‹ Traité de géographie physique; climat - hydrographie - relief du sol - biogéographieChapitre 64 sur 162 · L.Léman · texte numérisé non relu

L.Léman

20° L.deGarde

Chiem see 15°

Koniqs see

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Fig. 142. — Courbes des températures de divers lacs, d'après Forel.

dès qu'elles approchent de 4°, en sorte que toute la masse acquiert la température de 4°. Si le refroidissement continue, le renouvellement des couches superficielles n'est plus possible, parce qu'elles deviennent plus légères, aussi leur température s'abaisse très rapidement et la congélation suit presque aussitôt, tandis que les eaux de profondeur restent à une température de 4°.

Ainsi la surface des lacs est sujette à des variations thermiques relativement très fortes, auxquelles échappent les couches profondes. En été, le réchauffement ne se fait pas sentir au delà d'une dizaine de mètres. On observe à cette profondeur une brusque saute de température; la baisse peut atteindre jusqu'cà 3 et 4° par mètre (fig. 142). C'est la couche critique (Sprungschicht des limnologues allemands). Au contraire, en hiver, cette couche est marquée par un relèvement de 0 à 4°. L'inversion des températures est, dans la saison froide, le phénomène normal.

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Ces caractères généraux du régime thermique peuvent varier suivant l'influence de divers facteurs. Le plus important est évidemment le climat. Les lacs des pays équatoriaux ne connaissent pas le régime extrême que nous venons de décrire. L'altitude peut cependant, même dans un pays chaud, ramener les lacs aux conditions des régions froides. La profondeur moyenne est un élément très important du régime thermique. La température décroît vite en profondeur dans les cuvettes lacustres largement excavées. C'est ainsi que dans le lac de Genève, dont la forme est celle d'une auge régulière, avec une profondeur moyenne de 152 m., on trouve à 100 m. de profondeur une température de 4°. Le lac du Bourget, dont la profondeur moyenne n'est que de 81 m., accuse pour la même profondeur une température de 3° 7 [Delebecque, S].

Les courants ne font pas entièrement défaut dans les lacs, mais leur activité dépend de la forme du bassin. Plus développés dans les lacs de forme arrondie, ils leur assurent une température plus uniforme. Dans les lacs allongés et de contours irréguliers, la décroissance des températures en profondeur est beaucoup plus rapide. La comparaison des lacs d'Annecy et d'Aiguebelette est à cet égard très démonstrative (cf. fîg. 139).

Annecy Surf. 19°, 6 10 m. 15°,2 20 m. 7°,1 fond 4°, 6

Aiguebelette ... — 20°,9 — 10°,3 4° ,9 — 4°,2

Enfin il y a lieu de tenir compte de la nature de l'alimentation. Les torrents glaciaires débouchant dans les lacs contribuent au réchauffement des couches profondes. Ce résultat, en apparence paradoxal, s'explique cependant facilement pour quiconque a vu les eaux du Rhône à leur débouché dans le lac de Genève. Le flot jaune du fleuve alpin s'avance quelque temps, entraîné par sa vitesse, à la surface des eaux bleues du lac, mais bientôt, emportées par leur poids, les eaux boueuses s'enfoncent brusquement au milieu des remous qui sont connus sous le nom de bataillère (v. planche IV). En tombant ainsi au fond du lac, les eaux des torrents glaciaires refoulent les eaux de fond lacustres, dont la température est toujours voisine de 4°. Le brassage des eaux qui en résulte favorise la propagation de la chaleur des couches superficielles.

Certains lacs sont en partie alimentés par des sources. Si ces sources sont chaudes, elles peuvent élever localement la température du fond, mais l'expérience montre que leur influence ne se fait jamais sentir sur un rayon très étendu.

Classification thermique des lacs. — En tenant compte des influences variées que nous venons d'analyser, on peut distinguer, avec Forel [4], plusieurs types de régimes thermiques. Le régime tropical est caractérisé par une température de surface toujours supérieure à 4°. Le régime tempéré admet la possibilité d'un abaissement au-dessous de 4° pour les eaux de surface. Enfin, dans le régime polaire, la surface est constamment au-dessous de 4°.

