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Hémisphère continental et hémisphère maritime

trois fuseaux continentaux, tous les trois tordus vers l'Est à leur pointe, et se rapprochant jusqu'à se toucher dans l'hémisphère Nord. La fusion de l'Europe et de l'Asie est si complète qu'on a longtemps discuté sur la limite de ces deux continents, et que plusieurs géographes considèrent l'Europe comme une péninsule Asiatique [Hahn, 7]. L'Amérique touche à l'Asie et, si plus de 1 000 km. la séparent de l'Europe, une série d'îles assez étendues forment comme un pont (Terre-Neuve, Groenland, Islande). En sorte que toutes les masses continentales semblent pressées autour du pôle Nord.

Cette disposition a vivement frappé les premiers géographes qui en ont eu connaissance. On a remarqué qu'il était possible de diviser la terre par un grand cercle de manière à laisser dans un hémisphère, qui coïnciderait à peu près avec l'hémisphère Nord, la plus grande masse possible de terres. Ritter [3] avait déjà établi que le centre de cet hémisphère hyper-

continental se trouvait en Europe. D'après les calculs les plus récents, il tomberait en France, près de Nantes (v. fîg. 32), [Penck, 5]. Sans doute on ne saurait conclure de là au rôle prédestiné de l'Europe comme foyer de civilisation, ni considérer la France et particulièrement Nantes comme le centre du monde. Mais le groupement des terres dans l'hémisphère Nord et spécialement dans les hautes latitudes n'en est pas moins un fait d'une importance presque égale à la forme même de la terre, et qui pèse sur toute l'histoire de l'activité humaine. Actuellement toutes les grandes civilisations sont dans l'hémisphère Nord, en dehors des basses latitudes; cette situation est le résultat de brassages et de mélanges de peuples, qui n'étaient guère possibles dans l'hémisphère Sud. Le peuplement et le développement de l'Amérique du Nord auraient été moins tardifs, si l'étranglement de l'Atlantique Nord, qui permit aux Normands d'aborder au Labrador dès le Xe siècle, s'était trouvé plus au Sud, à portée des anciennes civilisations de l'Europe méridionale. La parenté des peuplades primitives qui vivent à la limite du monde habitable en Amérique, en Europe et en Asie témoigne de migrations faciles d'un continent à l'autre.

D'un bout à l'autre de la grande zone forestière de l'hémisphère Nord, les arbres appartiennent aux mêmes genres : chênes, pins, sapins, mélèzes ; le zoologue retrouve les mêmes espèces animales. Il en est tout autrement dans l'hémisphère Sud.

La vie organique apparaît plus riche à tous égards, plus harmonieuse et plus évoluée dans l'hémisphère continental. L'hémisphère océanique semble au contraire le théâtre d'une sorte de vie physique plus régulière et plus large. Les zones climatiques y sont plus continues, les mouvements de l'hydrosphère et de l'atmosphère sont plus amples et plus stables. C'est dans les mers australes que les marins rencontrent les vagues les plus hautes, les tempêtes les plus violentes. Rien n'égale dans notre hémisphère Nord la constance et la force des brises d'Ouest, qui soufflent sur les mers au delà du 40e parallèle Sud, en un vaste tourbillon circumpolaire. Un mouvement général des eaux vers l'Est d'une régularité surprenante paraît en résulter. La vie physique de l'hémisphère Nord semble à côté un chaos perpétuel; l'instabilité de l'atmosphère est extrême, les mouvements de l'hydrosphère elle-même sont sujets à des variations. Le courant chaud connu sous le nom de GuJf Stream, dont l'influence adoucit le climat de l'Europe, n'a pas tous les ans la même force.

L'influence de la répartition inégale des terres et des mers sur la vie de l'atmosphère est telle que c'est à un météorologue qu'on doit le premier essai d'évaluation de la proportion des mers aux différentes latitudes (Spitaler). Les calculs les plus récents et les plus précis sont dus également à un météorologiste [Baldit, 35]. En voici les résultats, complétés hypothétiquement pour les hautes latitudes (entre crochets) :

LATITUDES 0-1 C" 10-20' 20-30" 30-40" 40-50° 50-60' 80-70' 70-80° 80-90°

Mefs, 0/0 N.

