démon- • trerons la connexion avec la seconde loi,
souffre cependant une exception dans la position des Antilles: or, les Antilles se li'ouvent précisément là où il y a interruption continentale , puisque l’Amérique se trouve réduite à l’isthme de Panama; elles compensent évidemment par leur présence cette interruption et représentent peut-être en force volcanique dépensée unesomme égale à laforce expansive qui aurait suffi à l’exhaussement de la continuation de la bande continentale. L’Islande , la plus grande accumulation connue de matières volcaniques, doit représenter en force dépensée de quoi compenser une grande partie de l’intervalle continental entre les pointements nord-ouest de l’Europe et le Groenland.
Quant à la seconde loi , qui est la plus im-
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TERRAIN VOLCANIQCE. igS
portante, parce qu’elle résulte d’une manière moins directe de l’idée que nous pouvons nous faire de l’action expansive de l’intérieur du globe, nous la confirmerons par unplusgrand nombre d’exemples. Que l’on détaille leslignes suivies par l’action volcanique vers les pointes méridionales de i Asie; ces lignes apparaissent presque toutes dans les relations d’un parallélisme frappant avec les dentelures continentales. Ainsi, la rangée volcanique de Java, de Sumatra et des îles Adaman, forme une sortedeparallèleavancée à la rangée des montagnes primitives et secondaires de Bornéo, de la côte nord de Sumatra, de la péninsule Malaga et de l’empire des Birmans. Les archipels des Maldives et des Laquecllves suivent la côte élevée de la péninsule de l’indostan. La manière remarquable dont le district volcanique linéaire de l’Italie semble sortir de dessous l’escarpement parallèle des Apennins qui forment l’axe de cette péninsule, et la directionaparallèle que suivirent les crevasses quisillonnèrènt le sol de la Calabre, à la suite des tremblements de terre violents qu’elle éprouva , démontrent la liaison de parallélisme qui tend à se produire entre les fissures volcaniques, c’est-à-dire les séries de volcans, et les chaînes de montagnes, c’està-dire les fractures d’élévation. La position des basaltes des Hébrides et du nord de l’Irlande en regard des escarpements occidentaux
ig6 TERRAIN VOLCANIQÜE.
^ • de l’Ecosse; la situation des régions volcaniques de l’Ionie et de la Mysie sur le front du grand promontoire de l’Asie mineure, sont des exemples confirmateurs que l’on pourrait encore multiplier. Les groupes volcaniques des Açores, de Madère, des ^naries,du Cap- Vert, les îles de l’Ascension, de Sainte-Hélène, de Tristan d’Acunba,de Marion, de Bourbon, de France, forment une ceinture très-incomplète, il est 'vrai, autour de l’Afrique,' mais que, vu son éloignement des côtes, l’on peut considérer commé xbmplétée par des ma^es sous -marines.
Les émissions volcaniques en connexion de gisement et de parallélisme avec les chaînes de montagnes qui sillonnent la croûte du globe, paraissent en beaucoup plus grand' nombre que celles qui sont destinées à com- ' > penser l’absence de soulèvements. La loi à laquelle se rattache la position des premières est en effet une loi de détail facile à constàter, vu que les roches émises se#ont dans ce cas presque toujours apparentes, étant en rapport avec les parties saillantes du globe. La position des autres résulte au contraire d’une loi d’ensemble et ne 'peut s’observer que lorsque le phénomène aura été assez énergique pour élever du fond des mers des masses très-puissantes.
Pie semble-t-il pas anomal, lorsqu’il vient d’être démontré que l’élévaiion des strates so-
lides qui composent l’écorce du globe, est en raison inverse des phénomènes volcaniques dans une des grandes divisions du globe, de voir beaucoup de sommités formées par des tracbytes? C’est que dans ce cas on ne considère quel’élévation en masse, l’élévation que l’on peut appeler continentale : lorsqu’au contraire on vient à considérer le détail des soulèvements, la seconde loi intervient, et le soulèvement très-prononcé d’une chaîne étant un motif de dislocation et un indice d’action de la force expansive , il y a présomption de roche ignée : or, les éruptions postérieures ou contemporaines du soulèvement d’une chaîne peuvent affecter deux dispositions, elles pénétreront dans les roches disloquées et viendront éclater sur des points alignés et parallèles à cette dislocation, et par conséquent à la direction générale des couches relevées au pied de la chaîne, de dessous laquelle elles sembleront se dégager. D’autres fois elles s’élèveront dans la fracture principale de la chaîne et lui serviront d’axe.
Dans le premier cas, l’on ne peut guère tirer aucune induction entre l’âge relatif de la chaîne et des épanchements ignés, si ce n’est que ces épanchements sont postérieurs; car, lorsqu’il existe un escarpement très-prononcé, bien que très-ancien, dans un district volcanique, les éruptions sont souvent venues s’aligner au pied. Ainsi l’escarpement du Haut-
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Vivarais est certainement antérieur au terrain tertiaire, et les basaltes du Bas-Vivarais, qui sont postérieurs à ce terrain, ont pourtant négligé la direction générale des basaltes du Vélay et du Vivarais, pour venirs’aligner au pied de cet escarpement. Mais lorsque les roches volcaniques forment l’axe d’une chaîne, il est bien probable que ce sont là les roches soulevantes; les tracbytes des Ândes sont dans ce cas.
Du reste, bien que les émissions ignées et les soulèvements ne soient que deux effets différents d’une même cause, on ne doit pas chercher à pousser dans leurs dernières conséquences les deux lois qui ont déterminé la distribution des terrains volcaniques. Les relations d’âge et de parallélisme n’ont apparu jusqu’ici que d’une manière assez vague, et ce qui résulte des considérations précédentes, ce que l’on peut regarder comme démontré , c’est que l’action volcanique doit être attribuée à une force expansive intérieure, agissant depuis la période tertiaire suivant des conditions purement dynamiques.
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Les détails dans lesquelsnous sommes entré en décrivant le terrain volcanique, étaient d’autant plus nécessaires que ce terrain est à peu près le seul de la série où les formes des masses soient assez bien conservées pour que l’on puisse constater leur mode d’émission. Nous avons vu, du reste, tous les cas qui peuvent se présenter lorsque des roches ignées , pâteuses ou fluides, percent la croûte solide du globe pour s’épancher à la surface, et no'us aurons rarement occasion d’y revenir actuellement. La nature des roches émises, leurs relations avec la configuration du sol, les modifications qu’elles ont amenées dans les masses minérales préexistantes, tels sont les faits qui nous restent à apprécier dans les terrains porphyrique et granitique.
Il n’est guère possible d’établir des relations chronologiques entre les diverses roches que nous avons indiquées comme constituant le terrain porphyrique. Les trapps caractérisent
jr ■
200 TERRAIN PORPHŸRIQÜE.
l’Ecosse; les ophites, les Pyrénées; dans les Alpes occidentales, ce sont les roches serpentineuses; les mélaphyres, dans les Alpes orientales, et il est bien peu de contrées où l’on trouve un développement simultané de ces divers termes. Les porphyres forment cependant exception en ce qu’on les rencontre presque partout; mais ils se présentent dans des conditions géognostiques tellement variées, qu’on ne peut en conclure aucun fait, sinon que ce sont eux qui semblent former la transition au terrain grani tique. Les ophites qui , dans les Pyrénées, sont postérieures au terrain tertiaire, peuvent être regardées comme étant placées à l’autre extrémité de la série des termes du terrain porphyrique. Manquant ainsi de données pour classer géognostiquement les roches du terrain porphyrique, nous suivrons un ordre plutôt minéralogique , qui concorde peut-être avec l’ordre géogtiostique. Ainsi, les ophites des Pyrénées peuvent avoir à la fois avec les roches feldspalhiques et serpentineuses des Alpes oi’ientales, des relations géognostiques et minéralogiques. Les trapps de l’Ecosse, les spillites d’Überstein et les mélaphyres des Alpes occidentales, sont peut-être dans le même cas : tandis que les porphyres feldspathiques et quarlzifères, partoutsi constants dans leurscaractères et dans leurs allures, constitueraient aussi un troisième terme géognostique. Mais le gisement des diorites, qui
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concordent bien souvent avec les porphyres anciens sous le rapport du gisement, tandis queleur composition les rapprocherait plutôt des autres termes, nous empêche de donner cette subdivision comme très- réelle: mieux vaut attendre de nouveaux travaux, qui puissent éclairer cette question intéressante.
Les opbites constituent des monticules isolés, arrondis, généralement placés au pied de la chaîne des Pyrénées ou dans les vallées. M. Palassou a signalé le premier ces roches porphy riques, dont il avait en outre remarqué la liaison constante avec les masses gypseuses, et nous devons à M.Dufrénoy une description très-circonstanciée de leur nature et de leur gisement.
Cette roche, qui n’est, ainsi que nous l’avons dit, qu’une espèce de porphyre amphibolique, et .dont l’amphibole iherzolite est une variété, ne paraît pas être arrivée liquide; elle n’a pas coulé et s’est élevée probablement en masses pâteuses par de larges excavations. La position relative des masses d’ophite dépend beaucoup des circonstances locales; car leur fréquence dans toute la partie occidentale des Pyrénées a fait présumer à M. Dufrénoy que cette roche forme le fond du sol et se trouve partout à une petite profondeur; mais comme elles n’ont pu arriver au jour qu’à lafaveurde dislocations très-prononcées, la direction des couches soulevées et fractu-
Ophitei du Pyrénén.
303 TERRAIN PORPHYRIQUB.
rées indique aussi celle des émissions. L’action s’est fait sentir suivant les lignes qui courent E. i8° N. à O. i8° S. Une grande partie de la Catalogne, de la Navarre et de la Biscaye, des Pyrénées orientales et des Basses-Pyrénées, doi vent leur forme actuelle à cessoulèvements, qui se rapprochent par leur direction du système principal des Alpes, dont ils paraissent une dépendance.
