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IL — VALLÉE DU RHONE ET DE LA SAONE

Cette vallée se présente sous l'aspect d'un couloir étroit compris entre le triangle arverne et les Alpes ou leur avant-chaîne, le Jura, qui a son fond à l'hémicycle dos Faucilles et qui tourne son ouverture vers le golfe du Lion et la Méditerranée. Le golfe du Lion prolonge ce couloir ou, si l'on préfère, ce couloir prolonge ce golfe. Ils constituent ensemble une seule et même vallée, une seule et môme brèche on partie terrestre et en partie maritime, ouverte au cœur du massif français. Comme toutes les brèches^ celle-ci présente plusieurs élargissements et plusieurs étranglements, plusieurs saillants et plusieurs rentrants opposés l'un à l'autre, et il en résulte pour la vallée rhodanienne une grande variété d'aspects et d'accidents.

Reportons-nous à la leçon précédente (paragraphe relatif aux Alpes), nous y voyons que, sous les pénétrations du saillant ibérique, le saillant alpin s'est dédoublé et a fait la fourche.

Il présente aujourd'hui doux saillants opposés l'un aux Pyrénées, l'autre au triangle arverne. Le saillant provençal des Alpes a lutté avec la pointe pyrénéenne passant tantôt au-dessus d'elle, tantôt au dessous, creusant le golfe du Lion et la mer Baléare ; et inversement la pointe pyrénéenne a tantôt érodé la côte méridionale de Provence et tantôt pénétré dans la vallée du Rhône et dans celle de la Durance.

De même, le saillant dauphinois, dont les chaînes granitiques de Belledonne et de l'Oisans forment le noyau, a lutté avec le saillant adverse du triangle arverne et s'est enfoncé tantôt dans la vallée du Rhône intérieur, tantôt dans celle de la Saône.

^^56 FRANCK ( hydrographie:)

Telle est, dans ses grandes lignes, la série des phénomènes, et en conséquence :

1" Une large brèche maritime s est creusée entre les Alpes et les Pyrénées. C est la brèche du Lion ;

2° Une longue vallée présentant deux compartiments s'est creusée entre le massif central et les Alpes. C'est la vallée du Rhône et de la Saône.

On voit parfaitement bien dans le golfe du Lion la trace de plusieurs coups curvilignes ascendants portés par le saillant provençaL Le cap d'Agde marque Tintersection des trajectoires de deux de ces coups. La côte catalane présente aussi les traces d'autres coups, mais descendants et d'une amplitude beaucoup plus grande que ceux qui ont porté dans le golfe du Lion. Ces coups descendants se sont étendus en effet jusqu'à Valence et jusqu'au cap de la Nao, et les îles Baléares ne sont que des débris arrachés à la côte d'Espagne par la pointe provençale et semés par cette pointe derrière elle sur son trajet de retour. (Voir leçon sur VEuropc) Il est bien évident que l'amplitude des coups a toujours été en diminuant, et que la dernière phase de la lutte du saillant alpin contre le saillant pyrénéen, phase qui s'est déroulée dans le golfe du Lion et sur les côtes sud de la Provence, a été relativement calme. C'est comme le feu d'une grande bataille d'une journée dans laquelle . deux armées ont été aux prises. On ne se bat plus que mollement. Quoi qu'il en soit, lés coups de la pointe provençale ont dessiné le golfe du Lion, soulevé un ourlet littoral le long de la côte, ourlet qui sert de digue à des lacs ou étangs disposés comme les grains d'un chapelet (étangs de Salces, de Sigean, de Thau,etc.), enfin relevé vers le nord les contreforts des Pyrénées que nous appelons Corbières. Sur la côte provençale les effets des passages de la pointe pyrénéenne ont été l'arrachement des îles d'Hyères, le rebroojssement des presqu'îles et des caps, enfin le reploiement des contreforts des Alpes-Maritimes, ainsi que des thalwegs du Var, de la Vésubie, de la Tinée, delà Roya et des autres torrents issus des Alpes.

Dans les toutes dernières oscillations, le saillant de TEstaque, extrême pointe de la pointe provençale, a creusé devant elle dans les limons du rivage Tencoignure que nous appelons golfe de Fos. L'étang de Berre, qui se creuse au-dessus de cette pointe de l'Estaque, a une origine plus ancienne. Cette origine est la même que celle de la rade de Marseille, située au dessous. Ce sont des coups directs de la pointe pyrénéenne, probablement du cap de

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