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CHAPITRE V

LES TYPES DE TEMPS

Intérêt géographique de l'étude du temps. — Nous avons défini le climat l'ensemble des conditions météorologiques moyennes. Le temps est au contraire un ensemble de conditions temporaires. On dit du même pays : « le climat y est doux » ; et : « le temps a été très froid le mois dernier ».

Toute moyenne est plus ou moins une abstraction, particulièrement dans les régions tempérées, où les variations des éléments météorologiques sont des plus irrégulières. D'autant que les cadres rigides suivant lesquels les moyennes sont établies ne correspondent pas aux périodes réelles de temps chaud ou froid, sec ou humide, qui se reproduisent si fréquemment.

L'étude de pareilles périodes suivant des exemples empruntés aux années les mieux connues, nous permet d'apprécier exactement les combinaisons et les réactions réciproques des divers éléments du climat, dont nous avons analysé jusqu'ici séparément les caractères. C'est à ce titre qu'elle intéresse spécialement la géographie et mérite de tenir dans les descriptions régionales une place plus grande que celle qu'on lui accorde généralement.

Cette étude, exigeant un matériel considérable d'observations météorologiques rigoureusement simultanées, n'est possible que dans les régions dotées de services météorologiques. Elle a été surtout pratiquée en Europe et aux États-Unis par des météorologues, auxquels étaient d'ailleurs étrangères les visées géographiques. Le but qu'ils se proposaient était double : expliquer les cas anormaux (Teisserenc de Bort), ou prévoir le temps pour plusieurs jours (Van Bebber, Loomis). La prévision du temps est en effet fondée sur le retour fréquent de périodes où l'état de l'atmosphère reste à peu près le même et où l'on retrouve les mêmes relations entre la température, la pression atmosphérique, le vent, l'humidité de l'air et les précipitations.

Le principe général est que la cause déterminant à un moment donné les caractères du temps est la position des anticyclones et des aires cyclonales, appelés très justement par Teisserenc de Bort les grands centres d'action de l'atmosphère. Nous allons étudier successivement les influences cyclonales et anticyclonales.

Instabilité des aires cyclonales. — Pour comprendre l'influence des dépressions barométriques sur le temps, il faut se les représenter comme des centres essentiellement instables. C'est une loi générale que toute dépression barométrique tend à se déplacer ou à se combler. Les aires de basses pressions, qu'on voit figurer sur nos cartes d'isobares moyennes dans les hautes latitudes, correspondent aux régions où passent le plus souvent les dépressions les plus profondes. L'expé-

Fig. 76. — Explication du déplacement vers l'Est des dépressions par déformation

des isobares.

Traits pleins : Isobares primitives; — traits discontinus : Isobares déformées; — flèches simples: Vents convergeant vers le centre de la dépression ; — flèches doubles : mouvement d'ensemble de la masse atmosphérique.

rience montre que les dépressions de l'hémisphère Nord se déplacent généralement de l'Ouest à l'Est. Il est d'ailleurs facile de l'expliquer. D'après la loi de Buys Ballot, le vent converge vers la dépression en déviant vers la droite. Il en résulte dans la partie Est de la dépression des vents du Sud, dans la partie Ouest des vents du Nord. Les vents du Sud élèvent la température et tendent à faire baisser la pression, les vents du Nord abaissent la température, ce qui fait monter le baromètre. Par suite la dépression se déforme, les isobares prenant l'allure marquée en traits discontinus dans la figure' 76, le centre de l'aire cyclonale se déplace vers l'Est.

Le déplacement d'une dépression peut encore être déterminé par les mouvements généraux de l'atmosphère. On voit en effet (fig. 76) que, si une dépression se produit dans une région où l'air est animé d'un mouvement général vers l'Est, la pression se relèvera dans la partie Ouest par suite de l'afflux de l'air, tandis qu'elle baissera dans la partie Est. Les isobares se déformeront donc en déplaçant le centre de la dépression dans le sens du mouvement général de l'atmosphère.

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Enfin on a constaté que les dépressions se portaient de préférence rers les régions où l'air est plus humide et où il a plu récemment. C'est ce qui explique qu'elles suivent en Amérique la zone des grands lacs, sur l'Atlantique la voie du Gulf Stream, en Europe la mer du Nord et la Baltique.

