EUROPE ET MÉDITERRANÉE
angle droit, à Lyon. La Loire décrivait un arc comme celui qu'elle décrit encore. Mais la côte occidentale de la France, celle qui regarde le golfe de Gascogne, était fort irrégulière. Ses indentations étaient plus prononcées qu'aujourd'hui. Celles de la côte espagnole étaient également très prononcées. C'est le même phénomène que nous avons remarqué déjà dans la mer de TArchîpel grec. Les promontoires des côtes se développent et s'allongent dans les phases de dilatation. Ils se couchent sur ces côtes dans les phases de contraction.
La Grande-Bretagne de Ptolémée est assez semblable à l'Angleterre d'aujourd'hui, ainsi que l'Irlande. Mais leurs latitudes moyennes sont supérieures de 6" aux latitudes actuelles. De plus, l'Ecosse, rabattue sur le parallèle, s'allonge de l'ouest à l'est. La péninsule danoise (Chersonèse cimbrique) s'incline de même. La dilatation du cirque européen fait pénétrer la mer dans l'intérieur du cirque. Elle recouvre en partie les plaines basses de l'Allemagne et fait disparaître ainsi la plupart des lies danoises. La Gothie est immergée presque totalement et se réduit à une île, l'ile Scandia. La Scandinavie elle-même n'est pas mentionnée par Ptolémée.
Ces faits suggèrent plusieurs remarques. D'abord cette inclinaison si bizarre de l'Ecosse et du Danemark est une des choses qui ont le plus surpris nos géographes. La direction du nord n'a pu être confondue par les anciens avec celle de l'est ou du nordest. D'ailleurs, on voit aujourd'hui la cause de cette inclinaison. C'est que l'Ecosse et le Danemark sont solidaires de la Scandinavie, et qu'elles se sont tendues et détendues en même temps qu'elle et en même temps que tout le cirque européen. Ces terres écossaises et danoises indiquent comme deux index les variations successives de la péninsule Scandinave, qu'on ne voit pas sur la carte de Ptolémée.
César écrit, en parlant de la Grande-Bretagne, dans ses Commentaires : Pars ex tréma tantum maxime ad Germaniam porrecta, c'est-à-dire: « La partie supérieure de l'île s'allonge démesurément vers la Germanie. »
Ptolémée ignorait l'existence de la Scandinavie. Du moins il ne la mentionne pas dans ses tables. Cependant il donne à l'Ecosse et au Danemark un tracé et une orientation logiques, conformes aux déductions de l'analyse. Cela prouve que la carte de Ptolémée est exacte, même dans ces régions extrêmes, voisines des bornes du monde connu des anciens.
80 OÉOGRAPHIB ANCIENNE
Autre remarque : L'élévation en latitude de l'Ecosse, de l'Irlande et de l'Angleterre, supérieure de 5 à 6** à leur élévation d'aujourd'hui, tient à la distension du cirque européen, ou à sa tension moins grande au temps de Ptolémée qu'à notre époque.
Les anciens ignoraient Texistonce de cette lèvre et de la Scandinavie. Cependant ils donnent aux lies Britanniques des latitudes en rapport avec l'action de cette lèvre et de cette terre inconnue. Donc ces chiffres de latitudes sont dignes de foi. Ils doivent être acceptés. Ils devraient être, au contraire, rejetés s'ils concordaient avec les chiffres actuels ou s'en éloignaient faiblement. L'action d'étirement de la Scandinavie sur les Iles Britanniques est un de ces faits qui ne s'inventent pas. Donc les mesures des anciens sont exactes ; même en Irlande, même en Ecosse, ils ont relevé exactement les latitudes.
Encore un mot, relatif non plus aux Iles Britanniques, mais à l'Espagne. Elle est, sur la carie de Ptolémée, fortement étirée dans le sens est-ouest. Elle ressemble, comme le disait Strabon, à un cuir de bœuf dont le col est tourné du côtéde la Gaule, vers la chaîne des Pyrénées. Celles-ci, dans leur partie attenante à la Gaule, sont inclinées, à l'époque de Ptolémée, de 40* sur la méridienne, tandis qu'aujourd'hui elles s'allongent de l'est à l'ouest comme tout le reste de la chaîne. Strabon, cent ans avant Ptolémée, les disait dirigées du nord au sud. Pomponius Mêla, cent ans également avant Ptolémée, disait du nord- ouest au sudest. Ptolémée fixe définitivement ces témoignages que l'analyse justifiera plus tard.
En effet, l'analyse nous apprend que les chaînes sont, non pas des masses inertes et seulement plastiques, mais des lames douées d'élasticité et de ressort. Par suite, elles tendent à se redresser lorsqu'elles sont ployées, et c'est ce que la chaîne des Pyrénées a fait peu à peiî: ses extrémités étant libres et n'adhérant plus ni au massif alpin ni au bloc mauritanieo, elles se sont alignées sur Taxe de la chaîne, et toute la chaîne a pris une direction parallèle à l'équateur, parce que telle est la tendance de la plupart des chaînes ou des bloôs libres. Cela tient à une cause profonde au tourbillon intérieur, dont les spires sont parallèles à l'équateur ou du moins doivent l'être. Voilà pourquoi la chaîne des Pyrénées est aujourd'hui rectiligne comme le Caucase, au lieu d'être incurvée comme au temps de Ptolémée, et comme au temps de Strabon et de Pomponius Mêla.
Mais, malgré la concordance de leurs témoignages, nos savants
n'hésitent pas à rejeter ce fait comme ils rejettent d'ailleurs tout oe qui, dans la géographie ancienne, s'écarte des données de la géographie moderne, soit comme formes, soit comme positions. Gosselin, d'habitude fidèle aux anciens, croit de voir les abandonner ici et met en marge de Strabon une note destinée à les redresser en même temps qu'à redresser les Pyrénées. Il ne réfléchit pas que l'Espagne était alors une province romaine, aussi bien connue des anciens que le Tonkin ou l'Algérie peuvent l'être de nous, que sa carte et son cadastre même étaient levés, que les armées romaines avaient cent fois traversé la chaîne des Pyrénées, etc. Tout cela lui est indifférent, tant une idée préconçue a de puissance, tant les savants mettent d'acharnement à défendre leurs systèmes !
