C. — FALAISES DE MORGAT, PRESQUILE DK CROZON IIMSTIHe
Groltes creusées à la base de la falaise. — Au premier plan, herbiers d'algues
tapissant les rochers et les protégeant contre l'action des vagues.
Emm. de Martonne. Géographie Physique.
rôle des courants de marée comme agents d'érosion a été considérablement exagéré.
L'érosion profonde est arrêtée presque partout sur les côtes rocheuses par un tapis végétal d'algues qui se développe sur la plate-forme littorale. Sur les côtes normandes et bretonnes, même aux endroits les plus attaqués par l'érosion, comme à Fécamp, à Belle-Isle, on observe aisément à la marée basse ces herbiers d'algues, peuplés de crabes et de coquilles, qui s'étendent au pied des falaises (v. pi. XXXV, c).
En somme presque tout le travail d'érosion littorale est accompli par les vagues sur une zone très limitée, correspondant au niveau moyen des hautes mers. Le choc direct des paquets d'eau lancés contre le rivage n'est pas le seul agent responsable de la démolition. Les- cailloux et même le sable fin, emportés par la vague qui les ramasse au pied de la falaise, augmentent considérablement sa puissance destructrice. La hauteur moyenne à laquelle se produit le choc des vagues est marquée par une entaille, qui se poursuit le long des falaises comme une sorte de cannelure (pi. XXXIV, B). La roche ainsi minée doit tôt ou tard s'écrouler.
Dans les roches hétérogènes, les vagues emportent tous les produits de décomposition et, pénétrant dans les diaclases qu'elles élargissent, creusent des grottes à la base des falaises. C'est par le développement des grottes ainsi creusées que les pointes de roches résistantes sont le plus fréquemment détruites par la mer. Attaquées des deux côtés, elles sont bientôt transpercées, formant un pont naturel, qui finit par s'écrouler. C'est ainsi que les pointes bretonnes s'égrènent en îles. Toutes les étapes de cette démolition peuvent se suivre à Crozon et à la pointe du Raz, ou à Belle-Isle (pi. XXXV). Le sapement par les vagues est donc le procédé le plus efficace et le plus direct de l'érosion littorale.
Plate-forme littorale ou plate-forme d'abrasion. — Le recul progressif du rivage déterminé par le sapement est l'analogue du creusement du thalweg en profondeur dans le cycle de l'érosion fluviale. Mais, de même que l'approfondissement du thalweg a une limite, le recul des falaises par sapement ne peut se poursuivre indéfiniment. En effet le choc des vagues se produisant toujours dans le même plan horizontal, il se forme une sorte de plate-forme rocheuse faiblement inclinée, et immergée à une profondeur qui ne peut dépasser celle jusqu'où s'est fait sentir l'agitation des vagues (fig. 316). Les débris balayés de cette plate-forme viennent s'accumuler en avant en for-
E. de Martonne, Géographie physique. 44
niant un talus. Nous retrouvons ici les traits déjà notés dans la topographie littorale lacustre. La plate-forme littorale marine est l'équivalent de la beine. Son développement tend à limiter l'action des vagues, qui s'amortissent dans leur trajet à sa surface et finissent par déferler, avant d'avoir atteint la corniche de sapement. Le recul de la falaise est dès lors arrêté. Pour qu'il continuât, il faudrait que le niveau moyen des mers s'élevât, ou que le continent s'affaissât lentement. La plate-forme littorale pourrait dans ce cas s'étendre indéfiniment.
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Fig. 316. — Plate-forme littorale et formation d'une plate-forme d'abrasion, d'après Richthofen.
CAM, profil primitif. — HB, niveau des hautes mers. — NA, niveau des basses mers.
AB, plate-forme littorale rocheuse. — TAM, talus littoral.
HB, H'B', H2B% niveaux successifs des hautes mers correspondant aux profils successifs HBC,
H'B'C', H2BSC2 marquant le recul de la falaise et l'extension de la plate-forme.