On voit que c'est aux environs du 63e parallèle Nord que la masse continentale est la plus étendue. C'est justement en ce point que se montrent les anomalies thermiques les plus fortes, les contrastes de climat les plus accentués, c'est là aussi que les perturbations atmosphériques sont les plus fréquentes et les plus irrégulières.

Relief continental et relief océanique. — L'inégale répartition des terres et des mers provient des irrégularités de la surface de la

Océans

Fig. 33. — Courbe hypsographique de Técorce terrestre, montrant Je développement des altitudes continentales et des profondeurs océaniques, d'après Penck {Morphologie, I, p. 136).

lithosphère. Pour apprécier ces irrégularités, un plan de comparaison est nécessaire, c'est la surface idéale du géoïde, correspondant à la surface des océans. L'Himalaya contient les points les plus élevés connus au-dessus de ce plan : ils dépassent 8 000 m. Les points les plus déprimés se trouvent dans l'Océan Pacifique (Fosse des Marianes, 9 636 m.). La différence, 18 km., donne la mesure des inégalités de la lithosphère ; elles sont insignifiantes par rapport aux dimensions du globe, dont le rayon est 333 fois plus grand. Mais elles le paraîtront encore davantage, si l'on remarque que les grandes profondeurs des océans, comme les grandes hauteurs des continents n'occupent qu'une surface insignifiante (v. notre planisphère hors texte hypsométrique et bathymétrique).

Humboldt [8] est le premier qui ait essayé de calculer la hauteur moyenne des continents. Depuis, cet essai a été repris plusieurs fois, et on a pu, grâce aux progrès des recherches océanographiques,

évaluer aussi la profondeur moyenne des océans. Le résultat est représenté graphiquement par la figure 33. On peut aussi l'exprimer par la proportion des surfaces correspondant aux altitudes et aux profondeurs choisies.

Continents.0/0 29,2 27,1 19,0 16,4 3,6 2,1 1,5 0,5 Océans. . 0/0 7,1 2,2 2,6 4,8 9,6 20,8 33,0 17,1

La hauteur moyenne des continents est de 735 m., la profondeur moyenne des océans est de 3 650 m. Les faibles altitudes tiennent

5b millions Km 2

Fig. 34. — Courbe hypsographique de divers continents (A) et courbes balhygraphiques de divers océans (B), d'après Penck (Morphologie, J, p. 144 et 145).

une très grande place dans les continents. Dans les océans, au contraire, ce sont les profondeurs comprises entre 3 et 6 000 m. qui dominent. La courbe du relief terrestre se rapproche d'une parabole dont la concavité est tournée vers le ciel; celle des océans est au contraire plutôt convexe. La distinction en continents et océans a donc une valeur, même au point de vue des formes du relief.

On s'en rendra compte d'une façon plus évidente en étudiant par les mêmes procédés chaque continent et chaque grand océan (fig. 34).

Le relief continental paraît beaucoup plus irrégulier que le relief océanique. Sans doute, en retrouve toujours la même forme concave de la courbe, et la même faible extension des grandes altitudes. Mais quelle différence entre l'Europe, dont les 3/4 sont au-dessous de 500 m., et l'Afrique, dont 1/3 est compris entre 500 et 2 500 m., ou encore l'Asie dont la structure massive se révèle par l'extension anormale des altitudes supérieures à 1 000 m. (35 p. 100) ! Le chiffre seul de l'altitude moyenne des continents est assez significatif :

Europe 330 m., Asie 1010 m., Afrique 660 m., Australie 310 m., Amérique 650 m. Au contraire, les courbes des divers océans se ressemblent d'une façon frappante.

L'irrégularité du relief continental apparaîtra plus nettement encore si l'on jette les yeux sur la carte oro-bathymétrique jointe à cet ouvrage. Pour la mettre en lumière, il suffit de comparer le profil d'un continent tel que l'Asie, avec celui d'un océan tel que l'Atlantique (fig. 35). Bien que l'Atlantique soit l'océan le mieux connu et celui dont les fonds présentent les plus grandes inégalités, sa structure est d'une simplicité étonnante, comparée à l'aspect tourmenté du profil du continent asiatique.

On peut répéter cet exercice plus d'une fois, en s'adressant à d'autres continents et d'autres océans. Le résultat sera toujours le même.

Si les formes du relief «immergé et du relief émergé sont si différentes, il faut que des causes différentes agissent sur l'un et l'autre. Nous verrons en effet que les reliefs continentaux sont soumis à

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