Dans les lacs de régime tropical, la surface ne peut geler; la température décroît constamment en profondeur, mais on observe cependant une couche critique (Sprungschicht), où la température s'abaisse très rapidement et qui forme la limite de la zone sensible aux variations de température. Tous les lacs de la zone tropicale rentrent évidemment dans cette catégorie, mais elle comprend encore les nappes lacustres les plus étendues et les plus profondes de la zone tempérée, en dehors des climats continentaux extrêmes. Une masse d'eau considérable, une cuvette de forme arrondie ou elliptique permettant aux courants de se développer, enfin une alimentation abondante en eaux glaciaires lourdes, qui tombent au fond et amènent un brassage des couches lacustres, telles sont les conditions qui favorisent l'extension du régime tropical.

Dans le régime tempéré, la surface, pouvant atteindre 4°, est exposée à la congélation, qui suit presque toujours l'établissement de la stratification thermique inverse. En effet les eaux à la température de 4° s'entassent dans les couches profondes. Dès que toute la masse lacustre a atteint la température uniforme de 4°, le refroidissement continuant à la surface, sans que désormais le renouvellement de la couche superficielle puisse se faire, la congélation est imminente. L'expérience a toujours montré qu'elle suivait de près l'apparition des températures de 4° à la surface. Tous les lacs de montagne de la zone tempérée et les lacs des climats continentaux extrêmes rentrent dans cette catégorie. Les nappes lacustres peu profondes, même dans les climats océaniques, peuvent être exposées à la congélation.

Dans le régime polaire, la surface lacustre est presque toujours à une température voisine de 4°. La stratification thermique inverse est donc la règle. La congélation est possible en toute saison, et n'est parfois retardée que par un phénomène analogue à la sursaturation. Tous les lacs de haute montagne de la zone tempérée, les lacs de montagne de la zone froide, et tous les lacs des régions polaires rentrent dans cette catégorie.

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Mouvements et oscillations de niveau, courants, seiches. — Les

mouvements des eaux lacustres ne sont pas moins intéressants que leurs variations thermiques. Leur surface est, comme celle des mers, ridée de vagues, qui peuvent parfois devenir périlleuses pour les petites embarcations. Dans les grandes nappes lacustres, elle est brassée par des courants, beaucoup moins rapides que ceux des océans, mais qui paraissent obéir aux mêmes lois. Partout où on les a étudiés (lac de Genève, Balaton, lacs Canadiens), on a constaté

Fig. 143. — Courants des grands lacs canadiens, d'après Russell.

qu'ils forment des tourbillons serrés contre les rives et tendant à faire le tour du bassin. L'impulsion première paraît donnée par les vents dominants (fîg. 143).

Mais les mouvements les plus intéressants des eaux lacustres sont les oscillations de niveau qui les gonflent ou les dépriment, suivant un rythme régulier ou irrégulier. Gomme dans les mers continentales, les marées sont insensibles; mais on a depuis longtemps observé des oscillations connues des riverains du Léman sous le nom de seiches. A certains moments, le niveau du lac baisse de là. 2 mètres à Genève, tandis qu'il se relève à l'embouchure du Rhône; puis on le voit se relever à l'Ouest et s'abaisser à l'Est; l'oscillation se répète avec une amplitude de plus en plus faible pendant plusieurs jours. Forel a montré [4] que ce phénomène est attribuable aux variations

de la pression atmosphérique. La baisse du niveau est déterminée par la pression plus forte d'un côté que de l'autre. Les oscillations rythmiques manifestent la tendance de la nappe lacustre à revenir à l'état d'équilibre. L'explication a été reconnue exacte, dans tous les cas où l'on a pu étudier scientifiquement le phénomène des seiches, notamment dans les grands lacs Canadiens [Peukins, 15], au lac Balaton et au lac de Constance.

