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sister entre les niches accolées que des crêtes étroites et déchiquetées (fig. 292).
Vallées glaciaires. Bassin, Verrou, Auge, Cirque à gradins, vallée suspendue. — Si les cirques donnent leur caractère aux sommets, ce sont les particularités de forme des vallées, qui modifient le plus profondément l'aspect général des montagnes jadis occupées par des glaciers locaux.
Le profil longitudinal, aussi bien que le profil transversal, les rapports des vallées affluentes avec les vallées principales se présentent tout autrement que dans les montagnes où la sculpture est l'œuvre seule de l'érosion des eaux courantes. A certains égards, il s'agit seulement d'une exagération d'accidents dus à la jeunesse des vallées préglaciaires; à certains autres, il s'agit d'une transformation complète de ces accidents par l'érosion des anciens glaciers.
On a signalé comme des caractères de jeunesse l'existence de paliers dans le profil du thalweg, d'étranglements et d'élargissements successifs généralement en rapport avec la résistance des roches qui forment les versants. Ces caractères se retrouvent dans les vallées glaciaires, mais singulièrement exagérés ou même déformés. C'est par une série de véritables marches d'escaliers que descendent les rivières. Parfois la pente est devenue nulle sur le palier, ou même il y a contre-pente; la cuvette fermée est occupée par un lac ou comblée par les alluvions. Sur les gradins séparant les paliers, la rivière se précipite en cascades, et creuse des gorges étroites. Les paliers sont des lieux d'élargissement de la vallée: les gradins correspondent au contraire à des étranglements; lorsqu'il y a contre-pente, ils forment des barres, semblant fermer complètement la vallée vers l'aval, et qu'on peut qualifier, avec Penck, de verrous {Riegel).
La théorie de l'érosion glaciaire exposée plus haut explique facilement ces caractères (voir p. 624-627 et fig. 286).
Le fond de la vallée actuelle était, pendant la période glaciaire le lit d'un glacier épais de plusieurs centaines de mètres. L'érosion glaciaire, déterminée par les inégalités de ce lit devait creuser davantage au-dessus et audessous des ruptures de pente et des rétrécissements [E. de M., 28]. Les gradins et les plaines alluviales, les lacs, les bassins et les verrous des anciennes vallées glaciaires sont donc des traits normaux du modelé. Ces considérations expliquent aussi les cirques à gradins, si communs dans les Pyrénées et les Karpates. Ce sont d'anciennes vallées torrentielles préglaciaires. Les glaciers qui s'y sont établis devaient avoir une pente très forte et très inégale» une épaisseur réduite et une surface très crevassée sur les gradins; d'où
Anciennes Vallées glaciaires
A. — LA MEIJE ET LA VALLÉE DES ÉTANÇONS (MASSIF DE l'ûISANS, ALPES DAUPHINOISES).
Type de vallée glaciaire en ;uige.
L'épaulement est particulièrement net à gauche (à la hauteur «le E) ; la limite du moutonnement, qui marque le bord de l'ancien glacier, est très nette à droite (à la hauteur de M).
Cliché communiqué par M.
B. — LES SIVEN &ÔSTRE DANS LE NORRLAND (NORVÈGE).
Les formes hardies des trois crêtes en vue sont dues à l'élargissement des vallées glaciaires
en U très évasé. Elles séparaient des glaciers affluents du grand glacier, qui suivait la
allée principale, maintenant devenue un fiord. Remarquer les gradins de confluence
d'autant moins hauts que les vallées sont plus développées.
Planche XXVIII.
Emm. de Martonne. Géographie Physique.
Fjords et Lacs norvégiens
GEIRANGER 1 .TORD (ROMSDAL-AMT) .
Auge glaciaire à parois abruptes envahie par la mer. Vallée latérale suspendue avec cascade.
Cliché Knudsen (B<
LES LACS BESS ET GJENDE (JOTUNHEIM)
A droite, le Gjendevand ((J94m), long de 20 kiloni. type des lacs de vallée glaciaire,
équivalents des fjords de la côte atlantique.
A gauche, 400°' plus haut, le Bessvand (1380">).
Entre les deux, paroi de surcreusement verticale du Beseggen.
Planche XXIX.
E. de Martonne. Géographie Physique.
une inégalité d'érosion suffisante pour rendre compte des petits bassins souvent occupés chacun par un ou deux lacs.
Un caractère général de toutes les vallées glaciaires est la forme du profil transversal. On a depuis longtemps reconnu qu'il avait l'apparence d'une auge (profil en U) tandis que les vallées fluviatiles tendent vers un profil en V [30, 33]. La différence est la même qui existe entre le bassin de réception torrentiel et le cirque et s'explique en partie par les mêmes raisons.
Il faut noter avant tout que l'auge n'intéresse pas toute la vallée (fig. 293 et 294); elle se développe au-dessous de la surface de l'ancien glacier, elle est donc une forme de lit glaciaire.
Nous avons vu que le glacier travaille énergiquement à élargir son lit, constitué par le fond de la vallée préglaciaire, qui n'est pas une forme commode pour l'écoulement d'un fluide visqueux.
C'est à Ce travail qu'est due ABCFGH, vallée mûre; ABCIFGH, vallée rajeunie , i • • préglaciaires; BCDEFG, lit du glacier; CDEF, auge;
1 auge glaciaire. bc, fg, épauiements.
Mais l'auge n'est pas le seul trait important des vallées glaciaires. Les pentes qui s'étalent au-dessus sont remarquablement adoucies, formant une sorte à'épaulemput entre les crêtes déchiquetées et les versants raides de l'auge. C'est au niveau de cet épaulement que s'ouvrent souvent les cirques qui découpent les crêtes. L'épaulement est moutonné et a été recouvert par le glacier; la rupture de pente qui le sépare de l'auge ne peut donc être expliquée par la seule érosion glaciaire. Il faut admettre que la vallée préglaciaire portait les traces de deux cycles; l'épaulement correspondant à une ancienne vallée mûre, l'auge à une vallée rajeunie immédiatement préglaciaire (fig. 293).
