XV LEÇON PARIS
Je prie mon lecteur de ne pas se borner à considérer la carte au 1/320000 ci-jointe, mais de consulter aussi celle au 1/80CK3O (feuilles de Paris et dcMelun).
11 reconnaîtra, au premier coup d'œil jeté sur ces cartes, les rides et les vallées longitudinales dont il a été parlé dans la leçon précédente, et qui appartiennent à Téventail français, c'est-à-dire à ce système de rides et de vallées rayonnantes, qui recouvre non seulement la France, mais toute l'Europe occidentale. Ces rides et ces vallées ne sont du reste pas absolument rectilignes comme les rayons d'un éventail régulier, mais elles ont été infléchies et rcployées par les actions des blocs qui circonscrivent le bassin parisien. Aux environs de Paris elles s'infléchissent parallèlement au cours de la Seine et de la Marne. I^ longue croupe de Marly, la vallée de Versailles, les rides de Montmorency et Cormeilles, celle de Vaujours,de Romainville, etc., appartiennent à ce système. Ces rides sont morcelées, parce que les poussées des "blocs britannique, breton, lorrain, ardennais qui les ont reployées les ont aussi morcelées et brisées. Leurs tronçons ont glissé les uns contre les autres. Chaque tronçon a livré bataille à ses voisins et les a pénétrés ou s'est laissé pénétrer par eux.
Des oscillations relativement très étendues ont creusé autour de ces tronçons des sillons très profonds que des alluvions ont envasés. Bref, nous allons assister sur ce théâtre aux mêmes péripéties, aux mômes luttes que nous avons vu se dérouler sur les autres scènes plus vastes que nous quittons. Cela n'a rien de
•surprenant. Les chocs qui ont façonné les continents ont dû nécessairement avoir leur écho jusque dans leurs moindres parties et jusque dans leurs derniers recoins. Les batailles générales que les continents se sont livrées ont eu pour épisodes les mille et mille duels particuliers des petites unités qui les divisent «t les subdivisent absolument comme nos batailles à nous se résolvent en une infinité d'actions particulières. Ce sont ces épisodes, ces duels particuliers, que nous allons essayer de retracer <ians cette leçon.
Considérons d'abord les hauteurs qui s'étendent des buttes Chaumont à Nogent et qu'on désigne sous le nom de plateau de Romainville. Ces hauteurs se prolongent à l'ouest par la butte de Montmartre et par l'éperon du Trocadéro, Passy, Auteuil, qui ^'allonge en s'amincissant et s'abaissant de plus en plus dans la presqu'île de Boulogne. Vis-à-vis cet éperon s'allonge sur l'autre rive de la Seine l'éperon du mont Valérien, qui forme la charpente de la presqu'île de Jeune villiers. Je dis que ces deux éperons, je dis que ces deux pointes se sont façonnées l'une l'autre comme tous les éperons ou saillants opposés qu'on trouve à la surface de la terre, c'est-à-dire que chacune d'elles a passé tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de l'autre, en la limant et en l'érodant, et recevant en même temps son coup de lime réciproque.
En effet, les versants de ces deux pointes portent les traces évidentes de ces coups de lime : ce sont des contreforts et des thalwegs reployés dans le môme sens, qui se détachent des flancs de ces versants. Ainsi, sur la face nord des hauteurs de Romainville, vous voyez plusieurs croupes très courtes inclinées et en quelque sorte rabattues vers l'est qui indiquent que les coups de l'éperon adverse ont passé sur ce versant. Le fort de Romainville est bâti sur une de ces croupes, le fort de Noîsy sur une autre. D'autres éperons, reployés également vers l'est, se détachent du versant méridional : ce sont les croupes de Ménilmontant et àfi Charonne.
De plus, ce versant se creuse en arc régulier depuis Boulogne jusqu'à Nogent-sur-Marne. Donc une pointe percutante a passé sur ce versant. Quelle est cette pointe? Est-ce le mont Valérien, est-ce le saillant aigu formé par Montrouge et Bicôtre et qui s'allonge sur la rive gauche de la Seine en face de ce versant ? Ce sont tous les deux. L'éperon du mont Valérien a jadis été uni à celui de Montrouge, de la montagne Sainte-Geneviève et de
Bicêtre. Il a formé avec lui une seule et même masse, qui s'est ensuite divisée et laissé pénétrer par le saillant adverse. L'éperon du mont Valérien a été rejeté vers le nord par cette pénétration. Ceux de Montrouge et de Bîcôtre restent unis, et toutefois ils tendent eux aussi à se séparer. Une longue fissure curviligne^ où coule la Bièvre, les sépare déjà.
