YALLÉB DU RHIN ALSACIEN
canonnade et les travaux de sape de l'assiégeant et aussi par ceux de Tassiégé.
Voilà ce qu'a fait la nature. Si maintenant mon lecteur veut bien réfléchir à ce que les hommes ont fait de leur côté, il trouvera, j'en suis sûr, une étrange analogie entre Tœuvre de la première et les faits et gestes des seconds.
Depuis le temps où César s'entretenait sur les bords d\x Rhin, à coups de langue d'abord, à coups d'épée ensuite, avec le roi Arioviste, les peuples de l'Occident et ceux du Centre de l'Europe n'ont pas cessé de se choquer et de se pénétrer les uns les autres. Et aujourd'hui ? — Aujourd'hui ils se choquent ou se menacent encore. Rien n'est changé que le décor et quelques accessoires insignifiants, tels que le nom du monarque allemand et le modèle de son casque. Mais la scène est toujours la même, ainsi que la tragédie qui s'y joue, et dont les actes se déroulent avec une simplicité majestueuse.
Dans cette tragédie, l'on remarque deux principaux acteurs : ce sont les deux grandes nations gauloise et germanique; et des comparses, des figurants, des personnages accessoires : ce sont les petites nations allemandes, belge, hollandaise, suiese, danoise, comprises entre la France et l'Allemagne.
Ces petites nations représentent la poussière des chocs des deux grandes, et elles sont ballottées entre celles-ci, s'usent, s'effritent, changent de parti, de figure et de forme, absolument comme le Taunus, le Westerwald, le Schwarz-Wald, le Harz, le plateau souabe-franconien, oscillent, s'usent, se pulvérisent, dans les périodes de choc des continents.
Voilà la vérité sur nos luttes et nos batailles avec les Germains. Mais surtout, cher lecteur, ce que vous devez comprendre et retenir, c'est que ces luttes n'ont certes pas pour but l'acquisition d'une province ou d'un lambeau de province, qu'encore on garde bien difficilement, quand on l'a conquis au prix de torrents de sang, et qui ne vous en sait nul gré. Non, le but est plus haut : c'est l'amélioration des deux races, des deux nations ennemies, leur façonnage mutuel, leur progrès simultané qui se poursuit.