‹ Traité de géographie physique; climat - hydrographie - relief du sol - biogéographieChapitre 112 sur 162 · CD · texte numérisé non relu

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de tombolo. Le lac Balaton est menacé d'être coupé en deux par un double tombolo (fig. 322). L'ancienne île de Tihany est déjà rattachée à la rive Nord et le sera bientôt à la rive Sud.

Les deltas, conditions de leur formation. — Toutes ces formes de sédimentation littorale sont des essais de stabilisation des débris remaniés par les courants et les vagues. La part de l'apport des fleuves ne peut y être déterminée; elle est au contraire évidente dans les deltas.

C'est en effet à peu près exclusivement à la précipitation des troubles apportés par le fleuve qu'est due la formation du delta; mais le rôle de la mer ne doit pas être négligé. Tous les grands fleuves sont chargés de sédiments fins, tous ne bâtissent pas des deltas. Dans les océans et les mers à marées, le jeu du flux et du reflux facilite l'entraînement des vases et des sables, qui s'étalent à l'embouchure en un cône très aplati, et forment dans l'estuaire des bancs dangereux et instables. Dans les mers sans marées, presque tous les fleuves ont des deltas plus ou moins complets. Une richesse extraordinaire de sédiments permet à certains fleuves de former des deltas, même sur des côtes à marées (Hoang-ho, Gange, Mississipi), mais leur développement est limité. L'Amazone, bien que roulant une masse de boues supérieure au Mississipi, échappe à l'engorgement qui aboutirait à la formation d'un delta, grâce au libre jeu des marées dans son large estuaire et au vigoureux courant équatorial, qui entraîne les sédiments le long de la côte des Guyanes.

On a souvent considéré l'affaissement du continent comme une condition nécessaire à la formation des deltas. En réalité, seul un affaissement très lent est compatible avec l'accumulation de sédi-

Fig. 322. — Presqu'île de Tihany sur le lac Balaton, d après la carte de la Commission du lac Balaton. Type de tombolo tendant à couper en deux un lac. Échelle de 1 : 150 000.

Le pointillé indique les parties non alluviales. Les isobathes sont tracées de 2 m. en 2 m.

ments aux embouchures. Un affaissement accentué a pour conséquence la formation d'estuaires profonds. Les deux conditions essentielles de la formation d'un delta sont : l'abondance des troubles apportés par le fleuve et l'impuissance des courants côtiers à en débarrasser leur embouchure. Suivant que l'équilibre est plus ou moins rompu entre ces deux forces : apport des troubles et transport par les courants, la forme du delta varie et sa progression en avant est plus ou moins rapide.

Différents types de deltas. — Le stade préparatoire est le comblement de l'estuaire ou du golfe où débouche le fleuve. Il a généralement comme prélude la formation d'une barre (Nehrung en allemand), qui ferme l'entrée et derrière laquelle se forme une lagune (Haff), colmatée par les alluvions. C'est à ce stade que se trouvent les fleuves allemands et polonais débouchant dans la Baltique (Oder, Vistule, Niémen). L'Oder n'a pas encore comblé son haJJ", le Niémen y travaille activement et a déjà un delta embryonnaire. La Vistule, plus avancée, a réduit son hajf (Frisches haff), tandis qu'une fermeture plus complète du golfe de Danzig se prépare par la formation d'une nouvelle digue recourbée en crochet à son extrémité, la Putziger Nehrung (fig. 324). On remarquera que l'Elbe et le Weser ont conservé leur estuaire libre, grâce aux marées de la mer du Nord.

L'existence d'îles, sur lesquelles s'appuient les barres, facilite cette évolution. Ainsi le delta du Nil s'appuie sur d'anciens îlots rocheux, grâce auxquels se maintient sa ceinture de barres et d'étangs en arc de cercle. Les barres ou Nehrung, consolidées ou non par des îlots rocheux, et presque toujours couvertes de dunes, sont comme l'armature d'un delta en formation. Lorsque la sédimentation est active, le golfe une fois entièrement comblé, l'embouchure du fleuve se fait directement dans la mer. A partir de ce moment commence la formation du delta proprement dit. Elle peut être retardée ou complètement arrêtée par les courants côtiers qui peuvent reprendre leur rôle sur une côte libre. Ainsi le Rhin n'a pu encore réussir à édifier un véritable delta. Les sédiments sont entraînés le long de la côte, de forme rectiligne. Il en est de même de tous les fleuves du Bas- Languedoc, qui ont réussi à combler leur baie, mais ne peuvent s'avancer plus loin que la ligne courbe appuyée sur les anciennes îles de Cette, Agde et Narbonne. Le delta du Nil lui-même est comme bloqué par les courants littoraux, qui balayent les sables vers l'Est jusqu'à la côte de Syrie. Il en est de même du Hoang-Ho, malgré son apport considérable de sédiments; et même du Mékong, car la presqu'île de Camau est une pointe en crochet, formée par les sédiments que les courants enlèvent à l'embouchure du fleuve.