Fig. 293.
Schéma d'une vallée glaciaire à auge simple.
Cette hypothèse est la seule qui permette d'expliquer les vallées aveugles {Talschluss) en même temps que toutes les particularités des vallées suspendues [E. de M., 28].
La brusque terminaison de l'auge en un amphithéâtre, formé par la jonction des versants vers l'amont, avait embarrassé Penck [26] et Richter [29]. Des formes analogues existent pourtant dans les régions d'érosion fluviale, et il est probable que les vallées aveugles sont simplement des gradins correspondant au point jusqu'où a remonté la morsure du cycle d'érosion préglaciaire [30, 31].
E. de Martonne, Géographie physique. 41
Les vallées suspendues sont un trait plus important encore des vallées glaciaires. Au lieu de confluer de plain pied avec la rivière principale, les affluents tombent souvent en cascade du haut d'abrupts dont la hauteur est presque égale à celle des bords de l'auge, ou se précipitent dans des gorges étroites, après avoir coulé dans une vallée large. Si l'on admet que le rajeunissement préglaciaire n'ait pas toujours atteint les vallées secondaires, on aura l'explication la plus générale du phénomène (fîg. 295). Une pente ou un étranglement de la vallée affluente préglaciaire à son confluent avec la vallée principale devait donner lieu à la formation d'un gradin dans le lit glaciaire, comme les ruptures de pente et les étranglements dans la
Fig. 295. — Transformation par l'érosion glaciaire d'une vallée torrentielle en vallée suspendue.
A gauche, formes d'érosion fluviale préglaciaires. A droite, formes glaciaires (indication des thalwegs primitifs de la rivière principale (MN) et de l'affluent (ABCDE); verrou en D, bassin en G.
vallée principale. On comprend donc que les gradins de confluence, ainsi qu'on les a nommés [Penck, 26J, soient souvent en môme temps des verrous [E. de M., 28].
Formes des montagnes à glaciation alaskienne. — Les Alpes.
L'explication des formes glaciaires, dans les montagnes à glaciation locale limitée, montre qu'elles sont dues en réalité à une transformation de formes de rajeunissement fluviatile. Le même point de vue doit être appliqué aux régions de glaciation plus étendue semblables à l'Alaska actuel. On doit en effet envisager, non seulement les formes des montagnes, qui doivent leur cachet surtout à l'érosion des grands courants de glace, mais les formes de l'avantpays, sur lequel se sont étalés les glaciers de piedmont, et où dominent les formes d'accumulation.
On doit encore tenir compte des variations de la glaciation, qui ont dû être considérables pour des appareils glaciaires d'une pareille ampleur. Dans les Alpes, qui sont le massif le mieux connu à ce point de vue [Penck, 26], on a distingué quatre périodes glaciaires, séparées par des phases d'érosion fluviale, dont il est logique de "chercher les traces dans la montagne, aussi bien que dans
l'avant-pays. Pendant les phases de retrait, les glaciers ont pu prendre des formes semblables à celles d'une glaciation plus limitée.
Si nous envisageons d'abord la montagne, nous trouvons dans les Alpes toutes les formes déjà décrites, mais avec des complications telles, qu'il est parfois difficile de les reconnaître. Les sommets élevés, lorsqu'ils ne sont pas encore actuellement empâtés par les neiges et les glaciers, apparaissent découpés par des cirques,
Fig. 296. — Profils de grandes vallées alpines à épaulements multiples. Echelle des hauteurs et longueurs 1 : 100 000 (hauteurs chiffrées en centaines de mètres).
Abc. Arc près de Modane; — Aa', Aar un peu au-dessous de Meiringen ; — Aa8, Aar au Kirchet, — Rh., Rhône près Tourtemagne.
que séparent des crêtes étroites, ou des pics de forme pyramidale rongés de trois ou quatre côtés à la fois (Cervin). Le type du massif à cirques (Karling de Penck) est prédominant. Pourtant bon nombre de sommets ont des formes arrondies; ce sont ceux qui ont été recouverts par la glace, qui s'élevait jusqu'à 1 500 m. au-dessus du fond actuel des vallées, débordait sur les crêtes les séparant et franchissait les cols. Penck a proposé le nom de Rundling, s'opposant à Karling pour les sommets arrondis [26]. Il conviendrait d'avoir aussi un nom pour les cols très larges, qui sont un trait caractéristique des Alpes, avec leur surface moutonnée et leurs lacs (Mont- Cenis, Saint-Bernard, etc.). Leur topographie rappelle celle du fleld norvégien.
f Les vallées des Alpes sont remarquables par leurs formes anor-
maies. Dans la haute montagne, surtout dans les massifs granitiques (Tauern, Massif de l'Aar, Pelvoux), on trouve fréquemment la vallée à auge simple décrite plus haut (voir planche XXVIII, A), avec ses bassins et ses gradins à verrou, son épaulement et ses vallées suspendues, sa terminaison en vallée aveugle, ou en cirque à gradins. Mais les grandes vallées ont des formes singulièrement plus compliquées.
Le fond plat, et la raideur de pente des versants sont les seuls traits qui, au premier abord, obligent à chercher une explication autre que l'érosion fluviale normale (fîg. 296). La raideur des versants est un caractère de vallée fluviale jeune, le fond large et plat est un caractère de vallée fluviale mure. La forme d'auge du fond de la vallée est toujours plus ou moins indiquée par une raideur plus grande de la partie inférieure des versants et les gradins de confluence des vallées suspendues. Mais la séparation avec l'épaulement n'est pas nette, le profil des versants indiquant toute une série de petits épaulements (fig. 296.)