Cette fissure indique que le saillant du Trocadéro a cherché à pénétrer là; mais le coup a glissé et la pénétration a eu lieu à côté, dans une autre faille, qui s'est élargie, approfondie sous la pénétrationde la pointe parisienne, et est devenue le profond rentrant, arrondi en son fond, qui se termine à Sèvres et à Saint- Cloud.
L'extrême pointe de Téperon de Montrouge est formée par la montagne Sainte-Geneviève qui porte Téglise de ce nom, le Panthéon et rÉcole polytechnique. Elle a la forme d'un soc recourbé vers Test. L'extrême pointe de Téperon de Bicêtre porte les quartiers de Bel-Air, de la Glacière et des deux Moulins, elle se reploie vers Touest en sens inverse de la pointe jumelle, ce qui oblige la Bièvre à revenir un moment sur elle-même. Ce reploiement indique encore que Téperon adverse de la rive droite a essayé de pénétrer là et d'ouvrir largement la vallée de la Bièvre. Il indique enfin la puissance des actions de cette pointe et dos réactions égales qu'elle a souffertes.
. On remarque, au sud de Vincennes, entre le château et la Marne, un léger enfoncement du sol, dans lequel ont été aménagés les lacs du bois de Vincennes. Cet enfoncement a été creusé par l'éperon de la rive gauche, ou du moins il est fort probable que c'est le dernier vestige d'un de ses coups. Mais il est bien certain que cet éperon a porté plusieurs coups et étendu sa course bien au-delà de ce point; car la falaise du plateau de Brie, qui se prolonge jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges, continue régulièrement la courbe des hauteurs de Montmartre-Belleville et Nogent. Il est donc évident que toute cette courbe a été dessinée par le môme burin, c'est-à-dire par la pointe de l'éperon du mont Valérien, de Montrouge et de Bicêtre unis, ensemble. C'est le mont Valérien, uni en une seule masse avec Montrouge et Bicêtre, qui a creusé ce vide de forme circulaire^ que des actions ultérieures ont ensuite en partie effacé et comblé.
L'oscillation de la pointe percutante s'est effectuée de gaucheà droite et de haut en bas, absolument comme l'oscillation de
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la pointe du Perche^ et de toute la Bretagne, qui poussaient par derrière le plateau de Beaiice et lui imprimaient leur mouvement. Ainsi nous trouvons ici la confirmation de ce qui a été dit dans la leçon précédente, au sujet des oscillations du Perche et de la Bretagne dans l'intérieur du bassin parisien.
La pointe de l'éperon de Romainville, Montmartre, Trocadéro, Passy va en s'amincissant et en diminuant peu à peu de relief ; l'usure subie dans la lutte a fait disparaître les contreforts et les thalwegs secondaires sur les versants de cette pointe, et toutefois Ton remarque, sur le versant supérieur, dans le bois de Boulogne, un léger vide qui révèle un reploiement complet de l'extrémité même de Téperon. Ce reploiement a créé un enfoncement à peine sensible entre l'éperon et sa pointe reployée. C^est dans cet enfoncement, que Ton a approfondi de main d'homme, que se trouvent les lacs du bois de Boulogne. Ainsi les moindres détails, tels que ces creux à peine sensibles qui renferment les lacs artificiels de Boulogne ou de Vincennes, s'expliquent par le jeu relatif des deux éperons jumeaux entre lesquels coule la Seine, et entre lesquels se creuse la cuvette qui renferme Paris.
Cette cuvette n'est autre chose qu'un cirque longitudinal allongé dont les commissures sont au défilé de Sèvres, défilé par où l'on passe de la vallée de la Seine dans celle de Versailles et au défilé de Nogent-sur-Mame par où passe la Marne pour se jeter dans la Seine. Ce cirque a la forme d'une bouche entr 'ouverte ou d'un arc légèrement tendu. Sa lèvre supérieure est formée par les hauteurs de Nogent, Romainville, Montmartre, mont Valérien, Montretout, Saint-Cloud, c'est-à-dire par les deux éperons conjugués qui viennent de nous occuper ci-dessus. Sa lèvre inférieure est formée par les hauteurs de la rive gauche. Sa flèche, menée de Montmartre à l'Observatoire, est dirigée du nord au sud.