Quand le fleuve réussit à prendre l'avantage, il commence à s'avancer sur les atterrissements exondés, en formant une pointe triangulaire, d'autant plus effilée que la progression des atterrissements est plus rapide. C'est ainsi que se présentent les embouchures du Tibre et du Tagliamento en Italie (fig. 325), celle de la Medjerda en Tunisie, les bouches de Rosette et Damiette du Nil. Parfois les courants repoussent latéralement l'embouchure, qui s'allonge en crochet (exemple sur la côte de Dalmatie, fig. 334).

Fig. 323. — Le Delta dii Mississipi. Type de Delta digité en voie d'accroissement rapide, d'après la Carte du Coast Survey des États-Unis. Échelle 1 : 400 000.

Le courant fluvial s'avance dans la mer entre des digues de vase étroites. Chaque rupture de digue détermine la formation d'un nouveau bras, souvent même d'un petit delta latéral postiche. Ce phénomène sutht partois à lui seul pour isoler une lagune et amener un commencement de régularisation (exemple particulièrement net à la naissance du bras le plus occidental). Mais la formation des lagunes est due surtout aux courants qui étalent des langues en avant des atterrissements du fleuve. Le seul exemple net qu en oflre la figure est en face de la flèche N.-S. Ce phénomène ne peut se produire en effet qu'à une certaine distance de la pointe du doha (Cf., sur une carte d'atlas ordinaire, le cas du lac Pontchartrain au NO. du delta représente ici).

Si. la sédimentation l'emporte définitivement, il se forme à l'embouchure

Fig. 324.— Côte à Hafï'en de l'Allemagne du Nord, d'après la carte géologique de l'Empire allemand au 1 : 500 000. L'aire en pointillé continu représente la surface continentale ancienne, les alluvions récentes étant laissées en blanc, avec indication des dunes et cordons littoraux en pointillé et des marécages en traits discontinus.

même un îlot, qui force le courant fluvial à bifurquer, les deux nouvelles

embouchures s'avancent en édifiant deux digues, qui émergent lentement, jusqu'à ce que l'encombrement devienne trop grand et qu'une nouvelle division ait lieu. Ce processus s'observe partout dans les deltas en progression rapide, qui prennent une forme digitée, et dont le Mississipi offre le meilleur exemple (fig. 323). Tandis que les embouchures s'avancent, les courants littoraux essayent de distribuer plus également les sédiments et en étalent une partie, en formant des barres, en arrière de la pointe extrême du delta. De petites lagunes, ainsi isolées, sont colmatées lentement (lac Pontchartrain). Les ruptures de digues, en multipliant les petites embouchures, contribuent à isoler elles-mêmes des lagunes entre les digitations extrêmes (fig. 320).

Fig. 325. — Le delta du Tibre, d'après la carte d'Italie au 1 : 100 000. Type de delta simple triangulaire.

On saisit la différence entre un delta vigoureux comme celui du Mississipi et un delta bloqué comme celui du Nil. Ce dernier avance assez lentement pour que les courants littoraux aient le temps de réunir entre eux les digitations extrêmes par une barre, derrière laquelle se forme immédiatement une lagune ;. d'où son contour régulier. Les deltas du Rhône et du Pô représentent un type intermédiaire. L'avancée des digitations fluviales est sensible, mais la formation des lagunes latérales est assez active pour que le contour ne présente que des courbes régulières, se recoupant à angles plus ou moins obtus.