Conclusion :
Pour toute la partie du monde que les anciens ont le mieux connue, et qui s'étend de l'Inde à l'Atlantique et de la mer Baltique aux déserts du Sahara et de Libye, la carte de Ptolémée est une carte excellente, et les diiférences qui la distinguent de nos cartes actuelles sont dues, non aux erreurs qui auraient été commises par les géographes ou astronomes anciens, mais aux variations géographiques.
Jetons un coup d'œil sur les parties douteuses de la carte de Ptolémée, sur celles qui représentent les régions éloignées, telles que l'Afrique et l'Asie proprement dites, régions qui constituaient, en quelque sorte, les derniers plans de l'horizon géographique des anciens, et sur lesquelles ils n'avaient, suivant toute apparence, que des connaissances vagues ou incertaines. 11 peut être fort utile de savoir dans quelle mesure ils se sont trompés dans leurs estimations sur ces régions éloignées, puisqu'ils se sont trompés, c'est une chose entendue.
Or la carte de Ptolémée nous montre une Afrique plus large, plus massive que notre Afrique actuelle. La protubérance ou bosse projetée par l'Afrique occidentale dans l'Atlantique est peu accusée, et le rentrant du golfe de Guinée est peu marqué. Ce rentrant est d'ailleurs situé sous Téquateur comme aujourd'hui. Avons-nous le droit de conclure que la carte de Ptolémée est
fausse? Nullement, car, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer dans cette leçon même, les poussées exercées depuis l'époque de Ptolémée par le saillant brésilien contre le continent africain ont dû bien certainement accentuer, depuis cette époque, le rentrant du golfe de Guinée et, par conséquent aussi, faire ressortir la bosse que l'Afrique saharienne projette vers l'occident. Nos savants bornent les connaissances des anciens relatives à cette côte occidentale d'Afrique au cap Palmas ; nous croyons qu'ils se trompent. Hannon, le premier navigateur qui ait reconnu cette côte, a dépassé le mont Cameroun. Il lui donne dans sa relation de voyage le nom de Char des Dieux ou de Montagne des Dieux, qui est encore celui que lui donnent aujourd'hui les indigènes. Il a vu ce volcan lancer des flammes. Il n'y en a pas d'autre sur cette côte. Chose singulière, nos savants veulent à toute force reconnaître dans la relation d'Hannon les moindres indentations de la côte africaine, et ils négligent les seuls points de repère importants, les seuls qui n'aient pu s'eflFacer, tels que le mont Cameroun. Bref, la côte africaine, telle que l'a vue Hannon, ressemblait à la côte actuelle, à peu près comme les trirèmes d'Hannon ressemblaient à nos transatlantiques.
De môme, nous avons vu, en étudiant les variations de la Méditerranée, que le rivage septentrional de l'Afrique a changé considérablement. Je n'y reviens pas.
Le rivage oriental a varié lui aussi, mais d'une manière moins sensible. L'éperon oriental de l'Afrique, qui se termine au cap Guardafui (cap des Aromates), se reconnaît bien avec son extrême pointe, l'île de Socotora (autrefois île Dioscoride). On discute pour savoir si l'île Ménuttias de Ptolémée représente Zanzibar, ou Pemba, ou Madagascar. Ce qui est certain, c'est que la latitude que lui attribue Ptolémée répond mieux à celle du cap d'Ambre qu'à celle de Zanzibar, surtout si l'on tient compte de l'entraînement vers le nord qu'a subi toute l'Afrique depuis Ptolémée.
L'on constate, en effet, que le cap Guardafui (cap des Aromates) et le cap Vert {Hesperium promontorium) se sont élevés tous deux de 4® vers le nord. Le fond du golfe de Guinée (mont Cameroun) a subi la même variation. Donc toute l'Afrique australe, c'est-à-dire toute l'Afrique proprement dite, défalcation faite de la cavité saharienne et libyenne, a tendu à se rapprocher de l'équateur, et les caps Vert et Guardafui, qur sont situés au-delà de l'équateur, ont été repoussés de 4"* encore plus au nord de la ligne.
AFRIQUfi, ASIE BT OCEAN INDIEN 83
Ce mouvement ascendant vers le nord du continent africain a affecté surtout la partie de ce continent située au-dessous du Sahara et du désert de Libye, car cette partie constitue le continent africain proprement dit ; et les déserts saharien et libyen sont des fonds de mer exhaussés qui séparent le continent africain de TEurope. Cependant, par l'intermédiaire de ces fonds, le mouvement ascendant s'est transmis, en partie du moins, à la Mauritanie et à TEgypt. . Alexandrie et Carthage se sont élevées vers le nord, surtout Carthage qui de 33" a passé à 37** de latitude. Syène aussi s'est élevée d'environ i°.
En longitude, on compte du cap Vert au cap Guardafui 69* ; on en comptait 74 à l'époque de Ptolémée, Différence, 5" seulement. Mais si, au lieu de considérer Técartement des pointes des deux éperons africains, on mesure la largeur du ventre du cirque, sous Téquateur même, on trouve aujourd'hui 33** au lieu de 60°, que mesurait l'Afrique en largeur, il y a dix-sept siècles. Ainsi le martelage progressif des continents a réduit de près de moitié la largeur de la panse africaine. On remarquera qu'aujourd'hui le cap Vert est sur le méridien de Tlle de Fer. A l'époque de Ptolémée, il était à 8** à l'est de ce méridien. Ces 8* représentent le développement pris par la bosse saharienne depuis dix-sept siècles. Cette bosse a reflué vers l'ouest et s'est accentuée de plus en plus, à mesure que l'Afrique australe et l'Europe se contractaient en largeur, et à mesure aussi que l'Afrique et l'Europe tendaient à se rapprocher de l'équateur en sens inverse. C'est, en effet, la tendance de toute l'écorce terrestre de se rapprocher de l'équateur, aussi bien dans l'un que dans l'autre hémisphère, et la raison de cette tendance n'est autre, sans doute, que la force centrifuge. (Voir XVIP Leçon, § II.) Mais, outre cette tendance, ou plutôt à cause d'elle, l'écorce terrestre éprouve en môme temps des librations parallèles à l'équateur, et elle se dirige vers ce dernier en oscillant, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Aussi les comparaisons de latitude et de longitude que nous venons de faire sont-elles utiles et même nécessaires. Elles font ressortir, en effet, ces variations, ces tendances de l'écorce vers Téquateur.
