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CHAPITRE VII

Dans tous les pays, la montagne est par son climat, autant au moins que par son relief, un monde à part. Tous les phénomènes météorologiques : température, humidité, précipitations et vents, y présentent des caractères originaux et y font sentir leur influence plus impérieusement que partout ailleurs sur les manifestations de la vie physique et organique. Non seulement en effet la distribution des plantes, la répartition des habitations et les formes de l'activité économique reflètent les variations et les caprices du climat montagnard; mais la sculpture du relief doit elle-même'ses caractères particuliers aux modes spéciaux de décomposition des roches et d'érosion que déterminent les conditions météorologiques des hauteurs. Aussi y a-t-il peu d'étude plus suggestive pour le géographe. Elle est malheureusement rendue difficile par le nombre insuffisant des stations météorologiques en montagne.

Le réseau des stations de 2e ordre est assez serré en Angleterre, dans les montagnes de l'Allemagne moyenne, dans les Alpes Suisses et Autrichiennes; il est tout à fait rudimentaire partout ailleurs. La France possède cependant un certain nombre de stations élevées de 1er ordre, parmi lesquelles les deux plus hautes en Europe (Mont Blanc, observatoires Vallot 4 365 m. et Janssen 4 800 m.). Citons encore en France le Puy de Dôme (1465 m.), le Mont Aigoual (1567 m.), le Pic du Midi (2 877 m.), le Ventoux (1912); en Autriche le Sonnblick (3 106 m.), en Suisse le Sântis (2 500 m.), en Italie l'Etna (3 279 m.) et le Monte Cimone (2150 m.), aux États-Unis le Pikes Peak (4 308 m.). Le sommet le plus élevé où l'on ait installé des appareils enregistreurs est le Misti (5 850 m.), dans les Andes.

La pression atmosphérique en montagne. — Le fait essentiel d'où dérivent à peu près tous les caractères du climat de montagne est la raréfaction de plus en plus grande de l'air dans les hautes altitudes. De tous les phénomènes météorologiques des régions élevées, c'est le plus régulier, car c'est le seul qui ne dépende pas des conditions

locales du relief. La diminution de la pression atmosphérique pour une élévation donnée ne dépend en effet que de l'altitude moyenne de la zone considérée et de la température de l'air. Elle est plus rapide au niveau de la mer que dans les zones élevées et dans les climats chauds que dans les climats froids.

Une variation de 1 mm. de pression correspond à une élévation de 10 m, 5 au niveau de la mer, — de 11 m. 8 à 1000 m. d'altitude, — de 13 m. 4 à 2 000 m., — de 17 m. 2 à 4 000 m., — de 22 m. 5 à 6000 m. Ainsi, à 6 000 m. d'altitude, la variation est deux fois plus lente qu'au niveau de la mer.

Si la température de l'air s'élève de 1° la pression baisse de 0 mm. 32 au niveau de la mer, — de 0 mm. 56 à 1000 m., — de 0 mm. 91 à 2 000 m., — de 1 mm. 09 à 4 000 m. Ainsi, plus on s'élève, plus il y a à tenir compte de la température dans les mesures d'altitude.

La raréfaction de l'air est-elle un facteur de la distribution des animaux et particulièrement de l'espèce humaine? La chose est probable, mais il est difficile de le préciser. Dans les climats tempérés, ce sont la couverture de neige et la rigueur des hivers qui bannissent l'homme des hauts sommets. Dans les climats tropicaux, on trouve des habitations permanentes jusqu'à des hauteurs où la pression atmosphérique est réduite aux deux cinquièmes de sa valeur au niveau de la mer : 436 mm. à Saint-Vincent de Bolivie (altitude 4 580 m.), 433 mm. à Hanle dans le Tibet (altitude 4610 m.).

Le mal de montagne dont souffrent les ascensionnistes est dû en partie à la fatigue; la hauteur à laquelle on l'éprouve varie considérablement pour un même individu.

Il semble qu'une adaptation soit possible à la respiration d'un air raréfié. Mais cette adaptation a des limites encore mal connues. On sait cependant [Mosso, 3] que c'est par la diminution de sa teneur en acide carbonique que l'air des hauteurs devient toxique pour les globules sanguins.

Température, loi de sa diminution en montagne. — L'abaissement de la température avec les altitudes croissantes est une des particularités les plus connues et les plus importantes du climat de montagne. Elle est le résultat de la raréfaction de l'air, dont la capacité calorifique diminue avec la densité.

La loi de l'abaissement de la température varie notablement avec les conditions locales. On estime la moyenne à environ 0°,50 pour 100 mètres d'élévation. Dans les climats à saisons thermiques, elle est plus forte en été et plus faible en hiver. A Paris, d'après les obser-

vations de la tour Eiffel, on a 0°,62 en été, 0°,50 en hiver, et comme moyenne annuelle 0°,56 [Angot, 4].

