CP
Fig. 396. — Le Serpentaire africain (Serpentorius reptilivorus), d'après Brehm.
Sahara de crabes aveugles (Telphusa flaviatilis). Les sources sont remplies de coquilles de petites Limnées, Physes et surtout Melanopsis.
Le désert de pierre et le désert de sable, la Hamada et l'Erg sahariens sont aussi différents au point de vue biologique qu'au point de vue physique. La Hamada est extrêmement pauvre en Oiseaux ; des lézards et des serpents y font la chasse aux Rongeurs sauteurs. L'Erg est caractérisé par ses grands Scarabées noirs (Pimelia, Ateuchus) ou tachetés de blanc (Anthia), des sauterelles et des mouches qui sont la proie des lézards, tandis que ceux-ci attirent quelques oiseaux. Les chott ont aussi leur population spéciale. C'est au contact de la Hamada et de l'Erg que la faune est toujours la plus riche en Reptiles et en Oiseaux.
On le voit, la vie désertique et steppique, malgré son appauvrissement, présente une grande variété de types biologiques. Il y a là une série de faciès et d'associations très intéressants à préciser, et sur lesquels nous avons déjà des documents, particulièrement pour le Sahara. La variété est certainement au moins aussi grande dans les régions forestières. Mais la complexité des relations entre les formes biologiques et les faciès rend plus délicate une analyse, pour laquelle on manque d'ailleurs de bien des éléments nécessaires.
BIOGEOGRAPHIE
Fig. 397. — Ouistiti, d'après Trouessart. Singe platyrhinien de la région forestière néotropicale.
Différenciation régionale dans la zone chaude. — La séparation des masses continentales par des océans très étendus, leur structure orographique très différente et l'extension inégale qu'y présentent
les climats forestiers ou steppiques déterminent dans la zone chaude des régions vraiment individualisées au point de vue systématique et biologique (v. fig. 394).
Il y évidemment une Région Néotropicale correspondant à peu près au domaine des steppes et des forêts de la zone chaude de l'Amérique du Sud.
L'isolement de cette région par rapport à l'Afrique remonte à la fin du Secondaire et lui assure une série de types originaux. Les Singes sont profondément différents par leur denture et leurs narines; leur queue prenante et leurs membres très allongés en font les types arboricoles les plus parfaits (fig. 397). Les Édentés sont à peu près spéciaux à la région. Les Poissons sont très particuliers [Pfeffer, 19] : on remarque l'absence des Cyprinidés répandus partout ailleurs (sauf en Australie), l'abondance des Siluridés (300 espèces), la présence de Raies adaptées à la vie fluviale dans l'Amazone. Les Reptiles ont des types venimeux redoutables, même parmi les Sauriens (Heloderma suspectum du Mexique). La taille des Tortues d'eau douce, des Serpents, des Lézards de la famille des Iguanidés est surprenante. Le monde des Invertébrés n'est pas moins intéressant. Les Insectes ne sont nulle part aussi nombreux et aussi spécialisés. Wallace note 68 genres et 800 espèces de papillons; les formes de grande taille à couleurs éclatantes sont connues de tous les collectionneurs (Hœtera, Morpho). Les fourmis sont d'une abondance remarquable; nous avons noté l'association de certaines espèces avec des plantes (chap. i). Elles constituent la nourriture de tout un groupe d'Édentés (Fourmiliers, fig. 375).
La faune de la forêt amazonienne est riche en types spéciaux. C'est par excellence le domaine des singes de petite taille (Sapajou, Ouistiti, fig. 397, Atèle), des Édentés insectivores (Fourmiliers, Tatous, fig. 398) et herbivores grimpeurs (Paresseux, Bradvpus), des oiseaux à couleurs éclatantes du
Fig. 398. — Tatou apar.
Édenté caractéristique de la région néotropicale. Cuirasse de plaques mobiles formées par les poils agglutinés.
Fig. 399. — Toucan, type d'oiseau à gros bec de la région foreslière néotropicale.
type Colibri, des oiseaux à gros bec (Toucan, fig. 399), et à crêtes éclatantes (Cephalopteras), des gobe-mouches, etc.
L'extension du domaine forestier est moins grande et sa richesse en types particuliers moins remarquable en Afrique. Il forme cependant, môme pour la zoologie systématique, une région à part [Wallace, 2 a], caractérisée par les singes anthropoïdes de grande taille (Gorille, Chimpanzé), les Mammifères à adaptations aquatiques (Hippopotame, Potamogale), les oiseaux végétariens (Musophagidés), les Perroquets du groupe Psittacus. Le domaine des steppes est très étendu et très uniformément peuplé au point de vue systématique, mais très riche en faciès variés, dont nous avons essayé déjà de donner une idée.
L'Asie sud-orientale forme une région désignée par Wallace sous le nom de Région orientale. En réalité, il y a là au point de vue systématique toute une série de régions assez tranchées, et au point de vue biologique la variété des associations et des faciès est rendue très grande par la diversité du relief et du climat. Dans l'Inde, le domaine des steppes a des affinités africaines évidentes, avec ses serpents de sable (Psammophidés) et de roche (Pithoni dés), ses Antilopes Nilghai, ses grands carnassiers. Le domaine forestier (Ceylan) a des affinités avec Madagascar par ses Lémuriens (Loris, fig. 400) et avec la Malaisie. La forêt subhimalayenne est un centre spécial, refuge du genre Ailurus, absolument isolé, et de plusieurs Ours (Melurus, Htlarctos).
