JUILLET OCTOBRE
pi~# si. — Trajectoires des cyclones en Europe, d'après Van Bebber. La fréquence des dépressions est indiquée par la grosseur des flèches.
du NW.) et des pluies de printemps du monde méditerranéen, surtout aux confins de la Russie méridionale. Le printemps, comme l'été, est caractérisé par la prédominance de la trajectoire 4 (Manche, Allemagne du Nord); le centre de la dépression passant par nos côtes y amène des bourrasques et pluies froides bien connues sous le nom de giboulées.
Les types de temps dus aux influences cyclonales sont naturellement instables ; néanmoins ils peuvent se prolonger parfois pendant une période assez longue, car souvent les dépressions se suivent à la file. En Europe, elles peuvent même parfois s'arrêter plusieurs jours sur place. Ce cas est fréquent en hiver, comme nous le verrons plus loin.
Influences anticyclonales. — Les anticyclones ou centres de hautes pressions ont en général une influence inverse de celle des cyclones. On sait déjà que le mouvement anticyclonal a pour conséquence l'abaissement de l'humidité relative, la limpidité de l'atmosphère, par suite un réchauffement intense ou un refroidissement rapide suivant la saison. Les anticyclones sont généralement stables; ils donnent donc un temps constant. Ce sont comme les piliers qui limitent les voies et les carrefours où se déplacent tumultueusement les cyclones.
Le centre d'un anticyclone est une région de temps stable, chaud en été, froid en hiver, toujours sec. Les bords sont le siège de vents divergents qui, suivant la position du centre de l'anticyclone et suivant la saison, peuvent avoir des effets différents. Il faut ajouter que les anticyclones ne sont pas immobiles; ils se déplacent, plus lentement que les cyclones, mais généralement dans le même sens, c'est-à-dire vers l'Est. Ces déplacements amènent des changements de temps, comme ceux des cyclones. Ils peuvent produire de forts gradients, qui déterminent des vents violents, d'où résultent sur le bord des montagnes des pluies de relief. Ce cas est parfois réalisé en été; on lui doit quelques-unes des plus violentes crues connues du Danube et de ses affluents [E. de Martonne, 12].
La stabilité est cependant la caractéristique principale des anticyclones. Aussi le mécanisme du climat dépend-il essentiellement des anticyclones et de leur position par rapport aux voies cyclonales. En Europe, les deux anticyclones qui règlent la vie atmosphérique sont celui de Sibérie, qui parfois s'étend sur la Russie, et celui des Açores, qui parfois s'étale jusque sur l'Espagne et l'Europe occidentale. Suivant que ces deux foyers de vents divergents s'approchent ou se reculent, l'accès de l'Europe est fermé ou ouvert aux cyclones et les types de temps sont très différents. Parfois ils fusionnent et il en résulte des types de temps anormaux, dont n^us verrons un exemple. La situation la plus commune est celle où l'anticyclone sibérien tend à s'étaler en venant finir en pointe sur la Suisse; c'est l'origine de cette dorsale barométrique qui écarte de l'Europe cen-
LES TYPES DE TEMPS 193
traie les dépressions rejetées au Nord ou au Sud et qui doit être rendue responsable des hivers si froids de l'Allemagne méridionale, de la Bohême et de la Galicie.
Aux Etats-Unis, l'anticyclone des Açores joue encore un certain rôle; mais bien plus important est l'anticyclone qui a son centre sur le Manitoba, faisant sentir parfois son influence jusque sur la côte atlantique et le golfe du Mexique. C'est lorsqu'il s'étale ainsi juste au moment où des dépressions se propagent de la Floride au Saint-Laurent, que se produisent ces coups de froid désastreux pour l'agriculture appelés cold ivaves.
Formes de transition des cyclones aux anticyclones. — Si
opposés que soient leurs caractères, on ne doit pas considérer cependant les anticyclones et les cyclones comme des phénomènes indépendants. Leurs réactions réciproques sont au contraire le principe même des transformations de la situation atmosphérique. La lutte incessante qu'ils se livrent donne lieu à la production de formes spéciales des isobares qu'il convient de signaler.
Les dépressions ont rarement, surtout dans les hautes latitudes, la forme circulaire schématique. Elles sont déformées par le heurt contre le bord des anticyclones. Les dépressions atlantiques approchant de la côte européenne se scindent souvent en deux ou trois tronçons, soit dans le sens du parallèle, soit dans le sens du méridien. Dans le premier cas, l'instabilité du temps est extrême, les sautes du vent caractéristiques du passage des dépressions se répétant plusieurs fois de suite. Dans le second cas, on assiste à la formation de satellites ou dépressions secondaires, qui peuvent avoir une grande influence sur le temps en déterminant des perturbations locales très fortes (fig. 88). Un angle rentrant, comme une sorte de golfe des isobares, accompagne souvent la formation des dépressions secondaires (fig. 88, A). Parfois cet angle s'effile et forme une sorte de pédoncule reliant le satellite à la dépression principale. C'est dans ce cas que se produisent les grains orageux les plus caractérisés, particulièrement en été (fig. 89).