Le lecteur vérifiera sur la carte que l'éperon du mont Valérien présente, sur ses deux versants, des traces des coups de ciseau qu'il a reçus de la part de l'éperon adverse, c'est-à-dire de Montmartre. C'est surtout sur. le versant nord que ses traces sont sensibles. Par exemple, lereploiement des croupes de Colombes et de Nanterre est parfaitement net et atteint une amplitude extraordinaire. Ces croupes sont rabattues littéralement sur le corps de l'éperon. Sur Tautre versant les falaises sont élimées et sans contrefort jusqu'à Montretout. Là on trouve un éperon légère-
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ment infléchi dans le sens des passages de la pointe adverse, mais l'inflexion est peu sensible. Elle est moindre encore, quoique visible, dans Téperon qui porte le parc de Saint-Cloud^ laquelle est située tout à fait au fond de l'encoignure et touche la commissure gauche du cirque. C'est que, dans cet enfoncement, Vusure a été extrôme et a fait disparaître tous les thalwegs, toutes les aspérités qui pouvaient s'y trouver.
Si maintenant mon lecteur porte son attention sur Tautrjc extrémité du môme cirque, c'est-à-dire sur sa commissure droite, qui sert de débouché à la Marne, il remarquera que cette commissure s'ouvre entre deux éperons, plus petits que ceux qui viennent de nous occuper, mais non moins bien ciselés : ce sont les éperons de Nogent-sur-Marne et de Champigny. Le premier termine le plateau de Romainville, Montreuil et Rosny; le second se détache des plateaux de la rive gauche de la Marne. Je dis que ces éperons se sont sculptés et façonnés l'un l'autre par le mécanisme habituel. En effet : 1* l'éperon de Nogent est encore actuellement engagé dans l'encoignure de Brie-sur-Mame, et de ce côté il n'est pas douteux qu'il y ait eu choc et glissement relatif des deux éperons; de l'autre côté, c'est-à-dire au-dessous de l'éperon de Champigny, se creuse une poche ou enfoncement circulaire, c'est ce que l'on appelle la boucle de la Marne, comprise entre les plateaux de Champigny, Chennevières, Sucy-en- Brie et la colline de Montmesly. Mon lecteur comprend que cette poche a été creusée par Téperon de Nogent dans un coup curviligne descendant. Et en môme temps l'éperon de Champigny creusait, au-dessus de celui de Nogent, l'enfoncement ou poche circulaire que limite le plateau d'Avron.
Qu'est-ce donc que la hauteur de Montmesly ? Tout simplement une ride ou esquille rocheuse enlevée au plateau de Brie par l'éperon de Nogent, et écartée un peu de ce plateau. Cette ride de Montmesly s'allonge vers Maisons-Alfort, indiquant le trajet suivi au retour par la pointe percutante, et elle se recourbe au sud vers la croupe de Sucy-en-Brie dont elle dépend encore, mais faiblement.
Actuellement l'éperon de Champigny passe sous celui de Nogent et ferme presque complètement l'orifice de sortie de la poche ou boucle de la Marne. Il suffit de cette interversion pour nous dissimuler l'origine de cette boucle, que beaucoup de géologues attribuent au travail d'érosion de la Marne, ainsi d'ailleurs que tous les autres accidents de ce théâtre, et de tous
les autres théâtres, car, disent-ils, tous ces calcaires, tous ces grès sont éminemment friables et Teau de pluie a suffi pour les raviner, les sculpter et leur donner la forme que nous leur voyons; si ce n'est l'eau de pluie, c'est l'eau des fleuves et des rivières. On serait heureux de se rallier à cette opinion, qui a, sans contredit, le mérite d'être simple, si elle permettait d'expliquer les accidents que nous voyons, et si elle permettait de se les graver dans la mémoire. Mais elle n'a pas ces avantages. Elle n'explique rien et n'aide à rien classer, à rien retenir. Les accidents étant, dans cette manière de voir, absolument quelconques, et résultant du caprice des eaux, des pluies, des vents, des intempéries, il n'y a nul rapport, nul lien à chercher entre eux. C'est le hasard qui devient la loi. Tels sont les inconvénients de cette théorie. Mais revenons au sujet.