Variations saisonnales. — Les variations saisonnales des lacs sont de nature tout autre. Il ne s'agit plus d'oscillations rythmiques comparables aux vagues ou aux marées, mais de diminutions et d'augmentations du volume total des eaux, d'où résulte une montée ou une baisse générale de la surface d'équilibre. Ces variations peuvent changer l'aspect d'un lac jusqu'à le rendre entièrement méconnaissable. Dans les cas extrêmes, le lac peut même disparaître temporairement.

Le volume, et par suite le niveau d'un lac, dépend de l'équilibre entre l'alimentation et la perte en eau. L'alimentation (A) est surtout due aux cours d'eaux affluents (Ar), mais des sources peuvent aussi y contribuer (As), et, dans le cas des grandes nappes lacustres, il y a lieu de tenir compte des précipitations tombant à la surface (Ap). La perte en eau est due à l'évaporation (E), à l'infiltration (I), et surtout au débit de l'émissaire (D). La formule Ar-f- As + Ap — E +1 -f D exprime le cas très rare d'un équilibre parfait. Il suffît qu'un des des termes de la formule varie pour que le volume croisse ou diminue et que, par suite, le niveau s'élève ou s'abaisse, suivant la formule V' = V + Ar + As + Ap — (E + I + D).

On voit immédiatement que les variations du climat sont le facteur essentiel des oscillations du niveau, et que ces oscillations doivent être saisonnales, car les précipitations qui alimentent le lac, soit directement (Ap), soit indirectement (Ar), offrent partout une période annuelle plus ou moins marquée, et l'évaporation (E) dépend des variations thermiques. Mais on conçoit aussi que la topographie de la cuvette lacustre et de son bassin d'alimentation exerce également une influence notable.

Influence du climat. — Une pluviosité constante, une température égale toute l'année, telles sont les conditions les plus favorables à la stabilité des nappes lacustres. Elles sont réalisées dans les régions à climat équatorial. Mais nous ne connaissons pas de grand lac sur lequel elles exercent eurl influence. Les lacs de l'Afrique équatoriale

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sont à la limite de la zone du climat équatorial proprement dit. Les variations thermiques sont déjà plus fortes que dans le bassin du Congo. Le régime des pluies, sans offrir de saison sèche, présente un maximum très accentué. Le Victoria Nyanza, seul lac équatorial qui commence à nous être connu [Lyons, 18], atteint son plus haut niveau après la période de pluie principale (fig. 144).

L'étude de la grande nappe lacustre du Victoria Nyanza, entreprise par les Anglais, en vue de se rendre compte de son influence sur le régime du Nil, soulève un grand nombre de questions intéressantes. Son bassin d'alimentation embrasse à la fois des régions de pluies équatoriales (à l'ouest), et de pluies subéquatoriales, avec période sèche bien marquée (à l'est).

C'est ce qui explique l'amplitude de la courbe du niveau. Des variations locales sont dues à l'influence des vents. Il existe un système de courants, encore mal connu, qui paraît résulter à la fois de ces vents et de 1 evaporation plus intense sur la rive orientale.

S 0 N D Variations de niveau du Victoria Nyanza

Fig. 144. à Kisumu

(moyennes calculées d'après les observations de 1898-1900 publiées par Lyons).

Les climats à période sèche bien définie et à température moyenne élevée sont ceux où les variations de niveau des lacs sont le plus marquées. L'Afrique nous offre de nombreux exemples de grandes nappes lacustres, dont l'extension varie suivant la saison jusqu'à les rendre méconnaissables : lac Bangouéolo, lac Tchad [Tilho, 19]. Quand les rives sont plates, la surface du lac peut être réduite de plus de moitié pendant la saison sèche, au grand embarras des cartographes, auxquels les explorateurs rapportent des renseignements contradictoires.