Ces épaulements multiples sont un trait si caractéristique des vallées alpines, qu'il y a partout un nom populaire pour les désigner. Ce sont les replats ou replatons des Alpes françaises, les Piani des Alpes italiennes, les Ebenen des Alpes allemandes. Les cultures occupent les replats inférieurs, les pâturages les replats supérieurs; la forêt qui couvre les versants raides y est toujours interrompue. Souvent chaque replat porte son village, et il n'est pas rare de voir le même nom de village répété trois fois sur le même versant avec les qualificatifs de tinter, mittel, et ober, ou d'en bas, du milieu et d'en haut.
Les replats multiples indiquent que l'érosion des vallées alpines est le résultat d'une série de phases d'érosion glaciaire et d'érosion fluviale alternantes , produisant un enfoncement progressif du thalweg et un encaissement de plus en plus grand de la vallée, malgré les efforts faits par le glacier pour reculer le pied du versant par sapement à chaque période glaciaire. L'extrême inégalité d'altitude des replats, démontrée par une étude morphologique serrée dans les Alpes françaises [28], suffît à prouver qu'ils ne sont pas les restes d'anciens fonds de vallées fluviales, mais des formes de lit glaciaire avec des contre-pentes. On s'explique ainsi que les bassins des grandes vallées alpines soient séparés par des verrous à plusieurs niveaux; que l'ensemble des versants présente du haut en bas une série de ruptures de pente correspondant à des replats plus largement développés dans les bassins; et surtout que les vallées suspendues offrent à leur débouché une série d'étranglements sem-
blables, témoignant de l'existence de plusieurs vallées suspendues emboîtées [26, 28].
A chaque période interglaciaire, l'érosion fluviale à travaillé à raccorder les différents bassins de la vallée principale, et ceux-ci avec les vallées suspendues, en sciant des gorges de raccordement. A l'époque glaciaire suivante, le glacier a pénétré dans ces gorges en les élargissant, mais aussi en détruisant le raccord établi, par suite de son inégale érosion sur un lit accidenté.
L'enfoncement progressif du thalweg et la reprise du creusement à chaque période interglaciaire s'explique par le fait que les Alpes avaient subi à la fin du tertiaire un dernier soulèvement (cf.ch. v et vu). Les vallées étaient en plein travail de rajeunissement quand la glaciation est intervenue. Leprofil d'équilibre aurait peut-être été atteint plus tôt sans ce chan-
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Fig. 297. — Schéma du développement du profil longitudinal d'une grande vallée alpine.
1. Profils d'érosion fluviale préglaciaire et interglaciaire; — 2. Profils d'érosion glaciaire; — 3. Profil d'équilibre; — 4. Creusements interglaciaires; — 5. Remblaiements interglaciaires des derniers stades.
gement de mode d'érosion. A chaque période interglaciaire, un nouvel effort était fait vers sa réalisation. Les grandes rivières y sont certainement parvenues avant la fin des dernières périodes glaciaires, mais l'érosion glaciaire n'est pas liée au profil d'équilibre; aussi les glaciers ont continué à façonner leur lit au-dessous de ce profil, il y a eu dans la partie inférieure des vallées un véritable surcreusement, suivi pendant les périodes interglaciaires ou postglaciaires d'un alluvionnement des cuvettes ou de la formation des lacs (fig. 297).
Ces considérations expliquent en partie les lacs subalpins et éclairent l'origine des plaines d'alluvions qui s'étendent souvent très loin à l'intérieur de la montagne le long des grandes vallées (Valais, Grésivaudan, Irintal, etc.). Ces plaines, qui jouent un si grand rôle dans la géographie humaine comme centres de peuplement et voies de communications naturelles, sont inexplicables par l'érosion fluviale à cause de la grande profondeur des alluvions qui s'y trouve, et des gorges qui leur succèdent vers l'aval. Les îlots rocheux qu'on y rencontre, sièges d'anciens châteaux ou de sanctuaires réputés (Sion) et toujours points d'attraction pour la population, sont les sommets de verrous rocheux noyés sous les alluvions [E. de M., 28].
Formes de l'avant-pays alpin. Amphithéâtres morainiques et
terrasses fluvio-glaciaires. — Si les formes d'érosion glaciaire, combinées avec les formes d'érosion fluviale préglaciaire et interglaciaire, dominent dans la montagne, les formes d'accumulation dominent dans l'avant-pays alpin. L'érosion des lobes terminaux s'est bien traduite par la formation de bassins terminaux (Zungenbecken) , souvent surcreusés ; mais ce sont surtout les moraines déposées sur le front de la glace qui donnent généralement à ces bassins la forme de cuvettes fermées, occupées par un grand lac ou une plaine alluviale (fîg. 298).
En partant du centre de la cuvette, on trouve d'abord une région de buttes arrondies confuses, qui représentent encore des dépôts
• Fig. 298, — Schéma d'un complexe fluvio-glaciaire alpin, d'après Penck. C, dépression terminale (Zungenbecken); M, amphithéâtre morainique (moraines frontales), en ., arrière desquelles s'étend une zone de Drumlins (D) ; T, cône de transition et terrasses fluvioglaciaires.
sous-glaciaires (Drumlins). Puis ces buttes se groupent en un rempart continu développé en fer à cheval qui n'est autre que la moraine frontale. Le rempart, en pente abrupte du côté du glacier qui le soutenait, s'incline doucement vers l'extérieur, où il s'éboulait constamment à l'air libre, et passe progressivement à une surface uniforme, produit de l'accumulation des torrents glaciaires (terrasse fluvio-glaciaire) , par l'intermédiaire d'un plan incliné, où l'on observe une alternance de dépôts torrentiels stratifiés et de véritables moraines, suivant les avancées ou les reculs du front du glacier (cône de transition). On a donné à cet ensemble le nom de complexe fluvio-glaciaire [Penck, 21], Sur le pourtour des Alpes, on distingue autant de bassins terminaux et d'amphithéâtres morainiques qu'il y avait de grands glaciers.