L'éperon de Champigny présente dans son intérieur un thalweg rebroussé qui prend sa source près de Villicrs et va, en s'incurvant fortement, se jeter dans la Manie, à Champigny. Ce thalweg accuse, par son incurvation, l'érosion énergique subie par la face méridionale de cet éperon, c'est un trait de plus qui corrobore les autres traits. Bref, il paraît indubitable que ces deux éperons de Nogent et de Champigny se sont façonnés et ciselés mutuellement, absolument comme Ceux de Montmartre et de Montrouge.
Non seulement l'éperon de Nogent a passé de part et d'autre de l'éperon de Champigny, mais encore il a porté certainement ses coups fort loin vers l'est. Sous la poussée des plateaux de la rive gauche de la Seine, c'est-à-dire des hauteurs de Saint-Cloud et du mont Valérien, la croupe de Romainville a reculé vers l'est et son extrémité orientale, c'est-à-dire la pointe de Nogent, a passé sous la ride de Vaujours et a détaché cette ride, du plateau de Brie.
Ce qui le prouve, c'est que l'on voit les empreintes tracées par cette pointe dans le cirque de Chelles et plus loin encore dans celui de Brou et de Courtry. De plus, les contreforts du plateau de Brie et ceux de la croupe de Vaujours sont inclinés dans le sens du passage ou des passages de cette pointe. L'extrémité elle-même tout entière de la ride de Vaujours tend à rentrer en quelque sorte dans la cavité ouverte sous elle, et elle n'a pu prendre celte disposition que sous la poussée du plateau d'Avron et de Romainville.
A son extrémité orientale, la même ride se termine par un
éperon arrondi, l'éperon de Dampinart, qui s'engage profondément dans un rentrant du plateau de Brie, et qui, bien certainement, a creusé ce rentrant. Cet éperon de Dampmart a ciselé en môme temps la presqu'île de Jablines, détachée presque entièrement du plateau de Brie, et il a été réciproquement ciselé par elle.
La Marne contourne ces deux presqu'îles et elle coule ensuite dans l'intervalle de la ride de Vaujours et du plateau de Brie, c'est-à-dire dans la cuvette ou cirque de Chelles. Cette cuvette est, en effet, un véritable cirque longitudinal, comme le cirque parisien, et même un cirque plus net et régulier que l'autre. Ses commissures sont à Lagny et à Ville-Evrard. Sa flèche, menée du fort de Vaujours à Champs, est dirigée du nord au sud.
On peut se demander pourquoi ce magnifique cirque de Chelles n'a pas été préféré à celui de Paris pour l'établissement de la capitale. C'est que la rivière qui y coule, la Marne, est moins importante que la Seine, c'est que le confluent de cette dernière est en aval à 10 ou 12 kilomètres, c'est que la haute muraille de Vaujours, excellente comme rempart protecteur, serait fort gênante pour les communications avec l'extérieur. Du reste, on sait que les premiers habitants de Lutèce s'établirent dans File de la Seine que nous appelons la Cité, et que leur choix fut uniquement motivé par dos raisons de sécurité. Les deux bras de la Seine les mettaient à l'abri des pillards et des mauvais voisins.
Mais qu'est-ce que cette île de la Cité, autrement dit pourquoi la Seine a-t-elle une île ou plutôt deux îles qui se touchent presque bout à bout? C'est que les hauteurs de la rive gauche s'avancent en pointe jusqu'à la Seine. Dans le prolongement de cette pointe se trouvent les deux îles, ce qui indique que ces îles font l'extrême pointe de cette poinle. Et il y a deux Iles parce qu'il y a deux pointes. En effet, la Bièvre divise en deux le saillant dont nous parlons, et chacun des promontoires qui le constituent a dû, par conséquent, donner naissance à un ressaut de terrain très léger qui traverse le lit de la Seine, ou, si l'on préfère, que la Seine traverse et qui est devenu la base des atterrissements du fleuve.