Lorsqu'un delta en formation se trouve atteint par un affaissement trop rapide, les embouchures se multiplient sans que la côte avance sensiblement. Tel paraît être, d'après Gulliver [6]Tle cas des deltas du Gange et de l'iraouaddy.

Évolution vers la régularisation; le cycle d'érosion littorale. —

Toutes les formes d'accumulation que nous venons d'étudier sont plus ou moins instables. Les pointes alluviales se déplacent, les tombolo ne peuvent durer qu'autant que l'érosion respecte leur île. Les deltas eux-mêmes sont menacés par les courants littoraux. Les petites plages de Bréhat ou de Grozon sur la côte bretonne sont des formes éphémères. Seules les grandes plages des baies d'Audierne, de Saint-Brieuc, de Saint-Malo, ou du Pouliguen sont des formes stables, car elles correspondent à une régularisation avancée du contour littoral [E. de M., 4].

Si l'on cherche en effet vers quel but tend l'action combinée de l'érosion et de l'accumulation sur les côtes, on s'aperçoit aisément que c'est vers une simplification de plus en plus grande des formes. L'attaque des promontoires combinée avec le comblement des baies doit aboutir à la formation d'une côte à peu près rectiligne, ou constituée par des courbes à grand rayon. Il y a là comme un cycle d'érosion littorale, analogue au cycle d'érosion continentale. Le terme de celui-ci est la pénéplaine, le terme de celui-là est la côte régularisée. Par analogie, on pourra parler de jeunesse, de maturité et de sénilité, pour caractériser l'état plus ou moins avancé de l'évolution du modelé littoral [Gulliver, 7j.

Une côte récemment formée, soit par une avancée de la mer, soit par un affaissement du continent, présente des formes heurtées, un contour sinueux, avec des promontoires correspondant aux reliefs continentaux, et des baies correspondant aux dépressions. Ce contour n'est que le résultat de l'intersection du plan de la surface océanique avec la surface continentale. L'empreinte de l'érosion marine manque encore. Mais bientôt l'érosion attaque les promontoires, et y met son cachet en formant des falaises déchiquetées en îlots. La baie est barrée. Au bout de quelque temps les îles dispa-

raissent, la falaise recule jusqu'à prendre un contour à peu près rectiligne, la baie se comble définitivement; c'est la maturité. Si à ce moment la plate-forme littorale est assez développée pour empêcher les vagues de continuer l'attaque des falaises, la côte

Fig. 326. — Schéma de l'évolution normale des formes littorales, de la jeunesse (en haut)

à la maturité (en bas).

arrive à la sénilité. Si une rivière importante y débouche, on verra même s'édifier un delta.

Cette évolution ne peut se poursuivre évidemment jusqu'au bout que sur un littoral parfaitement stable. Un léger affaissement, un léger soulèvement suffisent pour interrompre le cycle commencé et en inaugurer un nouveau. La nature des roches, les conditions mêmes de la tectonique ancienne, l'état du cycle d'érosion continental rendent l'évolution plus ou moins longue, en lui imposant un point de départ différent. Ce sont ces conditions qu'il nous faut brièvement étudier maintenant.

Influences continentales. Nature des roches. — On peut dire

que le relief continental est pour l'érosion marine ce qu'est la surface structurale pour l'érosion continentale. C'est lui qui donne le point de départ de l'évolution littorale, c'est à le modifier suivant ses lois propres que travaille l'érosion marine, mais sans réussir à en effacer entièrement l'empreinte originale.

L'influence de la nature des roches a souvent été mal comprise. Les baies et les découpures des côtes ont été attribuées en Bretagne à l'érosion marine, attaquant de préférencejes roches peu consistantes; alors qu'elles sont dues à l'invasion de la mer dans des dépressions dues au travail de l'érosion continentale.

L'érosion marine attaque les angles saillants et comble les angles rentrants. Elle peut bien, dans son travail de démantèlement des pointes, profiter des inégalités de dureté des roches, et isoler pour un moment un banc plus dur; mais c'est là une situation instable. L'îlot ou la pointe ainsi formée sont destinés à disparaître à bref délai. L'érosion marine est incapable de pénétrer à plusieurs kilomètres dans l'intérieur des terres, en excavant un banc de roches tendres. L'affleurement des schistes de Châteaulin, à l'extrémité de la côte occidentale de Bretagne, a permis au contraire à la mer de former un fragment de côte régularisée [E. de M., 4].

