SA
après
Noter le développement des plaines alluviales et le sapement des lobes de rive convexe, indice de la migration des méandres vers l'aval. Le 1" et le 4e lobe en partant de l'amont sont presque entièrement rongés. Noter la capture de la Sàinte-Austreberte (SA.), forcée d'abandonner sa vallée inférieure débouchant dans la branche occidentale du 5e méandre, pour tomber directement dans le 4e méandre en face du point coté 8 mètres.
pente, toujours plus forte du côté amont, indique une tendance des méandres à se déplacer vers l'aval (v. fig. 193 et 194).
Évolution des méandres. — En réalité la formation des méandres encaissés est un épisode normal du développement des vallées. Nous avons vu que le fil de l'eau ne suit presque jamais le milieu du courant fluvial, mais vient buter alternativement sur une rive et sur l'autre (3e partie, chap. v). L'érosion, plus forte à l'endroit ainsi attaqué, fait reculer la rive et déplace latéralement le thalweg. Mais, plus le tracé du thalweg devient sinueux, plus la différence s'accentue entre l'érosion sur les deux rives. La rive concave recule ainsi de
plus en plus vite, le versant, continuellement sapé, y est de plus en plus abrupt. Au contraire la rive convexe, où le mouvement de l'eau est plus lent, voit se déposer des alluvions qui restent sur place, tandis que le fleuve se déplace, abandonnant son ancien lit. Le creusement linéaire du thalweg se poursuivant, ces alluvions restent suspendues à un niveau supérieur à celui du fleuve, tapissant une sorte d'éperon arrondi (fîg. 196). Une rivière assez vigoureuse
Fig. 195. — Recoupement des boucles du Neckar à LaufTen et Kirchheim. Echelle 1 : 100000; équidistance 10 m. (d'après la carte du Wurtemberg au 1 : 25 000).
Le recoupement est plus ancien à Kirchheim, où la boucle abandonnée ne forme plus une dépression à pente continue et est marécageuse. Dans les deux cas, l'ancien thalweg est drainé en partie artificiellement. L'importance industrielle de Lauffen est due à l'utilisation de la chute au point de recoupement de la boucle.
peut aller jusqu'à recouper ses boucles, en détachant l'éperon de la rive convexe. C'est ce qu'à réussi à effectuer le Neckar près de Lauffen (fig. 195). Le recoupement est assez récent pour que l'accroissement de pente qui en résulte pour le fleuve se traduise encore par des rapides, utilisés comme force motrice. La vallée de la Moselle dans la traversée du Massif schisteux rhénan et celle de la Marne aux environs de Paris offrent aussi des exemples de méandres recoupés.
Le recoupement des boucles est certainement l'épisode le plus curieux du développement des méandres, mais il n'est pas le plus commun, ni le plus important. Un fait sur lequel on n'a pas assez appelé l'attention est la migration des méandres vers l'aval, qui se traduit par une dissymétrie des lobes de rive convexe (fig. 196). C'est dans les plaines alluviales, où le thalweg n'est pas fixé, qu'on observe le mieux le déplacement des méandres et la dissymétrie des boucles. Ce phénomène est dû au sapement que le courant exerce en butant d'une rive à l'autre et qui est naturellement plus accentué dans la branche d'amont que dans la branche d'aval. Dans les vallées jeunes à méandres encaissés, où l'approfondissement vertical l'emporte sur le façonnement des versants et où par suite le thalweg a une certaine fixité, la migration des méandres est au contraire peu sensible, surtout quand l'élaboration du profil d'équilibre est retardée par la dureté des roches. Ainsi, dans la vallée de la Meuse ardennaise, la dissymétrie des lobes convexes est peu marquée (fig. 193), elle est au contraire frappante dans la vallée de la Seine 'beaucoup plus évoluée (fig. 194) et de même dans la vallée du Neckar (fig. 195). L'exagération des méandres et leur migration vers l'aval doivent forcer les affluents à déplacer leur embouchure. Les petites rivières ne peuvent pas toujours suivre le mouvement et sont obligées de se jeter plus en amont. La figure 194 en montre un exemple, celui de la Sainte-Austreberte, qui a dû abandonner sa vallée inférieure. L'Épte est menacée du môme sort par l'avancée d'un méandre de la Seine.
La migration des méandres doit avoir comme résultat, si elle se poursuit librement, la disparition complète des lobes convexes (fig. 196). La vallée très élargie devient une plaine alluviale, où le fleuve décrit des méandres ne touchant au versant que par quelques points. Les exemples de ce dernier stade sont nombreux, particulièrement dans le cours moyen des grandes rivières. On peut citer en France les vallées de la Dordogne et du Lot.
