VALLÉE DU RHÔNE ET DE LA SAONE
Creus, qui ont creusé Tune et Tautre cavité; mais Tune est restée ouverte, c'est la dernière produite, l'encoignure de Marseille, et l'autre en conséquence a été refermée, c'est celle de l'étang de Berre.
La nappe d'eau maritime qui recouvre le golfe du Lion ne présente pas de grandes profondeurs ; et effectivement les coups de pelle que la pointe provençale y a donnés étaient des coups ascendants dirigés de manière à accumuler les sables et les limons vers la côte plutôt qu'à les expulser. Mais, par conlre, les coups que la pointe pyrénéenne a portés à la Provence étaient des coups descendants, qui tendaient à curer et approfondir les fonds marins. Aussi la sonde trouve-t-elle de suite de profonds abîmes au pied des côtes provençales. De là le contraste des deux côtes, l'une rocheuse, élevée et nettement découpée, Taulre plate, limoneuse et sablonneuse.
Il se peut qu'actuellement encore, les oscillations du bloc provençal continuant, les mêmes causes tendent à ensabler le golfe du Lion. Tout le monde sait que les ports de cette côte tendent à se combler, et tout le monde sait aussi que d'anciens ports se trouvent aujourd'hui reculés fort loin vers l'intérieur. Ce sont les villes mortes du golfe du Lion.
Voilà ce qui concerne la partie maritime de la brèche qui nous occupe. Je passe à la partie terrestre, c'est-à-dire à la vallée du Rhône et de la Saône.
La vallée du Rhône comprend : 1** une cavité assez largement ouverte entre les Alpes et les Cévenncs ; 2"* un étranglement qui s'étend de Montélimar à Lyon.
Cet étranglement de la vallée est dû au rapprochement du saillant oriental de l'Auvergne et du saillant des Alpes dauphinoises. Ces deux saillants ont lutté l'un contre l'autre. Chacun d'eux a passé tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de l'autre. Et c'est ainsi qu'en définitive ils se sont séparés et façonnés. Mais leur écartement n'est pas considérable, et le Rhône en passant entre eux franchit un véritable défilé.
Quant à la partie plus large de la vallée qui vient ensuite, et qui prolonge et termine le golfe du Lion, elle a une forme ovale, arrondie en son fond et largement ouverte vers la mer. Cette forme s'explique assez par les oscillations de la pointe pyrénéenne qui Ta parcourue et creusée. Du reste, cette cavité a été parcourue non seulement par la pointe pyrénéenne, mais par les deux saillants des Alpes dauphinoises et provençales et aussi par le sail-
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lant du triangle arverne qui est opposé au Dauphiné. Aussi le désordre est-il extrême dans cette cuvette. C'est une des régions les plus mouvementées de la France et une des plus pittoresques. On dis lingue nettement dans chaque versant de la vallée les empreintes laissées par les éperons de l'autre versant, lors des toutes dernières oscillations, mais il est impossible d'en dire plus.
La vallée de la Saône présente de vastes plaines, mais elle présente aussi, dans sa partie supérieure, des rangées de collines parallèles aux rides du Jura et qui, partant des Faucilles ou de la chaîne des Ballons, se dirigent uniformément vers le sudouest. Ces rides sont de composition jurassique. Ce fait a une importance considérable, car il prouve que le Jura a jadis rempli de sa masse tout le bassin de la Saône, puisqu'il en a été retiré et qu'il a dégagé cette cavité en y laissant ces rides ou traînées de matière calcaire dont nous venons de parler. Celte hypothèse non seulement n'a rien d'invraisemblable, mais s'impose même absolument ; le Jura, en effet, est un ourlet calcaire soulevé par les Alpes dans leurs mouvements d'oscillation. Mais, pour qu'il ait pu se former, il faut de toute nécessité qu'il ait trouvé en arrière un point d'appui. Et cet appui, il n'a pu le trouver que dans les chaînes situées en arrière, c'est-à-dire dans les Faucilles et la Côte-d'Or et la paroi de droite du triangle arverne. Donc cet ourlet s'est moulé sous la poussée des Alpes dans l'espace vide ouvert derrière lui. Ainsi donc la série des phénomènes a été la suivante :
1** Les Alpes, agissant comme un puissant ciseau, ont érodé les triangles arverne et lorrain, ou, si Ion préfère, la chaîne française, creusé dans sa paroi un vide demi-circulaire, et buriné le vaste hémicycle qui commence au Pilât et finit au ballon d'Alsace;
2** Ces oscillations devenant moins amples, les Alpes ont soulevé et refoulé devant elles les sédiments calcaires qui composent le Jura et les ont tassées et bourrées dans la cavité ainsi ouverte, où ils se sont moulés, prenant appui par leur face dorsale sur l'hémicycle de chaînes précédemment dessiné.
S"" Enfin les oscillations diminuant encore d'amplitude et les apports sédimentaires jurassiques cessant, les Alpes ont laissé entre elles et le Jura un espace libre, la plaine suisse, oîi elles oscillaient encore faiblement, creusant le Léman. Et Tourlet jurassique a suivi le retrait des Alpes, ou bien a été décollé par une cause quelconque, et a dégagé à moitié la cavité où elle s'était