Dans les régions désertiques et subdésertiques, l'alimentation fait défaut presque constamment, toutes les rivières étant temporaires. L'écoulement manque, mais l'évaporation est extrêmement active. La formule normale devient V' = V — (E + 1). Seules des cuvettes très profondes peuvent abriter des lacs permanents. On donne dans le Sahara le nom de Chott, ou de Sebkha à des cuvettes dont le fond plat, généralement vaseux, ne se recouvre d'eau qu'à la suite d'une pluie d'orage, et est entouré de croûtes salines. Ces cuvettes se retrouvent dans tous les déserts. Seule l'Asie centrale possède des lacs désertiques à peu près permanents alimentés par les puis-

santés rivières que nourrissent les neiges éternelles de ses hautes montagnes; mais Sven Hedin [20] a montré que le plus important de ces lacs est sujet à de véritables migrations.

D'après cet explorateur, les contradictions que présentent les renseignements rapportés de cette région à différentes époques s'expliquent par les déplacements constants du Lob Nor. Actuellement les eaux du Tarim viennent se perdre dans la cuvette du Kara Koschum, qui se remplit de sable et d'argile. Auparavant, elles gagnaient la dépression du Lob Nor, qui a été complètement remplie et est actuellement occupée par un désert

Fig. 145. — Evolution de la région du Lob Nor, d'après Sven Hedin. Échelle 1 : 3.000.000.

La carte représente la situation vers 1900. — Le schéma montre : AB, ancien cours du Lob Nor; LN, dépression lacustre du Lob Nor marquée sur les anciennes cartes chinoises reproduites par les explorateurs; ACC, lit actuel du Tarim situé le plus à l*Est: ADD', lit actuel du Tarim qui roule le plus d'eau; DE, ancien lit occidental déjà abandonné; KK, Kara Koschum. Le grisé vertical indique la région actuellement soumise à l'érosion éolienne, le grisé horizontal la région qui se comble actuellement par les apports des rivières. Le mouvement de migration du Tarim est marqué par une flèche.

d'argile. Le vent érode activement ce sol argileux en y sculpant des crêtes étroites parallèles (yardangs); quand cette érosion aura suffisamment abaissé le niveau général et que l'alluvionnement aura surélevé la dépression du Kara Koschum, les eaux reviendront au Lob Nor. On verra alors l'érosion éolienne attaquer à nouveau le Kara Koschum, l'alluvionnement combler progressivement le Lob Nor et les eaux reprendre au bout de quelque temps le chemin du Sud. Les régions couvertes par de grandes épaisseurs de sables sont seules à l'abri de l'érosion éolienne et de l'invasion périodique des eaux.

Oh

Planche IV.

E. de Martonne. Geograpliie Physique.

LES LACS 337

Dans les pays à climat tempéré, les oscillations des lacs sont en général beaucoup moins marquées que clans la zone chaude, à cause de l'absence d'une période sèche dans le régime des pluies. Les lacs d'Ecosse, qui ont été particulièrement bien étudiés [Murray, 11], n'ont pas laissé reconnaître une période annuelle sensible.

Dans les pays froids et les montagnes, il y a au contraire une période bien marquée, avec minimum d'hiver et d'été et maximum principal au printemps. En hiver l'évaporation est très réduite, mais l'alimentation est complètement supprimée, toutes les précipitations donnant de la neige qui ne fond pas. Au printemps le dégel amène un brusque gonflement. C'est au début de l'été que les eaux sont généralement le plus basses, la fonte des neiges ayant cessé, tandis que l'évaporation augmente considérablement avec la chaleur, avant que l'inlluence des pluies d'été n'aie pu se faire sentir.

Ce régime est celui des grands lacs canadiens, ainsi que des lacs du nord de la Russie.

Les conditions topographiques peuvent toujours modifier le régime déterminé par le climat en atténuant ou rendant plus sensibles les variations de volume et de niveau des lacs.