Lorsqu'une rivière parvenue à ce stade est appauvrie par des captures, ou surchargée d'alluvions, il arrive qu'elle ne puisse plus suivre la courbe de ses méandres, et que le thalweg ne touche plus du tout le pied des versants. La Meuse en amont du Massif ardennais
Fig. 196. — Schéma de l'évolution d'une vallée à méandre?
d'après Davis.
en offre un des exemples les plus frappants qui soient connus. Elle erre dans une vallée qui n'est plus à sa taille, décrivant des méandres réduits dans sa plaine alluviale. Très souvent l'abandon
des anciens méandres est lié à la for- >L!V M mation des terrasses. Mais cet épisode
mérite une étude spéciale.
Terrasses. — Aucune forme d'accumulation n'est stable. Nous avons déjà indiqué que les plaines alluviales situées au-dessus du profil d'équilibre sont destinées à disparaître. Le fleuve commence par se creuser un nouveau lit en s'enfonçant verticalement dans les alluvions; il en résulte la formation de terrasses (fig. 197, B). Si le creusement s'arrête, la nouvelle vallée peut s'élargir et des alluvions s'y déposer de nouveau (G). Un nouveau creusement dans ces alluvions donnera une seconde terrasse inférieure à la première (D).
Si l'érosion pénètre assez profondément, la roche en place sera atteinte, les alluvions pourront être localement enlevées et on verra apparaître une terrasse dans le roc (R, au stade C). On appelle quelquefois terrasses d'érosion de pareilles terrasses, par opposition aux terrasses alluviales, où la surface de la plaine alluviale est conservée.
Mais c'est une distinction artificielle.
Il arrive fréquemment, surtout dans les vallées à méandres, que le creusement dans les alluvions anciennes soit accompagné de la formation d'un grand nombre de terrasses, qui mettent à jour par endroits la roche en place. En les étudiant de près, on remarque que la roche apparaît toujours à l'extrémité d'éperons correspondant à une rive convexe rongée par le déplacement d'un méandre. La rivière, pour éviter de creuser dans le roc, s'est rejetée d'un autre côté, et il en résulte une série de terrasses à bords en arc de cercle. Pareil cas est fréquent dans les rivières du Massachusetts et de l'Angleterre [Davis, 27].
Fig. 197. — Schéma de la formation des terrasses.
La vallée à terrasses est une des formes topographiques les plus répandues dans les régions montagneuses. Les circonstances qui peuvent amener la formation des terrasses sont en effet très nombreuses. L'érosion d'un seuil rocheux, derrière lequel s'était formée une vallée encombrée d'alluvions, amène, lorsqu'elle est achevée, le creusement de la vallée dans la plaine alluviale. L'assèchement ou la baisse de niveau d'un lac peut avoir le même résultat pour les vallées qui y débouchent. Un changement de climat peut aussi faire succéder le creusement à l'accumulation. Dans les climats secs la pente des surfaces alluviales est plus forte, à cause de la diminution de volume que les cours d'eau éprouvent pendant une partie de l'année, et qui a comme conséquence le dépôt des matériaux. Si la durée de la saison sèche diminue, l'érosion reprend le dessus. Les terrasses qu'on observe sur le bord des Montagnes Rocheuses peuvent être dues en grande partie à des changements de climat de ce genre. Les terrasses des cours d'eau alpins ont, elles-mêmes, été expliquées comme le résultat des changements de climat de la période quaternaire : pendant les périodes glaciaires les rivières étaient impuissantes à entraîner jusqu'à k mer les alluvions provenant des énormes moraines des glaciers; pendant les périodes interglaciaires elles retrouvaient leur force et s'enfonçaient dans les nappes alluviales.
La cause la plus souvent invoquée pour expliquer les terrasses est un changement dans la position relative du continent et du niveau de base. C'est la seule qui puisse rendre compte des terrasses si fréquentes dans les plaines, et particulièrement des terrasses dans la roche. Mais on discute encore sur la question de savoir si le changement doit être attribué à des mouvements du sol ou de la surface des mers.
