IX
avant qu'on ait le temps de se garer. En Algérie, on garde encore le souvenir du désastre de l'oued Ourirlou au S. de Ghardaïa, où un bataillon de chasseurs d'Afrique surpris par une débâcle laissa 28 hommes.
L'action de ces crues s'étend rarement sur plus d'une dizaine de kilomètres.
La masse d'eau se charge en effet de plus en plus des matériaux solides accumulés par la décomposition sur le sol, formant une sorte de pâte, qui finit par ne plus pouvoir avancer. Ainsi naissent ces singuliers bourrelets, comparés parfois à des moraines, qui barrent presque toutes les vallées désertiques, et contribuent à empêcher le creusement régulier du lit, en rejetant les crues suivantes dans une autre direction.
En terrain accidenté, il en résulte une indépendance relative des vallées. On ne retrouve pas, comme dans une région d'érosion continue, une vallée maîtresse et des vallées subordonnées.
Ainsi se forme aux dépens des plateaux un dédale de couloirs désigné dans le Sahara sous le nom de chebka.
En plaine, sur la bordure des massifs montagneux, les divagations des lits torren-
tiels dépassent en amplitude celles de nos torrents les plus capricieux. Il n'y a pas de cônes de déjection individualisés, mais il se forme comme un glacis de matériaux meubles en pente souvent assez forte, qui s'étale très loin, parcouru de sillons d'érosion multiples. Les bassins intérieurs privés d'écoulement vers la mer sont ainsi comblés par des plaines de cailioutis appelées bolson dans le Mexique. Les montagnes apparaissent comme ensevelies, s'élevant
Echelle 1:60000
Fig. 308. — Topographie des Hamadas égyptiennes à l'E. du Nil. Vallée de l'Oued Hof. D'après le levé de Schweinfurth.
Les courbes sont purement figuratives, elles n'indiquent que la valeur relative des pentes. Le pointillé indique les grèves de sables ou cailioutis.
par des pentes brusques et très raides au-dessus de cette sorte de socle uniforme. Il y a là une forme d'ennoyage, sans rapport direct avec le niveau de base, que l'on pourrait appeler Yennoyage désertique (fig. 307).
Toutes ces constatations n'expliquent point encore entièrement le relief désertique. La dissection des reliefs montagneux ne peut être considérée, dans le Sahara tout au moins, comme l'œuvre du régime actuel. La résolution du bord des plateaux en buttes-témoins, transformées en gour par l'érosion éolienne, est due probablement à un cycle d'érosion fluviale normal. Nous en avons la preuve dans le remarquable levé de topographie de Hamada dû à Schweinfurth (fig. 308).
11 est curieux que J. Walther se soit justement appuyé sur l'étude de cette région pour étayer ses conclusions exagérées sur le rôle de l'érosion éolienne. Aucun doute n'est possible sur l'importance de l'œuvre accomplie ici par l'érosion fluviatile régulière, en présence des méandres de l'Oued Hof. On y reconnaît jusqu'à la migration des boucles vers l'aval et à la dissymétrie des lobes de rive convexe (cf. chap. in, p. 439, et pi. VII, A). Il y a bien là une grande vallée maîtresse et des vallées aifluentes. Les gour ont nettement le caractère de buttes-témoins.
Quant aux gradins caractéristiques des vallées secondaires, formant comme une série de vallées aveugles superposées, ils sont dus évidemment à la présence de couches calcaires dures, comme Bornhardt l'a bien montré [20]. Leur persistance indique seulement que l'érosion subaérienne a été arrêtée dans son travail, commencé probablement à l'époque quaternaire, par le dessèchement du climat.
Influences lithologiques et tectoniques. — Il faut enfin mettre en lumière l'importance des influences lithologiques et tectoniques. Loin de les faire disparaître en donnant au modelé un caractère uniforme,
Fig. 309. — Profil de Yardangs, d'après Sven Hedin. Crêtes sculptées par l'érosion éolienne dans le sol argileux, et séparées par des sillons pleins de sable.
il semble au contraire que le climat désertique ait comme principal résultat de les accuser.
Nulle part les ditïérences ne sont plus frappantes entre les terrains argileux et calcaires, gréseux, granitiques, ou schisteux. La grosseur du grain de la roche a une importance très grande pour différencier les formes de détail (parois à alvéoles, cailloux à facettes, ou à rainures ramifiées). Les marmites éoliennes sont particulièrement fréquentes dans les granités. La raideur des pentes des massifs volcaniques anciens est partout surprenante (v. fig. 307); des formes analogues à une coupole de minaret, à un pain de sucre, sont fréquentes; elles tranchent d'autant plus avec la quasi-horizontalité des plaines.
Dans les régions argileuses, la corrasion détermine des sillons parallèles séparés par des crêtes étroites rappelant grossièrement les formes de lapiés (fig. 309] et appelées yardangs dans l'Asie centrale [Sven Hedin, 13]. On a pu observer parfois sur des couches argiloschisteuses au bord de déserts un commencement de formation de yardangs (pi. XXXII, A).
Reliefs désertiques
A. IIAMADA DU TADEMA1T, ENTRE AIN SOUF ET AFLISSES