Dans l'Archipel sud-asiatique, l'isolement plus ou moins ancien de différents groupes insulaires a déterminé une spécialisation très marquée. La Nouvelle -Guinée, à peu près dépourvue de Mammifères, Célèbes où se rencontrent les Singes et les Marsupiaux, les Philippines forment autant de centres originaux. On remarque l'abondance des types forestiers
arboricoles (Oiseaux de Paradis, Galéopithèque ou Lemur volant de Bornéo, fig. 388), Kangouroo de la Nouvelle-Guinée, Dendrolagus).
Fig. 400. — Loris grêJe.
Lémurien arboricole nocturne du Sud de l'Inde.
Spécialisation des régions de l'hémisphère austral. — Nous ne dirons que quelques mots sur les régions de l'hémisphère Austral. La séparation des continents est radicale depuis assez longtemps. L'hypothèse de communications par un groupe déterres antarctiques aujourd'hui disparues explique certaines affinités, encore sensibles
870 BIOGÉOGRAPHIE
dans le monde des Invertébrés, spécialement des Mollusques [20, 22]. Mais les Vertébrés sont profondément différents en Amérique, Afrique, Australie, Madagascar et dans la Nouvelle- Zélande.
L'Australie offre l'exemple le plus frappant de l'indépendance relative des conditions biologiques par rapport à la systématique. Dans ce continent isolé depuis le Crétacé, les Marsupiaux et les Monotrèmes sont les seuls représentants des Mammifères. Ce rameau archaïque a pu cependant développer une série de types adaptés à la vie forestière et à la vie steppique : des herbivores, des insectivores et des carnassiers, des rongeurs, des terricoles fouisseurs, des arboricoles, des aquicoles. Il y a des Marsupiaux ressemblant à nos loups (Thylacynm cynacepholus), à nos écureuils, aux gerboises (Kangouroo). Les Monotrèmes offrent, a côté d'insectivores comparables aux hérissons (Échidné),un type curieux de fouisseur aquicole, l'Ornithorynque à bec de canard (v. fig. 384). L'originalité systématique de l'Australie a peut-être été exagérée par les zoologues s'occupant exclusivement d'animaux supérieurs et spécialement des Mammifères [Weber, 21]. Les Reptiles et les Oiseaux eux-mêmes n'y sont pas complètement isolés. La faune entomologique y diffère encore moins de celle de l'Eurasie.
Madagascar a été moins radicalement isolé que l'Australie. Communiquant avec l'Afrique jusqu'au Tertiaire, elle a conservé la faune qui peuplait alors la zone tropicale : Lémuriens et Insectivores spéciaux arboricoles et nocturnes. La rareté et la petite taille des carnivores a favorisé cette survivance. Le monde des Oiseaux est moins spécial. Celui des Reptiles est remarquable par l'abondance des Caméléons.
L'Afrique et l'Amérique du Sud n'ont jamais été isolées; elles ont même communiqué jadis par des terres disparues. Il y a eu là un centre important de développement de faune steppique, dont on trouve des restes plus ou moins isolés : rongeurs terricoles comme le Coypu patagonien (Myopotamus) ou le Chrysochlore du Cap; rongeurs coureurs et sauteurs de taille assez élevée comme ÏHilamys ou lièvre sauteur du Cap, le Dolichotys de Patagonie, surtout grands oiseaux coureurs du type struthionide répandus à la fois dans l'Amérique du Sud (Nandou), l'Afrique australe (Autruche) et les îles voisines.
La Nouvelle-Zélande est un district autonome encore plus curieux. Les oiseaux sans ailes y ont subsisté jusqu'aux derniers temps : Aptéryx encore vivant, Dinornis, Miornis disparus. Les Oiseaux sont d'ailleurs avec les Lézards les seuls Vertébrés; les Mammifères ne sont représentés que par deux espèces de Chauves-souris. Les Insectes sont relativement peu nombreux, mais les Mollusques indiquent des relations anciennes avec l'Amérique du Sud [Ihering, 22].
L'analyse des conditions œcologiques de régions relativement isolées comme le sont la plupart des terres de l'hémisphère Sud est très délicate. On ne doit pas se dissimuler qu'on est souvent en présence d'éléments fauniques anciens, qui n'ont pas évolué normalement sous l'influence de la libre concurrence, et par suite peuvent être imparfaitement adaptés. La disparition des espèces insulaires,
lorsqu'elles sont mises en présence de la faune plus évoluée des grands continents, en fournit souvent la preuve.
L'analyse de la faune de l'hémisphère Nord est plus démonstrative. C'est pourquoi nous y avons particulièrement insisté. L'importance des considérations paléogéographiques y est moins grande; mais les adaptations au milieu, le groupement en associations y apparaît plus nettement. Nous avons essayé de montrer que ces considérations, loin d'être d'un intérêt secondaire, comme on semble l'avoir cru trop souvent, sont capables d'animer une branche de la Géographie physique trop négligée dans la plupart des Traités généraux et des descriptions régionales.
On signale ici les ouvrages traitant de questions générales absolument spéciales aux faunes continentales. — Voir en outre les nos 1 à 13 et 30 à 34 de la Bibl. du chap. iv qui sont cites dans le texte du présent chapitre sous la forme 1 a, 2 a, etc.
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