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CHAPITRE XI

L'érosion marine, principal facteur de l'évolution littorale. —

La ligne, plus ou moins contournée, qui marque, sur les atlas et les cartes à petite échelle, le rivage des océans, n'est qu'un symbole. Elle schématise la position d'une zone littorale, plus ou moins large suivant l'amplitude des marées, qui peut, dans les cas extrêmes, atteindre plus de 15 kil. dans le sens horizontal et plus de 15 m. dans le sens vertical (cf. fig. 336, p. 711). Les cartes marines et les cartes topographiques détaillées indiquent les limites extrêmes de cette avancée et de ce recul périodique : laisse de haute mer et laisse de basse mer.

Ni l'une ni l'autre de ces lignes ne sont stables. L'érosion et l'alluvionnement les déplacent constamment et nous avons déjà signalé la rapidité impressionnante de ces changements : recul des falaises crétacées de France et d'Angleterre, avancée des deltas du Rhône, du Pô et du Mississipi, irruption de la mer dans la zone des polders des Pays-Bas et de l'Allemagne du Nord. L'instabilité de la zone littorale est un des premiers faits qui nous ont initiés à la vie physique de la surface du globe (lre partie, chap. iv). — La topographie littorale, que nous observons actuellement, doit donc être considérée, — à plus juste titre encore que la topographie continentale, — comme une sorte d'instantané, un aspect passager, dont l'intelligence suppose la reconstitution de l'évolution antérieure.

Quels sont les facteurs de cette évolution? Le plus important est évidemment l'érosion marine. C'est elle qui imprime aux formes littorales un aspect particulier, leur donne comme un air de famille qui les met à part. Les formes des rivages lacustres sont seules comparables à celles des rivages maritimes. Mais la zone littorale y

est nécessairement moins développée à cause du manque de marées, la richesse des formes moins grande et leur évolution moins sensible.

Caractères originaux de Pérosion marine. — Comme l'érosion continentale, l'érosion marine doit être préparée par la décomposition des roches. L'infiltration des eaux de pluie le long des diaclases et les vides locaux produits par la dissolution préparent visiblement les grands éboulements des falaises crayeuses de Normandie (pi. XXXIV, A). La décomposition du granité en boules ou en rognons de formes plus ou moins tourmentées s'observe partout sur les côtes bretonnes.

Le caractère original de l'érosion marine devient évident lorsqu'on étudie ses procédés d'attaque. Ce sont les vagues déferlantes qui en sont le principal agent.

Les calculs théoriques et les essais expérimentaux pour déterminer la puissance mécanique du choc des vagues concordent pour donner des chiffres considérables. D'après Stevenson, la pression exercée par mètre carré pourrait atteindre 30 000 kilogr. sur la côte occidentale d'Ecosse, 45 000 kilogr. sur les côtes de la mer du Nord, 10 000 kilogr. dans la Baltique. Ces chiffres suffisent à montrer que la pression dépend de la vitesse orbitaire, fonction de la hauteur des vagues, qui dépend elle-même de la profondeur de la mer. Mais les grandes tempêtes peuvent, même dans une mer intérieure, produire des effets étonnants. A Cette, on a observé le déplacement d'un bloc de 70 m. cubes pesant 150 tonnes.

Ces coups de bélier formidables donnés par les mers démontées se produisent à de longs intervalles; les tempêtes jouent le même rôle dans l'œuvre de l'érosion marine que les crues dans l'érosion fluviale.

Leur action est limitée à la zone littorale. L'agitation des plus grandes tempêtes ne se propage que jusqu'à une profondeur limitée. Les calculs de Bertin montrent que le choc exercé par les vagues les plus fortes est réduit au cinquième de sa valeur à 20 m. de profondeur et atteint à peine 2 p. 100 à 50 m. Des observations réunies par divers auteurs [2, 3] montrent qu'effectivement l'action des vagues ne paraît pas apporter de modifications sensibles à des profondeurs supérieures à 70 m.

Les courants de marée ont dans les estuaires et les passes une vitesse superficielle assez grande (on note 8 et 10 nœuds dans le Morbihan, 9 nœuds au passage du Fromveur sur la côte du Finistère). Mais cette vitesse diminue rapidement en profondeur et toute la force est absorbée par le déplacement des sables et des vases. Le

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Décollement de paquets énormes provoqué par les infiltrations le lonjr des diaclases vertical* [.es éhoulis protègent temporairement le pied de la falaise contre l'attaque des values.

Cliché Cli. Vélaii ATTAQUE DES FALAISES l'Ait LA BASE. LES HACHETTES, PKES PORT-KN-BESSIN (NORMANDIE)

Corniche continue au pied de la falaise, due au sapement par les vagues.

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