La seconde hypothèse a été particulièrement soutenue par le Gal de Lamothe, qui a réussi à en donner une démonstration pour les terrasses de Tisser en montrant leur rapport avec les terrasses marines de la côte Algérienne [26]. Bien des géologues nient il est vrai la possibilité de déplacements du niveau des mers d'une amplitude aussi grande que celle supposée dans ce cas. Mais s'il est difficile de concevoir des bouleversements de la croûte terrestre capables d'abaisser le niveau des océans de plus de 100 mètres, il faut avouer qu'il ne l'est pas moins d'imaginer des mouvements du sol simultanés soulevant les continents partout exactement au même niveau [37]. C'est pourtant ce qu'on se trouve forcé d'admettre, si l'on suppose le niveau des mers invariable, en présence des études qui se multiplient de jour en jour, signalant des niveaux concordants de terrasses fluviales et de plages marines. Différents auteurs ont signalé tout autour de la Méditerranée des terrasses à des altitudes relatives de 15, 35 et 100 mètres.
On a même cru retrouver des niveaux intermédiaires ou plus élevés. Il est vrai que ces études n'ont pas toujours le degré de précision nécessaire au sujet.
L'usage de cartes en courbes de niveau détaillées est nécessaire, sans dispenser de nivellements barométriques très soignés. Il est très rare que les terrasses ne présentent pas une pente transversale; la mesure de l'altitude brute en un ou plusieurs points (B, CD, fîg. 198) ne saurait donc suffire, il
Fig. 1
— Détermination de l'altitude relative des terrasses. On doit tâcher de retrouver l'ancien thalweg- A en prolongeant les pentes EB, DG.
faut tâcher de retrouver l'altitude du thalweg correspondant à la surface de la terrasse (A., fig. 198). L'étude de un ou deux profils est insuffisante ; les terrasses doivent être suivies jusqu'à l'embouchure de la rivière. L'altitude des terrasses doit être rapportée à celle du thalweg actuel dans le cas où celui-ci a un profil d'équilibre. Mais on doit tenir compte (ce qui n'a pas été fait par le Gal de Lamothe) de la possibilité de pentes plus ou moins fortes des surfaces alluviales, dues à des changements de climats, toutes les fois que les rivières sortent de régions montagneuses.
En résumé l'étude des terrasses est plus complexe et plus délicate qu'on ne l'a imaginé tout d'abord. Les documents accumulés sur ce sujet sont de valeur inégale. Il est certain qu'on doit toujours avoir présent à l'esprit les
^s-Sitoï-n
Fig. 199.' — Stratification torrentielle (A) et stratification deltaïque (B). Coupes schématiques.
différentes causes qui ont pu amener le passage de l'accumulation au creusement, et ne pas considérer de parti pris une seule.
Étude géologique de V accumulation. — Même lorsque les formes topographiques dues à l'accumulation ont disparu par suite de l'érosion, les lambeaux d'alluvions conservés par endroits sont un sujet d'étude intéressant non seulement pour le géologue, qui les classe sous la rubrique alluvions anciennes, et les observe dans les carrières ou les coupes naturelles des chemins, mais même pour le géographe. Celui-ci y trouve en effet des témoins d'un certain stade d'érosion, pouvant expliquer certaines formes dues à un cycle antérieur. Il y a intérêt à savoir reconnaître dans une coupe un ancien delta, un ancien cône de déjection, une ancienne terrasse.
Les dépôts d'une plaine d'inondation sont formés d'éléments fins, sable, argile, cailloutis menus, bien calibrés et se succédant en strates parallèles. Au contraire, les dépôts torrentiels sont caractérisés par une stratification confuse, où les couches s'entrecroisent suivant des angles aigus. Cette structure très caractéristique permettra notamment de distinguer un cône de déjection d'un delta, où la pente des couches est régulière et diminue progressivement, en même temps que la grosseur des matériaux (fig. 199).
L'âge relatif des terrasses est important à connaître. En général, les terrasses les plus élevées sont les plus anciennes (cf. fig. 197). Un critérium plus sûr peut être tiré de l'état de décomposition plus ou moins avancé des cailloux. Les terrasses, généralement perméables, sont parcourues par les eaux d'infiltration, la décomposition chimique y attaque particulièrement les cailloux cristallins et calcaires. Sur le bord des Alpes, on reconnaît les terrasses anciennes à la décomposition avancée des granités, qui s'effritent en arène sous la pression des doigts.
Cycle d'érosion, jeunesse, maturité, sénilité. — Nous sommes maintenant en état de comprendre pleinement la signification du terme cycle d'érosion. Il désigne une succession invariable d'événements, dus principalement à l'action des eaux courantes, par laquelle les formes originelles delà surface du sol sont transformées, en aboutissant à un terme toujours identique : la pénéplaine.