La plupart des monticules d’ophlte sont placés dans le terrain crétacé, mais ils se prolongent jusque dans les Landes, et c’est là que M.Dufrénoya constaté leur âge géognostique. A Bastènes, lieu célèbre par les cristaux d’arragonite, le terrain tertiaire qui recouvre le terrain crétacé est incliné comme lui d’environ 40“ vers le S. 6° N. L’ophite soulevante est entourée de masses gypseuses. Les sables des Landes, qui ont participé au mouvement du sol, sont plus modernes que le calcaire d’eau douce des environs de Miranda, lequel correspond aux meulières parisiennes; ce sont les derniers dépôts réguliers qui ont précédé les alluvious anciennes: or, comme le terrain d’alluvion se trouve (Biaritz) recouvrir horizontalement la craie, au point même où l’ophlte s’est fait jour, on peut en conclure que l’époque d’apparition des opbites est resserrée dans des limites très-étroites, cette époque' étant comprise entre les dépôts tertiaires supérieurs (ceux qui correspondent au terrain
TERKAIN PORPHTRIQVE. ao5
de transport ancien de la Bresse) et le terrain alJuvien.
Cet âge, très-récent, pourrait conduire à classer les opbites dans le terrain volcanique, et M. Tournai a fait ce rapprocbemenl pour celles des environs de Narbonne; mais il existe des divergences trop prononcées pour que ce rapprochement soit réel : c’est d’abord la nature même de l’ophite, roche ampbibolique, passant à l'amphibole pur, ensuite l’influence modilicatrice qu’elle a eue sur les roches préexistantes qu’elle a traversées, influence qui a eu lieu sur une échelle très-développée , et dont les terrains volcaniques n’offrent aucun exemple.
En effet, il résulte de la description de M. Dufrénoy, que les nombreuses masses de gypse et de sel gemme des Pyrénées sont une conséquence immédiate de la présence des ophiles, tandis que les seules particularités que l’on observe au contact des terrains .volcaniques avec les calcaires, ne consistent qii^n changement de texture. A mesure que l’on s’approche des ophiles, les calcaires, généralement compactes et esquilleux, deviennent cristallins et en partie dolomitiques. Vers les plans de contact, ils deviennent cariés et caverneux; une partie dure et cristalline empâtant des parties terreuses et même friables. Ces calcaires caverneux accompagnent toujours les masses gypseuses, de sorte que lors même qu’on ne '
iso4 TERRAIN PORPHYRIQÜE.
vefraitpas la relation entre le gypse etl’ophite, les roches cariées sufHraientpoür l’établir. Les marnes qui alternent avec les couches calcaires sont ortlinairement d’un gris foncé; à la proximité des gvpses et de l’ophite, elles deviennent d'un rouae de vin et maculées. Ces marnes colorées annoncent presque toujours la présence du gypse. Cependant on en observe quelquefois sans qu’il y ait de gypse; mais dans ce cas même l’ophite est toujours à une petite distance. Le sel gemme se trouve fréquemment avec le gvpse et l’ophite , sa présence est révélée par les nombreuses sources salées qui sourdent indifTéremment de l’une et l’autre de ces deux roches. Quelquefois il arrive lui-même au jour, et dans tous les cas il est évidemmentleproduitdesmêmescauses. Les nombreuses masses gypseuses de la Catalogne ne sont que rarement accompagnées d’ophite; mais, outre qu’ellesalTectenlla même direction, leurs caractères minéralogiques les identiûent avec les gypses de l’ophite. Comme eux, ces masses contiennent des cristaux de quartz, de pyrite, de fer oligiste, d’arragonite; elles sontassociéesà des sources salées; comme eux, eulin, elles sont accompagnées de perturbations dans les couches enyironnantes , auxquelles elles sont évidemment postérieures.
La côte de Bayonne, à une petite distance sud de Biaritz, est un des points signalés par M. Dufrénoy comme exprimant très-bien les
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relations de l’ophite, du gypse, du calcaire crétacé et des marnes qui l’accompagnent. En ce point, les couches du terrain crétacé sont fortement contournées et brisées au contact d’un amas de gypse accompagné de marnes rouges et d’ophite. On observe, en outre, que toutes les couches convergent vers un point qui serait situé à une petite distance en mer; ce qui semble indiquer que l’ophite et le gypse que l’onvoitsur la côte, neseraient quele reste, le témoin, d’un amas beaucoup plus considérable. La masse gypseuse a la forme d’un coin, dont la base est d’environ dix mètres, et qui s’enfonce verticalement dans des couches fracturées de calcaire. (Planche XII.)
Le gypse de cette masse est blanc et cristallin : des marnes blanchâtres ou rougeâtres, elles-mêmes traversées de petites veines de gypse fibreux, y sont intercalées irrégulièrement, et l’ophite y apparaît en masses arrondies peu considérables, il est vrai, mais suffisantes pour établir la connexion. L’ophite n’est jamais très-abondante dans le gypse, et elle paraît former un noyau central dont les masses gypseuses constituent la partie extérieure; les fissures y sont tapissées de gypse. Dans les masses gypseuses liées aux opbites, on rencontre assez généralement des noyaux calcaires, qui, dans l’exemple qui nous occupe, n’appartiennent pas aux couches calcaires marno - sableuses qui constituent la p
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3o6 terrain PORPHYRIQCE.
côte, mais sont de calcaires noir cristallin ou grisànummulite$,quiproviennent de couches plus inférieures et démontrent ainsi l’intercalation postérieure par une force agissant de bas en haut.
Les Pyrénées présentent de nombreux exemples de cette configuration du sol que M. de Buch a appelée cratère de soulèvement. L’ophlte parait être en connexion avec l’un de ces cratères, en ce qu’il en occupe le centre. Ainsi les salines d’Anana, à l’ouest deViltoria, sont alimentées par un puits creusé dans l’ophite;
' or, cette opbite remplit tout l’intérieur d’un cirque qui parait avoir plus de aooo mètres de diamètre, et qui est pro fondément encaissé par des crêtes calcaires, qui s’abaissent en pentes ' alongées vers l’extérieur. La direction de ces calcaires varie, mais non pas irrégulièrement, car elle est telle qu’aux extrémités d’un même diamètre les couches plongent en sens Inverse, et que la surface qui réunirait toutes ces lignes d’inclinaison serait un cône tronqué.
Cette disposition, ajoute M. Dufrénoy, est exactement la même que celle qui résulterait du soulèvement d’une masse conique qui forcerait toutes les couches à se plier autour d’elle et à se rompre au sommet : c’est un véritable cratère de soulèvement. Ces calcaires sont noirs et appartiennent au terrain crétacé. Le sol des environs d’Anana étant ter- '• tiaire, il est probable que le terrain crétacé
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TERRAIN PORPHYRIQDE. HOq
n’a été mis au jour que parce qu’il a été soulevé au travers par les opliites. En effet, extérieurement à ce cratère de soulèvement et un peu plus bas que l’arête culminante qui en forme les bords, on voit une seconde enceinte beaucoup plus large que la première, mais en même temps moins régulière; elle est formée de calcaire d’eau douce et de molasse en couches très- inclinées, et elle a été évidemment soulevée et fracturée par le terrain crétacé, de même que celui-ci l’avait été par les opbiles.
Sous le rapport géognostique et même mi- Serpentines, néralogique, il y a de grandes analogies entre les ophiies des Pyrénées et les roches serpen- dentales, lineuses des Alpes occidentales. En eflTet, géognosliquement, les ophites sont postérieures au soulèvement de la chaîne des Pyrénées, dont elles ne suivent pas d’ailleurs la direction, tandis qu’elles partagent à la fois l’âge et la direction des serpentines des Alpes; minéralogiquement, le talc des serpentines remplit absolument, relativement au feldspath, le même rôle que l’amphibole des ophites, de , sorte que l’on serait tenté de conclure avec plusieurs minéralogistes , que le talc n’est qu’une forme affectée par des substances en proportion variables, et non point un composé en proportions définies. Il suffira dès-lors de comparer les analyses des substances talqueuses, qui contiennentgénéralement un peu
308 terrain PORPIITRIQÜE.
de fer, avec celle de l’amphibole, pour voir combien il y a peu de distance des opbitesaux serpentines et aux variolites, le principe dominant (le feldspath), constituant toujours la majeure partie de ces diverses roches.
Ce rapprochement, confirmé par la parité d’aspect, par l’identité des substances disséminées et parla connexion géognostlqne, tend à simplifier le terrain porphyrique, en permettant de soupçonner l’assimilation géognostique de roches dissemblables.
Les roches serpentine uses des Alpes sont développées sur une échelle bien plus considérable que les ophites des Pyrénées : elles constituent des filons, des masses intercalées énormes, et l’énergie des modifications qu’elles ont fait subir aux terrains à travers lesquels elles sont sorties , est proportionnée à leur puissance. En elfet, tout le terrain jurassique des Alpes, dont nous avons décrit la composition anomale, doit en grande partie cette composition aux altérations que lui ont fait subir les roches serpcntineuses. Or, l’analogie de ces modifications avec cellesqueles ophites ont déterminées dans les Pyrénées, estd’autant ^ plus remarquable, quelle concorde avec une identité presque complète dans les substances accidentelles. Ainsi , d’une part, le fer oxidulé, les pyrites citées dans les ophites, constituent dans les roches feldspatbiques et talqueuses des Alpes des gisements considérables (mines
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TERRAIN PORPHYRlQtTE. 2O9
de fer oxidulé de Cogne, pyrites de Casset, etc....); d’un autre côté, les gisements salifères de Bex, les gypses de I3ex, Cogne, etc...., paraissent résulter, dans le terrain jurassique des Alpes, d’influences analogues à celles des ophites sur le terrain crétacé des Pyrénées.
Les roches serpentineuses des Alpes sont très-diverses; elles forment une série continue de variétés compactes, porphyroïdes et même granitoïdes, du feldspath presque pur, à des roches onctueuses, comme le talc. La serpentine, l’euphotide, la variolite, sont les types les plus généraux; peut-être la protogine du Mont-Blanc fait-elle aussi partie de cette série? Les euphotides et les varlolites, susceptibles d’un beau poli, sont souvent recherchées comme pierre d’ornement; mais ces deux roches forment plutôt des masses subordonnées; car on les trouve très-souvent en fragments et en blocs roulés dans le lit des torrents, sans qu’on puisse découvrir leur point de départ.