En aval de Paris, la Seine décrit plusieurs boucles en enveloppant successivement l'éperon du mont Valérien (rive gauche), celui d'Argenteuil (rive droite), celui de Saint-Germain (rive gauche), celui de Chanteloup (rive droite). Mon lecteur devine assez que tous ces éperons sont le résultat de poussées et de pénétrations
semblables à celles que nous avons constatés précédemment. Mais quelles pénétrations ? C*est ce qu'il est aisé de voir.
D'abord nous remarquerons que l'éperon du Trocadéro-Montmartre, qui actuellement passe au-dessous de celui du mont Valérien, a passé jadis au dessus. Par conséquent, il a choqué à ce moment la presqu'île de Saint-Germain et il lui a donné un coup curviligne ascendant qui a détaché cet éperon du flanc de la ride de Marly et a sculpté la falaise que nous appelons terrasse de Saint- Germain. Effectivement on constate que les thalwegs et contreforts de la presqu'île sont, sur cette face du moins, relevés vers le nord, dans le sens du passage de la pointe contondante dont nous parlons. Mais comment la faible pointe de Montmartre eûtelle pu, môme avec le renfort de celle de Romainville, soulever une masse aussi considérable que la presqu'île de Saint-Germain ? Evidemment cela n'est pas possible. Mais ce n'est pas seulement la ride de Romainville, c'est tout le plateau de Brie qui a agi, en poussant sa pointe au-dessus du plateau de Châtillon et de la ride de Marly.
Secondement THautie, magnifique éperon qui forme l'arête solide de la presqu'île de Chanteloup a choqué la presqu'île de Saint-Germain sur son autre face et s'est enfoncée dans l'intervalle de cette presqu'île et de la ride de Marly; donc c'est THautie qui a ciselé cette presqu'île sur sa face occidentale. Mais elle l'a ciselé en remontant vers le nord et la rabotant de bas en haut, et cependant certains thalwegs et certains contreforts de la presqu'île de Saint- Germain accusent- un passage inverse. Donc un autre outil a passé là aussi avant THautie, et cet outil est encore la pointe du plateau de Brie.
D'oîi vient l'Hautie? Très probablement c'est un tronçon de la ride de Marly-les-Alluets qui, sous une poussée nord-ouest effectuée parallèlement à cette ride, a chevauché contre elle. On voit en effet sur la tranche de cette ride une falaise très nette qui s'étend de Meulan à Verneuil et qui bien certainement a été tracée par l'Hautie. On voit de plus divers thalwegs', la Maudre, le Plat, etc., qui sillonnent le sol de cette région et qui sont autant de crevasses comparables à celle de Poissy dans laquelle l'éperon de l'Hautie s'est enfoncé ; mais celles-là ne sont qu'amorcées. Quoiqu'il en soit, l'Hautie, poussée par derrière par les plateaux de la Normandie, s'est introduite entre la ride de Marly et la presqu'île de Saint-Germain et a façonné cette dernière sur sa face gauche, tandis que l'éperon de Romainville-Montmartre la façonnait sur sa face droite.
Une petite ride allongée, la hauteur de Cormeilles, s'étage à droite et au-dessus de la presqu'île de Saint-Germain parallèlement à la ride de Marly et au cours moyen de la basse Seine. II est permis de croire que c'est une esquille rocheuse enlevée à la ride de Marly ou à la presqu'île de Saint-Germain par le ciseau qui a érodé cette grande ride et soulevé cette presqu'île, c'est-àdire parleciseaudeMontmartre-Romainville.llestbienévidentque l'instrument qui a d^aché la presqu^îIe de Saint-Germain du corps de la ride de Marly a dû rejeter un peu au nord les débris enlevés à cette ride, et qui sont des copeaux rocheux, si je puis m'exprimer ainsi, comme ceux qu'un ciseau ou un rabot enlève à une planche. La ride de Cormeilles-Sannois est un de ces copeaux rocheux.
De môme la petite ride de Ham-Neuville qui s'élève au nord et à gauche de la presqu'île de Saint-Germain, immédiatement audessus de l'Hautie est une esquille, un copeau rocheux enlevé à la presqu'île de Saint-Germain et rejeté en haut par FHautie.