Voilà ce qui concerne les contours de l'Afrique. Quant à son intérieur, je me borne à dire que le Nil est représenté sur la carte de Ptolémée avec une exactitude qui ne sera dépassée que bien des siècles plus tard, dans notre siècle même, après les découvertes de Speke et de Grant. En effet, l'on voit sur cette carte non seulement le Nil Bleu et le Nil Blanc, mais les réservoirs
lacustres d'où s'échappent Tun et Tautre Nil, c'est-à-dire les grands lacs de TAbyssinie et de TAfrique équatoriale. On remarquera que les positions de ces lacs en latitude accusent encore un déplace-^ ment de l'Afrique dans le sens sud-nord.
Dans la cavité saharienne, Ptoléméc place un fleuve qu'il fait couler de l'est à l'ouest sous la Mauritanie et se perdre dans les sables, avant d'arriver à TAtlantique. Ce fleuve est-il TOued-Dra ou rOued-Saoura, ou rOued-Takkatimt, ou le Niger? Ce n'est probablement aucun de ces trois fleuves. Tout le fond du désert saharien et libyque est essentiellement mobile et changeant comme toutes les parties faibles de l'écorce terrestre, et il n'y a pas lieu de chercher à identifier le cours des oueds qui y coulent aujourd'hui avec ceux qui y coulaient il y a dix-sept siècles. Cette indication de la carte ptoléméenne doit seulement nous prouver que jadis la cavité saharienne était plus arrosée et plus habitable qu'aujourd'hui. Et c'est bien en efl'et ce qui résulte des observations faites en Mauritanie môme.
Voilà ce qui concerne l'Afrique. On voit, en résumé, que la carte de Ptolémée est bonne, et que ses indications sont d'un grand prix.
Maintenant occupons-nous de l'Asie et considérons l'Inde d'abord. Prise avec la Taprobane, elle forme sur la carte ptoléméenne un puissant éperon qui oppose sa pointe à l'éperon africain du cap Guardafui. Cette pointe, la Taprobane, est séparée entièrement du corps de l'éperon par une crevasse profonde de forme angulaire qui reproduit la forme de l'éperon somalitique, de sorte qu'il est évident que cette crevasse a reçu cet éperon. Elle est en efl'cf située à la même latitude exactement et une libration de l'Asie effectuée dans le sens est-ouest rapprocherait les deux parties et produirait remboîtement. Certes ! quand nous avons raisonné sur Terre-Neuve et sur la crevasse gasconne, les apparences étaient bien moins parlantes, et Téloignement des deux parties correspondantes était bien plus grand ; cependant vous avez été, j'espère, amené à admettre qu'il y a eu pénétration de la pointe terreneuvienne dans la crevasse gasconne. Vous devez donc a fortiori admettre la même chose ici. Du reste vous remarquez sur la carte ptoléméenne non pas une seule échancrure dans l'éperon indien, mais deux. Il y en a, en efl'et, une seconde qui se creuse à la base même de la péninsule indienne, Jà où débouchent l'Indus et plusieurs autres fleuves, le Loni, le Tapti, le Narbudah, etc. Les thalwegs de ces fleuves se reploient dans le voisinage de la mer,
dans le sens du passage de l'éperon percuteur, et des crevasses profondes leur servent d'estuaires. On reconnaît sans peine les golfes de Katch, de Cambay et les langues de terre qui les séparent, le Katch et le Goudjerat. Quant au cap Comorin, il se trouve tout au fond de Tanfractuosilé qui sépare la Taprobane du continent, de sorte que la côte du Malabar est dirigée de Test à Touest et forme la paroi supérieure de cette anfractuosité. Cela ne Tempêche pas d'avoir reçu les coups de l'éperon somalitique, mais elle les a reçus non dans le sens sud-nord, mais dans le sens est-ouest. Après avoir passé sur la côte ouest de la Taprobane, l'éperon africain a passé sur celle du Malabar et l'a érodée dans le sens est-ouest ; d'où reploiement dans un sens uniforme de tous les promontoires de cette côte.
De plus, cette corne aiguë du cap des Aromates ou du cap Guardafui a, en passant sur cette côte, soulevé un ourlet que nous appelons chaîne des Ghates occidentales.
De plus, cette même pointe aiguë, parvenue dans le fond de la crevasse de Comorin, a essayé de s'enfoncer plus loin, et c'est pourquoi Ton trouve dans la muraille des Ghates, près du cap Comorin, une brèche très remarquable entourée de massifs puissants, le Nilghiri et l'Anamalah.
Bref, la pointe africaine a porté bien des coups à la pointe hindoustane, et elle a lutté avec elle, comme nous l'avons dit sommairement dans la leçon sur l'Asie (Livre I, p, 106 et suiv.), mais sans pouvoir deviner tout ce qui s'est passé sur ce théâtre et sans pouvoir préciser toutes les vicissitudes de la lutte. Or la carte de Ptolémée nous montre une des vicissitudes, une des phases de la lutte particulièrement intéressante, celle où la pointe indienne vient de se laisser fendre et diviser en deux par la pointe africaine. Si maintenant Ton jette les yeux sur notre carte à nous, on assiste à la suite des événements. La Taprobane, c'est-à-dire l'ancienne pointe de Tlnde, a été remplacée par une autre, le cap Comorin, et l'ancienne pointe se dérobe derrière la nouvelle. Elle fait comme une avant-garde qui, ayant combattu en première ligne, et ayant beaucoup souffert, se replie à un moment donné derrière le gros, ou est dépassée par celui-ci et passe en deuxième ligne. De plus, chose remarquable, cette avant-garde a fondu en quelque sorte, et se trouve diminuée des 15/16 de son effectif. Ceylan ne représente que le 1/16 à peu prèp de la superficie de l'antique Taprobane. Cherchez le reste; il est loin, profondément enseveli déjà, ou près de l'être.
86 GBOGRAPHIE ANCIENNE
A part une ligne de cadavres, que nous appelons les Maldives et les Laquedives, et qui s'aligne correctement sur le front de bataille en attendant la pelle de Tenfouisseur, il ne reste plus de ce brave corps d'armée que Ton appelait la Taprobane que son état-major bien diminué, le noyau granitique de Tile, le pic d'Adam et quelques bataillons qui se serrent autour du drapeau.