Les anticyclones de leur côté n'ont presque jamais une forme circulaire ni même elliptique. Leur extrémité s'étire fréquemment, en formant une sorte de cap ou de promontoire. C'est ainsi que l'anticyclone des Açores vient souvent effleurer l'Espagne et le Midi français (fig. 85 et 88). Lorsque ce promontoire s'avance vers l'Est, il rejette l'air devant lui comme une sorte de proue, et il peut en résulter des perturbations atmosphériques. La pointe peut se briser
E. de Martonne, Géographie physique. 13
et un petit anticyclone se détache, se déplaçant généralement vers le Nord-Est et amenant des coups de vent sec et chaud sur son bord occidental (vent d'autan, fig. 88). L'approche des dépressions atlantiques est souvent responsable de cette scission des aires anticyclonales.
L'intervalle compris entre deux aires anticyclonales rapprochées présente un tracé des isobares semblable à celui des courbes de niveau topographiques sur un col. Des perturbations atmosphériques sont fréquentes dans ce cas.
De la combinaison des influences cyclonales et anticyclonales résulte une variété infinie de types de temps dont nous étudierons seulement quelques exemples classés par saisons.
Hiver. Type doux normal. — L'hiver est le plus souvent doux et humide pour l'Europe occidentale, froid pour l'Europe orientale. Le mois de février 1880 offre un bon exemple de ce type de temps
Fig. 82. — Pression atmosphérique et température le 19 février 1880, d'après Teisserenc de Bort (type d'hiver doux).
Le jour le plus caractéristique est le 19 (fig. 82). Le cyclone qui aborde le Nord des Iles Britanniques amène des vents du S. et SW. sur toute l'Europe occidentale, avec des températures relativement très élevées, un ciel nuageux et des pluies fréquentes; tandis que l'aire anticyclonale, qui couvre la Russie, donne un ciel pur et des froids intenses (Arkhangel, — 34°). Ce type de temps a duré du 7 au 21 février, le cyclone se déplaçant lentement sans se combler. On peut le définir ainsi : prédominance de la trajectoire n° 1 (Shetland, Norvège) avec
LES TYPES DE TEMPS
extension du maximum de Sibérie sur ia Russie. Ces deux influences se partagent l'Europe et règlent la distribution des températures et de l'humidité.
Hiver rigoureux. — Les hivers rigoureux pour l'Europe occidentale sont dus à une situation anormale, dont le mois de décembre 1879 a offert un des exemples les plus caractéristiques. La figure 83
Fig. 83. — Pression atmosphérique et température le 17 décembre 1879, d'après Teisserenc de Bort (type d'hiver froid).
Le grisé met en évidence la coïncidence de L'aire d'anomalie thermique négative avec Taire d'anomalie barométrique positive.
montre la distribution singulière des températures le 17. Les froids qu'on note habituellement en Russie s'observent en Lorraine et Bohême, tandis que l'Irlande, la Norvège et le Nord de la Russie jouissent de températures exceptionnellement douces. Cette situation anormale résulte de la fusion des deux anticyclones des Açores et de Sibérie, qu'on a pu voir se rapprocher lentement les jours précédents. L'aire de hautes pressions qui s'étend ainsi sur l'Europe centrale rejette l'air tout autour d'elle; son bord Nord est relativement chaud, son bord Sud relativement froid (Gonstantinople et Naples ont la même température que Bergen). Le centre de l'anticyclone, qui séjourne sur place pendant 22 jours, est le siège d'un temps clair en général, parfois brumeux, toujours sec. La limpidité de Fair rendant plus actif le refroidissement nocturne, le thermomètre baisse d'une manière continue. Ce refroidissement fut singulièrement favorisé en France par la présence d'une couverture de neige sur le sol, héritage d'une période de temps troublé, qui avait
marqué le début du mois. Le 10 on notait — 23°, 6 à Paris, la plus basse température observée jusque-là.
Le régime anticyclonal n'a pas toujours les mêmes conséquences. Rarement, d'ailleurs, on voit coïncider la formation d'un pont de hautes pressions étalées sur l'Europe moyenne avec des chutes de neige dans l'Europe occidentale, qui préparent le sol pour un rayonnement intense. La coïncidence de hautes pressions et de la couverture de neige est au contraire un l'ait constant en Russie et explique en partie les froids rigoureux qu'on y observe jusqu'à Kief et Kherson, parfois même jusqu'aux bouches du Danube.
Quand le régime anticyclonal s'établit en Europe après une période pluvieuse, et que le centre de hautes pressions se trouve vers l'Ouest, les consé-
Fig. 84. — Pression atmosphérique et température le 17 janvier 1882, d'après Angot (type d'hiver brumeux).
quences sont toutes différentes. L'humidité dégagée du sol se condense en brouillards, qui s'élèvent dans la matinée, formant un voile gris uniforme de stratus, d'où sortent seuls les sommets des montagnes baignés dans un ciel pur et lumineux. Ni vent, ni pluie, ni froids excessifs. Le voile des nuages cache constamment le soleil, les températures moyennes restent audessous de la normale, mais s'il y a peu d'échauffement, le refroidissement par rayonnement est aussi arrêté et les gelées sont rares. Le mois de janvier 1882 offre un bon exemple de ce type de temps, beaucoup plus fréquent que le précédent (fig. 84). On y observera l'allure des isothermes dirigées N.-S. comme dans la carte moyenne.