Une des masses connues de varlolites se trouve sur la rive droite du Drac, à quatre ou cinq cents mètres au-dessus de son niveau, à peu près à égale distance des deux hameaux appelés les Beaumes et les Gondonins. Cette masse, intercalée dans des calcaires et des schistes probablement jurassiques, a vingt ou trente mètres de puissance et contient en plusieurs points du cuivre pyriteux.
3 10 ÏERRAIIS PORPHïRlQUE.
Serpentines Ce (]ui tend à conûrmer l’assimilation que du*i>Ümonr avons établie entre les opbites des Pyréde l'Italie et nées et les roches serpentineuses des Âlpes, l'erre""^'*' dernières sont intimement liées
à des roches amphiboliques, presque partout où elles sont développées sur une échelle assez considérable.
* Cette fusion des deux espèces de roches s’observe très-bien dans le Piémont, entre le Breuil elle mont Cervin, où elles constituent des masses puissantes. Dans la Ligurie, on voit souvent^ dit M. de la Bêche , les serpentines et les euphotides affecter des caractères trappéens, notamment entre Braco etMontanaro, sur la grande route de Gênes à Florence, où on les voit traverser les schistes et les calcaires, tantôt coupant les couches sous des angles aigus, tantôt semblant partager leur stratification. C’est à la sortie de ces roches qu’une grande partie de la Ligurie parait devoir son relief actuel, et si c’est avec raison que les calcaires de la Spezzia ont été assimilés à la formation oolitique , l’émission des roches serpentineuses est postérieure à cette- époque , puisque ces calcaires ont été fortement accidentés.
II est même possible, ajoute M. de la Bêche, que l’âge de ces roches serpentineuses soit encore plus moderne, puisque les dépôts tertiaires de lignites de Caniparola, prèsSarzana, ont été relevés jusqu’à la verticale, et que les
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TERRAIN PORPHYRIQDE.
conglomérats qui leur sont associés ne contiennent aucun fragment de serpentine ou d’euphotide.
Les serpentines et les euphotldes sont généralement mélangées, fondues ensemble, de manière à prouver que ce ne sont que les variétés d’un même type. Cette fusion s’observe très-bien dans les masses puissantes de Levante, dont les ramifications disloquent les macignos de Capo-Mesco et de la vallée de Rochetta, près Borghetto. Les serpentines et les eupbotides qui constituent le Monte-Ferrato en Toscane, présentent les mêmes caractères d’intimité; elles ont modifié les grès, qu’elles traversent de la même manière que les roches feldspalhlco-talqueusesducol duChardonnet; i elles les ont changés en quartz compacte.
Eu Angleterre, la masse serpentineuse du cap Lizard, dans le comté de Cornouailles, fait en quelque sorte partie des dlorites. Mac- Cullocb a cité à Clunie, dans le Perthsblre, im Irapp qui se changeait en serpentine vers son contact avec le calcaire. Ce trapp s’entremêle beaucoup avec le calcaire, et les petites ramifications des filons qu’il pi’ojette, sont en- -, lièrement composées de serpentine avec asbeste et stéatite. Le même fait a été observé dans les filons trappéensqui traversent le grès calcaire de Strathaird et le marbre blanc de Stralb. Ces considérations tendent donc à faire assimiler les serpentines de l’Angleterre aux
Trapp des lies Britaiiniques.
212 TERRAIN PORPHÏRIQÜE.
trapps, qui y sont si puissants et si fréquents. Une (les masses serpenlineuses les plus célèbres (le l’Angleterre, est celle que M. Lyell a citée comme traversant le vieux grès rouge à West-Ballocli dans le Forfarshire; elle a la forme d’un dyke, dont la puissance est de plus de vingt-cinq mètres, et a sensiblement altéré les conglomérats quartzeux (ju’elle traverse.
Enfin, dans l’Amérique équinoxiale M. de Humboldt a encore signalé la liaison des eupbotides et des serpentines avec les roches ampbiboliques; liaison également minéralogique et géognosli(jue. Ainsi, sur le bord septentrional des Llanos de Venezuela, entre Villa de Cura etMalpasso, on voit des masses considérables de serpentines reposersur des schistes verts et sur des calcaires, et un grunstein ' à petits grains forme à la fols des couches dans le schiste et dans la serpentine. En général , dit M. de Humboldt, les schistesverts, les calcaires noirs, les grunstein et les serpentines . traversées par des filons pyriteux, de la contrée de Venezuela, peuvent être considérés comme formant un même groupe géognostiquc par la constance de leur association.
Les roches compactes, de couleurs généra- • lement foncées et de composition Incertaine, (pie nous avons désignées sous le nom de trapp, et que les Anglais appellent aussi wbinstone, toadstone, etc...., affectent des caractères toutù-fait distincts de ceux (|ui sont ordinaires aux,
TERRAIN PORPIIYRIQOE. ai5
roches ignées anciennes. Ces caractères particuliers résultent de la grande fluidité qu’elles paraissent avoir eue généralement; ee qui, joint à leur nature minéralogique, les assimile en partie aux basaltes. Comme eux, elles forment des nappes, mais encore bien plus puissanteset bien plus étendues; comme eux, elles ont été injectées dans des failles, dans des lissures, et l’on peut suivre les liions et les dykes qu’elles ont forméesà traversdes provincesentières; comme eux, elles se sont accumulées audessus des orifices d’éruption, elles se sont intercalées entre les couches des terrains stratifiés qu’elles ont traversés. L’Ecosse et l’Angleterre septentrionale nous présentent tons ces phénomènes sur une échelle bien autrement considérable que les contrées basaltiques, et l’immense quantité des matièresémises, les failles énormes, les perturbations avec lesquelles sont liées ces émissions, nousles représentent comme un des faits ignés lesplusremarquables.
La composition des trapps est variable dans la proportion des principes constituants; car ils sont tantôt noirs comme le basalte, 'bleunoirâtre, vert- noirâtre; puis ils passent à la dolérite, aux amygdaloïdes avec noyaux siliceux, calcaires ou néolithiques, et même au feldspath compacte (leptynite ou phonolite). Outre ces variations, il en est d’autres qui paraissent résulter de la décomposition; telles sont les vackes, les ai-gilolites (claystone), qui les accompagnent assez fréquemment.
2i4 terrain PORPHYRIQUE.
La fréquente association des trapps avec le terrain houiller elles grèspénéens, leur avait fait d’abord attribuer un âge beaucoup plus ancien que celui qu’ils ont réellement. M. Sedgwick, qui a décrit les dykes du Yorksbire et du comté de Durham, indique celui qui court depuis le High Teesdale jusqu’à la côte orientale, comme traversantle terrainbouiller, le grès rouge elle lias. Ce djke, qui est un des plus longs que l’on connaisse, n’a pas moins de soixante milles. M. Murchison a signalé des roches de la formation oolilique, empâtées dans les trapps des Hébrides, notamment sur la côte méridionale de l’île de Mull. D’après la liaison qui existe en Écosse entre la formation basaltique et la formation trappéenne, liaison qui est établie d’une manière aussi intime que possible par la presqu’identité des amygdaloïdes, des phonolites et des dolérites de chacune, il est probable qu’il n’y a guères eu d’intervalle de l’une à l’autre.
Les trapps des Iles Britanniques se présentent, avons-nous dit, sous trois formes distinctes : sous celle de liions j en couches intercalées dans les divers terrains qu’ils traversent ; en accumulations montagneuses et puissantes, souvent très-étendues.
Les filons de trapp ne sont guère remar- .quables que par leur puissance et leur continuité ; celui de Cleveland, dont la roche se rapproche du basalte, suivi sur près de qua-
TERRAIN PORPHYRIQCE.
tre-vingts milles, est un exemple frappant de cette puissance. Ces fllons, en vertu de la dureté de leurs roches, sont souvent restés en saillie après la destruction, soit par érosion, soit par décomposition du sol encaissant, formant ainsi de longues et u'épaisses murailles qui, lorsque la structure delà roche est régulière, semblent avoir été construites par les hommes. C’est cette disposition fréquente en murailles saillantes qui leur a fait donner le nom de dykes. I^a puissance et la continuité de ces dykes nè doit pas uniquement être attribuée à la grande quantité de roches émises; elle résulte aussi de ce que la sortie des trapps coïncide avec de grandes dislocations. Ainsi, ce n’est point seulement dans des fissures d’écartement que les roches trappéennes ont été injectées; elles sont sorties par de véritables failles, de chaque côté desquelles les couches correspondantes se trouvent à des niveaux différents de dix, vingt, cent mètres, et au-delà. Nous avons déjà cité la grande faille qui commence à la montagne de Crossfel et se projonge dans la direction nord-sud jusqu’à la chaîne Pennlne (pl. IV). Une partie des dykes de Newcastle», du Yorkshire, du Derhyshire, etc... , sont dans le même cas. Il estsouvent arrivé qu’un dyke a été coupé par un autre sous un angle quelconque ou même dans un plan coïncidant, de sorte que l’on a deux filons l’un dans l’autre.
2i6 terrain PORPHYRIQÜE.
Les couches trappëennes intercalées ont, de tout temps, excité la curiosité des géologues, car elles ont quelquefois suivi les lignes de stratification si régulièrement et sur de telles longueurs, qu’elles semblent tout-à-fait contemporaines des couches sédimentaires avec lesquelles elles alternent; mais il est rare néanmoins que le fait de leur intercalation postérieure ne soit pas indiqué par quelque anomalie. Ainsi, l’on voit souvent une couche de trapp qui s’était régulièrement maintenue entre deux couches sédimentaires, s’infléchir tout à coup, couper les lignes de stratification et aller s’intercaler plus haut entre deux autres couches. D’autres fois ces trapps aboutissent à de véritables filons qui jettent à droite et à gauche des ramifications dans les couches sédimentaires qu’ils traversent. Ces alternances hétérogènes sont assez communes dansleDerhyshire, où le toadstone s’est inséré entre les calcaii’es, les argiles schisteuses et les grès du calcaire carbonifère; dans le comté de Durham, vers la partie haute de la vallée de la Teess; dans la houillère de Birchhill en Straffordshire; dans les grès rouges de l’Ecosse, etc...