Mais, pour comprendre tout cela, évidemment il faut être un peu simpliste et pas savant le moins du monde. Surtout il ne faut pas savoir un mot de sanscrit. Voilà ce qu'écrivent sur le môme sujet ceux qui le savent, ceux qui ont compulsé les auteurs latins, grecs et indiens.
« Dès Torigine des temps historiques, les Hindous connaissaient « la vraie forme de la péninsule qu'ils habitent. Lorsque les géo- « mètres de l'expédition d'Alexandrie arrivèrent au bord de Tln- « dus, les renseignements qu'on leur donna et qui furent confir- « mes plus tard aux ambassadeurs des rois de Syrie, leur « permirent de dresser une carte parfaitement exacte dans ses « contours généraux. D'après Eratosthène, qui utilisa ces données, « l'Inde a la forme d'un quadrilatère aux côtés inégaux, et la lon- « gueur qu'il donne à ces différents côtés coïncide à peu de chose « près avec les véritables dimensions. Mais, quoique la régularité « de la péninsule n'ait rien de géométrique, cependant le bel « équilibre de la contrée, entre les deux mers qui la baignent à « l'orient et à l'occident, et à la base des monts superbes qui la « dominent au nord, devait entraîner les savants hindous à s'exa- « gérer le rythme des formes extérieures de leur patrie. Dans la « description que le sage Sandjaya fait de la terre [Maha Bha- « rata, Bhisma Parva^ stances 1 à49i), des érudits ont cru com- « prendre que Tllindoustan lui apparaissait sous la forme d'un « triangle équi latéral parfaitement régulier, divisé en quatre « triangles secondaires, égaux les uns aux autres ; mais, dans le « même récit, Sandjaya compare aussi plus poétiquement, quoique « avec moins de justesse, le « cercle de la Djambou dvipa » à « un disque de guerre, puis à un lotus à quatre pétales. Cette « dernière comparaison entre le pays et la <( fleur sacrée » est « celle qui semble avoir été le plus communément acceptée et « dont parlent les pèlerins bouddhistes venus de la Chine. Des astro- « nomes du vi* siècle de l'ère vulgaire reprennent la figure du « lotus pour diviser l'Inde en neuf parties, le centre de la fleur et « les huit pétales, dont le nom a du reste plusieurs fois changé. « Le monde entier était d'ailleurs comparé à une fleur immense
« formée soit de quatre, soit de sept ou de neuf « dvipas », îles « ou presqu'îles, disposées en cercles concentriques autour de « Mérou, « la montagne d'or » où résident les dieux. Chacun de <( ces cercles de terres était entouré d'un océan formé par l'or- « nière du chariot de Priyavata.
« Après Alexandre et les Séleucides, la vraie forme de l'Hin- « doustan fut oubliée par les Grecs, et les érudits, s'emparant « des documents ultérieurs, les dénaturèrent peu à peu, en leur « donnant un sens tout différent de celui qu'ils avaient eu. « Dans la géographie de Ptolémée, l'Inde cisgangétique n'est plus « une péninsule ; très élargie dans le sens de l'est à l'ouest, elle « se racornit au contraire dans le sens du nord au sud, et « quelques-uns de ses promontoires prennent une importance « plus considérable que celle du cap Comorin ; en dépit du réseau « des longitudes et des latitudes, l'Inde était plus déformée par « le géographe d'Alexandrie qu'elle ne Tétait par la figure mys- « tique de la fleur de lotus. Les degrés indiqués sur les caries ne <i servirent qu'à perpétuer les erreurs, jusqu'à l'époque où les « navigateurs portugais purent reconnaître la position véritable « des côtes hindoues. Depuis le voyage de Vasco de Gama, la forme « vraie de la péninsule se rétablit graduellement pour les géo- <« graphes, et d'Anville peut résumer toutes les informations de « ses devanciers dans son admirable carte, qui parut au milieu « du xviii* siècle, » (Elisée Reclus, Géog, tiniv., t. VIII, p. 22 et 23.)
Vous le voyez par cette longue citation, je suis seul de mon avis, seul à soutenir que la carte de Ptolémée est exacte, seul contre les savants, contre tous ceux môme qui, comme Elisée Reclus tout le premier, soutiennent que le relief et les contours géographiques sont sans cesse changeants. Je me trompe : j'ai pour moi les Indiens mal compris et les auteurs anciens qu'on ne s'est pas donné la peine de lire, tout en les citant. La division en cercles concentriques par les Indiens de toutes les terres exondées est parfaitement logique. La comparaison de nos continents avec les pétales d'une fleur est permise. L'assimilation même de l'Inde à une fleur de lotus dont la Taprobane est un pétale était permise aussi. Ce pétale, aujourd'hui rongé, s'étalait jadis au sud de l'Inde, et je prie les orientalistes de revoir leurs auteurs. Pour moi, je le répète, je ne sais pas le sanscrit. Il me suffît d'avoir sous les yeux la carte de Ptolémée. Je la discute et je la trouve bonne.
Mais comment les diff'érences qui la distinguent de notre carte
ont-elles pu se produire? Comment les Ghates ont-elles pu se plier au cap Comorin ou Comaria et, de reciilignes qu'elles étaient, prendre un tracé brisé? Comment enfin la Taprobane a-t-elle pu se réduire ainsi à sa plus simple expression? D'abord, en ce qui concerne la première question, remarquez que ce ploiement de la péninsule en son milieu n'est que le résultat de la contraction > générale de tout le continent asiatique dans le sens est-ouest. L'Himalaya lui aussi s'est ployé ; de rectiligne qu'il était à Tépoque de Ptolémée il est devenu curviligne. La péninsule hindou stane a fait de môme, mais elle a plus fortement encore accentué cette incurvation. Elle s'est brisée en son ventre et a formé un angle aigu au lieu d'un feston arrondi. Pourquoi? Ici intervient évidemment un nouveau facteur : l'attraction de la zone équatoriale, la tendance à l'absorption de l'écorce dans cette zone. Et la diminution de volume de Ceylan tient à la même cause.
