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a. ta
E. de Martonne, Géographie physique.
une démolition continuelle, dont l'origine est dans l'activité de l'atmosphère, et principalement dans ses échanges constants avec l'hydrosphère, à laquelle elle emprunte sa vapeur d'eau, pour la précipiter ensuite à la surface du sol. Les océans sont au contraire le siège d'une accumulation incessante, particulièrement au voisinage des continents, dont les débris leur sont apportés par les fleuves.
La vie physique sur la plateforme continentale. — C'est au contact des terres et des mers que le relief continental et le relief sousmarin sont le moins dissemblables. La courbe générale (fig. 33) montre que la surface comprise entre + 300 et — 500 est relativement très étendue (15 p. 100). Cette zone de contact de l'hydrosphère et de la lithosphère, à laquelle on a donné le nom de plateforme continentale, intéresse particulièrement la géographie, car elle est animée par une sorte de vie physique, répondant au développement varié qu'y offre la vie organique.
Sur les côtes basses, le changement complet d'aspect qui se reproduit tous les jours avec le flux et le reflux est un des spectacles les plus propres à frapper l'imagination. La zone comprise entre les hautes et les basses mers est particulièrement recherchée par les organismes végétaux et animaux; là abondent les algues, les vers, mollusques et crustacés. Mais cette zone est aussi celle où les mouvements de l'élément liquide travaillent le plus activement à modifier les formes de l'élément solide. La démolition du rivage par les vagues, le dépôt et le transport des sables par les courants, s'opèrent avec une rapidité telle, qu'on peut suivre d'une année à l'autre les transformations du littoral. Nulle part l'instabilité des formes n'est plus sensible. Les changements historiquement connus sont si nombreux et les exemples de récentes modifications du littoral si communs, qu'on n'a que l'embarras du choix.
Le sapement par les vagues et l'écroulement des falaises se poursuivent activement sur les côtes anglaises et françaises formées de roches marnocalcaires. On a pu les suivre aux environs du Havre depuis 1828. Le recul de la côte a été jusqu'à 1904 de 32 m. au Sud-Ouest du sémaphore de Sainte- Adresse, de 48 m. au Sud-Ouest du guetteur de la Chambre de Commerce. Le recul moyen de la côte serait de 0 m. 18 par an [Lemesnil, 11]. Récemment encore, en 1905 (septembre) et 1907 (février), deux éboulements considérables se sont produits au cap de la Hève, dont le premier a précipité un volume de 400 000 mètres cubes. En Angleterre, un comité a été formé pour suivre cette attaque du littoral [12]. La côte du Sussex, formée de craie, a perdu 141 ha. en 25 ans, le recul atteignant de 0 m. 36 à 3 m. par an. La démolition est encore plus active sur les côtes argileuses du Yorkshire, où la pointe d'Holderness recule de plus de 4 m. par an.
Les changements dus aux déplacements des sédiments littoraux sont encore plus frappants. Les levés hydrographiques doivent être refaits entièrement au bout de quelques années, pour fixer la position des hauts-fonds et des chenaux, permettant l'accès des ports de plages sur les côtes basses de la mer du Nord. L'envasement des estuaires est un fait général, que l'homme est obligé de suivre de très près et de combattre incessamm-ent par des dragages pour défendre les ports établis à l'embouchure des grands lleuves. La mobilité extrême des sables et des vases littorales les rend sensibles au moindre changement de courant. L'homme lui-même influe sur eux, parfois sans le vouloir; une digue de quelques centaines de mètres suffît à amener un remaniement parfois imprévu. Des efforts concertés dans un but déterminé peuvent fixer un littoral instable. Les polders de Hollande conquis sur la mer en sont l'exemple le plus éclatant. Mais la situation reste toujours critique. On sait que cette côte de la mer du Nord a été complètement remaniée par l'érosion marine, depuis que nous avons des données approximatives sur ses formes. Il est certain que le golfe du Zuyderzée n'existait pas quand les Romains sont apparus sur le cours inférieur du Rhin. L'ancien lac Flevo parait avoir été envahi par la mer au vme siècle. Le golfe de Dollart date du xmc siècle; cinquante villages furent engloutis par sa formation (1277).
Dans les mers intérieures, le remaniement du littoral est plus souvent à l'avantage du continent. Les sédiments apportés par les grands fleuves, n'étant pas brassés par les marées, s'accumulent à leur débouché, formant des deltas, qui avancent avec une rapidité sensible. On connaît la forme du delta du Pô depuis le xvie siècle. Il a gagné plus de 15 km. en ligne droite et conquis une surface de plus de 350 km2; l'avancement aurait atteint dans les deux derniers siècles 70 m. par an. Le delta du Rhône a conquis 250 km2 sur la mer depuis l'époque Romaine, s'avançant de 57 m. par an depuis 1737. Le Mississipi travaille encore plus vite ; la passe principale avance, d'après Humphreys et Abbot, de 100 m. par an sur une largeur de 3 km. [Credner, 13].
Ces chiffres suffisent pour donner une idée des transforma lions incessantes de la zone côtière. Toute la plateforme littorale participe plus ou moins à cette vie physique intense. Les sédiments arrachés aux continents s'y déposent partout en couches plus épaisses qu'en aucun autre point des océans. Les eaux y sont agitées de remous et de courants plus rapides. La vie organique elle-même y est plus riche : toutes les grandes pêcheries se font sur la plateforme continentale.
Relation des hauts reliefs et des grandes profondeurs. — La
plate-forme continentale n'est pas le seul fait intéressant à relever dans les accidents de la surface de la lithosphère. Les points les plus déprimés et les plus soulevés, c'est-à-dire les grandes profondeurs océaniques et les hauts reliefs continentaux, sont, malgré leur faible extension, dignes d'attirer l'attention. Leur position relative est en
effet très remarquable. L'examen de notre carte oro-bathymétrique montre que les grandes profondeurs, loin d'occuper le centre des océans, sont le plus souvent rejetées sur les bords et forment des fossés, longeant le pied de reliefs continentaux très accusés. Les profils de Heiderich [6] mettent nettement le fait en évidence; nous en reproduisons ici quelques-uns, légèrement modifiés, pour tenir compte des découvertes récentes (fig. 36). De Lapparent [10] a insisté avec vigueur sur cette dissymétrie du relief terrestre, qui est un trait essentiel des déformations de la lithosphère. On la retrouve même dans les reliefs continentaux. Le profil mené à travers l'Asie.