Les trapps constituent à la surface du sol des districts d’autant plus accidentés et montagneux, qu’ils sont à la fois plus puissants et plus continus. L’action érosive des eaux, dont ces districts portent l’empreinte généralement très-prononcée, estprobablementpour
TERRAIN PORPIIYRIQÜE. 2l7
beaucoup dans ces rugosités des surfaces trappéemies ; car l’allure de ces laves, comme filons verticaux ou horizontaux, annonce une fluidité sous l’influence de laquelle elles durent affecter la forme générale de nappes plutôt que celle d’agglomérations montagneuses. On trouve, en effet, de vastes nappes de trapp très-continues, malgré leur peu d’épaisseur, et dans ce cas de continuité sans puissance, la surface de la contrée est simplement ondulée; quelques masses arrondies donnent lieu à des saillies peu considérables : d’autres fois il y a puissance sans continuité , des massesconsidérableset escarpées apparaissent plus ou moins disséminées. Or, doit- on considérer tous ces trapps comme résultant d’un seul paroxisme, et de vastes nappes dont nous ne voyons guère que les restes morcelés et dont les filons et les couches intercalées seraient les racines? ou bien représentent-ils une série d’éruption? Ce qui rend la première hypothèse plus probable, c’est qu’il y a très-peu d’indices de stratification et de superposition de matières hétérogènes. En Ecosse, les masses trappéennes constituentles montsOchills,lapartie orientale des Penllands, les groupes de Gisle-
ton, Eildon, Tindo, etc , dont la hauteur
varie entre cent et six à sept cents mètres; ils se montrent autour deDundle, entre Bervic et le JVortb-Esk, où ils bordent les côtes de leurs escarpements abruptes, s’avançant quel-
TERKAIN PORPHÏRIQt’E.
quefois en promontoires, comme cela a lieu entre Montrose et la baie de Lunan. •
La sortie de masses trappëennes aussi dé- Teloppées que celles de l’Ecosse, de l’Angleterre et des Hébrides, n’a pu avoir lieu sans de grands bouleversements dans les rocbes préexistantes. Ces bouleversements affectent les formes les plus variées; les couches traversées étant tantôt inclinées, tantôt tout-àfait renversées sur elles-mêmes, et même tellement fracturées que l’on en trouve des blocs qui ont fréquemment plusieurs milliers de mètrescubes, empâtées dans le trapp. Une des plus célèbres de ces -perturbations , parce qu’elle fut remarquée une des premières et citée à l’appui de l’origine ignée des trapps, est celle que l’on observe au roc du château de Stirling.
■ Le château de Stirling est bâti sur une masse irrégulière de trapp passantà la dolérite. Cette masse, de plus de deux cents pieds de hauteur, est escarpée de presque tous les côtés , excepté vers le sud, où elle descend par une pente assez ménagée jusqu’au niveau de la plaine 'environnante. Vers la base du trapp l’on voit les strates du terrain houiller se relever, puis se terminer brusquement en s’y enfonçant. Cette disposition, fidèlement représentée d’après le dessin des transactions géologiques, ne peut évidemment résulter que d’un arrachement violent, produit par la sortie du trapp.
TERRAm*'^àprfTRIQÜE. . 219
Ce qui aurait dû ouvrir plutôt les yeux des géologues sur l’origine ignée des trapps, ce sont les altérations qu’ils ont causées dans les roches en contact. Les calcaires sont devenus cristallins et passent au marbre saccbaroïde, de même que lorsqu’on fait fondre delà craie dans un canon de fusil. Les grès ont été changés en quartz compacte, à cassure luisante, absolument tels qu’ils sont lorsqu’après un long usage on les retire des fourneaux dont ils constituaient les parois. La bouille est souvent à l’état de coke, et les schistes qui l’accompagnent sont calcinés et à l’état de tbermantide, tels qu’ils sont dans les houillères embrasées. Toutes ces roches reprennent peu à peu leur état naturel à mesure que l’on s’éloigne du contact.
Le trapp, si analogue aubasaltepar sa compacité, son homogénéité, et même en partie par sa composition, doit nécessairement se rapprocher de lui par sa structure. Les mêmes phénomènes de structure prismatique, tabulaire, globuliforme, se présentent, en effet, dans ces roches. M. Grégory Watt a fait sur ces divers cas de structure les recherches les plus intéressantes} et, afin de constater jusqu’à quel point on pouvait juger les causes déterminatrices par comparaison avec les phénomènes de retrait qui ont lieu dans de petites masses, il fit fondre environ sept cents livres d’un trapp finement grenu et d’une tex-
aao TERRAIN PORPHYRIQCE.
ture confusément cristalline. Une partie, que l’on fit couler pendant que la masse était encore fluide, prit un aspect tout-à-fait vitreux; mais par un refroidissement lent et prolongé jusqu’à huit jours, les résultats furent trèsdifférents. M. Grégory Watt constata d’abord la formation desphéroïdesdont le diamètre allait jusqu’à deux pouces, qui présentaient une texture radiée, avec fibres distinctes, et qui donnaient aussi lieu à des couches concentriques lorsque les circonstances n’étaient favorables qu’à cette structure. Cette structure disparaissait par une chaleur suffisamment continuée. Les centres de la plupart des sphéroïdes devenaient compactes avant que le diamètre eût atteint un demi-pouce, et cette compacité s’étendait peu à peu dans toute la masse : en continuant la température convenable à cet arrangement de molécules, la texture devint plus granulaire, la couleur plus grise, les jioints brillants plus grands et plus nombreux. Bientôt ces molécules se disposèrent régulièrement, et la masse devint parsemée de lames cristallines.
M. Grégory Watt a tiré de ces observations des conclusions plus ou moins en harmonie avec la structure prismatique ou globulaire des roches ignées; mais elles sont surtout concluantes relativement à la texture de ces roches : elles expliquent comment une roche cristalline devient^ordinairement plus com-
Digiti.' I.
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TERRAIN PORPHYRIQÜE.
pacte, souvent même vitreuse, au contact des roches traversées; elles indiquent pourquoi les cristaux peuvent disparaître, les couleurs mêmes changer, sans qu’il y ait cependant de différence dans la composition des parties dissemblables.
Le mélaphyi’e ou porphyre pyroxénique a M<flaphyr*s été caractérisé comme roche et comme gise-*‘ dolomies ment par M. de Buch, qui en a donné pour orientales, type les roches noires du Tyrol qui ont accidenté les calcaires secondaires et les porphyres rouges. Les caractères distinctifs de ces roches sont : la fréquence des cristaux de feldspath disséminé, la rareté du quartz, l’absence du péridot. Ce ne sont point cependant des porphyres à hase de pyroxène, en ce que la pâte, malgré sa couleur foncée, contient encore plus de feldspath que de jjyroxène.
En effet, dit M. de Buch, la pesanteur spécifique du feldspath pur est de 2,558, et celle du pyroxène, de 5,238; or, les mélaphyres les plus noirs des montagnes de Fassa ne pesant que 2,75o au plus, ils contiennent trois fois plus de feldspath que de pyroxène.
Les mélaphyres sont essentiellement massifs, et leur sortie au jour est généralement accompagnée de grandes perturbations dans les roches traversées qui, dans le Tyi-ol, sont surtoutlesgrèsrougesaveclesporphyresrouges quartzifères qui les accompagnent si fréquemment, elle calcaire jurassique. Leurs positions
TERRAIN PORPHÏRIQÜE.
anomales, dont les cas les plus fréquents sont exprimés dans les coupes jointes à ce volume, sudisent pour démontrer leur formation par expansion de bas en haut, et M. de Bucli pense que toutes les Alpes tyroliennes doivent en grande partie leur relief à leur sortie. En elfet, dit-il, les couches de grès rouge et de calcaire coquillier se trouvent dans des positions si abruptes età des hauteurs si différentes, qu’on chercherait en vain à ramener toutes ces portions séparées à un niveau ou même à une pente générale, depuis leur élévation de plus de aSoo mètres au-dessus de Saint- Pellegrln, jusqu’à celle de 3oo au-dessus de Caltern et de Tramin. Or, partout où il y a des escarpements abruptes, des changements de niveau et des inclinaisons considérables, les mélaphyres sont là pour les justifier.
Les coupes de la vallée de Passa et du Felgenstein (planche XIII) donnent idée de la disposition la plus générale des mélaphyres, et d’après cette disposition dans quelques escarpements, notamment dans le vallon de Cipit, on est conduit à penser qu’ils s’élèvent partout en masses irrégulières dans l’intérieur des pyramides, des pics et des masses colossales de calcaire : mais le fait le plus curieux de ces contrées est, sans contredit, le changement de ces calcaires en dolomie, changement qui paraît toujours concorder avec le conlucl ou le voisinage des mélaphyres.
TERRAIN PORPHÏRIQÜE.
La vallée de Fassa, où les mélaphyres abondent, est très -remarquable par les formes bizarres des rochers calcaires, coupés à pic, que l’on y rencontre à chaque pas. Ces rochers, ordinairement d’une blancheur éclatante, sont composés de dolomie friable , grenue, accidentellement cristalline; ils accompagnent les mélaphyres et paraissent devoir être regardés comme résultant de leur influence modificatrice sur les calcaires non stratifiés, d’autant plus qu’ils cessent de se montrer et sont remplacés par les calcaires coquilliers compactes et stratifiés, dès que le mélaphyre disparait. La physionomie des masses dolomitiques est caractéristique ; des crevasses verticales et profondes les divisent sous forme de tours et d’obélisques, sans qu’aucune division en couches horizontales ou inclinées n’interrompe l’uniformité des contours perpendiculaires. Quelquefois des murs de rochers nus s’élèventà plusieurs milliers de pieds de hauteur; ils ont peu d’épaisseur et restent séparés dès leur hase, de ces pics et cimes dentelés de dolomie qui atteignent la limite des neiges éternelles.
Lamontagne de Langkofel,dansla vallée de Grôden, laquelle atteint plus de mille mètres d’élévation au-dessus de sa hase, a été don- - née par M. de Buch comme un des meilleurs types de ces formes caractéristiques des dolomies. On conçoità peine, dit-il, comment une
aa4 TERRAIN PORPHTRIQÜE.
pareille masse peut se soutenir; car elle est complétementinaccessible, dépourvue de végétation et composée d’une roche peu résistante, qui est traversée par des fissures verticales très-profoudes.