Je rappelle ce que j'ai dit déjà dans la Leçon XVII% oîi sont examinées les questions astronomiques relatives aux divers mouvements de la terre, ou plutôt de son écorco. La terre renferme un tourbillon, ascendant aux deux pôles, descendant à l'équateur ou plutôt dans la zone équatoriale, et l'écorce terrestre, née aux deux pôles, est sans cesse chassée par ce tourbillon vers l'équateur où elle se résorbe, pour retourner au grand creuset oti tout se fond. Ce mouvement dans le sens des méridiens se combine avec un mouvement d'oscillation dans le sens des parallèles, et celui-ci n'est que l'une des manifestations de celui-là: c'est le louvoiement d'un navire qui se dirige vers le port, ou l'oscillation d'un pendule qui tombe ou tend à tomber vers le centre de la terre. La tendance de l'écorce à se résorber vers l'équateur et à rentrer dans la masse centrale est mise en évidence par bien des faits (mouvements verticaux descendants des rivages de l'Australie du Nord par exemple, mouvements ascendants de ses rivages méridionaux, mouvements verticaux des atolls du Pacifique et de l'océan Indien, etc.) ; mais le fait le plus grand, le plus considérable qui prouve cette tendance, c'est celui qui nous occupe en ce moment : la résorption presque complète de Ceylan et la disparition des pointes terminales de l'Indo-Chine, disparition dont je parlerai tout à l'heure.
Il importe de se rendre compte du mécanisme de la résorption de Ceylan et de l'allongement de l'Hindoustan. C'est chose facile. La latitude actuelle du cap Comorin est de 8°, celle de Pointe-de- Galles de 6". La latitude du cap Comaria était à Tépoque de Ptolé-
mée de 11*, celle du rivage inférieur de la Taprobane de 3*, celle enfin de son angle supérieur de 10*. Celle-ci n'a pas varié, au moins en apparence ; elle reste de lO*, Mais le cap Comorin s'est, tout en se résorbant, sans doute, sur une très grande longueur, abaissé vers Téquateur de 3"*. En môme temps, les bouches de rindus, qui étaient à 22% sont remontées à 24°. Ainsi donc la côte de Malabar a pivoté autour d'un certain point compris entre le cap Comorin et la péninsule de Goudjerate, abaissant une de ses extrémités, relevant Tautre, faisant sortir la première de Talignement, y faisant rentrer la seconde. Sur la côte de Coromandel, phénomènes inverses. Une rotation de droite à gauche a fait saillir Textrémito inférieure de cette côte, le cap Comorin, et a fait rentrer Taulre, la pointe de Callimere, dans Talignement des rivages. Et ainsi Tancien parallélogramme indien est devenu untriangle. Quant à la Taprobane, le mouvement de bascule du cap Comaria a entraîné son angle supérieur vers le sud ; celui du cap de Callimere a attiré son angle inférieur droit vers le nord, et ainsi elle a tourné de 45° sur elle-même, dans le sens droitegauche, c'est-à-dire dans le sens du tourbillon local qui tend à la résorber. L'angle qui maintenant est son angle supérieur et qui étend un mince pédoncule vers THindoustan était jadis son angle inférieur droit; la liaison qui existe aujourd'hui entre cet angle et THindoustan existait déjà à l'époque do Ptoléméc et était marquée par trois îles et par des hauts fonds. Quant à l'angle supérieur d'autrefois, il est passé en bas et constitue maintenant la Pointede-Galles. 11 s'est donc abaissé, lui aussi, de plusieurs degrés; de 10° de latitude il est passé à 6°. Ce mouvement de torsion de rîle est mis en évidence parla disposition des chaînes intérieures, enroulées en quelque sorte sur elles-mêmes et formant un grand cirque ouvert au qprd-est, et aussi par les inflexions des rivières de l'île dans le voisinage de la mer, enfin par les inflexions de la corne supérieure de l'île et du pédoncule qui la prolonge et la rattache à l'Hindoustan. En pivotant ainsi, sans presque changer de place, mais en présentant toujours à l'équateur, c'est-à-dire au gouffre qui l'absorbe, un nouvel arc de sa circonférence, l'île s-'est défendue aussi bien qu'elle a pu contre le tourbillon qui l'entraîne et qui tend à l'absorber. Elle a fait ce que fait un nageur expérimenté, qui cède prudemment au tourbillon d'un fleuve, au lieu de lutter contre. Mais elle n'a pu pourtant sauver que son noyau, sa tête montagneuse ; son corps a disparu et le reste suivra peu à peu le môme chemin. Puis ce sera le tour du
bloc triangulaire qui constitue la pointe du Dékan, et enfin de tout le triangle indien.
Voilà ce qui concerne Tlnde. Maintenant attendons que Ton ait vérifié, par les anciens documents et les traditions locales, la justesse de nos inductions. Il n'est matériellement pas possible que des traces très nombreuses de phénomènes si grands, quoique accomplis avec lenteur, ne se trouvent dans les livres, ou dans la mémoire des habitants, ou sur le sol lui-môme, sous la forme de villes ou de monuments envahis peu à peu par la mer. 11 parait qu'on trouve des temples à demi immergés sur certains points des rivages de Tlnde ou de Ceylan; il y a, au large de Madras notamment, des récifs que les indigènes disent être les ruines d'une cité submergée et où se dresse une pagode pgramidale, (E. Reclus). Mais ce fait remarquable ne doit pas être isolé. La parole est aux archéologues indiens et anglais et aux orientalistes.