Ce processus, appelé abrasion marine, aurait eu, d'après certains auteurs, une grande importance. C'est par lui que Ramsay, Richthofen et leurs disciples expliquaient le nivellement d'anciennes régions plissées [5]. Depuis qu'on est arrivé à une intelligence complète des lois de l'érosion continentale, et que la notion de pénéplaine a été introduite par Davis, on est porté à considérer la plupart des plates-formes d'abrasion des anciens auteurs comme des pénéplaines. A. de Lapparent a montré que l'envahissement des massifs hercyniens par les mers secondaires et tertiaires avait été précédé de leur réduction à l'état de pénéplaine, et que des sédiments continentaux s'y trouvaient encore. Bailey Willis a montré que le Chan-toung, type des plates-formes d'abrasion de Richthofen, était une pénéplaine typique.
L'existence des plates-formes d'abrasion est possible, mais on en connaît peu d'exemples incontestables. En dehors des considérations géologiques (présence de dépôts continentaux ou marins), il semble qu'on puisse distinguer une pénéplaine d'une plate-forme d'abrasion par des considérations morphologiques. Les roches dures, les anciennes lignes de partage des eaux, restent à l'état de saillies peu accusées à la surface de la pénéplaine. La plate-forme d'abrasion doit être d'une horizontalité parfaite; les saillies qui peuvent y subsister seront des reliefs abrupts.
Formes d'accumulation littorales : plages et cordons littoraux. —
La plate-forme littorale est un lieu d'accumulation active. Les débris
Formes d'Accumulation tendant a la Régularisation
Cliché E. de i\k
CORDON LITTORAL AU FOND DUNE ANSE DE BRÉHAT (CÔTE NORD DE LA BRETAGNE;. La levée de cailloux s'appuie sur deux promontoires rocheux.
Cliché E. de Martonue.
B. — ILOTS ROCHEUX RATTACHÉS AU CONTINENT, POINTE DE LARCOUEST, PRÈS BRÉHAT. Types de tombolo simple et douhle avec lagune.
Cliché E. de Martonne.
C. — L ÉTaNG DE LA BAIE DES TRÉPASSÉS (FINISTÈRE;. Type des lagunes formées au fond des baies barrées par un cordon littoral.
Planche XXXVI.
E. de Martonne. Géographie Plujsiqu
provenant de la destruction des cotes par l'érosion marine, et de l'apport des fleuves y forment une couche plus ou moins continue créant des reliefs en partie immergés, dont les transformations constantes sont faciles à suivre [Toniolo, 35].
Le principe de ces transformations est le déplacement des débris sous l'influence du choc des vagues qui viennent déferler au voisinage du rivage. Il en résulte un mouvement ondulatoire, qui tour à tour pousse les débris vers le rivage et les ramène en arrière, l'avance l'emportant toujours sur le recul [Cornaglia,36]. La direction de cet afflux de débris est la normale à la direction moyenne des crêtes des vagues, qui est généralement oblique au rivage. D'où un mouvement d'ensemble des débris avançant toujours dans le même sens, qui donne l'illusion du transport par un véritable courant littoral. Sur les côtes où les courants de marée sont très forts, il se produit des oscillations quotidiennes dont la résultante suit la direction du courant le plus violent, généralement celui du flux.
Dans leurs migrations le long des côtes, les débris s'accumulent, comme les alluvions dans un lit fluvial, partout où la vitesse du transport diminue. Ces accumulations sont instables et, même si leur forme ne change pas beaucoup, les matériaux en sont renouvelés partiellement à chaque tempête, à chaque grande marée. Elles n'acquièrent une certaine stabilité que dans les angles rentrants du littoral, où le mouvement est particulièrement ralenti; on y voit se former un atterrissement en pente douce, où les vagues poussent les sables ou les galets, pour, les abandonner au point extrême qu'elles atteignent. L'atterrissement en pente douce est la 'plage (anglais : beach, allemand : strand). La digue est ce que l'on appelle depuis Elie de Beaumont le cordon littoral (anglais : offshore bar, allemand : strandwall).