Les dolomies ne sont pas restreintes, en effet, à la vallée de Passa; M. de Buch les signale partout et avec les mêmes formes entre le Pusterthal et les frontières d’Italie : elles entourent comme des îlots de rochers, et en s’élevant à des hauteurs prodigieuses, la partie supérieure de la vallée de Grôden et le Vollienstein; elles constituent les montagnes pittoresques de Bolzen,leRosengarten, leSchlern et le colosse du Langkofel, toute la chaîne qui s’étend de Sasso-Yernale à Buchenstein , les pics du Gaderbach, ceux de l’Ahtei, ceux de la vallée de Drau. Toute la pentesud-ouest des montagnes de Sextenlbal est composée de dolomie, et de là cette roche se prolonge en Italie vers le Tagliamento et le Frioul. Toute la vallée de Fiemme est bordée des deux côtés de dômes de dolomie. On les retrouve dans les environs de Trente, au Mendelberg, à l’ouest de Botzen jusqu’au-delà de Tramin.- Du Mendelberg elle descend dans la vallée de Fonde, et vers l’ouest elles’étend eu hautes murailles vers une ligne que l’on peut tracer de Caldasdaus le val de Sol, au bain deSaint- Pancrace dans la vallée d’ültens. Là se termine la longue série des dolomies, etavec elles disparaissent aussi les porphyres.
TERRAIN PORPHYRIQÜE. 3 25
La connexion constante du porphyre pyroxénique avec la dolomie est uu fait incontestable. Chacune de ces roches est constamment l’indice de l’autre, et vers le sommet du Seisser-Alp l’on trouve des mëlaphyres scorifiés, enveloppant des calcaires changés en dolomie grenue. Ce fait du changement des calcaires en dolomie au contact des roches ignées, existe, en outre, dans bien d’autres contrées que le Tyrol. M. de Buch l’a observé dans la Grande-Canarie et dans l’intérieur de l’île de Madère. M. Dufrénoy l’a constaté en plusieurs points de la France centrale. M. Reynaud l’a cité sur une échelle assez grande auprès de Géroldstein (voyez plus haut les volcans laviques des bords du Rhin). Beaucoup d’autres géologues ont cité des faits analogues, notamment au contact des trapps en Angleterre; mais en aucun point le phénomène n’a eu lieu sur une échelle aussi gigantesque que dans le Tyrol.
. Comment se fait-il, dit M. de Buch, que la magnésie puisse traverser et modifier des roches calcaires dont la puissance moyenne est de plusieurs milliers de pieds, pour en faire une roche uniforme dans toute son étendue. M. Gmelin a fait l’analyse du calcaire stratifié, et n’y a point trouvé de magnésie; or, lorsqu’on voit ce calcaire se modifier peu à peu, sans que sa continuité soit interrompue, et passer à la dolomie dans le voisinage des mé-
aa6 TERRAIN PORPHYRIQUE.
laphyres, n’est -il pas naturel de croire que c’est la roche pyroxénique qui l’a fourni. M. de Buch cite les environs de Trente comme présentant la confirmation de cette hypothèse.
Le cône dolomitique de Santa-Âgatha, près Trente, se compose de dolomie tellement crevassée et fendillée, que l’on n’y peut obtenir de cassure fraîche. Les fissures principales sont souvent couvertes de petits cristaux rhomboédriques de dolomie, et la dimension de ces cristaux est proportionnelle à la grandeur des fissures. Dès- lors il est naturel qu’une roche tellement fendillée ait perdu sa stratification et ses fossiles : on conçoit que des milliers de routes furent ouvertes à la magnésie. Les cristaux furent d’autant plus grands et plus distincts que ces routes étaient plus larges. De plus, un reste de couleur rouge fait présumer que cette dolomie de Santa-Âgatha n’est que le prolongement des calcaires rougeâtres à ammonites, divisés en couches minces, qui formentla plus grande partie des pentes de la vallée de Trente. On s’en assure en tournant la montagne; car les couches en dalles, sans altération, se trouvent sur le revers, de sorte qu’avec des fouilles on pourrait obtenir des dalles, d’un côté formées de calcaire à ammonites, taudis que l’autre serait dans cet état de décomposition qui conduit à la formation de la dolomie.
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Cette théorie de M. de Buch a été depuis confirmée par des observations analogues, faites dans d’autres contrées. Sans doute, l’on a peine à comprendre comment la magnésie, qui est fixe, a pu être transportée dans la roche calcaire; mais le contact des roches ignées ne nous présente-t-il pas des problèmes aussi complexes? Certains calcaires, se pénétrant de grenats, d’amphibole ou de pyroxène, souvent à des distances de plusieurs mètres des points de côntact, ne représentent-ils pas des transports de molécules aussi inexplicables dans l’état actuel des connaissances? Comment se rendre compte du changement complet que doit nécessairement avoir éprouvé tout le terrain jurassique des Alpes, lorsque sur une échelle bien moindre nous ne pouvons comprendre les nombreux cas d’altération qu’offrent les calcairesdu Vésuve? Si l’onTeutchercher quelque fait analogue hors des phénomènesgéognostiques, nevoit-onpasdes plantes qui se sont développées dans un sol dont on a déterminé d’avance la composition, que l’on a composé soi-même avec des substances présumées pures, présenter à l’analyse des corps qu’elle ne peut avoir puisés ni dans ce sol ni dans l’atmosphère? Les transports de molécules, soit par suite d’une influence violente, comme paraîtavoir été celledes roches ignées, soit par des actions spontanées, comme cela a lieu actuellement dans beaucoup de filons
228 TERRAIN PORPHYRIQITE.
et de roches en décomposition, sont des faits encore peu étudiés, mais que la science ne peut manquer de déterminer un jour. (1) Environs de La Contrée comprise entre le lac d’Orta et celui de Lugano, est un des points où l’on peut étudier le plus facilement les caractères de la longue bande de porphyre pyroxénique qui perce au jour dans presque toutes les vallées du penchant méridional des Âlpes. Avant que M. de Buch eût décrit cette contrée , elle
(1) La note suivante de M. Élie de Beaumont, qui a étudié les dolomies et les mélaphyres sur le revers méridional de la chaîne, est à placer parmi les documents les plus importants relatifs ii la formation de la dolomie.
Le changement de la craie en calcaire saccharoïde , près de ses points de- contact avec les filons de basalte qui la traversent dans le comté d'Antrim en Irlande et quelques autres exemples de phénomènes semblables, ont acquis une si juste célébrité qu'ils se présentent toujours dès le premier aborda l’esprit, lorsqu’on s’occupe des changements que certaines roches paraissent avoir éprouvées depuis leur première consolidation. 11 résulte assez naturellement de U, qu’en voyant qu’on admet une connexion entre l apparition des mélaphyres et l’origine de la dolomie, quelques personnes supposent qu’on regarde la dolomie comme produite par les mélaphyres, à peu près comme le calcaire saccharoïde d’Irlande a été produit par le basalte. Par suite, il arrive que presque chaque fois qu’on trouve une masse de dolomie qui n’est pas en contact avec une masse de mélaphyre , on la regarde comme une objection aux idées de M. de Buch. M. de Buch considère les dolomies comme produites par des gaz qui se sont dégagés du sein de la terre au moment de la sortie des mélaphyres , en profitant de toutes les fractures que le sol venait d’éprouver, fractures qui pouvaient leur donner issije aussi bien et souvent même mieux à quelque distance des masses de mélaphyres sortis au jour, que près de ces mêmes masses.
S'il pouvait rester quelque doute sur la pensée de M. de Buch à cet égard , il suffirait, pour les dissiper, d’examiner la contrée de Lugano, en se l'appelant qu’il l’a présentée comme un des points les plus classiques pour l’étude de ce genre de phénomènes. 11 est très-rare, en effet, que
avait été déjà signalée par M. Fleuriau de Bellevue, qui avait reconnu que les masses qui enveloppent les roches semi -vitreuses de Grantola et de Cunardo, s’étaient élevées du sein de la terre. Ces masses incohérentes ne sont, en effet, que de ces tufs qui accompagnent si souvent les roches ignées massives, et qui résultent de leur frottement contre les parois des roches qu’elles traversent.
dans la contrée de Lugano on Toie les mëlaplijres en contact absolument immédiat arec les masses de dolomie.
Si on considère celte contrée dans son ensemble 9 on y voit en général les couches du système calcaire qui comprend la Majolica, se relever sous un angle souvent très-considérable à l’approche des montagnescom* posées de granité, de porphyre quarUifère et de mélaphyre j elles n’offrent aucune trace dune disposilion littorale autour de ces montagnes, auxquelles elles présentent au contraire des escarpements comparables d ceux des cratères de soulèvement, et on les voit généralement se changer en dolomie, en approchant de leur terminaison du coté des masses non stratifiées, dont les colonnes irrégulières de mélaphyre forment en quelque sorte les axes. Les dolomies touchent rarement ces colonnes centrales, qui, au moment de leur élévation , ont rejeté de cdté les roches primitives: elles se lient donc aux mélaphyres par suite du rôle essentiel que jouent ces derniers dans la constitutiou des massifs de roches non stratifiées ; mais non dans le plus grand nombre des cas ptr un contact immédiat et visible. Au contraire , on peut dire que les dolomies se trouvent toujours , ici, dans le voisinage de la fracture qui * du se former entre les roches primitives soulevées et les roches primitives de même nature , restées à leur ancienne place dans les proCbndeura^ de la terre.
Les objections relatives à l’origine de U dolomie ne s’adresseraient donc directement à l’hypotbèse a laquelle M. de BucKa été conduit par l’observation de faits si nombreux et si frappants, qu’autant qu’elles tendraient à prouver qu’une agrégation de petits rhomboèdres de dolomie, telle que celle qui constitue la montagne de San-Salvatore de Lugano, ne saurait absolument provenir d’une série de couches calcaires, régulièrement stratifiées, sur laquelle seraient venues k agir des vapeurs dégagées de l’intérieur do globe.