Influences topographiques. — La topographie de la cuvette lacustre et celle du bassin d'alimentation exercent toujours une influence sensible sur les variations de niveau. Ces variations sont d'autant plus fortes que la profondeur moyenne est plus faible, car l'évaporation se fait sur une surface d'autant plus grande. Même dans les régions les plus humides de la zone tempérée, un lac dont la profondeur moyenne ne dépasse pas deux mètres est exposé à être temporairement réduit à l'état de marécage. Les lacs d'origine fluviale qui accompagnent les grands fleuves des pays équatoriaux (Congo, Amazone), sont, malgré l'humidité constante de l'atmosphère, sujets à un assèchement presque complet, à cause de leur faible profondeur. Au contraire, des cuvettes d'une profondeur moyenne dépassant 100 mètres sont, quels que soient l'intensité de l'évaporation et les caprices de l'alimentation, relativement stables. Les lacs tectoniques et les lacs de creusement glaciaire ont à cet égard un avantage très marqué.

L'étendue du bassin d'alimentation est un des facteurs essentiels. Si elle est considérable, c'est le régime des rivières affluentes, et par suite celui des pluies, qui règle les oscillations de niveau des lacs ; si, au contraire, elle est très réduite, c'est l'intensité de l'évaporation, par suite la température, qui est le facteur principal. La topographie du bassin d'alimentation n'est pas moins importante. Si les pentes sont très fortes, la région montagneuse; les rivières affluentes auront l'allure de torrents, les précipitations pourront être souvent neigeuses. Les lacs de cirques sont, pour ces raisons, sujets à des varia-

E. de Martonnk, Géographie physique. 22

tions beaucoup plus sensibles qu'on ne serait tenté de le supposer, d'après leur profondeur moyenne, généralement assez grande. Ces variations sont augmentées par le fait que ces lacs sont fréquemment privés d'écoulement superficiel et ne sont alimentés que par le ruissellement.

Toutes choses égales d'ailleurs, les nappes lacustres les plus stables sont celles qui possèdent un émissaire superficiel. En effet, toute montée du niveau due à une brusque augmentation d'alimentation est combattue par l'augmentation du débit de l'émissaire, qui en résulte forcément. Le dégagement par écoulement souterrain est au contraire limité par la section du canal d'écoulement. C'est dans les montagnes et en général dans les régions calcaires qu'on trouve surtout les lacs privés d'émissaire superficiel. Les nappes lacustres nichées au fond des polje des Alpes Illyriennes s'enflent brusquement après les grandes pluies, au grand dommage des villages établis sur leurs alluvions, qui sont les seules terres cultivables dans ces régions pierreuses; elles se dessèchent par contre presque entièrement pendant les années sèches, en découvrant un sol de limon producteur de miasmes paludéens.

L'assainissement des plaines intérieures de la Bosnie et de l'Herzégovine a été un problème vital qui s'est imposé à l'administration autrichienne, et pour la solution duquel n'ont été épargnés ni les recherches géologiques ni les travaux d'ingénieurs. En Italie, le dessèchement du lac Fucin par un canal souterrain de plus de 6 km. a répondu aux mêmes nécessités. Tous les bassins intérieurs de l'Apennin sont plus ou moins sujets au paludisme et réclament des travaux de drainage. Le même problème se pose dans toutes les dépressions privées d'écoulement, quelle qu'en soit l'origine. Ainsi la ville de Mexico, bâtie au bord du lac de Tetzcoco, dans un de ces bassins intérieurs dont fourmillent les hautes terres américaines, a été amenée, pour parer aux inondations et aux influences paludéennes, à assurer l'écoulement du lac par un canal de 47 km., et un tunnel de 10 km. percé à travers une chaîne de montagnes.

Les lacs alluviaux sont dans des conditions assez particulières. Ils ne sont alimentés que par les infiltrations et par le trop-plein des eaux de crues du grand fleuve, qui leur arrivent par des canaux généralement assez étroits. Lorsque les eaux baissent dans le chenal principal, le lac se vide en grande partie. L'alimentation est temporaire, comme l'écoulement, mais l'évaporation est constante. Aussi l'assèchement complet n'est-il pas rare (lacs du bas Danube, majeh du haut Nil, marigots du Niger). En réalité ce sont plutôt des parties du système fluvial que des nappes lacustres proprement dites.