C'est lorsque les glaciers venaient mourir juste au bord de la montagne que les bassins terminaux et les amphithéâtres morainiques sont le plus développés. Tel est le cas sur le versant sud des Alpes, où se trouvent les lacs subalpins les plus profonds et les amphithéâtres morainiques les plus grandioses. Le fond du lac de Garde esta 200 m. au-dessous du niveau de la mer; les moraines d'Ivrée
ont 300 m. de hauteur relative, le talus de transition lui-même est en pente assez raide. Sur le versant nord, où les glaciers de l'Inn, du Rhin et du Rhône s'étalaient sur l'avant-pays, les lacs sont moins profonds (Chiemsee), la zone des moraines terminales est plus large et plus confuse, la zone des Drumlins même couvre une grande étendue.
Le cône de transition et même la plaine d'accumulation qui lui fait suite, ont des pentes de dépôt torrentiel. Aussi ont-ils été entaillés par les fleuves, dès que la disparition des glaciers a délivré les cours d'eau du fardeau d'alluvions qui les réduisait à accumuler et leur a rendu un volume d'eau suffisant pour reprendre le creusement. Il en est résulté des terrasses.
La région des terrasses fluvio-glaciaires correspond à la zone de dispersion des produits morainiques. Elle couvre une grande partie du plateau bavarois au N. des Alpes, où elle a été particulièrement bien étudiée [Penck, 26]. On a reconnu l'existence de plusieurs terrasses, étagées à différents niveaux et correspondant à autant de glaciations. Il a été possible en effet de suivre le raccord de chaque terrasse avec des moraines distinctes. Les plus élevées sont en général les plus anciennes, ainsi que le prouve la cimentation de leurs matériaux en une sorte de conglomérat (Nagelfluh) et la décomposition des blocs cristallins, aussi bien dans les terrasses que dans les moraines qui leur correspondent. Le creusement correspondant aux phases interglaciaires a parfois atteint la roche en place, en sorte que les terrasses sont tantôt emboîtées l'une dans l'autre, tantôt simplement étagées. Il existe également dans les Alpes françaises plusieurs terrasses en rapport avec des moraines, mais les conditions ne sont pas aussi nettes qu'en Bavière.
L'importance géographique des terrasses fluvio-glaciaires est partout manifeste. Les graviers des hauteurs, souvent décomposés, forment des plateaux argileux, parfois marécageux, couverts de bois, froids et humides (plateau du Chambaran dans le Bas-Dauphiné). La haute terrasse couverte de limon {Loess) est au contraire un sol fertile, recherché particulièrement en Bavière pour les cultures, et où se groupent de gros villages contrastant avec les habitations disséminées de la zone morainique. Les basses terrasses, souvent entièrement caillouteuses, sont sèches et peu habitées, elles forment aux environs de Lyon des trouées désertes au milieu des moraines anciennes, au pied desquelles se pressent les villages (Balmes Viennoises).
L'importance des terrasses est plus grande encore à l'intérieur des Alpes. Les hameaux se groupent sur les basses et moyennes terrasses, où ils trouvent un sol meuble, et sont à l'abri des inondations et des grands froids d'hiver. Même dans la vallée de la Durance, les hautes terrasses
anciennes sont au contraire boisées et inhabitées (environs de Veynes et Sisteron).
Formes d'érosion des régions de glaciation régionale quaternaire, Field et Fiords. — Les immenses calottes de glace qui couvraient à l'époque quaternaire toute la surface de l'Europe septen-
Fig. 299. — Topographie glaciaire norvégienne. Fiord et plateaux de field semés de lacs et marécages, avec roches moutonnées. D'après la carte de Norvège au 1 : 100000. Echelle 1 : 250 000; équidistance, 30 m.
trionale et les deux tiers de l'Amérique du Nord avaient leur origine, comme les glaciers continentaux du Groenland et de l'Antarctique à l'époque actuelle, dans des régions élevées. Ces centres de dispersion ont été surtout des lieux d'érosion, où les formes sont conditionnées par le relief préglaciaire autant que par la nature de la glaciation.
La glace noyant tous les reliefs, on doit retrouver partout les aspects des fonds de lits glaciaires : roches moutonnées et cuvettes fermées. L'absence de toute rupture de pente brusque, le caractère arrondi de toutes les saillies, l'indécision de l'hydrographie, la multiplicité des lacs et des marécages, sont en effet les traits «topographiques qu'on retrouve partout, dans la Péninsule Scandinave, la Finlande, l'Ecosse, le Labrador, le Canada et le Nord-Est des Etats-Unis. Mais si le cachet glaciaire est imprimé sur toutes les formes, ces formes restent assez variées.
Les pénéplaines arasant des roches cristallines anciennes sont très étendues dans les régions d'inlandsis quaternaire. Qu'elles soient restées peu élevées, comme en bien des points de l'Amérique du Nord, ou forment des hauts plateaux comme en Ecosse et en Scandinavie, elles ont partout l'aspect caractérisé en Norvège par le mot de field (fig. 299) : chaos de bosses arrondies, de marécages et de petits lacs. Dans les zones de roches plissées et arasées, la différence de dureté des bancs affleurant à la surface du sol paraît avoir guidé l'érosion glaciaire, et les dépressions forment des sillons séparés par des crêtes parallèles et moutonnées. Cet aspect se retrouve dans le sud de l'Ecosse, une partie de l'Irlande et la Finlande. Il explique qu'on ait été tenté d'attribuer la forme de certains lacs à des dislocations tectoniques.