« L'île de Ceylan, écrit Marco Polo dans sa relation de voyage, « était bien plus grande autrefois, car elle avait 3.600 railles « de tour, d'après ce que Ton voit dans la mappemonde « des pilotes de cette mer ; mais le vent du nord souffle si <( fort dans ces parages qu'il a fait enfoncer une partie de l'île « sous l'eau. »
Mais cet avertissement est resté lettre morte. Et M. Reclus écrit dans sa Géographie universelle : « Onésicrite, un des « compagnons de Néarque dans la flotte d'Alexandre, et Mégas- « thène, l'envoyé de Séleucus, rapportèrent en Europe les pre- « mières notions sur la Taprobane ; mais, comme il est arrivé « presque toujours dans l'histoire des découvertes, l'île prit dans « l'imagination des marins des proportions beaucoup supérieures « à la réalité ; les difficultés de la circumnavigation, la nécessité <( d'aller chercher le vent à de grandes distances, lors du renie versement des moussons, l'existence de bancs qui s'étendent « au loin des doux côtés de la pointe septentrionale de l'île, et <( probablement aussi la confusion des récits qui faisaient de « Ceylan, de Java et de Sumatra une seule et même terre, don- « nèrent à l'île indienne d'énormes dimensions; on en fit un « Antichthon, ou « contre-terre », c'est-à-dire un monde faisant « dans les mers du sud équilibre au continent du nord. Même « Marco Polo, avec lequel commence la période des explorations « modernes, donne à Ceylan un pourtour de 2.400 milles, près « de quatre fois supérieur à la circonférence réelle, qui, avec les « îlots environnants, est de 1 . 100 kilomètres ; mais il ajoute que le
n circuit de Tile avait diminué d'un tiers depuis les temps « anciens, « selon que se trouve en la mappemonde des mari- « niers » ; c'est à la violence de la mousson du nord qu'il attri- « buait les invasions de la mer et la destruction partielle du M littoral. A un autre point de vue, Ceylan était également gran- « die par les récits des navigateurs. Ils en avaient fait un pays « de merveilles ; pour les Chinois c'était par excellence « l'île « des Trésors », pour les Grecs « la terre des Rubis »; et les « Arabes, comparant les rivages ombreux de Sérendib à leurs « côtes brûlées, racontaient qu'après leur expulsion du paradis « terrestre les premiers hommes obtinrent de la miséricorde « divine d'aller habiter un deuxième paradis, celui que domine « le pic d'Adam. »
Comme vous le voyez, ici encore j'ai tort, ainsi que Marco Polo^ et que tous les pilotes grecs, arabes et indiens. Et c'est le grand Elisée Reclus qui écrit ainsi Thistoiro! Passons outre ef occupons-nous de l'Indo-Chine ptoléméenne.
Disons d'abord que la discussion de celte partie de la carte de Ptolémée n'est nullement chimérique, car l'Indo-Chine était suffisamment connue, comme contours tout au moins, des géographes anciens ; la navigation des Grecs et des Romains s'étendait jusque-là. Us avaient des comptoirs jusque dans Tlndo-Chine. Des périples exacts à l'usage des marins .étaient répandus dans le commerce depuis Tépoque de Pline et môme avant. Toutes les stations maritimes de l'Inde et de l'Indo-Chine occidentale étaient portées sur ces périples jusqu'à un certain point nommé Cattigara, situé à 10° au sud de l'équateur ; une autre station nommée Thinae, située à 2° au sud de la ligne, avait une grande importance. Non seulement les navigateurs suivaient les côtes d'Asie en cabotant jusqu'à Cattigara, mais encore ils se lançaient en plein océan Indien, en profitant des alises, et ils allaient à Cattigara comme nous allons à Singapour. Qu'est-ce que Cattigara, et qu'est-ce que Thinae ? C'est ce que ne peuvent nous dire ni d'Anville, ni Gosselin, ni Vivien de Saint-Martin. Celui-ci incline à croire que Thinae doit être pris pour Sinae, capitale du pays des Sères ou des Chinois. Et Cattigara pourrait être Singapour. Pour d'Anville, Thinae, c'est Than-Hoa, ville d'Annam. Cherchez bien. Messieurs, cherchez au fond de la mer, car c'est là qu'est Thinae et qu'est Cattigara, absolument comme, les villes romaines de la pointe du Finistère sont maintenant soûs les eaux de l'Océan. Ces cités de Thinae et de Cattigara sont
92 oéOGRAPHIE ANCIENNE
inférieures à l'équateur sur la carie de Ptolémée. Donc, de deux choses Tune, ou elles ont remonté avec toute la péninsule indochinoise de 10" au moins vers le nord, ou elles n'existent plus, car la dernière ville de Tlndo-Chine, Singapour, est maintenant sous Téquateur, ou plus exactement à V au-dessus de Téquateur. Mais il n'est pas possible d'admettre un mouvement de reflux vers le nord de la péninsule indo-chinoise, car la carte de Ptolémée nous montre que l'Himalaya non seulement n'a pas remonté, mais bien s'est abaissé dans sa partie orientale de près de lO"". La région du Yunnan, d'où émanent toutes les chaînes de la péninsule indo-chinoise, est passée du parallèle de 33** à celui de 25**. Donc ce n'est pas une ascension vers le pôle qui a eu lieu, c'est une descente générale vers l'équateur, et un engloutissement de toutes les extrémités péninsulaires.
Ceci posé, essayons de reconnaître néanmoins sur la carte de Ptolémée les diverses parties de l'Indo-Chine. D'abord nous voyons sur cette^carle une longue péninsule, la Chersonèse d'Or, dans laquelle on a cru reconnaître la presqu'île de Malacca. En effet, elle arrive jusqu'à l'équateur et môme le dépasse un peu. Au-delà de cette Chersonèse d'Or s'étend un très grand golfe qui, d'après d'Anville, Gosselin et la plupart des savants, répond au golfe de Siam; et ensuite on trouve une longue terre, qui s'étend au loin vers le midi et dont le rivage occidental porte les stations de Thinae et de Cattigara. Chose bien singulière, on ne voit sur celle carie ni Sumatra, ni Java. Et pourtant, si la Chersonèse d'Or était notre péninsule de Malacca, les navigateurs qui contournaient celte Chersonèse eussent dû voir en passant l'île de Sumatra. Donc nous voilà perdus, et certes il est bien clair que toute cette carte est fausse, et il est superflu de s'entêter davantage à l'expliquer. Voilà évidemment le raisonnement qu'ont fait et que devaient faire nos savants. Mais mon lecteur en fait un autre, j'en suis sûr. 11 sait que Sumatra, Java, l'Australie et toutes les autres terres convictes sont des terres amenées dans le voisinage de l'Asie par le hasard des chocs et des oscillations de Técorce terrestre. Ils ont pris contact avec l'Asie. Mais, si celle-ci, jadis, s'étendait plus au sud qu'elle ne le fait aujourd'hui, ces blocs ont dû s'arrêter eux aussi plus au sud. Donc il faut les chercher au-delà de la terre qui porte Cattigara, et non pas à la pointe de la Chersonèse d'Or. Ainsi donc Sumatra et les autres îles de la Sonde sont en dehors du champ d'exploration des anciens. Premier point acquis.