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Oscillations séculaires des lacs. — Dans les conditions normales, la montée et la baisse des eaux d'un lac s'équilibrent à peu près au bout d'une année. Mais la balance peut être inégale. Si, pendant plusieurs années de suite, elle penche du même côté, on constate une montée ou une baisse permanente des eaux. Presque tous les lacs sont soumis à de pareilles variations, qui reflètent les variations séculaires du climat. Les périodes sèches sont suivies d'une baisse

Fig. 146. — Variations du Grand Lac Salé, d'après Gilbert.

Le pointillé indique le sol rocheux et montagneux; le grisé horizontal lâche, la surface du lac en 1850; le grisé horizontal serré, la surface submergée entre 1850 et 1869.

générale, les périodes pluvieuses d'un relèvement. L'intensité de ces variations séculaires des lacs est soumise aux mêmes lois que les variations saisonnales. Elle est d'autant plus marquée que la profondeur moyenne est plus faible, le bassin d'alimentation plus réduit. Elle est plus forte dans les climats chauds et secs.

Les grands lacs de l'Afrique orientale paraissent sujets à des variations séculaires très marquées, dont la période semble être de vingt-cinq ans. Un maximum général a été constaté vers 1876, époque à laquelle leTanganyika s'écoulait vers le Loukouga par-dessus un seuil asséché. Depuis, les années qui ont suivi 1900 ont amené un léger relèvement des eaux des lacs Albert et Albert-Edouard. Le lac Eiassi, qui avait à peu près complètement dis-

paru, en laissant à découvert une steppe saline, paraît s'étendre de nouveau.

Des variations séculaires ont été aussi constatées dans les lacs des États- Unis occidentaux, dont le Grand Lac Salé est le plus connu (fig. 146). Ces variations reflètent fidèlement celles de la pluviosité et confirmeraient, d'après Bruckner, l'existence de la période de trente-cinq ans des oscillations du climat (v. 2e partie, chapitre n).

Extinction nécessaire des lacs. — Si une série de variations séculaires se totalise par un résultat négatif, le lac est menacé d'extinction définitive. Ce résultat est inévitable, quand l'alimentation est en moyenne inférieure à la perte en eau. Il est autant plus à craindre que le climat est plus sec et plus chaud. C'est dans ce cas l'excès d'évaporation qui est le facteur principal de l'épuisement; car

Fig. 147. — Terrasses du lac Bonnevillc, d'après Gilbert. (Figure extraite de E. Suess : La Face de la Terre, traduction française.)

les nappes lacustres qui s'évanouissent ainsi sur place n'ont généralement pas d'émissaire. Aussi le premier indice de la prochaine disparition d'un lac est la concentration de plus en plus grande des eaux. Des croûtes salines se déposent sur les bords comme dans les sebkhas sahariennes. La salinité est évidemment d'autant plus grande, si le bassin d'alimentation du lac s'étend sur des terrains riches en sel marin et en gypse, comme c'est le cas sur les hauts plateaux algériens. On connaît plus d'un exemple de grands lacs aujourd'hui disparus, qui s'étaient formés par l'accumulation des eaux dans des bassins fermés, à une époque géologique très rapprochée de nous où les précipitations étaient plus abondantes. Dans les hauts plateaux de l'Ouest des États-Unis, on a donné des noms à ces vastes nappes lacustres, dont on a pu fixer exactement les contours : lac Bonneville, Lac Lahontan [Gilbert, 16; Russel, 17]; on a même pu retracer les principales oscillations qui en ont amené la disparition progressive. Des berges bien conservées marquent en effet nettement les niveaux atteints à chaque mouvement positif des eaux (fig. 147). Il semble qu'en général tous les lacs actuellement existants aient

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une tendance à disparaître. On n'en doit pas cependant conclure que le climat évolue partout vers une sécheresse plus grande. Une nappe lacustre est stable au point de vue climatique, si la moyenne de l'alimentation est égale à celle de l'épuisement, suivant la formule Ar + As + Ap =1 + E -f D. Mais il ne peut être stable au point de vue géologique. Tout lac est un organisme éphémère, que les forces travaillant au modelé continental tendent à faire disparaître.