Lorsque les vallées préglaciaires entaillaient les plateaux, ces vallées ont été noyées jusqu'à leur bord sous la glace, formant des courants comparables aux glaciers alpins. Aussi ces vallées ont-elles des caractères les rapprochant des vallées alpines : bassins à fond alluvial ou lacustre, verrous sciés par des gorges, versants très raides, vallées suspendues avec cascades. On a pu dire que les fiords de Norvège étaient simplement des vallées alpines submergées dans leur partie inférieure par l'invasion de la mer. Sur le versant suédois, des lacs et des vallées en auge correspondent aux fiords norvégiens (planche XXIX).
Les Andes du Chili montrent de façon frappante le passage de véritables vallées glaciaires alpines à des fiords, où les sondages de Nordenskjôld [34] ont montré les mêmes bassins et les mêmes verrous submergés que dans les fiords de Norvège. LAlaska étudié par Tarr et Martin [17] a permis de faire des constatations semblables.
Il y a cependant une différence essentielle entre les fiords norvégiens tout au moins et les vallées glaciaires alpines. Une partie du versant des vallées alpines s'élevait au-dessus du glacier et a toujours gardé les formes déchiquetées dues à la désagrégation mécanique dans la zone des neiges; les vallées norvégiennes étaient entièrement noyées sous la glace et
sont moutonnées du haut en bas. Le profil est réduit à l'auge; l'épaulement lui-môme n'existe pas généralement. Il n'est donc pas nécessaire de supposer, comme le faisait Richter [32], que les fiords ont été creusés pendant les périodes de retrait par de vraies langues de glaciers individualisées. Mais il faut admettre qu'ils ont été préparés par une érosion jeune entaillant une pénéplaine récemment soulevée. Leur rapport, comme direction, avec les dislocations tectoniques anciennes s'explique ainsi facilement, sans qu'on soit tenté, comme on l'a fait jadis, de chercher dans ces dislocations leur origine. L'envahissement de la mer peut être dû en partie, au fait que les vallées ont été réellement surcreusées, le profil d'équilibre ayant été atteint, dans le cours inférieur, et dépassé par l'érosion glaciaire; mais la continuation des fiords sous forme de vallées glaciaires sous-marines à travers la plate-forme continentale immergée, ne peut s'expliquer que par un changement relatif du niveau de base (cf. chap. xv).
Les seules formes qui témoignent en Norvège de l'existence de montagnes rocheuses émergeant de la glace sont les cirques, qui découpent les sommets les plus élevés, anciens monadnocks à la surface de la pénéplaine, devenus pendant la période glaciaire des nunataks : Il est possible que ces sommets n'aient émergé que pendant les périodes de retrait.
Dépôts des grandes calottes glaciaires : moraine de fond, drumlins, œsar. — L'importance des dépôts des calottes glaciaires quaternaires est <en rapport avec l'érosion qu'elles étaient capables d'exercer. La moraine de fond enveloppe souvent les roches moutonnées, même dans la région du field; elle devient de plus en plus dominante lorsqu'on s'éloigne du centre de la glaciation, et finit par noyer entièrement tous les reliefs. Dans la plus grande partie de l'Allemagne du Nord, une partie du SE.de la Suède, la Finlande, une zone s'étendant de la Pensylvanie au Wisconsin dans les États- Unis, toute la topographie est ainsi due à la moraine de fond.
Ce dépôt est généralement formé par une boue argilo-marneuse mêlée de cailloux striés et de blocs atteignant parfois plusieurs mètres cubes [Argile à blocaux ,Boulder clay, Geschiebelehm). Mais on rencontre aussi des couches de sable ou de cailloutis.
La confusion de la topographie semble au premier abord inextricable. On est cependant arrivé à distinguer des formes pour lesquelles il existe même des noms populaires locaux (drumlin, œsar, esker).
Le nom de drumlin est appliqué en Irlande à des buttes, généralement ovoïdes, formées de matériaux de moraine de fond et groupées en alignements parallèles suivant la direction du mouvement de la glace (fig. 300). Les mêmes formes existent en Bavière, dans l'Allemagne du Nord, la Suède. Aux Étals-Unis, les drumlins couvrent tout le Nord du Wisconsin et y atteignent des dimensions relativement considérables [45, 46].
Le mot Scandinave as (pluriel : œsar) désigne des digues naturelles, suivant à peu près la même direction que les alignements de drumlins et perpendiculaires aux moraines frontales (fîg. 301), mais formées de couches présentant la stratification torrentielle. On les considère comme le résultat de dépôts des torrents sous-glaciaires. Leur rôle dans la géographie de la Finlande est des plus frappants. Ils barrent souvent les lacs, sont suivis par les routes et recherchés par les hameaux, qui y sont à l'abri des inonda-
Fig. 300. — Drumlins, d'après la Carte topographique des États-Unis, Fle Sun Prairie (Wisc). Échelle 1 : 175 000; équidistance, 15 m.
tions. En Amérique, les eskcrs sont l'équivalent des œsar; ils ont aussi servi de chaussées naturelles dans les régions marécageuses. Dans l'Allemagne du Nord, les œsar sont presque inconnus.
Le Plateau de Poméranie est cependant une région classique pour l'étude des formes de la moraine de fond [Wahnschaffe, 38]. Le glacier Scandinave, forcé de remonter à contre-pente depuis le fond du bassin Baltique, y a stationné avec des alternatives d'avancée et de recul et y a déposé une grande épaisseur de matériaux. L'argile à blocaux forme des plateaux assez uniformes, criblés de creux arrondis ressemblant aux dolines, coupés de vallées lacustres ramifiées, semés de drumlins avec de rares œsar. La complexité des formes augmente en se rapprochant de l'extrémité du glacier marquée par la moraine frontale; les drumlins se multiplient; des ondulations se développent, parallèles aux remparts terminaux, mais formées de matériaux de moraine de fond plissés par la pression de la glace dans ses
périodes d'avancée rapide. Enfin on se trouve en présence d'un dédale de croupes et de creux sans écoulement, semé de lacs et de tourbières, qu'on considère comme l'expression ordinaire du paysage morainique.