Les côtes abruptes et rocheuses (Bretagne, Cornouailles, etc.) présentent des plages nombreuses alternant avec des falaises. La pente de la plage dépend de la grosseur des matériaux qui la forment : sables plus ou moins fins ou cailloux. Le cordon littoral a une forme plus ou moins arquée suivant la largeur d'ouverture de la baie, mais il s'appuie toujours sur deux falaises (pi. XXXVI, A). Quand la baie est assez profonde, il arrive souvent qu'une lagune est isolée derrière le cordon littoral, ou s'y forme par afflux des eaux continentales (pi. XXXVI, B).
Les côtes plates ont aussi leurs plages et leurs cordons littoraux; les baies barrées y sont toujours converties en lagunes peu profondes. Le cordon littoral peut acquérir une largeur assez grande et se couvrir de dunes. Des coupures naturelles y subsistent tant que le colmatage de la lagune n'est pas accompli, permettant l'écoulement des eaux continentales qui y débouchent, et livrant passage aux courants de marées souvent assez violents. On a proposé comme nom commun pour ces cordons littéraux le nom du Lido de Venise qui en est un bon exemple. [Braun, 37].
Digues en épi et digues en crochets; tombolo. — Toute circonstance arrêtant la migration des débris le long de la côte détermine une accumulation. Quelques récifs rocheux prolongeant un cap suffisent pour amener une précipitation de sables ou de galets
formant une sorte de levée,
qui fait bientôt saillie audessus des flots et peut s'avancer bien au delà des récifs qui en ont provoqué la naissance. C'est ce qu'on a appelé, par comparaison avec certains travaux d'art :
digue en épi ; on parle aussi de flèche littorale. Un des exemples les plus connus est le sillon de Talbert sur la côte Nord de la Bretagne.
Pis:. 317.
— Presqu'île de Quiberon.
Echelle 1 : 150 000.
Grisé et pointillés distinguent la terre ferme, la flèche couverte de dunes, les fonds découvrant à marée basse.
Fig. 318. — Messine avec sa digue en crochet, d'après la Carte italienne. Echelle 1 : 150 000.
Au lieu d'une digue rectiligne on peut avoir une digue en crochet, comme celle qui abrite le port de Messine (fig. 318); cas souvent réalisé lorsque des courants de marée de sens contraire se rencontrent au voisinage d'un détroit.
La digue en s'allongeant peut atteindre une île, qui sera ainsi transformée en presqu'île. Telle est l'origine de la presqu'île de Quiberon sur la côte bretonne méridionale (fig. 317), du Bill of Portland sur la côte Sud d'Angleterre près de Weymouth.
Fig. 319. — La presqu'île de Gien, type de tombolo double. Échelle 1 : 180 000.
Deux flèches, formées sur le bord d'une baie ou d'un promontoire peuvent, en s'avançant obliquement, se rejoindre, isolant une lagune que les atterrissements combleront. On a ainsi un promontoire alluvial triangulaire, dont Gulliver a étudié en détail le type le plus connu : la pointe de Dungeness près de Folke-
stone [6]. La pointe peut se déplacer suivant l'importance plus ou moins grande des courants côtiers; la côte orientale des États-Unis en offre un exemple frappant avec le cap Canaveral (fig. 321).
Mais si une île se trouve à proximité, la pointe sera fixée comme une simple digue en épi. Gulliver [7] a proposé de généraliser le nom de tombolo appliqué en Italie aux flèches littorales pour désigner l'ensemble de cette forme côtière.
La presqu'île de Gien sur la côte de Provence est, dans ce sens, un tombolo typique (fig. 319); on peut citer aussi Monastir en Tunisie. Le Monte Argentario, en Italie, représente
un exemple plus complexe, l'ancienne île étant rattachée au continent par trois digues (fig. 320). On observe même sur les lacs des formes
Echelle l :3ooooo
234 56 7 8 Km
Fig. 320. — Le Monte Argentario, d'après la Carte italienne au 1 : 100 000, type de tombolo triple.
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