La môme origine peut être attribuée aux rides qui constituent le massif de Montmorency, situé un peu au nord de la ride de Cormeilles. Ce massif se compose de plusieurs tronçons de rides parallèles et accolées, dont chacun représente une esquille enlevée à la croupe de Marly, par le rabot qui l'a rabotée. Ces rides sont reployées d'une manière fort étrange, mais cette étrangeté indique que ce sont bien des débris de rides, des copeaux rocheux. Les copeaux de bois prennent aussi une forme reployée sous la lame du rabot. Il y a, dans le massif de Montmorency, une ride rectiligne, celle du nord et deux reployées sur elles-mômes, celle du sud et celle de l'est. Celle-ci, détachée la dernière, est moins reployée que l'autre. Toutes deux ont commencé par être curvilignes comme des copeaux ligneux, puis les poussées ultérieures les ont reployées davantage encore et finalement aplaties.
Du reste, il faut l'avouer, l'origine de ces fragments de rides de Montmorency sera toujours douteuse. C'est une remarque déjà faite au sujet de beaucoup de fragments isolés ; leur provenance ne peut pas toujours être indiquée d'une manière absolument certaine. Le problème de l'origine de tous ces blocs comporte plusieurs solutions. J'en présente une, celle qui me semble la plus vraisemblable, voilà tout.
Au nord des fragments de rides de Montmorency, on trouve une longue ride qui s'étend des environs de Meaux jusqu'à Beaumont-sur-Oise en passant par Dammartin et Luzarchcs. Cette ride a un fort relief. Elle est entamée en son extrémité occidentale
par la vallée de Tlsieux, qui a été creusée par un éperon de Tautre versant de rOise, Téperon de Neuilly-en-Thelie. De son côté ellemême a enfoncé sa pointe dans la vallée de TEche (rive droite de rOisc).
ActuellemenJ; celte longue ride de Dammartin-Luzarches forme ^ avec les hauteurs de Montsoult, de Montmorency et de Cormeilles, une grande boucle convexe qui enveloppe un vaste cirque dans lequel coulent le Rouillon, qui se jette dans la Seine à Saint-Denis^ et la Biberonne, qui se jette dans la Marne à Jablines. C'est le cirque de Gonesse ou du Bourget. 11 rappelle par sa forme le cirque de Paris ou bien celui de Ghelles, mais il est bien plus étendu, et il a dû être creusé par des causes bien plus puissantes. Et quelles causes? Mon lecteur répond lui-même : ce sont les pénétrations :
1* Du plateau de la rive gauche, de tout le plateau de Châtillon, poussant sa pointe au-dessus de la ride de Romainville-Vaujours ;
2** Du plateau de la rive droite dit plateau de Brie, poussant sa pointe au-dessus de la ride de Marly.
Les effets de la première sont en partie effacés par ceux de la seconde. Cependant le thalweg incurvé de la Biberonne indique encore très bien la trace curviligne d'un coup. On n'en voit que la moitié. L*autre moitié a disparu dans le remaniement du cirque.
Voilà ce qui concerne les environs immédiats de Paris. En résumé, tous les accidents qu'ony trouve sont aisément explicables par des actions mécaniques. Mais cette constatation est-elle le seul fruit de cette leçon? Vaut-elle la peine que mon lecteur a prise de la lire ? Elle ne la vaudrait certes pas s'il n'y trouvait en même temps un moyen sûr de retenir les moindres traits du relief du sol et de se les graver dans la mémoire.
Il pourra faire, en outre, s'il est Parisien ou s'il sait l'histoire de Paris, des réflexions sur les assauts livrés par Belleville et Montmartre, le vrai Belleville et le vrai Montmartre, au défilé de Sèvres, au parc de Saint-Cloud et au mont Saint- Valérien, comme s'ils voulaient, eux aussi, aller à Versailles. 11 se rappellera les marches de la population parisienne sur Versailles en 1789 et sous la Commune. Use rappellera aussi les deux grandes sorties de Tarmée de Paris pendant le siège, l'une à Champigny, l'autre àBuzenval, c'est-à-dire aux deux points où l'éperon parisien a frappé et pénétré par ses deux bouts dans les plateaux de Brie et de Garches ; et il conclura, comme nous, que, décidément, l'homme ne fait que répéter ce qu'a fait le sol qui le porte.