Fig. 301. — Disposition des oesar et de la Salpauselka en Finlande, d'après l'Atlas de Finlande.
Les œsar se greffent perpendiculairement sur la moraine terminale arquée. Ils sont souvent parallèles aux rivages des lacs. La Salpauselka paraît servir de digue aux lacs les plus importants.
Moraines terminales, kames, sandr. — Le vallum de moraine terminale apparaît comme un trait topographique vigoureux, contrastant avec la confusion de la moraine de fond. Son profil est dissymétrique, la pente intérieure est la plus raide. Les matériaux sont grossiers, les blocs de plusieurs quintaux ne sont pas rares. La forme générale est arquée (fîg. 301); le vallum est le plus souvent double ou triple. A l'intersection de deux arcs voisins, il y a parfois comme un émiettement du vallum. C'est là qu'on rencontre les formes appelées kames aux Etats-Unis. Ce sont des buttes irrégulières, alignées en traînées à peu près parallèles aux moraines et con-
stituées de matériaux plus ou moins stratifiés. On les attribue au remaniement par les eaux de fonte, particulièrement abondantes entre deux lobes glaciaires.
Les crêtes de moraines frontales sont souvent trouées par d'anciennes percées de torrents glaciaires, formant des vallées relativement profondes, souvent occupées par des lacs ramifiés (Poméranie). En Finlande, les émissaires des lacs franchissent le rempart de la Salpauselka par des rapides et des chutes (Imatra, fîg. 301).
En avant des moraines frontales, on observe généralement de grandes plaines de sable et de cailloutis fins, formant un glacis incliné en pente douce. Dans l'Allemagne du Nord, ces plaines sont des étendues stériles, où le vent édifie parfois des dunes (Haidesand). En Islande, on observe sur le front des glacier actuels le développement de plaines de cailloutis semblables. Le nom de Sandr qu'on leur donne a été généralisé, et sert pour désigner les formations semblables, aussi bien en Allemagne qu'aux États- Unis, où elles sont très développées. Le Sandr est en somme un équivalent du talus de transition du complexe fluvio glaciaire alpin (cf. fîg. 298). Il résulte du lavage de la moraine par les torrents glaciaires, entraînant les éléments fins et laissant les gros blocs, qui donnent au vallum frontal un aspect caractéristique.
Lacs de cuvettes terminales; lacs et chenaux proglaciaires. —
Un autre élément du complexe fluvio-glaciaire se retrouve dans la zone terminale de la dernière glaciation ; c'est le bassin terminal (Zungenbecken), en partie creusé par le glacier, en partie barré par les moraines. Le front de l'inlandsis présentait une série de lobes correspondant aux dépressions de la topographie préglaciaire, et encore très bien marqués par les festons de moraines terminales. A chaque lobe correspond un bassin terminal, qui a donné naissance à un lac, ou a même pu être envahi par les eaux marines. Ainsi la limite de la dernière glaciation est jalonnée par une série de grands lacs ou de golfes (en Europe : lacs Ladoga et Onega, golfe de Riga; en Amérique : grands lacs laurentiens, lacs Winnipeg, de l'Ours, etc.).
Quelques-uns de ces lacs, formés immédiatement après le retrait des glaciers, ont disparu à peu près entièrement ou ont changé très notablement de forme. Ainsi le lac Winnipeg est le dernier reste d'un immense lac, qui dut son extension à la barrière qu'opposait à l'écoulement des eaux vers le Nord le front du glacier en voie de recul, stationnant un moment sur la plaine côtière de la baie d'Hudson et le bassin du Mackenzie [W. Upham, 48]. Ce lac, appelé Lac Agassiz par les géologues Américains, était un lac de barrage glaciaire de dimensions colossales. Telle est aussi, en partie l'origine des grands lacs laurentiens dont l'évolution étudiée avec le plus grand soin aux États-Unis et au Canada [45-49] est représentée par la figure 302.
Leurs cuvettes sont des bassins terminaux dérivés de vallées préglaciaires
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s'écoulant vers le NE. Dès que la glace commence à les abandonner, les eaux s'y rassemblent débordant sur les moraines et s'écoulant vers le Sud (A, B, C) elles s'étendent de plus en plus vers le Nord avec les progrès du recul des glaces, et forment deux grands lacs communiquant par un chenal
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actuellement abandonné (D). Enfin le retrait des glaciers permet aux eaux d'envahir toute la cuvette du lac Huron actuel (E).
L'immense lac Algonquien ainsi formé trouvait un écoulement naturel vers l'Est par un chenal aboutissant à la cuvette du lac Érié actuel, ce qui permettait aux eaux de baisser en abandonnant le Sud du Michigan, et la plus grande partie non seulement de l'ancien lac Warren mais du bassin même de l'Érié actuel. Cependant la voie du Saint-Laurent était encore bloquée
par la glace et le lac Iroquois, formé à peu près sur l'emplacement de l'Ontario actuel, ne pouvait s'écouler que par l'Hutlson. Toute la masse des eaux se déchargeait donc en définitive par la vallée de Mohawk, actuellement vallée sèche, mais suivie, grâce à sa largeur, par routes, chemins de fer et canaux (fig. 302, E).