Certaines roches ont une importance particulière. Les roches volcaniques se prêtent à la formation des grottes. Nous avons déjà indiqué comment les Caldeiras donnaient des îles-rades (Saint-Paul, Santorin; chap.VI, fîg. 245, p. 529).

Rien de plus curieux que l'opposition entre les côtes granitiques déchiquetées par de petites baies arrondies, frangées d'une multitude d'îlots rocheux, et les côtes de calcaires marneux aux formes sobres et régulières, présentant à la mer un front de falaises presque rectilignes. Ce contraste est familier à qui connaît à la fois les côtes de Bretagne et celles de Normandie. Il est dû surtout au mode de décomposition très différent des roches granitiques et de la craie.

La décomposition chimique attaque très inégalement le granité et donne prise à l'action des vagues, qui y sculptent des formes ressemblant aux lapiés, par exemple à Penmarch ou à Trégastel [4]. De même que l'érosion continentale, isolant les blocs les plus résistants, donne des chaos de rochers et des cuvettes arrondies (chap. IV), l'érosion marine isole une multitude d'îlots et développe des anses arrondies très caractéristiques en profitant des dépressions de la topographie continentale (E. de M., 4). Il y aurait lieu de trouver un nom commun pour ces anses dont la multiplication ronge progressivement les côtes granitiques. On leur applique souvent en Bretagne

le nom de havre (havre de Rothéneuf, près Dinard), en Angleterre celui de cove.

Pareilles formes sont à peu près inconnues sur les côtes crayeuses. Les falaises y sont attaquées à la fois à la base par le sapement des vagues, et en haut par la décomposition due aux infiltrations (pi. XXXIV). Ces infiltrations désagrègent à tel point le sol que des pans énormes de roche s'écroulent d'un seul coup. Le résultat est un recul extrêmement rapide du littoral, qui prend l'allure rectiligne des côtes régularisées. Ce recul est si soudain que les vallées secondaires, en pente assez forte, n'ont pas le temps de creuser leur

Fig. 327. — Diagramme montrant la formation des valleuses.

A, 1er stade, vallées jeunes en formation; B, 2e stade, les mêmes vallées tranchées par le recul de la côte.

thalweg pour le raccorder avec le niveau de base, qui se rapproche de leur origine (fig. 327). Elles restent ainsi suspendues au-dessus de la mer. Telle est l'origine des valleuses, qui donnent au profil des falaises crayeuses l'aspect dentelé si caractéristique (pi. XXXVII).

Les conditions tectoniques ne sont pas sans influence sur les formes littorales. On a remarqué depuis longtemps que les couches horizontales étaient favorables à la formation des falaises à pic, tandis que les strates inclinées donnaient des falaises moins abruptes. Toutefois quand les couches plongent vers le continent, la côte peut être très escarpée.

L'orientation des plis a une très grande importance. Parallèles au tracé général du littoral, ils présentent un front de roches à peu près homogène à l'érosion marine, et, quand le relief continental est assez travaillé, les vallées longitudinales se prêtent à une pénétration des eaux en baies ramifiées. Les plissements perpendiculaires à la direction générale du littoral permettent une pénétration plus profonde de la mer, mais avec des ramifications moins fines. Il suffit, pour s'en rendre compte, de comparer l'extrémité occidentale de la Bretagne, découpée en grands lobes, larges baies et pointes hardies, avec la côte méridionale, de contours plus délicats.

Formes littorales

A. - — COTi: A VALLEUSES, PRÈS AULX (HAUTE-NORMANDIE) .

Remarquer les banquettes horizontales, traces d'anciens rideaux, ou indices de creusements successifs arrêtés par le recul rapide de la côte.

La profondeur variable des veilleuses montre qu'il s'agit de vallées continentales inégalement développées, tranchées par l'avancée de la mer.

