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CHAPITRE X

Nature des actions éoliennes, transport et érosion. — Comme les autres agents externes du modelé continental, le vent joue un double rôle : érosion proprement dite et transport des matériaux. On n'a pendant longtemps fait état que des actions de transport, dont l'observation est aisée. Il suffit en effet d'avoir passé quelques mois d'été au bord de la mer pour connaître les poussières fines qui pénètrent partout et pour avoir vu les grands vents faire « fumer » les crêtes des dunes. Le déplacement des dunes est un des exemples les plus topiques des changements rapides que peut éprouver la surface terrestre. Avant les travaux de fixation, les dunes de Gascogne avançaient, selon Brémontier, de 20 à 25 mètres par an.

La grosseur des grains transportés dépend de la vitesse du vent. D'après les expériences de Sokolov [1], sur un sol plat, des grains de 0 mm. 25 sont mis en mouvement par un vent parcourant 1 m. 50 à la seconde; sur un sol en pente de 5 à 10°, il faut un vent de 8 m. pour mettre en mouvement des grains de 0 mm. 5 à 1 mm. Un simple déplacement des grains de sable à la surface du sol suffit pour changer la forme des dunes.

L'érosion éolienne est d'une observation plus difficile. Dans le Sud Algérien, à la frontière du Sahara, on a cependant remarqué depuis longtemps l'aspect étrange des blocs calcaires ou gréseux dont la surface, guillochée comme une véritable dentelle, paraît avoir été attaquée par un acide. Sur les roches à grains grossiers, sont creusés des alvéoles pressés. Cet aspect, se retrouvant même hors des déserts sur les escarpements rocheux et les ruines balayées par des vents violents, ne peut être évidemment dû qu'aux actions éoliennes.

Les récits des explorateurs sahariens ne laissent pas de doute sur la réelle puissance d'attaque du vent chargé de cailloutis et de sable

fin. D'après Foureau [H], la marche à pied est souvent rendue presque impossible par les tourbillons qui criblent le visage comme des pointes d'aiguilles et fouettent les jambes rudement.

Conditions et localisation des actions éoliennes. — Le domaine des actions éoliennes est déterminé par le climat et la nature du sol. Deux conditions sont en effet nécessaires pour que le vent puisse agir sur le modelé : pas d'eaux courantes à la surface du sol, pas de tapis végétal continu. Ces conditions sont réalisées localement sur les terrains très poreux, qui laissent s'infiltrer rapidement l'eau des pluies et dont la surface est constamment modifiée par des apports de nouveaux matériaux, de façon à empêcher l'établissement de la végétation. Tels sont les bords de la mer et des grands fleuves, où s'accumulent des bancs de sable sans cesse remaniés et mis à sec par les marées ou les maigres.

D'une manière plus générale, les conditions favorables à l'érosion éolienne se trouvent réalisées partout, quelle que soit la nature du sol, dans les régions de climat très sec, où l'absence presque complète et l'irrégularité des précipitations empêchent à la fois l'existence des fleuves permanents et le développement d'un tapis végétal continu. Tels sont les déserts des pays tropicaux et tempérés.

Dans le premier cas, la seule forme des actions éoliennes géographiquement sensible est le transport des matériaux fins, fournis par d'autres agents d'érosion (la mer ou les rivières). Il en résulte des dunes, dont l'extension est toujours limitée.

Dans le second cas, l'action éolienne se fait sentir sous toutes ses formes et sur des étendues considérables. Il y a à la fois corrasion ou déflation et transport des matériaux préparés par le vent lui-même. Les dunes des déserts sont bâties avec les sables, derniers résultats du remaniement par les vents des débris rocheux.

Toutefois il ne faudrait pas croire que l'érosion éolienne puisse expliquer seule le relief désertique. L'érosion pluviale a sa part dans le creusement des vallées et le charriage des éboulis vers les dépressions. Le modelé tout particulier des déserts est en réalité le résultat d'une collaboration intime des actions éoliennes, du ruissellement et de l'érosion fluviale proprement dite. A ce titre, il mérite une étude à part.

Dunes maritimes et fluviatiles. — Occupons-nous d'abord du cas le plus simple, où l'action éolienne se manifeste par le transport et l'accumulation en dunes des sables apportés par la mer ou les fleuves.

Reliefs éoliens dunes simples et groupées

Cliché communiqué par A. D

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