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MER DE BROUILLARD AU-DESSUS DE LA BAIE DE SAN-FRANCISCO

Vue prise du Mont Tamal

Planche II

Kmm. de Màrtoxke. Géographie Physique

donné des différences de 32°, 8 au Gornergrat (3140 mètres), 53°, 5 à Diavolezza (2 980 m.). Des observations thermométriques simultanées faites en septembre à Bagnères-de-Bigorre et au Pic du Midi (distance horizontale 15 km.) ont montré que la différence de la température de l'air et du sol atteint en montagne près du double de sa valeur en plaine.

TEMPÉRATURE

Altitude. Air. Sol. Différence.

Bagnères-de-Bigorre. 551 m. 22°, 3 30°,1 43-,8

Pic du Midi 2 877 m. 10°,1 33°,8 2&°,7

Le climat des montagnes, qu'on compare souvent au climat polaire, en diffère profondément par réchauffement du sol, qui permet à la végétation de se développer malgré les basses températures de l'air. C'est ce qui explique que le Faulhorn, en Suisse, sur un espace de 4,5 ha., offre au botaniste 131 espèces de phanérogames, alors quo dans tout l'archipel du Spitzberg, on en récolte à peine 93.

Si les pentes montagneuses bénéficient pendant le jour de la chaleur que l'atmosphère raréfiée ne peut absorber, elles sont réciproquement soumises la nuit à un refroidissement d'autant plus intense que l'air n'arrête pas le rayonnement. On a trouvé qu'au sommet du Mont-Blanc la valeur du rayonnement nocturne est de 95 p. 100 plus élevée qu'à Chamonix. En 1844, d'après Martins, la température de la neige du Grand Plateau atteignait — 19°, 2 alors que celle de l'air n'était que de — 6°, 5.

Ainsi l'oscillation diurne de la température du sol augmente avec l'altitude. Les valeurs extrêmes qu'elle peut atteindre expliquent la rapide décomposition des roches sous l'influence de dilatations et de contractions répétées journellement, et les formes hardies et déchiquetées qui caractérisent les hauts sommets.

La température de l'air ne peut manquer d'être influencée par celle du sol et elle le sera d'autant plus que les formes du terrain étendront la surface de contact du sol et de l'atmosphère. De là vient l'exagération des variations thermiques dans les vallées, leur atténuation sur les sommets isolés. Par là s'explique aisément le surchauffement des dépressions pendant l'été et leur refroidissement excessif en hiver, qui va jusqu'à l'inversion de température.

Enfin c'est encore la raison principale du contraste si souvent marqué entre les deux flancs d'une vallée. Dans nos Alpes les mots populaires d'adret et d'ubac désignent le versant tourné au midi, où les maisons grimpent très haut au milieu des prairies, et le versant

E. de Martonne, Géographie physique. 16

tourné au nord, qui parait plus sombre sous son tapis de forêts respectées par l'homme. Ce contraste se retrouve partout, même dans des montagnes peu élevées comme les Vosges ou le Massif Central. Il se traduit même dans la valeur moyenne des limites d'altitude suivant l'exposition. Ainsi, dans le massif de l'Ortler, la limite moyenne des bergeries s'abaisse de 2 160 mètres sur les pentes tournées au SW. à 1 755 mètres sur les pentes tournées au NE., suivant les oscillations de la limite de la forêt, qui varie de 2 160 à 2 025 mètres et de la limite des arbres, qui descend de 2 340 à 2 170 mètres [Fritzch, 11]. L'insolation explique encore le fait bien connu que les vallées orientées du Nord au Sud sont en général plus chaudes, ont une flore plus méridionale et sont plus habitées que les vallées orientées de l'Est à l'Ouest. Dans celles-ci, en effet, un des versants est entièrement soustrait à l'insolation.

On peut essayer de déterminer mathématiquement les conditions d'insolation d'une localité. C'est là en montagne un des éléments les plus importants du climat. Dans certaines vallées profondes, la durée de l'éclairement

Fig. 98. — Étude de la réduction de l'insolation en montagne, d'après Peuckert (exemple de Gstatterboden, Alpes autrichiennes).