Planche XXXVII

E. de Martonne. Géographie Physique.

Influence des mouvements du sol. — L'influence la plus importante qui modifie les conditions de l'évolution littorale est celle des mouvements du sol. Depuis longtemps on parle de côtes en voie d'affaissement et de soulèvement; plusieurs essais ont été tentés pour en déterminer l'extension (Dana, Reclus, Credner, etc.). La réalité de ces mouvements a été contestée par Suess, qui propose d'employer les termes neutres de mouvements positifs et mouvement négatifs, pour désigner le déplacement relatif du niveau de la mer et du continent. De Geer a cependant montré d'une façon incontestable l'existence de mouvements du sol récents en Scandinavie (voir chap. V). Les déformations des terrasses des lacs canadiens étudiées par Gilbert ne laissent aucun doute sur les mouvements de bombement et de gauchissement qui affectent encore l'écorce terrestre à l'époque actuelle (voir même chapitre). Au point de vue du modelé littoral, il est d'ailleurs sans importance qu'on cherche la cause du déplacement des rivages dans le continent ou dans la mer.

Les effets d'un mouvement positif sont sensibles sur toutes les côtes de la Bretagne, une grande partie des côtes anglaises et toute la côte norvégienne. On pourrait les représenter en plaçant un relief dans un baquet où l'on verserait lentement de l'eau. Le plan d'eau s'élevant, le contour littoral devient de plus en plus irrégulier; la mer pénètre dans les vallées, tandis que les reliefs forment des promontoires ou des îles. La forme du littoral dépend essentiellement des conditions du relief continental, tant que l'affaissement persiste; l'érosion marine ne peut prendre l'avantage que si l'affaissement cesse ou se ralentit; alors elle commence à attaquer les promontoires et à combler les baies, travaillant à régulariser le contour. L'affaissement ou le mouvement positif entretiennent la côte dans un état de perpétuelle jeunesse. La richesse des articulations est favorable aux établissements humains, ports et pêcheries. Les côtes à mouvements positifs sont en général les plus peuplées.

Vallées sous-marines. — Une des caractéristiques des côtes affaissées est l'existence des vallées sous-marines. Si le plan d'eau s'élève au-dessus des lignes de partage, les vallées sont en effet entièrement noyées dans leur partie inférieure. La topographie sous-marine des côtes d'Europe est assez bien connue pour qu'on ait pu y retrouver partout des chenaux continuant exactement les vallées des rivières envahies par la mer. Tel est le cas particulièrement en Bretagne (fig. 328) et sur toute la côte anglaise. Les fiords norvégiens se continuent par des vallées sous-marines ayant les caractères des vallées glaciaires. D'après Nansen [3], toute la plate-forme continentale qui s'étend jusqu'à 200 kil. de la côte norvégienne porte la trace indiscutable du modelé continental et est sillonnée de vallées noyées. Des constatations pareilles ont été faites sur la côte orientale des États-

Unis [Spencer, 12]. Le canyon sous-marin del'Hudsony avait été déjà reconnu par Dana. On sait maintenant qu'il atteint une profondeur de 1000 m.

Il serait cependant exagéré de conclure de la profondeur de ces chenaux sous-marins à une ancienne élévation équivalente des continents. La vallée sous-marine de l'Hudson, comme le Gouf du Cap Breton dans le golfe de Gascogne, doivent en partie leur profondeur à un affaissement ou à un gauchissement inégal.

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Fig. 328. — La vallée sous-marine du Trieux, d'après les cartes marines nc Echelle environ 1 : 135 000.

822 et 831

L'influence d'un mouvement négatif sur l'évolution du littoral est exactement l'inverse de celle d'un mouvement positif. Le contour du rivage est simplifié, car il est reporté sur la plate-forme littorale. Sur une pareille côte l'atterrissage est difficile; aucun port naturel, aucune place pour les établissements humains. Au bout de quelque temps cependant, après l'arrêt du mouvement négatif, on verra apparaître une des conséquences inévitables de l'action de la mer sur son rivage : l'afflux des débris formera des atternssements et

construira une plage avec cordon littoral bientôt couvert de dunes. En arrière de ce « lido », les eaux continentales se mélangeant avec les eaux marines formeront une lagune saumâtre (fig. 329, A).

La répétition de mouvements négatifs rapides, séparés par des poses a comme conséquence la formation de plages étagées, qui ont souvent été décrites sous le nom de « plages soulevées ».

Dans le cas où la mer a reculé plus loin q.ue le talus de la plateforme littorale, celle-ci apparaît entièrement exondée sous la forme

Fig. 329. — Trois cas d'évolution du littoral sous l'influence de mouvements négatifs.