Après le retrait définitif des glaces l'écoulement vers le NE. devait naturellement se rétablir, mais la mer envahit jusqu'à la cuvette de l'Ontario, et c'est par la rivière Ottawa que s'y déchargent les grands lacs, qui reculaient de plus en plus au S. (F). Il a fallu pour arriver aux conditions actuelles un mouvement épeirogénique, décelé par le relèvement des terrasses lacustres vers le NE., qui a refoulé les eaux vers le SW; d'où abandon du chenal Ottawa, déversement par la rivière Sainte-Clair, et remplissage de la cuvette du lac Érié, qui déborde en créant la chute grandiose du Niagara.
L'érosion et l'accumulation glaciaire ont préparé les cuvettes des grands lacs canadiens, des mouvements du sol ont contribué à les maintenir; mais ils ont débuté comme des lacs de barrage glaciaire, dont la forme et l'écoulement changeaient avec le recul progressif des glaciers. Les géologues américains ont proposé pour de pareils lacs le nom de lacs proglaciaires.
Si éphémères qu'ils soient, les lacs proglaciaires laissent comme trace dans la topographie des berges bien marquées. C'est en suivant pas à pas ces berges, qui dans les régions humides du Nord, jouent le rôle de chaussées naturelles jalonnées par les fermes, que les géologues ont pu déchiffrer l'histoire compliquée des lacs canadiens. Mais plus encore que les berges lacustres, les chenaux d'écoulement des lacs proglaciaires méritent d'attirer l'attention. Ces larges vallées, actuellement sèches ou suivies par des cours d'eau insignifiants, sont un trait caractéristique des régions marginales de l'ancien inlandsis. La raideur de leurs versants, leur fond plat, parfois creusé de gigantesques marmites indiquant d'anciennes cascades comme celle du Niagara actuel, sont dus à l'écoulement temporaire d'énormes masses d'eau. Les plus larges, comme la vallée de Mohawk, ont été des voies de colonisation; la plupart sont suivies par les chemins de fer, souvent même par des canaux.
La plaine de l'Allemagne du Nord doit aussi en grande partie les caractères actuels de sa topographie à la formation de lacs proglaciaires et de chenauxd'écoulement temporaire (fig. 303). On a reconnu que chaque alignement de vallées longitudinales correspondait à un stationnement du front du glacier en voie de recul, marqué par une traînée de moraines frontales [Keilhack, 39]. Les eaux de fonte, ne pouvant trouver un écoulement vers le Nord s'accumulaient en formant des lacs, qui se déversaient vers l'Ouest en sculptant delarges sillons. Les sédiments de l'Oder ont comblé depuis peu un de ces anciens lacs de barrage. A chaque recul du glacier vers le Nord se formait un nouveau sillon marginal, tandis que le sillon précédent s'ensablait et que l'ancien cours d'eau longitudinal se disloquait. Le réseau anastomosé de vallées qui sillonne l'Allemagne du Nord et y rend si faciles les communications d'un bassin à l'autre résulte de cette évolution.
Transformations de la topographie glaciaire. — L'empreinte imprimée à la topographie par l'extension glaciaire quaternaire tend partout à être effacée par le modelé d'érosion normal qui a repris possession du sol.
E. de Martonne, Géographie physique *2
Dans les régions d'ancienne glaciation locale, on assiste à un travail tendant à effacer les traits anormaux du relief; il en résulte une combinaison singulière de traits de jeunesse et de maturité inexplicables par les forces actuellement en jeu.
Les cirques tendent à reprendre l'aspect d'entonnoirs d'érosion torrentielle, les débris des parois escarpées s'accumulant sur le fond et comblant les lacs, tandis que le seuil terminal est attaqué par une ou plusieurs gorges. La transformation est parfois déjà très avancée dans les montagnes actuellement dépourvues de glaciers (Karpates). Dans les régions encore assez froides, cù les anciennes moraines et les débris tombant encore des
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Fig. 304. — La Gripp, gorge de l'Enns près Gross-Reifling (Autriche), type d'épigénie glaciaire. Dessin d'après une photographie de l'Institut Géogr. de l'Université de Vienne. A,B,D. affleurements de roche en place dessinant l'ancien lit. — C, terrasses fluvio-glaciaires.
escarpements peuvent être imprégnés d'une eau le plus souvent gelée, un mouvement d'ensemble des matériaux détritiques se produit vers l'aval, donnant des coulées de pierre semblables à des glaciers. Ce sont les rockglaciers de l'Alaska et des Montagnes Rocheuses, dont il a déjà été question (pi. VIbis et p. 416). Des formes semblables existent probablement à l'état fossile dans les Karpates.
Dans les vallées alpines, les versants trop raides de Yauge s'écroulent en formant des talus d'éboulis; les avalanches les sillonnent, les torrents les entaillent et, dans les régions schisteuses, en ont parfois singulièrement altéré la physionomie. A côté de ces traits de jeunesse, on est frappé par l'alluvionnement des bassins où souvent la rivière divague et forme des méandres. Les verrous séparant les bassins et les gradins de confluence sont creusés de profondes gorges de raccordement. Dans les parties basses des grandes vallées, où le profil d'équilibre était atteint ou dépassé avant la
dernière période glaciaire, une gorge de raccordement a pu déjà être creusée avant la gorge actuelle pendant un stade interglaciaire, et comblée par la. moraine ou les alluvions tluvio-glaciaires lors du retour des glaciers. Il arrive fréquemment dans ce cas, que la gorge post-glaciaire est creusée de nouveau dans la roche en place, l'ancien chenal restant enterré et caché par les sédiments. C'est un cas de gorge épigénique très fréquent dans les Alpes (fîg. 304). Les Abîmes du Drac dans le Dauphiné en sont peut-être l'exemple le plus grandiose; les fameuses gorges du Fier près d'Annecy sont également une gorge épigénique postglaciaire.