Les débuts du cycle sont marqués par une activité très grande de tous les agents d'érosion : creusement rapide du lit, éboulements et ravinements sur les versants en pente raide, captures modifiant le réseau hydrographique, qui n'est point encore adapté aux conditions de pente et de structure. Ce premier stade peut être appelé la jeunesse, et l'on parlera des formes développées généralement dans ces conditions comme de formes de jeunesse. Les exemples les plus frappants s'en trouvent dans les montagnes, avec leurs gorges, leurs plaines d'alluvions grossières, leurs cascades, leurs torrents, etc.
Quand les rivières principales ont atteint le profil d'équilibre, les affluents suivent leur exemple, puis la pente des versants s'adoucit; les éboulements sont remplacés par le glissement insensible des produits de décomposition. Les modifications de la surface continuent, mais d'une façon plus lente et plus régulière. Le modelé, adapté à la structure du sous-sol, paraît réglé en vue de l'écoulement le plus constant des eaux. Cet état paraît mériter le nom de maturité et l'on parlera de formes de maturité, comme on parle de formes de jeunesse.
L'évolution continuant, on verra la pente des versants diminuer encore, la surface générale s'approchant de plus en plus d'une pénéplaine. Les produits de décomposition s'accumulent, voilant toute aspérité du sous-sol, filtrant les eaux, et réduisant le ruissellement
superficiel. Les rivières lentes et paisibles ne charrient plus que des particules argileuses. L'accumulation n'est pas plus active que le creusement. Il semble que toutes les forces soient endormies. Cet état mérite bien le nom de sénilité. La pénéplaine est le type des formes séniles.
La notion de cycle d'érosion est aussi ancienne que celle de pénépiaine; elle est implicitement contenue dans les écrits des premiers géologues qui ont reconnu le rôle primordial des eaux courantes dans le modelé. Mais c'est W. M. Davis [22] qui a créé les termes et introduit les expressions imagées de jeunesse, maturité, sénilité, devenues d'un usage courant.
Des doutes ont été récemment élevés [23, 24] sur leur valeur, et il faut reconnaître que leur usage présente souvent des difficultés. Si les deux termes extrêmes du cycle d'érosion sont faciles à reconnaître, le terme moyen, la maturité, reste une notion un peu vague. Davis lui-même éprouve le besoin de préciser, en parlant presque toujours de maturité commençante, ou de maturité parfaite, ou de maturité avancée.
Pour dissiper toute confusion, il est bon d'appeler l'attention sur les points suivants :
Le cycle d'érosion est une succession d'événements, c'est, au fond, une notion géologique, ou dynamique; ce n'est que par application qu'elle devient une notion géographique ou descriptive, l'expérience montrant que des formes déterminées correspondent en général à chaque stade.
L'âge des formes ne correspond pas forcément à celui du cycle. Dans une région formée de couches de consistance variée, le cycle d'érosion est partout théoriquement au même stade, mais l'évolution peut être plus rapide dans les roches tendres, où se développeront des formes de maturité avancée, alors que les roches dures offriront encore des formes de jeunesse (cf. ch. v).
On doit encore se rappeler que le relief général dépend toujours, sauf au stade de sénilité, de l'altitude relativement au niveau de base. Si les formes de jeunesse sont plus frappantes dans les montagnes, on en trouve également dans les collines, et même dans les plaines récemment exondées. La jeunesse se reconnaît toujours à l'instabilité du modelé et du réseau hydrographique, mais les formes et l'aspect général ne peuvent être pareilles en plaine et en montagne.
Ces réserves et ces précisions formulées, l'étude de l'âge des formes topographiques reste un moyen d'analyse géographique qui ne saurait être trop recommandé. Le contraste entre les formes de jeunesse et de sénilité dues à deux cycles successifs est vraiment caractéristique de certaines régions telles que le Massif Central français. Il est plus délicat de distinguer les formes de maturité développées après des formes séniles, ou les formes de jeunesse ayant succédé à des formes de maturité; mais là où la distinction est vraiment impossible, c'est que l'aspect géographique est assez uniforme pour ne pas valoir une analyse, dont l'intérêt serait purement géologique.
Rapidité de l'érosion. — Les considérations précédentes suffisent à montrer dans quelle mesure on peut répondre à la question qu'on est tenté naturellement de poser sur la durée d'un cycle d'érosion. L'évolution sera plus rapide dans les couches tendres et dans les régions de faible relief. Mais dans tous les cas, c'est le stade de jeunesse qui sera le plus court, vu l'activité extraordinaire déployée par tous les agents d'érosion.