Lorsque l'anticyclone des Açores, se déplaçant vers le Nord, reste sur l'Océan au lieu d'envahir l'Europe, on peut encore avoir des temps anormaux. De légères brises d'Ouest et Sud-Ouest parcourent l'Europe occidentale y portant des températures très douces, mais sans amener de pluies, car ce sont des vents anticyclonaux.
LES TYPES DE TEMPS
Fig. 80. — Pression atmosphérique le 24 mars 1882, d'après Teisserenc de Port.
Printemps; giboulées. — Le partage entre les influences cyclonales et anticyclonales est très net dans les cas que nous venons d'envisager. Il n'en est pas toujours ainsi. Au printemps en particulier, la situation est souvent troublée par l'existence de basses pressions au Nord et au Sud, de hautes pressions à l'Est et à l'Ouest ; d'où résulte le tracé caractéristique des isobares en forme de col. Suivant l'importance relative plus ou moins grande des dépressions et le sens de leur déplacement, on a des types différents, mais toujours instables. Le plus normal est celui qui donne à l'Europe occidentale des printemps doux et humides et qui a été bien réalisé au mois
de mars 1882. La carte du 24 (fîg. 85) montre que l'anticyclone de Sibérie est refoulé sur la Russie méridionale par les basses pressions atlantiques qui suivent la voie 1, tandis que le maximum des Açores s'avance en pointe sur le Golfe de Gascogne. Les vents d'Ouest et SW. parcourent librement toute l'Europe occidentale, où le ciel est nuageux et les ondées fréquentes. La température se relève rapidement dans l'Europe orientale, grâce à l'insolation favorisée par la limpidité de l'atmosphère (moyenne de Moscou supérieure de 5°, 4 à la normale). Le temps est troublé et la température relativement basse en Provence et en Italie.
Ce type de temps doux et pluvieux pour l'Ouest, sec et chaud pour l'Est est fréquent; mais il n'est pas rare aussi d'observer un autre type humide et froid dont le mois de mars 1865 offre un bon exemple (fîg. 86).
Fig. 86. — Pression atmosphérique moyenne au mois de mars 1865, d'après Teisserenc de Bort.
Les isobares moyennes suffisent à montrer les éléments caractéristiques : fortes pressions dominant à l'Est et à l'Ouest, séparées par un col allongé, devenu un véritable couloir de basses pressions. Ce couloir est parcouru du Nord au Sud par des cyclones amenant de brusques et courtes ondées, grêle ou neige, avec vents froids du NW. C'est le type de temps à giboulées. Les changements sont fréquents et capricieux, surtout dans la région méditerranéenne. La température moyenne du mois était inférieure à la normale de
3°,1 à Paris, de 3°, 8 à Bordeaux, de 3°, 3 à Tri este. Le Mistral en Provence, la Bora en Dalmatie résultent de dépressions qui se creusent sur le golfe du Lion ou l'Italie.
Quand le couloir de basses pressions se trouve plus à l'Ouest, les caractères du temps sont différents. Le mois de mars 1873 en offre un bon exemple (fig. 87). Les hautes pressions de Sibérie s'étalent jusqu'à la Scandinavie et la Saxe, où le thermomètre s'élève assez rapidement sous l'influence de l'insolation, favorisée par un ciel clair. La moyenne des températures est supérieure de 3° à la normale en Pologne et en Transylvanie. Des vents d'Est apportent l'air sec de ces régions sur l'Europe occidentale. En somme les influences anticyclonales dominent partout. Le couloir n'est pas envahi par les dépressions, qui passent au Nord vers l'Islande, fortifiant les vents du SE. qui réchauffent les îles Britanniques. Seul le monde méditerranéen est éprouvé par des dépressions locales, pouvant amener des coups de vent du Nord.
— Pression atmosphérique moyenne au mois de mars 1873, d'après Teisserenc de Bort.
Types de temps de Tété; Autan, Grains. — Le type de temps qui vient d'être décrit est commun en été. Sa stabilité peut être troublée par l'approche d'une dépression orageuse, mais le temps se rétablit. Il n'en est pas moins curieux d'étudier ces perturbations aussi violentes que passagères. De fortes pluies, des phénomènes électriques, accompagnent ces commotions atmosphériques, qui résultent du heurt de dépressions contre le bloc résistant de l'anticyclone continental.
LES TYPES DE TEMPS
Comme nous l'avons indiqué, on peut voir dans ce cas la dépression se scinder en deux. Un satellite se forme sur le golfe de Gascogne et les basses pressions s'enfoncent, comme un coin, dans la masse anticyclonale. Il en résulte des vents du SE. violents, secs et chauds, suivis de pluie quand le centre de la dépression satellite a passé. C'est
pVt'7 58~: 760"
WPi\\
BlF^ri 1