La transformation des régions d'ancienne glaciation régionale est plus ou moins avancée suivant qu'on envisage les centres de dispersion encore occupés par la glace à une époque très récente, ou la périphérie livrée à l'érosion subaérienne depuis plus longtemps. La fraîcheur extrême des traces d'érosion glaciaire surprend dans le Canada, l'Ecosse et la Norvège. En Finlande on assiste déjà à l'organisation du drainage, encore plus avancée dans l'Allemagne du Nord. Les formes morainiques deviennent de moins en moins nettes lorsqu'on s'éloigne vers le Sud, aussi bien en Amérique qu'en Europe. Les glissements de terrain et l'érosion proprement dite, qui creuse des vallées, les rendent de plus en plus méconnaissables. Les vallées sèches indiquant d'anciens chenaux proglaciaires, les vallées épigéniques témoignant des remblaiements suivis de creusements de nouveaux lits fluviaux dans la roche en place, sont parmi les derniers traits anormaux de la topographie, que l'on rencontre, aux États-Unis par exemple, bien au delà des moraines terminales de la dernière glaciation, jusqu'aux environs de Saint- Louis [Leverett, 45].
Plus loin encore le géologue seul reconnaît l'extension ancienne des glaciers à la présence des argiles à blocs; les formes topographiques en ont perdu l'empreinte, et seule la nature des sols, influant sur la végétation, l'agriculture et la répartition des populations, intéresse la géographie.
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CARTES A CONSULTER
Glaciers actuels. — Imfeld. La chaîne du Mont Blanc, carte au 1 : 50 000, dressée par X. Imfeld, d'après les relevés de L. Kurtz, 2e édit., 1900.
Suisse, 50 000 : 396 Grindelwald, 396 Guttannen, 489 Jungfrau, 490 Obergesteln, 593 Aletschgletscher, 488 Bliïmlisalp, 395 Lauterbrunnen, 273 Jenins, 404 Tôdi, 412 Greina.
Norvège, 4 00 000. 30 D Galdhôpiggen, 30 B Bygdin.
Spitzberg (cote Nord-Ouest), carte dressée sous la direction de S. A. S. le Prince de Monaco, par la mission Isachen. 1 : 100.000, 2 f. (annexe à l'ouvrage : Exploration du NW, du Spitsberg, Monaco, 1912).
Cirques. — France, 80 000 : 189 Briançon SE. et NE., 200 Gap. SE,, 212 Digne NE., 179 Saint-Jean-de-Maurienne NW., 160 bis Annecy SE., 251 Luz SE.
Suisse, 50 000 : 523 Castasegna, 420 Arriz, 424 Zernez, 399 Muottatal, 402 Valtlis, 495 Basodino, 496 Brig, 534 Saas.
Ecosse, 1 inch : 4, 8, 21, 38, 46, 47, 63, 65.
États-Unis, 125000: Montana : Kintla lakes, Chief mountain.
Topographie de field. — Norvège, 100 000 : 57 A Frôningsfjeld, 42 D Kuikve, 25 B Lillehammer, 53 B Overhalden.
Suisse, 50 000 : 522 Poschiavo.
États-Unis, 62 500 : New-York : Poseka lake, Tupper lake, Raquette lake, Paradox lake, St Régis, Long lake; New Hampshire : Modadnock.
Vallées glaciaires. — France. 80 000 : 189 Briançon NW. Suisse, 50 000 : 395 Lauterbrunnen, 398 Andermatt, 488 Blumlisalp, 490 Obergesteln, 503 Faido, 530 Grand Combin, 533 Mischabel; f. spéc. Ober-Engadin. États-Unis, 425 000 : Montana : Kintla lakes, Chief mountain. Ecosse, 1 inch : 55, 63, 65.
Lacs glaciaires. — Suisse, 100 000 : XXIV.
États-Unis, 62 500 : New-York : Ticonderoga, Wayland, Carandaigua, Naples, Honeoye, Ilammondsport; — Pennsylvania : Yan, Richfield, Phleps.
Moraines frontales. — France, 80000 : 178 Grenoble NW., 177 St-Etienne NE.
Allemagne, 4 00 000 : 245 Freienwalde, 216 Templin 185 Woldegk.
Bavière, 50 000 : 85 Traunstein W. et E.
Bavière, 25 000 : 769 Traunstein, 732 Thaining, 709 Piirgen.
États-Unis, 62 500 : Wisconsin : Eagle, Oconomowoc.
Italie, 100 000 : 43 Biella, 42 Ivrea, 31 Varèse, 32 Como, 48 Peschiera.
Moraine de fond. —États-Unis, 62 500 : Minnesota : Minneapolis, St-Paul; — Ohio : Kent; — Wisconsin : lac Geneva, Silver Lake, Hartford.
Allemagne, 100 000 : 150 Goldberg, 151 Machin, 152 Neubrandenburg, 184 Neustrelitz, 183 Malchow.
Drumlins. — Suisse, 25 000 : 157 Bremgarten, 59 Bunnang, 60 Hugelshofen. Allemagne, 100 000 : 218 Gartz, 219 Pyritz, 188 Stargard. Bavière, 25 000 : 732 Thaining.
États-Unis, 62 500 : Wisconsin : Sun Prairie, Waterloo, Koshonong, Watertowd, White water; — New-York : High market.
Terrasses fluvio-glaciaires. — France, 80 000 : 160 bis Annecy NW.
Suisse, 25 000 : 17 Rheinfelden, 18 Môlhin, 28 Kaiseraugst, 29 Maisprach.
Fiords. — Norvège, 100 000 : 49 B Skjôrn, 50 C Stenklaer, 46 D Trondhjem, 47 C Stjôrdalen, 25 B Gjôvik, 14 D Kristiania, 29 B Sogndal, 53 A Namsos, 49 A Oerlandet.
Ecosse, 1 inch : 38, 47, 99.