A. — Mouvement négatif lent et continu (formation d'une côte plate à lido et lagune).

B. — Mouvement négatif rapide puis ralenti sur côte escarpée (formation d'une terrasse littorale).

C. — Mouvement négatif (descente du niveau 1 au niveau 2) suivi d'un mouvement positif (niveau 3).

Formation d'une plate-forme littorale découpée et en partie noyée.

d'une terrasse d'une continuité surprenante. Sur une côte escarpée une pareille terrasse formera une banquette étroite (fig. 329, B), recherchée par les établissements humains. C'est le cas des terrasses littorales des côtes d'Ecosse [Geikie, 13].

Les conditions sont encore plus compliquées sur les côtes de Norvège. La plate-forme basse, émiettée en presqu'îles et îlots, qui s'étend en avant des montagnes et sur laquelle se concentre toute la population, est une ancienne plate-forme littorale émergée et découpée par l'érosion continentale à la suite d'un mouvement positif, mais submergée en partie dans la suite grâce à un mouvement positif plus récent (fig. 329, G).

Influences organiques; récifs coralliens. — L'évolution littorale peut être plus ou moins modifiée par des influences biologiques. Les palétuviers, vivant sur les côtes tropicales dans les terrains salins couverts par les marées, facilitent la fixation des sables et boues littorales [Schimper, 14]. L'action des coraux est encore plus importante. C'est à l'activité de ces animaux, vivant en colonies sur les côtes ou les hauts-fonds des mers tropicales, qu'on attribue, depuis Darwin, les récifs de forme circulaire connus sous le nom à'atoll et ceux qui forment autour des îles une barrière à peu près continue séparée de la côte par un chenal (récif-barrière).

E. de Martonne, Géographie physique. ^

Les premiers atolls ont été découverts dans le Pacifique par les grandes expéditions de circumnavigation de la fin du xvme siècle; depuis on a .reconnu que toute la poussière d'îles et de récifs du grand Océan était à peu près exclusivement formée de roches coralliennes; presque toute la Floride et les îles Bahama ont la même origine. L'extension du phénomène, son intérêt à la fois physique et biologique, l'importance attachée par les géologues à la connaissance d'un mode de formation des roches, jadis beaucoup plus répandu, ont multiplié les recherches au sujet des coraux. C'est à Darwin [15] que revient le mérite d'avoir le premier expliqué rationnellement la forme des récifs coralliens, comme due à l'activité des polypiers vivant dans les mers tropicales. Sa théorie, reprise et étendue

Fig. 330. — Schéma de la formation des récifs-barrière (à gauche) et des atolls (à droite), dans une région en voie d'affaissement, conformément à la théorie de Darwin.

par Dana [16], est passée dans tous les manuels, et, malgré les attaques répétées dont elle a été l'objet, elle mérite encore d'être prise en considération. On avait d'abord expliqué la forme circulaire des atolls en leur supposant un soubassement volcanique. Le fait capital mis en lumière par Darwin est l'épaisseur considérable des formations coralliennes, qui s'étendent audessous de la zone où vivent les coraux. Ce fait ne peut s'expliquer que par un affaissement lent du sol, compensé par la croissance des coraux, qui se maintiennent au voisinage de la surface. Les formes des atolls, aussi bien que celles des récifs-barrière, se déduisent aisément de cette supposition, comme le montre la figure 330.

Le succès de cette théorie ne tarda pas à éveiller les critiques des spécialistes. Des zoologistes, comme Semper [18], des océanographes comme Murray [17] mettent en doute l'affaissement du Pacifique. D'après Murray, les coraux s'établissent sur des hauts-fonds, lentement exhaussés par la précipitation chimique des calcaires dissous dans les eaux chaudes. La forme des atolls s'explique par la dissolution à l'intérieur et l'accroissement plus rapide de la périphérie. Agassiz [19] arrive à une conception encore plus strictement physique : les formes des récifs sont dues à l'érosion marine et éolienne ; les régions coralliennes sont plutôt en voie de soulèvement que d'affaissement; les formations actuelles sont en somme très peu

importantes. D'après Vœltzkow [22], on pourrait aller plus loin, et tous les récils coralliens seraient fossiles. L'intérêt éveillé par ce conflit d'opinions a été si vif en Angleterre qu'une expédition a été organisée pour faire un

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