L'intervention de l'homme déplaçant les cours d'eau a permis parfois de se rendre compte de la rapidité du creusement du thalweg en vue de l'établissement du profil d'équilibre.
La Kander, torrent débouchantdans l'Aar, fut détournée en 1714 dans le lac de Thun. Les ingénieurs d'alors n'avaient pas tenu compte de l'accroissement de pente qui résultait du rapprochement du niveau de base. Dès que les eaux lurent lâchées dans le canal de détournement, elles y commencèrent un furieux travail d'érosion; le canal fut approfondi de 45 mètres et le creusement remonta sur un espace de 9 km. [Aebi, 28].
A la suite de la régularisation du cours de l'Isar, on observa, du 23 octobre 1878 au 14 février 1885, un creusement de 1 m. 443 sur une longueur de 5 kilomètres, correspondant à un déblaiement de 22 775 mètres cubes de matériaux. L'Arve, l'Isère, l'Arc se sont approfondies respectivement, à la suite de travaux semblables, de 2 m. 40, 2 mètres et 3 m. 25.
La Duna, rivière de la Lithuanie, bloquée en 1901 par une débâcle de glaçons,
se déversa dans un vallon latéral, et, en 34 heures, put creuser dans des dolomies et marnes dévoniennes une gorge de 1 mètre à 3 m. 50 de profondeur, de 4 à 8 mètres de largeur, représentant un déblaiement de 2.250 mètres cubes de matériaux [Doss, 33].
Les chutes d'eau et les cataractes sont particulièrement intéressantes pour fixer les idées sur la rapidité de l'érosion. La cataracte du Niagara, une des plus grandioses et la mieux étudiée certainement du monde entier, a fourni des documents précieux à cet égard [29, 30]. Le seuil calcaire entaillé en fer à cheval, d'où se précipitent les eaux de la chute canadienne, a reculé de 100 m. de 1842 à 1905, soit en moyenue 1 m. 64 par an de 1890 à 1905. D'après Spencer [30], l'érosion n'est pas due seulement au sapement des schistes marneux formant le pied de la falaise, mais aussi à l'attaque directe de la table calcaire, qui forme le bord de l'abrupt d'où se précipite la chute.
Il ne faut pas oublier que ces chiffres se rapportent à des cas exceptionnels, le travail de l'érosion est essentiellement discontinu dans le temps et
Fig. 200. — Plan de la cataracte du Niagara (chute canadienne) montrant le recul de la chute, d'après Gilbert.
Le tracé en points et traits marque le bord du fer à cheval en 1842, — le tracé en traits discontinus le réprésente en 1875, — le trait continu marque le bord en 1905. AB est la ligne à partir de laquelle est mesuré le recul.
E. de Martonne, Géographie physique
dans l'espace. Le ruissellement, qui façonne les versants des vallées, n'entre en jeu qu'après de fortes pluies. Le creusement même du lit et l'alluvionnement se manifestent particulièrement dans les crises du régime fluvial. Une crue subite réveille les forces d'érosion chez la rivière la plus tranquille. En quelques jours, creusant ici, déposant là, elle pourra accomplir plus de changements dans la topographie de son lit ou de sa vallée que dans le cours de plusieurs années, parfois même d'un siècle. Cette activité spasmodique est de plus localisée en certains points. C'est dans les régions parvenues à maturité qu'elle est répartie de la façon la plus uniforme; aussi est-elle moins sensible que dans la jeunesse, où le creusement du lit se poursuit très rapidement, partout où le profil longitudinal présente une brisure. Les rapides et les chutes sont des lieux d'érosion intense, mais la rivière la plus fougueuse a des sections où son activité semble endormie. Dans les gorges du Tarn, où l'érosion poursuit son œuvre de façon visible, on passe alternativement par des rapides où le fleuve bouillonne, et par des espèces de lacs appelés planiols.
Le volume des sédiments charriés par les grands fleuves peut être pris comme mesure de la valeur de la dénudation actuelle. Le Rhône, dans son cours supérieur, enlève à son bassin une couche épaisse en moyenne de 0,288 mm. par an; pour la Reuss on a trouvé 0,242 [31]. En combinant diverses évaluations analogues, déduites de mesures effectuées sur divers grands fleuves (Nil, Mississipi, etc.)# et en tenant compte approximativement des sédiments déposés dans les lacs et les bassins intérieurs, Penck conclut que l'épaisseur de la couche enlevée annuellement par la dénudation fluviale serait de 0,04 mm., et qu'un abaissement moyen d'un mètre demanderait 1440 ans [8].