230 TERRAIN PORPHYRIQÜE.
M. de Buch a retrouvé ces tufs à Meeenzana, à Saint-Paulo , au-dessus de Marchirolo et du Jac de Ghirla. Le mélaphyre s’élève à côté d’eux jusqu’à une hauteur très- considérable; .carie mont Argentaro en est composé en grande partie jusqu’à sa cime. Deslambeaux de roches calcaires, attachés à ses flancs, prouvent, dit-il, que le mélaphyre les a détachés, lors de son soulèvement, de la grande masse calcaire qui s’étend vers le sud. Ces mêmes porphyres pyroxéniques soulèvent et percent le granité de Baveno dans la vallée de Brinzio, et près de Mélidesur le lac même de Lugano. On doit encore, ajoute M. de Buch^ attribuer aux phénomènes qui accompagnèrent leur soulèvement, les dolomies du penchant nord et de la cime du Monte-Sacro de Varèse, duSalvadore, des environs de Lugano et du Monte del Nova; celles qui se trouvent au-dessusduGrianta, sur le lac de Corne, etc.... En poursuivant la grande route de Lugano à Mélide, on voit comment les couches calcaires se fendillent, se remplissent de rhomboèdres de dolomie, changent déformé et de couleur, et finissent, enfin , par ne plus présenter qu’une masse uniforme de dolomie pure. Les dolomies se trouvent sur l’alignement de la sortie du mélaphyre, et précisément au pied des montagnes de gneiss et de schiste micacé des Alpes, qui ont dû probablement être soulevées avant que le mélapbyre ait pu se faire jour.
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TERRAIN PORPHYRIQrE. 25 1
L’on voit à la fois aux environs de Bnveno les porphyres pyroxéniques, les porphyres • quartzifères et les granités. Les porphyres et les granités se distinguent des mélaphyres par le quartz disséminé qu’ils contiennent et par la nature même de leur feldspath; car celui des mélaphyres parait être à l’état d’albite, et l’albite que l’on rencontre dans les granités, ne se trouvant que dans les fissures, semble devoir être attribué à l’influence des mêla* phyres. Les spath fluors, assez fréquents à Baveno, la baryte sulfatée, et peut-être les substances métalliques exploitées à Viconago, paraissent aussi en connexion avec la présence de ces roches.
Il y a souvent liaison minéralogique et géognostique entre le porphyre rouge et le granité; ce qui a fait dire que le premier n’était que l’écorce, dont le granité serait le noyau; mais entre eux et les mélaphyres il y a séparation géognostique très-tranchée, les passages minéralogiques n’étant que des faits accidentels.
L’époque d’éruption du mélaphyre est constamment postérieure aux porphyres et granités. S’il pouvait exister des doutes sur ce fait géognostique, lisseraient pleinement dissipés, ditM.deBuchjSnr lesbords du lac deGhirla, dans le val Gana. On voit succéder vers le haut du lac des tufs noirs aux granités qui avaient formé jusqu’alors le penchant des
montagnes; puis l’on arrive à une grande masse de mélaphyre. Cette roche noire s’élève jusqu’à une hauteur assez considérable; mais le haut des montagnes est formé par le granité, de sorte que le mélaphyre n’est qu’une masse poussée de bas eu haut et intercalée après coup. Les relations avec les porphyresquartzifères sont exprimées d’une manière encore plus évidente sur les bords orientaux du lac de Lugano. En remontant le petit ruisseau de Viganole, on suit des porphyres rouges, dans lesquels on ne tarde pas à découvrir une puissante masse de mélaphyre intercalé. Ce mélaphyre ne perce pas les porphyres. La limite supérieure est nette et tranchée, bien qu’elle soit irrégulièrement ondulée; mais à peu de distance de cet endroit on le voit s’élever audessus du porphyre, et il constitue toutes les montagnes depuis les villages de Rovio et de Mélano jusqu’à celui de Campione.
La presqu’île de Lugano présente des faits non moins concluants; car on voit le mélaphyre pénétrer dans le gneiss et le schiste micacé, et en empâter des fragments: or,ill’afait postérieurement à l’élévation du granité et du porphyre , car le tuf qui l’entoure n’est composé que de roches qui appartiennent à ces deux formations. Jamais on ne voit des pièces de mélaphyre enveloppées par le granité et le porphyre, ni même dans les grès antérieurs aux calcaires. Un examen attentif a prouvé
terrain PORPHTRIQUE. aS5
quel’agglomërat curieux qui sépare le schiste micacé de la dolomie à Saint-Martin, ne contientque des débris de porphyre rouge quartzifère, quoique souvent il y en ait qui prennent l’apparence de mélaphyre. Tous ces faits, dit M. de Buch , séparent nettement la formation du porphyre pyroxénique de celles du porphyre quartzifère et du granité. L’élévation delà première est postérieure à la formation des couches tertiaires, tandis que celle du porphyre et du granité est antérieure à la formation des grès, et par conséquent des couches calcaires qui leur sont superposées.
M. d’Omalius d’Halloy a groupé sous le nom de terrain porphyrique du Palatinat une série de roches d’autant plus intéressante qu’elle est très-variée et présente un passage assez ménagé des porphyres noirs aux porphyres feldspathiques, établissant ainsi entre ces roches dissemblables la connexion qui doit exister entre deux formations d’un même terrain. Ce terrain s’étend au sud de la Nahe, entre le Rhin et la Sarre, et se compose principalement de trapps, despillites et de porphyres feldspathiques ou quartzifères.
Les trapps des environs de Kirn et de Tholey sont des roches homogènes, dures, sonores, d’un aspect mat et de couleur noire bleuâtre ou verdâtre, passant quelquefois aux diorites. 11 parait, dit M. d'Omalius que l’amphibole qui détermine les caractères de
Terrain porphyrique du Palatinat.
254 TERRAIN PORPHYRIQÜE.
ces roches trappéennes, est quelquefois remplacé par du pyroxène, car il y a des passages à la vacke et à la dolérite, ce qui établit une connexion entre elles et les roches basaltiques qui se trouvent non loin de là dans la même contrée. Les escarpements trappéens présentent volontiers les cassures en escaliers qui distinguent les roches compactes. Quelquefois la roche se décompose concentriquement, de manière à laisser à là surface des masses arrondies.
Les spillites constituent, notamment aux environs d’Oberstein, des collines arrondies, plus ou moins disséminées. Ces roches, brunâtres et rougeâtres, souvent bulleuses, sont célèbres par les jaspes et les agathes qu’elles renferment sons forme de nodules ellipsoïdes, lesquels donnent lieu à une exploitation assez active. On a long-temps considéré ces noyaui siliceux comme résultant d’infiltrations postérieures; mais, outre que l’on peut citer un grandnombre d’exemples où des roches ignées contiennent des nodules analogues, on a remarqué que les vides laissés en les ôtant, n’avaient point les mêmes caractères de forme queles cellules naturelles. Ces nodules, ovoïdes dans les endroits où la roche semble étirée, semblent avoir eux-mêmes subis une compression et s’être prêtés à ces mouvements , de même queles gros cristaux d’amphigène dans les laves du Vésuve. Un fait qui porterait, au
TERRAIN PORPHYRIQüi. 235
contraire, à revenir à l’ancienne hypothèse d’infiltrations postérieures, est leur assimilation aux géodes et aux noyaux quartzeux avellanaires, que l’on trouve dans des roches noirâtres et terreuses du Vicentln, et qui contiennent quelquefois dans leur intérieur une ^^oulte d’eau, d’on leur est venu le nom d’enhydres.-mais il peut y avoir une distinction à établir entre lesspilliles et les roches à enhydres du Vicentin, et sans regarder la question comme résolue, bien des circonstances de détail portent à considérer les rognons siliceux desspillites d’Oberstein comme identiquessous le rapport de l’origine aux noyaux quartzeux, quelquefois cristallins, de certains trachytes du Cantal. Ces spillites sont accompagnés, en plusieurs points des environs d’Oberstein, de véritables conglomérais, dans la composition desquels ils entrent pour une proportion plus ou moins grande.
La montagne du Donnersherg présente le passage des porphyres noirs aux porphyres feldspatbiques, et ceux-ci sont eux-mêmes conduits par des nuances insensibles aux porphyres rougeâtres quarlzifères des environs de Creutznach; mais doit- on en conclure réellement qu’il y a connexion géognostique entre ces deux roches. Une pareille connexion résulte immédiatement des passages minéralogiques, lorsque ces passages sont fréquents et qu’ils ont lieu sur une grande échelle, comme
cela a lieu des roches trappéennes de l’Ecosse .et des Hébrides aux roches basaltiques; mais si l’on voulait donner la même valeur à des faits isolés et circonscrits, l’on serait bientôt conduit à ne plus voir dans la série des terrains ignés qu’un ensemble continu, sans subdivisions tranchées. f
La meilleure preuve que l’on puisse donner de cette nécessité d’écarter tous ces faits de détail, consiste dans une observation de M. de Buch, près de Holmstrandt, dans le golfe de Christiania en Norw^e. Un porphyre renfermant un peu de quartz et d’amphibole s’y trouve placé entre un calcaire à orthocères et unesyénile à zircons. Or, l’on voit au milieu de ce porphyre une couche intercalée d’une roche pyroxénique, d’apparence tout- à -fait basaltique. Le porphyre de Holmstrandt, dit M. de Buch, devient basalte par ces mêmes passages et ces nuances insensibles, si communes en Auvergne. Ce basalte est noir.presqu’à petis grains, pauvre en feldspath, riche en pyroxène; il devient quelquefois bulleux et prend un aspect scorihé au contact avec le porphyre. Cette couche, soit qu’elle ait été intercalée après coup, soit qu’on ne la considère que comme uu accident minéralogique, démontre la possibilité de la création de passages entre deux roches hétérogènes, par le seul fait de leur contact. En se laissant aller aux interprétations, onpourraitpourtantcon-
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dure de ce gisement une fusion des trois terrains de la série ignée.
Il y a aussi association et passage accidentel Porphyresde entre les porphyres pyroxéniques et les por- *^'"5''““' phyres feldspathiques, décrits par M. Dufrénoy dans le département de l’Aveyron. Ces porphyres occupent, dit-il, un espace assez considérable; ils se montrent entre Flagnac et Saint-Michel-d’Aubin, aux environs de Figeac, très-près des houillères de Firmy, et se retrouvent presque continuellement jusqu’à Lachapelle, située à plusieurs lieues de distance. Ils apparaissent le plus souvent dans la partie Inférieure des vallées; ils sont recouverts par le grès houlller, de sorte qu’ils semblent appartenir au terrain ancien de manière à démontrer qu’ils lui sont postérieurs.