Il n'y a guère d'exemples de lacs climatiquement stables, qui n'aient un émissaire. L'érosion exercée par cette rivière approfondit son lit, augmente donc son débit; par suite l'équilibre est rompu au profit du second terme de la formule Ar-f- As -f- Ap <I -f- E -f- D

Fig. 148. — Schéma de l'extinction des lacs :deux modes d'extinction géologique.

En haut, extinction par érosion : M, niveau do base océanique; MA, MA1, MA', MA3, profils successifs de l'émissaire approfondissant son thalweg; AB, A'B', A2B\ A3B3, surfaces lacustres de plus en plus réduites leur correspondant.

En bas, extinction par comblement : AB, surface lacustre primitive sans écoulement: BC, affluent apportant des alluvions; A'B1, surface lacustre relevée par l'apport des alluvions; A'M, émissaire; CB\ CB% CB3, affluent comblant progressivement le lac; A'B1, A'B", A'B3, surface lacustre de plus en plus réduite correspondant à ces empiétements.

Le lac ne pourra se maintenir que si son fond est au-dessous du niveau de la mer (fig. 148). Même dans ce cas il peut encore être appelé à disparaître. En effet, quelle que soit la topographie de la cuvette lacustre et de son bassin d'alimentation, les rivières affluentes y accumulent des alluvions qui tendent à combler le fond et à élever le plan d'eau. Un émissaire peut ainsi se former, même s'il n'en existe pas. Le débit de cet émissaire augmente constamment et le volume des eaux diminue. Cette évolution géologique sera évidemment d'autant plus rapide que la cuvette lacustre est moins profonde et le bassin d'alimentation plus étendu. C'est ainsi que disparaissent la plupart des lacs de barrage, et particulièrement les lacs d'origine glaciaire, qui sont si nombreux dans les régions septentrionales d'Europe et d'Amérique. Mais on peut dire que tout

lac est une forme transitoire, destinée à disparaître. L'accumulation et le séjour des eaux dans une cavité isolée témoignent d'une organisation imparfaite du drainage. L'évolution normale du modelé continental tend à assurer l'écoulement de toutes les eaux tombées à la surface du sol par des canaux fluviaux à pente régulière.

Ainsi les lacs doivent être envisagés comme des organismes dont l'existence est limitée. La topographie et le régime des eaux indiquent nettement à quelle phase de son existence se trouve un lac. Dans la première jeunesse, les traits caractéristiques de la topographie lacustre ne sont pas encore développés : la beine, le mont et la plaine peuvent faire défaut. Parfois même, il n'y a pas encore d'émissaire, et les variations de niveau, qui sont assez notables, se totalisent positivement. Un lac pourvu d'un émissaire, offrant une beine et une plaine bien développée, est parvenu à la maturité. Le régime doit être assez constant, les variations séculaires ne manifestent ni mouvement positif, ni mouvement négatif général. Dans un âge plus avancé, on voit le volume des eaux diminuer graduellement. De vastes grèves témoignent de l'intensité des oscillations saisonnales et séculaires dont la somme est de plus en plus nettement négative. La beine elle-même peut être abandonnée par les eaux et s'oblitère. Bientôt l'écoulement est supprimé. A partir de ce moment on peut dire que la fin est proche. Les variations de niveau deviennent de plus en plus fortes et la baisse des eaux finit par réduire le lac à l'état de marécage envahi par la végétation, ou, si le climat est particulièrement sec, de bourbier vaseux avec croûtes salines.

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