On peut, lorsqu'on dispose d'observations nombreuses, réaliser une figuration très intéressante des variations du refroidissement suivant l'altitude dans le courant de l'année. La figure 95 en donne un exemple. Les courbes dites isoplètes sont obtenues en joignant les altitudes où s'observe

Fig. 95. — Thermo-isoplétes pour la région de Glatz (Sudètes), d'après Hann.

chaque jour la température qu'elles représentent. On voit nettement la lenteur du refroidissement avec l'altitude en hiver (3° de différence entre 400 et 1 200 m.), sa rapidité en été; on suit la propagation du réchauffement des vallées vers les hauteurs au printemps, et la marche inverse du froid à l'automne.

Dans les hautes montagnes la valeur du refroidissement suivant l'altitude dépend des conditions topographiques. L'abaissement de température est en général plus rapide sur les pentes raides et les versants tournés au Sud, plus lent sur les pentes douces, sur les plateaux et les versants tournés au Nord. L'étude des Alpes orientales a révélé à ce sujet les faits les plus curieux. Le tableau suivant emprunté à Hann [5] montre à la fois que le refroidissement est plus rapide sur le versant Sud que sur le versant Nord et que sa valeur moyenne s'abaisse considérablement dans les vallées à climat continental (Carinthie).

Abaissement de la température pour une élévation de 100 m.

Année. Hiver. Printemps. Été. Automne.

Versant Nord . . .

Versant S. (Tyrol).

Carinthie

Oscillation de la température. — En général, toutes les oscillations thermiques sont amorties. Absorbant moins de chaleur, l'air raréfié des hauteurs en perd moins pendant les périodes de refroidis-

sèment nocturne et hivernal. Le climat des montagnes ressemble par là en apparence au climat océanique. C'est dans les climats extrêmes des hautes latitudes que le contraste est le plus marqué à ce point de vue entre la plaine et la montagne. Mais, même dans les pays équatoriaux, on peut observer au moins l'atténuation de la variation diurne.

IONIAGNE

Différ.

Pays. Stations. Altitude. Amplitude. Stations. Altitude. Amplitude, cTamplit.

Amérique. Burlington. 70 m. 27°,9 Mt Washington. 1916 m. 22°,9 5°

Sicile. . . Catane. 30 m. 16°,2 Etna. 2 947 m. 10°,8 5°,4

France. . Toulouse. 190 m. 16°,4 Pic du Midi. 2 877 m. 14°,1 2°,3

Les variations diurne et annuelle ne diminuent pas régulièrement avec les altitudes croissantes. Les conditions locales du relief jouent encore ici un grand rôle. Souvent les hautes vallées ont un climat plus extrême que les plaines et ce n'est que sur les sommets qu'on trouve les faibles amplitudes. C'est ainsi que l'amplitude diurne moyenne est de 14°, 6 à Genève (407 m.), de 14°, 2 à Chamonix (1033 m.) et de 3°,5 au Mont-Blanc [Vallot, 6]. Klagenfurt à 450 mètres, mais au fond d'une sorte de bassin fermé des Alpes orientales, a une amplitude diurne plus forte que Paris (année 7°, 5 à Klagenfurt, 6°,1 à Paris; printemps 9°,1 à Klagenfurt, 6°, 9 à Paris). C'est la conséquence de la loi énoncée au chapitre II, d'après laquelle les surfaces convexes (sommets isolés, rebords de plateau) ont des oscillations thermiques moins fortes que les surfaces concaves (vallées, bassins). Plus on s'élève, plus ces contrastes s'accentuent.

Inversion de température. — Le régime thermique ultra-continental des dépressions a pour résultat un phénomène en appparence paradoxal. Dans la saison froide, il peut arriver que la température décroisse non pas des vallées vers les sommets, mais des sommets vers les vallées. C'est ce qu'on appelle Yinversion de température. Un des exemples les plus typiques qu'on puisse donner est celui du 26 décembre 1879, où l'on notait à 6 heures du matin — 15°8 à Clermont-Ferrand, ville située au bord de la plaine de la Limagne, et 4°, 4 au-dessus de 0 au Puy-de-Dôme, sommet volcanique isolé s'élevant à 1 465 mètres.

L'inversion de température est la règle dans les vallées et bassins fermés des Alpes orientales. Elle est si fréquente que les moyennes mêmes de l'hiver en portent la trace dans le bassin de Klagenfurt. D'après Hann [5], on y note à 450 mètres — 4°, 6; à 550 mètres

— 3°, 9; à 700 mètres — 3°,6; à 1 100 mètres — 3°,6; à 1400 mètres

— 3°, 9; à 2 000 mètres — 6°, 3. Ainsi, une élévation de 1000 mètres, au lieu de faire baisser la température, la relève de 0n,7.

Le grand nombre des stations météorologiques des Alpes orientales a permis à Trabert [7] de construire une carte d'isothermes assez détaillée pour mettre en évidence l'inversion de température, la réduction au niveau de la mer étant arbitrairement fixée à 0°,o pour 100 mètres, de façon à faire ressortir les anomalies (fig. 96).

Ce phénomène en apparence paradoxal s'explique aisément, si l'on considère les conditions dans lesquellesil se produit : il dépend à

plus de 2° • ' Nv-Ss^^^V |

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au dessous de -4°

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