Les porphyres pyroxéniques sont rudes au toucher et se rapprochent souvent des roches trappéennes qui forment des dykes aux environs de JNewcastle; ils sont mis en connexion avec les porphyres feldspathiques, rarement quartzifères, auxquelsilssont associés, en prenant une texture compacte et des apparences pétrosiliceuses. Ces porphyres forment tantôt des couches assez régulières, du moins dans rétendue où on peut les observer; tantôt ils se présentent en liions, en masses intercalées dans le grès houiller.
, Lesporphyres feldspathiques et quartzifères Porphyres constituent le terme le plus développé, le
tiifères.
DansIesCor-
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358 TERRAIN PORPHYRIQÜE.
plus fréquent du terrain porphyrique. Il est peu de contrées montagneuses où l’on ne trouve des porphyres soit en filons déliés, soit en masses, lorsque le sol de ces contrées est plus ancien que le terrain pénéen. Dans les Cordillères, cette formation des porphyres est plus puissante que partout ailleurs, et comme elle a été l’objet des recherches principales de M. de Humholdt, nous la choisirons à juste titre comme type de description. **
Les porphyres s’étendent dans les Cordillères, suivant le'méridien, sur une longueur de 2000 lieues. Ces porphyres, en partie riches en minerais d’or et d’argent, sont le plus souvent associés aux trachytes qui les surmontent et à travers lesquels agissent encore les forces volcaniques. Cette accumulation des porphyres sur une bande étroite, dans la partie la plus occidentale et la plus élevée du continent, au bord de cet immense bassin de l’océan Pacifique, fait ressortir, dit M. de Humboldt, leur liaison avec les mines d’or et d’argent, d’où leur est venue cette dénomination de porphyres métallifères. A l’est des Andes, sur une étendue de plus de 5oo,ooo lieues carrées, on ne connaît guère ni porphyres ni trachytes, et si dans les montagnes du Brésil on a trouvé l’or, le platine, le palladium, de l’étain et d’immenses amas de fer spéculaire, on n’y a point trouvé de gisements métallifères à comparer pour la richesse à ceux du Pérou et du Mexique.
TERRAIN PORPHÏRIQÜE. aSg
Ce qui caractérise généralement les porphyres de l’Amérique équinoxiale, c’est d’une part l’absence presque totale du quartz ; de l’autre, la présence du feldspath vitreux et de l’amphibole , en vertu desquels ces porphyres passent aux trachytes et aux diorites. Les por- ^ phyres mexicains présentent, en elFet, le feldspath commun, opaque, et le feldspath vitreux en cristaux lamelleux, larges ou edilés.
Le quartz, lorsqu’il se montre, n’est pas en cristaux bipyramidés comme d’ordinaire, mais en petits grains informes. Le mica manque totalement, tandis que l’amphibole et quelquefois même le pyroxène sont en assez grande abondance. Ces porphyres, essentiellement puissants et massifs, ont été étudiés dans tous leurs détails minéralogiques, dans les exploitations des liions métallifères, qu’ils accompagnentsi fréquemment. Quant à leurs détails géognostiques, les données manquent totalement ; mais la liaison fréquente et intime qu’ils affectent avec les roches trachytiques qui les surmontent, leur prédominance sur les diorites, les spillites et les roches serpentineuses, qui n’y semblent que subordonnées et auxquelles ils se lient d’ailleurs par des passages multipliés, conduisent à les regarder comme embrassant tout le terrain porphyrique et constituant une série d’émissions pendant une grande partie de la période. Les calcaires foncés et les schistes souvent superposés à
240 TERRAIN PORPHTRI^ÜE.
des porphyres qui semblent quelquefois partager leur stratiGcatiou, pourraient bien n’a-' voir pris l’apparence de transition qu’ils aflec;'^ tent, que par suite de modîGcations analogues à celles du terrain jurassique dans les Alpes. Quant aux intercalations fréquentes dans des . masses évidemment de transition, elles ne prouvent nullement que la plus grande masse de ces porphyres ne leur soit pas de beau-*^ coup' postérieure. *
Les porphyres des Cordillères affectent quelquefois une structure pseudo-régulière et une disposition en filons ou en nappes qui S dénotent parfaitement leur origine ignée, et qui, lorsqu’ils sont de couleurs foncées, les-*;, feraient prendre pour des basaltes. M. de Humboldt cite entre autres les porphyres de Popayan, qui renferment un peu de quartz et d’amphibole, et semblent stratifiés; les porphyres amphiboliques non quartzifères de Pisojé,qui, vers la pente occidentale du Puracè, sur la rive droite du Rio-Cauca, constituent une magnifique colonnade de prismes de cinq à sept pans, ayant dix-huit pieds de long. Généralement tous les porphyres columnaires des Cordillères sont dépourvus de quartz, j Cette origine des porphyres est encore mieux^ indiqué^ par les masses subordonnées de roches vr^uses ou obsidiennes porphyriques, auxqudles ils passent et qui établissent le passage aux trachytes. En avançant à quatre ou
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TERRAIN PORPHYRIQÜE. 24 1
cinq lieues de distance des mines de Moran, par Omitlan, par les savanes de Tinaxas, vers le Jacal, dont l’Oyamel ou la montagne des Couteauxforme lapente occidentale, on entre dans un terrain qui a tous les caractères pox‘pliyriques et où l’action des feux souterrains a cependant laissé des traces visibles. Les porphyres de Moran ne contiennent pas encore d’obsidienne; mais au pied de l’Oyamel des porphyres terreux, blanc -gi’isâtre, affectant la même direction que les porphyres argentifères, abondent en feldspath vitreux et servent de base à une roche blanc -rougeâtre , dont l’éclat émaillé et la cassure unie trahissent la nature vitreuse, et qui n’est autre chose qu’une perlite litluiîde, porphyrique, ou plutôt un porphyre trachytique dont la base est d’obsidienne.
Les porphyres avec feldspath vitreux se rapprochent tellemept des trachytes, que M. de Humboldt a souvent été embarrassé poulies distinguer. Ainsi, dans la vallée de Mexico , les porphyres noirs, bulleux, recouverts par des amygdaloïdes basaltiques, sont- ils à assimiler aux porphyres métallifères? A la Cuesta de Varientas, un porphyre terreux, rougebrunâtre, sans amphibole, mais abondant en ci’istaux .effilés de feldspath vitreux, se dégage de dessous le terrain volcanique, auquel il semble appartenir minéralogiquement, tandis que géognostiquement il en est séparé par 3. i6
34a TERRAIN PORPHVRIQUE.
Ja superposition de calcaires présumés jurassiques', et de gypses ou marnes tertiaires avec ossements d’éléphants, qui remplissent les bassins de l’Hacienda del Salto, de Batas et du Puerto de los Reyes.
La même difliculté se présente lorsque, sortant de la vallée de Mexico, vers l’est, pour traverser l’arête de montagne sur laquelle se trouventlevolcandela Puebla, l’Iztaccihocatl et le Popocatepetl, on volt les roches porphyriques, recouvertes par des calcaires qui ne sont j)as tertiaires, intimement liées aux trachytes des grands volcans encore enflammés.
Les porphyres de Guanaxuato sont, dit M. de Humboldt, ceux qui peuvent détei’miner leplus clalrementle maximum de l’ancienneté des porphyres mexicains. Ces porphyres sont essentiellement métallifères; car ils traversent et surmontent les schistes de transition, qui sont, ainsi qu’eux-mêmes, traversés par le célèbre filon de Guanaxuato (Veta-Madre), lequel a été exploité sur une longueur de a5,ooo mètres, et faitavec le méridien le même angle que les filons de Zacatecas, de Pasco et de Moran. On les voit à l’est de Guanaxuato former des masses gigantesques, qui se présentent de loin comme des murailles et des bastions. Ces crêtes porphyriques, taillées à pic, dominent les plaines environnantes de plus de quatre cents mètres, et semblent avoir été soulevées par des fluides élastiques.
V TERRAIN PORPHYRIQt'E.
.. Les porphyres dominants du district de Guanaxuato sont à pâte de feldspatli compacte et verdâtre, enchâssant du feldspath lamelleux et non vitreux, soit en cristaux presque microscopiques (Buffa), soit en cristaux très-grands (mines deSan-Bruno etditTesoro). L’amphibole, qui teint probablement en vert la masse entière de ces roches, ne se distingue que par des tacli^s informes. En s’élevant vers la Sierra, le porphyre est souvent divisé en houles à couches concentriques. Sa pâte devient vert-noirâtre, semi-vitreuse, et renferme à la fois des grains de quartz et un peu de mica cristallisé. Près de Villalpando , les filons aurifères traversent un porphyre vert, à pâte phonolitique, avec cristaux de feldspath vitreux : c’est une roche qu’on a peine à distinguer d’un trachyte compacte, porphyroïde, et qui pourtant est recouverte par des grès et des conglomérats rougeâtres, dont les couches inférieures passent à la grauwacke et que M. de Hiimholdt regarde comme devant être assimilés au grès rouge du terrain pénéen.
Les porphyres mexicains forment un immense terrain, très-rarement interrompu par des couches intercalées , et ce développement continu des porphyres quartzifères et feldspaihiques, métallifères et non métallifères, est un fait d’autant plus frappant qu’il n’existe pas dans d’autres parties des Cordillères où l’on trouve des intercalations de roches mas* sives et stratifiées.
244 TERRAIN PORPHÏRIQÜE.
Hongrie, Dans la Hongi-ie, la Transylvanie, la Saxe, IransjUanie.j^ Norwège, elc...., le terrain porpbyrique est également bien plus compliqué. Les porphyres sont interrompus par des diorites, des syénites, des granités, avec lesquels ils semblent alterner, et l’on a meme observé des micascbistes et des calcaires stéatiteux, qui paraissaient y former des coucbes subordonnées. La fréquence de ces Jiancs intercalés éloigne, dit M. de Ilumboldt, d’une manière très-prononcée, les porphyres de la Hongrie et de la Norwège, des roches tracbytiques; elle les éloigne aussi des porphyres de la Nouvelle-Espagne, dont ils se rapprochent pourtant par leurs caractères minéralogiques.