AFRIQUE, ASIE Bt OCEAN INDIEN 93^
Maintenant, remarquez que la Chersonèse d'Or est une langue de terre peu longue, greffée sur une presqulle à large base, et regardez notre carte à nous. Vous voyez que la Birmanie forme une terre séparée du reste de l'Indo-Chine par le bassin de riraouaddy, de la Salouen et de plusieurs autres rivières, et qui projette au sud un long seuil sous-marin portant les iles Andaman et Nicobar. Un golfe très profond, le golfe de Marlaban, sépare cette terre birmane et ce seuil andaman de Tlndo-Chine. Au temps de Ptolémée, ce golfe a dû être plus large et plus profond qu'aujourd'hui, puisque le martelage a condensé le continent. De plus, la péninsule qui limitait le golfe h Foccident, c'est-à-dire la'Chersonèse d'Or, a dû, sous l'attraction du tourbillon central, s'enfoncer sous la mer. Enfin la bande de terre qui limitait ce golfe à l'orient et qui s'allongeait au-delà de l'équateur a dû probablement s'enfoncer elle aussi et diminuer de longueur. C'est donc apparemment la péninsule de Maiacca, mais plus longue, plus puissante que notre péninsule actuelle. Il n'en reste aujourd'hui que la partie située au nord de l'équateur. Voilà, à mon avis, l'explication des formes géographiques de l'Indo-Chine au temps de Ptolémée.
Je n'y insiste pas davantage, car tout cela au fond m'intéresse assez peu, moi ingénieur. Mais j'ajoute à mon livre ces discussions de cartes du temps de Ptolémée simplement pour prouver qu'elles se lisent aussi bien que les cartes modernes. Je crois aussi ouvrir aux savants qui s'occupent plus ardemment que moi de ces questions des horizons nouveaux. Oui, ils ont bien raison de ne pas mépriser ces cartes vénérables qui semblent au vulgaire des vieilleries, et je suis sûr qu'ils me sauront gré de leur avoir donné un argument qui les justifie, eux et leurs recherches.
Quelques chiffres pour clore cette discussion :
Du cap Guardafui à Ceylan, Ptolémée compte 35**
Il y a aujourd'hui 29**
Des bouches de Flndus à celles du Gange, Ptolémée compte. 35°
Il y a aujourd'hui 22°
De Ceylan à la Chersonèse d*Or, Ptolémée compte 25°
Il y a aujourd'hui de Ceylan aux îles Nicobar 13°
On voit par l'examen de ces chiffres qu'il y a eu contraction générale de l'Asie dans le sens est-ouest, et contraction d'autant plus sensible qu*on s'éloigne davantage vers l'orient, c'est-à-dire
qn*on se rapproche plus du rivage oriental de TAsie, qui regarde le Pacifique. Cela devait être, puisque c'est surtout sur leurs bords que les continents sont condensés et qu'ils subissent Teffet des poussées e^t-ouest des autres continents.
De plus, il y a eu variation en latitude, descente vers Téquateur et résorption des pointes indienne et indo-chinoise. La péninsule indienne s'est allongée vers l'équateur de 4", Ceylan a perdu les 15/16 de sa superficie, elle a été mangée ou résorbée sur une longueur de 10"*. La péninsule birmane et la péninsule de Malacca ont perdu aussi au moins 1.000 kilomètres de longueur. Ce sont, comme vous le voyez, des variations qui en valent la peine.
Je sais d'avance ce que Ton dira : tout cela est absurde et faux. Que Ton enferme bien vite Tauteur! qu'on le mette sans retard aux petites-maisons ! Ces changements seraient dans la mémoire des peuples. Ils auraient occasionné des déluges. Je répondrai qu'on trouve au .Cambodge des monuments et des villes même abandonnés, qui ne l'ont pas été probablement sans cause. Ce sont les villes et les monuments des Khmers. L'opinion du commandant Doudart de Lagrée, de Francis Garnier et ma propre opinion à moi qui, après eux, ai fait de ces ruines des reconnaissances soigneuses, est que la disparition du peuple Khmer ne peut qu'être attribuée à un cataclysme, dont la date se place entre le xiv* et le xv* siècle de notre ère. « Au « XIII* siècle, l'empire Khmer était à l'apogée de sa puissance ; « dès lors, comment deux cent cinquante ans plus tard n'en « restait-il plus que des ruines, au point que les survivants « avaient conservé seulement de vagues légendes sur l'histoire « de leurs ancêtres? Il y a au Cambodge, écrit en 1601 l'explora- « teur Ribadeneyra, les ruines d'une antique cité, quequelques- « uns disent avoir été construite par les Romains ou Alexandre « le Grand. C'est une chose merveilleuse qu'aucun des indigènes « ne puisse vivre dans ces ruines, qui sont le repaire des bêtes c( sauvages. » Christoval de Jaque, qui a visité l'Inde de 1592 à 1598, écrit à son tour « qu'en 1570 on découvrit aii Cambodge « une ville remplie de nombreux édiiSces ; elle est entourée d'une « forte muraille qui a 4 lieues de tour. Dans l'intérieur, on « voit de superbes maisons et de magnifiques fontaines. On y « remarque un très beau pont, dont les piliers sont sculptés de « façon à représenter des géants ; ils sont soixante et supportent « le pont sur leurs mains, leur tête et leurs épaules. »
AFRIQUB, ASIE BT OCÉAN INDIEN 95
« Comment a pu s'opérer ranéantissement d'une pareille civili* « sation? » (Extrait de mon livre un Hiver an Cambodge).