La vitesse de déplacement des dépressions est très variable : en Europe, elle atteint en moyenne 27 km. à l'heure; aux États-Unis, 42 km. Elle est en général plus grande en hiver qu'en été.

Les cyclones des pays tropicaux connus sous le nom de typhons se déplacent beaucoup plus vite. Les lois de leur propagation paraissent

Fig. 77. — Trajectoires des cyclones sur les côtes Sud-Est de l'Asie, d'après Bartholomew.

aussi plus difficiles à établir. Leur trajectoire offre souvent des boucles avec de brusques retours en arrière (fig. 77).

Il ne semble pas y avoir de différence qualitative entre les typhons et les dépressions cyclonales. Le diamètre beaucoup plus réduit, la pression beaucoup plus basse au centre, le gradient plus fort, le vent beaucoup plus violent, caractérisent les typhons. La hauteur de la couche atmosphérique intéressée par le mouvement tourbillonaire est aussi beaucoup plus faible. Tandis que les dépressions cyclonales sont sensibles jusqu'à 5 ou 6 km. de hauteur, souvent même jusqu'à 8 000 m., les typhons n'intéressent qu'une couche épaisse de moins de 1 km. Les trombes de sable, qui se forment constamment dans les déserts, sont causées par un mouvement giratoire et ascendant de l'air encore plus limité et dû à un surchauffement local. Il en est de même des trombes, appelées parfois cyclones, qui se produisent en été, même dans les régions tempérées et dont le passage sur les villes ou dans les champs est marqué par d'importants dégâts le long d'un ruban large de 100 m. au moins. „

Les typhons ne sont pas, comme les dépressions de la zone tempérée, des éléments appréciables du temps : ils ne modifient pas la situation générale de l'atmosphère. Il est à noter cependant qu'ils semblent se produire plus fréquemment quand l'assiette généralement régulière du climat tropical

est troublée par quelque grand changement, comme le renversement des moussons.

Variations du temps dues aux déplacements des aires cyclonales.

— Nous avons déjà vu comment la convergence des vents vers le centre de la dépression modifie la distribution des températures. Le centre se déplaçant assez rapidement, il doit en résulter des changements du temps suivant une évolution facile à prévoir. Le schéma suivant (fig. 78) peut aider à comprendre les phases successives du phénomène dans le cas d'une dépression abordant les côtes occidentales de l'Europe. Les vents qui prévalent dans la moitié antérieure de la dépression apportent des influences continentales; les vents d'Est sont chauds en été et froids en hiver. Les vents qui prévalent dans la moitié postérieure apportent au contraire des influences maritimes; ils sont rafraîchissants en été et chauds en hiver, toujours pluvieux, mais spécialement en hiver. L'effet

Fig. 78. — Schéma des influences cycio- produit sur un pays situé au Sud nales dans l'Europe occidentale. i i • . • j i

de la trajectoire du cyclone, qui se

Le pointillé indique l'aire pluvieuse; le grisé ,, , ,,-p, .a. e «i

serré, la zone chaude; le grisé lâche, l'aire déplace Vers 1 Est ; peut être taCllefroide ; les traits discontinus, Faire à tempe- t déterminé d'après Ce Schéma.

rature changeante suivant la saison. Jr

On se trouvera successivement dans les positions intermédiaires entre C, A et B; d'abord vent de SSE., sec et chaud, surtout en été, puis vent de SW. et W., amenant la pluie, réchauffant l'atmosphère en hiver, abaissant la température en été; enfin vent du NW., qui, surtout en été, abaisse la température et amène la cessation des pluies. On observe très souvent cette évolution dans l'Europe occidentale, car il arrive fréquemment qu'une dépression passe au Nord de nos côtes en se propageant vers le NE. Si la dépression passait sur la région considérée, on se trouverait successivement dans le cas des points C, 0 et D, c'est-à-dire qu'on aurait d'abord des vents du S. secs et chauds en été, puis des vents d'W. et NW. amenant la pluie et abaissant la température. La saute du vent et le refroidissement seraient très brusques. Cette succession est aussi commune dans l'Europe occidentale, surtout au printemps, c'est une des formes du temps de giboulées. On pourrait de même étudier avec ce schéma le cas, plus rare en France, où la dépression

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passe au S. toujours avec déplacement vers l'E.; celui où elle se propage du Sud au Nord, en passant à l'Ouest : vent d'E. violent et froid en hiver, suivi de vents d'W et SW. chauds et pluvieux.