Le terrain porpbyrique de la Hongrie présente un intérêt particulier, par sa nature amphlbolique, par la liaison qui existe entre les trapps, diorites porphyroïdes etporphyres, qui le constituent, roches que M. Beudant comprend sous le nom générique de grunstein porpbyrique, et par leur association trèsfréquente avec les syénites. Cet ensemble de roches se trouve géognostiquement placé entre desscbistesde transi tioh etles tracby tes, et, taudis qu’ils se fondent en quelque sorte avec le terrain granitique par leur connexion avec les syénites, les porphyres se tieunentau contraire toujours distincts des trachy tes, qui,danslecas de passage minéralogique, sont généralement les seuls dont les caractères se modifient.
TERRAIN PORPHYRIQüE. 245
Le terrain de grunstein porphyrique se compose donc surtout de i’0(Aes compactes ou porphyroïdes, à base de feldsjiatli compacte, ordinairement coloré en verdâtre par l’amphibole. M. Beudant a étendu le même nom à des roches pétrosiliceuses, où le feldspath compacte est presque pur; parce que ces dernières ne sont réellement que des variétés des précédentes et qu’elles font partie des mêmes masses; si bien, dit-il, qu’un même bloc de quelques mètres cubes, sans fissures et sans couches apparentes, en offre à la fois tontes les modifications : or, il serait absurde de donner des noms différents aux diverses parties d’une même masse. Ce terrain, de même que celui de la Nouvelle-Espagne, est trèspauvre en quartz, qui ne se montre guère que dans les masses subordonnées de porphyres, syéniles et granités; de même encore il est en connexion avec tous les gisements métallifères (filons aurifères) de la contrée. M. de Hun^ boldl a fait observer que, d’api'ès de simples considérations oryctognostiqnes, c’est-à-dire, de composition, le terrain aurifère de Hongrie ressemble bien plus à la formation mexicaine d’Ovexeras, dans laquelle alternent des syénites et des grunstein plus ou moins porpbyroïdes, qu’a ces grandes masses de porpliyres que traversent les célèbres filons de Pacbuca, Réal del Monte, Moran et Guanaxuato;mais,considéréesgéognostlquement ,
246 TERRAIN PORPHYKIQÜE.
toutes ces roches de porphyre et de syénîte, celles du Mexiquëet de la Hongrie ne constituent réellement qu’une seule formation, tantôt simple, tantôt composée, avec alternances et couches subordonnées.
Le terrain porpliyrique se présente en un grand nombre de points de la contrée, et quelquefois sur des étendues assez considérables. Presque toutes les contrées où ils dominent, contiennent des filons métallifères. C’est d’abord la contrée de Schemnitz, celle où le terrain est à la fois le plus complet et le plus facile à étudier. On le retrouve à Kremnitz, au-dessous des trachytes, à Hochwiesen, contrée de Kœnigsberg, où il repose sur des schistes de transition. Vers le Danube, le terrain porphyrique constitue une partie du groupe montagneux autour duquel tourne la rivière V d’ipoly. On en voit des masses au pied septentrional des montagnes de Matra et dans celles de Karanes. En Transylvanie, il forme dans la contrée de Kapnik des montagnes assez élevées, qui se prolongent j usque vers les frontières de la Moldavie, et reparaît dans les contrées de OfTen-Banya et de Zalathno; il se montre encore au Banal, dans tous les lieux * où l’on exploite des mines.
M. Beudant résume ainsi les caractères du terrain porphyrique dans ces diverses contrées.
i.° La masse du terrain est comprise entre
des schistes taiqueux et la formation trachytique; 2.° la partie inférieure est formée de syénite, qui passe au granité et au gneiss, et qui, çà et là, constitue quelques montagnes peu élevées et peu considérables; 3.° la masse de roches qui se trouve au-dessus de la syénite, est formée de grunstein compacte, solide, simple ou porphyroïde, et qui, par ses couleurs, le degré de pureté de sa pâte et le mélange accidentel de diverses substances (amphibole, pyroxène, grenat, etc....), offre un grand nombre de modifications; 4-° la partie supérieure est principalement composée de grunstein porphyroïdes, terreux, au milieu desquels se trouvent plus particulièrement les filons aurifères et argentifères qui font la richesse de la Hongrie; 5.° enfin, on trouve dans ce terrain des couches subordonnées, qui se rapportent au micaschiste, au quartz compacte, au calcaire stéatiteux.
Les porphyres feldspathiques, susceptibles d’un si beau poli, et que l’on taille en colonnes, en urnes, en coupes, etc sont des
variétés assez rares et qui n’apparaissent guère qu’en masses subordonnées. Dans le massif Scandinave, où les porphyres sont souvent associés à dessyénites, de même qu’en Hongrie, on a trouvé un grand nombre de ces variétés que l’on exploite. Dans une même carrière on trouve à la fois le porphyre rouge antique, le porphyre brun , connu sous le nom de
a48 TERRAIN PORPHYRIQIIE.
porphyre de Suède, le porphyre rose et le porphyre vert à pâte amphiholique; ce qui prouve que l’on ne doit pas attacher une trèsgrande importance à ces variations des pâtes feldspathiques, surtout lorsque le fades de la roche reste toujours le même et que la couleur indique seule ces changements de composition.
Les nombreuses masses porphyriques de l’Âllemagne, dont les grès rouges semblent souvent être les conglomérats, ne présentent rien de particulier, si ce n’est qu’elles déterminent d’un^manière plus précise, par leur connexion avec le terrain pénéen, l’âge géognostique de la formation. Du reste, ce sont toujours les mêmes caractères minéralogiques des porphyres quartzifères ou feldspathiques. Et en effet, que l’on compare entre eux les porphyres métallifères des contrées les plus éloignées, on sera frappé de leur identité. Cenx de la France centrale sont remarquables par les pinites qu’ils contiennent assez souvent^ ils accompagnent tantôt sous forme de filons (Pont-Gibaud ), tantôt sons forme de masses puissantes, qui paraissent avoir percé sur les crêtes et sur les plateaux montagneux (crête de Pierre-sur-Haute, plateau d’Ambert à Brassac), les liions de galène argentifère, si communs en Auvergne.
Jusqu’ici les, masses ignées du terrain jiorphyrique ont été beauconpplus étudiéessous
TERRAIN PORPHYRIQÜE. ^49
le rapport de leurs caractères, de leurs variations minéralogiques, que relativement à leur position géognostique. Aussi, tout en étab^issant des distinctions entre les roches talqueuses, ampblboliques,pyroxcniques,feldspàthiques,
’ qui représentent ce terrain dans les Alpes oc- ^ cidentales et orientales, dans les Pyrénées, ia France centrale, les Vosges, la Forêt-Noire, la Saxe, le Hartz, la Hongrie, la Transylvanie, •” le Caucase, le massif Scandinave, le Groenland , les Iles Britanniques , la chaîne des Andes , on en est encore à savoir s’il y a lacune géognostique là où les roches talqueuses n’existent point, là où les roches amphiholiques excluent les roches pyroxénîques et réciproquementj s’il y a un ordre de succession constant entre ces divers termes.
On a reconnu, ainsi que M. de Humholdt l’a dit depuis long-temps, que dans les deux mondes des masses cristallines, composées de feldspath et d’amphibole, ou de feldspath et de pyroxène (l’on peut ajouter ou de feldspath et talc, onde feldspath seulement), oscillent entre le terrain volcanique, le grès rouge et le terrain de transition; mais l’on n*a pu encore rassembler assez de données pour constater si les émissions continues d’une seule de ces séries minéralogiques pouvaient avoir rempli toute la période géognostique, où s’il y avait lacune dès qu’une d’entre elles ne se présentait pas.
TERRAm GRANITIQUE.
Lorsque MM. de Buch efc Haussmann signa, lèrent aux environs de Christiania des granités et des syénites postérieurs à des calcaires qui contenaient des débris organiques et qui appartenaient évidemment à une époque de sédimentation régulière , on eut peine à les croire, tant ce fait contrariait les idées généralement admises sur la période primitive. Ces observations étaient néanmoins si précises et si incontestables que l’on fut conduit à reconnaître qu’il y avait en Norwège une formation granitique postérieure au terrain de transition.
Le terrain granitique put être regardé comme définitivement constitué, lorsque M. Élie de Beaumont trouva dans les montagnes ' de rOisans des roches granitoïdes postérieures non plus seulement au terrain de transition, mais au terrain jurassique. Depuis , 'd’autres contrées présentèrent encore des faits analo-
aSi
T'; TERRAIN GRAMTIÇUE.
gués, et les recherches de M. Dufrénoy dans les Pyrénées, de MMt Hugi et Studer dans*. * les Alpes, n’ont laissé aucun doute sur la*gé-’
'• néralité des émissions granitiques postérieu- ■*Vefhent aux dépôts sédimentaires réguliers.
ETe là, le démembrement de ce que l’on a * appelé le terrain primitif, et^çomtpe les recherches des géologues tendent continuellement à distraire quelque gisement de ce ter- ' rain,il est probable qu’il finira par se réduire considérablement; le terrain que nous appe- • Ions granitique s’augmentant à ses dépens.
Et , en effet, les modifications que nous avons constatées et qui ont lieu sur une si vaste échelle, au contact’des roches ignées, peu- , vent donner la physionomie tout-à-fait primitive à des dépôts de transition et y supprimer ^ les débris organiques; de sorte que l’on en sera bientôt à se demander si la croûte superficielle formée par la première précipitation des eaux etpar les émissions ignées avant l’existence de tout être organique, est réellement à découvert en quelque point du globe.
JNous avons laissé subsister le terrain primitif, y plaçant tous les gisements que des faits positifs ne conduisaient pas à regarder comme postérieurs aux premiers terrains sédimentaires; il ne nous reste donc plus à indiquer que les rocbes ignées granitiques dont la postériorité est bien démontrée. Il y en a encore peu comparativement aux nombreuses