Sur un canevas représentant la voûte céleste en projection équivalente de Lambert on a tracé le profil de l'horizon montagneux (le grisé en indique 1 ombre), et les courbes décrites par le soleil à l'équinoxe (courbe du milieu) ainsi qu'aux deux solstices (été en haut, hiver en bas). La courbe est marquéo en trait discontinu lorsqu'elle passe au-dessous de l'horizon montagneux et que par suite il n'y a pas éclairement réel.

par un ciel sans nuage, peut être réduite de plusieurs heures. Peuckert[12], a montré qu'on pouvait calculer graphiquement cette réduction, en super-

posant le profil de l'horizon de la localité à un tracé de la courbe décrite par le soleil aux différentes saisons de l'année, pour la latitude considérée. Les canevas doivent naturellement être tracés en projection équivalente. On trouve ainsi que le jour est racc<ourci de 4 heures 15 minutes à Gstatterboden (35 p. 100), de 4 h. 3/4 à Hallstadt (39 p. 100), de 7 heures (60 p. 100) dans la Schneegrube du Riesengebirge.

11 est facile de se rendre compte par la même méthode appliquée à des points de latitudes différentes, que la réduction de l'insolation augmente avec la latitude. A l'équateur les pentes tournées au Nord devraient être dominées par des sommets dépassant 40° au-dessus de l'horizon pour perdre une fraction sensible de l'éclairement diurne; mais, réciproquement, les pentes tournées au Sud ne gagnent guère par leur inclinaison. Le contraste entre les versants des montagnes au point de vue de Vinsolation augmente donc, avec toutes ses conséquences, de Véqualeur au pôle.

Précipitations atmosphériques. — Si frappants que soient les contrastes thermiques entre la montagne et la plaine, ceux que présente îa répartition de l'humidité sont peut-être plus significatifs. Ce qui frappe encore plus c'est la variété et l'irrégularité capricieuse de la nature montagnarde. Le brouillard enveloppe un versant, tandis que sur l'autre le soleil brille, une pluie glacée mêlée de grêle tombe avec une violence inouie, tandis qu'à quelques centaines de mètres le ciel est serein...

Un fait général bien connu domine : c'est l'augmentation de la somme annuelle des précipitations avec l'altitude. Cette augmentation est encore plus irrégulière que la diminution de la température et il est impossible d'en donner une valeur moyenne, même approximative. Les chiffres suivants, qui sont la moyenne d'un grand nombre de stations de l'Allemagne (en dehors des Alpes), peuvent donner une idée des conditions dans un climat tempéré continental :

Altitude. 0 à 200 m. 2 à 300 m. 4 à 500 m. 5 à 700 m. 700 à 1 000 m. Pluie . . 580 mm. 650 mm. 780 mm. 850 mm. 1 000 mm.

En général, l'augmentation des précipitations est plus rapide sur les pentes raides que sur les pentes douces. Huber [15] a établi la formule suivante, qui donne la quantité de pluie annuelle en fonction de l'altitude (h) et de la pente (a) pour le canton de Baie :

S = 793 mm. + 0,414 h + 381,6tga

Mais, comme la pluie augmente plus vite au début du mouvement ascendant de l'air, il en résulte que les pentes inférieures sont relativement plus arrosées. L'augmentation des précipitations peut se faire sentir même en plaine à 100 km. du pied d'une chaîne très élevée.

Bogra.

Mymensingh.

Silhet.

96 km.

48 km.

32 km.

231 cm.

274 cm.

380 cm.

Un des exemples les plus typiques est donné par les stations suivantes situées à moins de 20 m. d'altitude dans la plaine du Gange [Hann, 1] :

Dacca.

Distance de l'Himalaya . ICI km.

Précipitations 191 cm.

On conçoit dès lors que les plus hauts reliefs ne soient pas forcément ceux qui reçoivent les plus abondantes précipitations. La pluviosité augmente en moyenne plus vite dans les montagnes relativement peu élevées (Vosges, Forêt-Noire, Bohême) que dans les grands massifs des Alpes. Le facteur le plus important de tous est cependant l'orientation par rapport aux vents pluvieux.

Presque jamais les deux versants d'une même chaîne ne reçoivent, toutes choses égales d'ailleurs, la même quantité de pluie à la même altitude. Le contraste est d'autant plus grand que la direction des vents pluvieux se rapproche de la normale à l'axe de la chaîne. C'est ainsi qu'il y a peu de différence entre le versant Nord et le versant Sud des Alpes orientales, tandis que le contraste est très marqué entre les deux versants des Vosges.

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