S'il est impossible de donner une valeur moyenne du cycle d'érosion, on peut en définitive conclure que cette durée est faible par rapport à celle d'une période géologique.
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36. — Horwitz (L.). Contribution à l'étude des cônes de déjections dans la vallée du Rhône (Bul. Soc. Vaudoise Se. Nat., XLVII, 1911, p. 215-230) (cf. Stiny (J.) Die Muren. Versuch einer Monographie, mit besonderer Berûcksichtigung der Verhâltnisse in der Tiroler Alpen. Innsbruck, 1910, in-8°, Vin + 141 p. et M. Gortani, Materiali per lo Studio délie forme di accumulamento. Mém. G. Suppl. alla Riv. G. liai., n° 20, 1912).
37. — Gignoux (M.). Résultats généraux d'une étude des anciens rivages dans la Méditerranée occidentale. An. Univ. Grenoble, XXIII, 1911.
CARTES A CONSULTER
Ruissellement et torrents. — France, 80 000 : 178 Grenoble NE. et SE. 160l<* VallorcineNW., 200, Gap.
Suisse, 50 000 : 410 Thusis, 482 Sierre, 401 Elm, 496 Visp, 508 Biasca.
Vallées dissymétriques. — France, 80000 : 240 Tarbes NE., 241 St-Gaudens NW. et S W., 228 Castelnau, 229 Auch NW. et SW. France, 200 000 : 70 Tarbes, 71 Toulouse.
Méandres divagants. — Map of the alluvial valley of the Mississipi river, published by the Mississippi river commission. St. Louis Mo.
Mitteleuropa, 200 000 : 34/48 Wien, 38/46 Szegedin, 35/48 Presburg.
Roumanie, 50000 : XVIII/Y, Tichilescii; XVIII/Z, Turcoia; XX/Y Giurgenii ; XXI/Y Harsova ; XI/T Racaciuni ; X/T Bacau.
Roumanie, 200 000 : VI/F Harsova; VII/N Calarasi.
Méandres encaissés. — France, 80 000 : 15 Givet; 19 Yvetot SE.; 30 Lisieux NE. ; 31 Rouen NW. et SW.; 210 Orange NW. France, 50 000 : XXIV/14 Lagny, XXII/13 Pontoise, XXII/14 Versailles. France, 200 000 : 15 Rouen.
Allemagne, 100 000 : 523 Trier, 524 Berncastel, 504 Cochem. Wurtemberg, 50 000 : XXXIV Besigheim, XXX Hall, XXXIX Liebenzell. Belgique, 40 000 : 53 Dinant.
Suisse, 25 000 : 317 Kirchlindach. 331 Freiburg.
États-Unis, 62 500 : Pennsylvania : Pittsburg, Brownsville, Rural valley; — Ohio : St. Clairsville; — W. Virginia : Elizabeth, Philippi, Glarington.
< Méandres recoupées. — France, 80 000 : 110 Clamecy SE. France, 50 000 : XXXIV/14 Lagny.
Allemagne, 100 000 : 524 Berncastel, 574 Heilbronn. Wurtemberg, 50 000 : Blaubeuren, Besigheim, Liebenzell. Wurtemberg, 25 000 : 32 Laufîen, 33 Grossbottwar.
Grandes vallées à cônes de déjection. — France, 80 000 : 178, Grenoble SE Suisse, 50 000 : 482 Sierre, 486 Sion, 490 Obergestelen, 518 St-Moriz, 521 Ber-
nina.
Autriche- FI ong rie, 15 000 : 21/IV Trient, 19/IV Meran, 19/ VIII Ober-Drau-
burg und Mauthen, 21/V Borgound Fiera di Primiero, 10/111 Glurns und Ortler.
Terrasses et méandres. — Suisse, 25 000 : 329 Diidingen.
Bade, 25 000 : 51 Karlsruhe, 43 Graben.
États-Unis, 62 000 : Massachusetts: Hartford, Springfield.
Plate-formes de roches dures. — France, 200 000 : 16 Soissons, 25 Melun.
Etats-Unis, 250 000: Arizona : Kaibab, Echo cliffs, San Francisco mountains Chino, — Arizona spécial map i : 48 000, Bright Angel et Vishnu (Grand Canyon du Colorado).