On n'oubliera pas que ces déductions ne sont valables que pour l'Europe occidentale, ou en général pour les côtes occidentales des continents dans l'hémisphère Nord. Mais il est facile, en appliquant les mêmes principes d'imaginer ce qui doit se passer dans la région atlantique de l'Amérique du Nord (fig. 79). La translation de l'Ouest à l'Est amène la dépression à passer de la terre sur la mer; aussi le cercle des influences continentales, au lieu d'être en avant se trouve en arrière, le cercle pluvieux est dans les quadrants NE., E. et SE. Les changements de temps ne sont donc pas les mêmes aux États-Unis qu'en Europe, la principale différence est dans la position de la zone pluvieuse à l'avant

de la dépression. On s'explique mainte- t je -Z^-

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de la dépression sont froids en hiver, nales aux États-Unis (mêmes signes tandis qu en Europe les vents du Nord que fig. 78). sont seuls froids. Ces deux faits, prédominance des vents froids à l'arrière et rapidité du déplacement des dépressions, expliquent les brusques coups de froid connus sous le nom de cold waves, qui se produisent aux États-Unis quand une dépression se déplace le long de la côte atlantique, et contribuent à abaisser les moyennes thermiques.

C'est naturellement sur les côtes que l'influence des cyclones est le plus marquée. Aussi avons-nous envisagé spécialement le cas de la côte occidentale d'Europe et de la côte orientale des États-Unis. Dans l'intérieur des continents, les conditions sont différentes. Ainsi dans les cyclones traversant la vallée du Mississipi, la zone pluvieuse se trouve dans le quadrant WNW.; les contrastes thermiques sont relativement moins accentués.

Trajectoires principales des cyclones. — Ces explications suffisent pour faire comprendre l'intérêt qu'il y a à connaître les trajectoires des cyclones les plus fréquentées. La carte ci-jointe (fig. 80) donne les résultats des recherches qui ont été faites à ce sujet en Europe et aux États-Unis.

On remarquera la prédilection marquée des cyclones pour les

régions océaniques chaude^ (voie du Gulf Stream) et pour les régions continentales où l'humidité de l'air est enrichie par des mers intérieures (Méditerranée, Baltique, mer du Nord), ou par de grandes nappes lacustres (grands lacs canadiens).

En Europe, Van Bebber [4] a distingué un certain nombre de voies plus ou moins fréquemment suivies selon les saisons (fig. 81). L'étude de ces variations est des plus intéressantes. On voit que l'Europe est divisée en trois zones : une zone septentrionale océanique, où les dépressions se déplacent constamment de l'Ouest à l'Est,

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Fig. 80. — Trajectoires principales des cyclones dans l'hémisphère Nord, d'après Rôppen.

1, trajectoire suivie par 38 cyclones par an ; 2, de 12 à 15 cyclones par an ; 3, de 9 à 12 cyclones ; 4, de 6 à9; 5, de 3 à 6; 6, régions de convergence et de dispersion de 1er ordre; 7, régions de convergence de 2e ordre.

tantôt au Nord des îles Britanniques (voie n° 1), tantôt en passant par la mer du Nord et la Baltique (voie n° 2), parfois même en suivant la Manche et se propageant par les plaines de l'Allemagne du Nord (voie n° 4) ; — une zone méridionale méditerranéenne, où les dépressions passent presque toutes par le golfe de Gênes et l'Adriatique (voie n° 3); — enfin une zone continentale formant comme une muraille de hautes pressions entre ces grandes voies cyclonales, c'est la dorsale barométrique de Woeikoff, dont nous apprécierons bientôt l'influence capitale sur le climat de l'Europe.

La voie 1 a la prépondérance en janvier, ce qui explique les hivers doux de l'Europe occidentale (prépondérance des vents de SE., S., et SW.). La voie 2 est plus fréquentée en octobre, ce qui

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explique nos automnes pluvieux (prédominance des vents d'Ouest). Au mois d'avril, réchauffement rapide du monde méditerranéen provoque la formation de dépressions nombreuses; c'est l'explication des printemps parfois maussades de nos côtes atlantiques (vents

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