J'examine dans co livre les causes, telles que guerres et invasions, qui peuvent être invoquées et je conclus :
« Une seule hypothèse permet de comprendre cette décadence « à vue dont l'histoire n'offre pas d'autre exemple, je veux parler « d'un cataclysme de la nature. C'était déjà l'idée de Francis M Garnier, du commandant de Lagrée, qui songèrent à invoquer « l'action d'un tremblement de terre, supposition que la parfaite « conservation de certains monuments très élevés rend presque « inadmissible. »
J'explique ensuite do mon mieux la destruction d'Angcor par les crues du Mékong, crues annuelles qui seraient devenues de plus en plus formidables, contre lesquelles les Khmers se seraient défendus par une digue immense, mais enfin qui les auraient submergés et obligés à abandonner leur capitale. Mais je crois que mon hypothèse tombe devant les faits révélés par les cartes, ou du moins qu'elle demande à être remaniée. La destruction du peuple Khmer doit être attribuée à une cause bien plus grande que les crues du Mékong. Toute l'Indo-Chine lentement s'achemine vers l'abîme, et elle y descend peu à peu, avec des soubresauts et des secousses convulsives qui se traduisent par des cataclysmes, c'est tout ce qu'on peut dire, et cela suffit bien pour expliquer la disparition des Khmers : ces hôtes malheureux de la vieille Indo-Chine ont glissé à l'abîme, parce qu'ils s'étaient établis trop près du bord. Et pareil sort attend tous les peuples de la péninsule, ainsi que la péninsule elle-même. Voilà une triste prophétie. Mais elle est juste, je crois.
Encore un mot sur la carte de Ptolémée : on y voit, sur les plus anciens spécimens, figurée par un long trait ponctué,, une terre du sud supposée entre l'Afrique et l'Asie, qui ferme le bassin de la mer Erythrée, notre océaii Indien. Remarquer que c'est là une pure supposition que Ptolémée mentionne, car, en vrai géographe, il a bien soin de distinguer ce qui est établi d'une manière certaine de ce qui n'est que probable. Or cette supposition, qui paraît absurde lorsque l'on ne sait pas la provenance de l'Australie et des autres terres convictes, le devient beaucoup moins lorsque l'on réfléchit que ces terres ont jadis été soudées à l'Afrique, et qu'elles en ont été détachées par des causes violentes. Pour se rendre à leur place actuelle, elles ont suivi le trajet qu'indique Ptolémée sur sa carte par un
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trait ponctué, et ainsi Ton conçoit que les pilotes aient pu avoir quelques notions sur des terres existant au sud de la mer Erythrée. Si jamais vous entrez à la Bibliothèque nationale, vous y trouverez un homme charmant, doublé d'un érudit de premier ordre, M. Marcel, conservateur de la Section des Cartes, qui vous montrera, entre autres merveilles, une vieille carte de 1542 représentant l'Australie placée et orientée d'une tout .autre manière que TAustralie actuelle, avec une île de Java faisant corps avec elle ou à peine séparée d'elle, carte dessinée d'ailleurs avec un soin et une abondance d'indications qui excluent toute idée de mystification ou de tricherie. C'est TAustralie de 1542, en marche vers sa position actuelle, avec son cortège de terres convictes (Carte n* 1109 du Catalogue).
Vous admirerez aussi, j'en suis sûr, une carte de l'Edrisi représentant l'Inde, rindo-Chine et toute la mer Erythrée ; vous y verrez une myriade d'îles inconnues remplissant l'océan Indien de l'Arabie à la Malaisie, et toutes ayant des noms, des formes très logiques et des dimensions respectables. Que sont devenues ces îles? Vous le savez maintenant, cher lecteur (Carte 1105 du Catalogue).
Vous jetterez aussi un coup d'oeil sur les cartes portugaises (n° 1021), et, pour ne pas rester toujours sur le même théâtre, vous consulterez les vieilles cartes de Juan de la Cosa (Rouleau 530), les portulans portugais et espagnols représentant les premières traversées de l'Atlantique, et vous verrez que cet océan a changé de largeur et de forme, que Tanfracluosité américaine, qui a son fond aux Antilles et ses extrémités au cap Race (Terre- Neuve) et au cap San-Roque (Brésil), s'est dilatée énormément, en s'ouvrant vers l'Europe et l'Afrique, depuis quatre cents ans, par l'effet du martelage subi par l'Amérique, et que les dimensions en largeur de celle-ci se sont réduites en proportion (Voir surtout le portulan n** 1046 du xvi* siècle). Toutes ces indications sont d'autant plus précieuses qu'elles échappent au reproche que l'on fait généralement aux anciennes cartes d'Afrique, d'Asie et d'Europe, en un mot de l'ancien monde, dont on dit qu'elles ne sont que des copies de la carte de Ptolémée, reproduisant les erreurs en longitude des tables ptoléméennes. On ne pourra pas dire, j'espère, que Juan delà Cosa et Christophe Colomb se sont entendus avec Ptolémée pour déformer l'Atlantique et l'Amérique dans le même sens que Ptolémée déformait l'ancien monde.
Par ces seuls documents, que je cite au hasard entre cent autres, vous pouvez vous faire une idée des surprises qui attendent nos géographes et des découvertes qu'ils feront quand, renonçant une bonne fois à Tidée préconçue de Tinvariabilité du sol, ils voudront consulter les cartes qu'on trouve à foison dans notre Bibliothèque nationale et dans les autres bibliothèques d'Europe.
Mais ces recherches, qui feront la joie de nos savants, ne font pas la mienne. Le bonheur ici-bas, dit le proverbe arabe, est sur le dos d'un bon cheval, ou dans le fouillement des livres, ou entre les bras d'une femme aimée. Pour moi, il n'est pas du tout dans le fouillement des livres ni des cartes, ou du moins celui-là ne vient qu'en troisième ligne, et si j'ai fait un livre et fouillé dans les cartes, c'est bien par hasard, je vous assure. Mais, puisque je l'ai fait, qu'il me soit permis de conclure.
Je le ferai en disant : La carte de Ptolémée est exacte, môme la carte de l'Inde et des régions les plus éloignées. Nous pouvons et nous devons nous servir des chiffres de Ptolémée, de ses tables de Coordonnées, comme nos astronomes se servent des tables de TAlmageste, c'est-à-dire des observations astronomiques du même Ptolémée, ou de celles d'Hipparque. C'est à cette condition seule que la Géographie pourra progresser. 11 est bien évident que, privée de toute observation un peu ancienne, de toute donnée sur les états antérieurs de la planète, cette science ne peut que rester indéfiniment stationnaire.
11 resterait peut-être à dire, en termes d'une éloquence appropriée, ce que fut Ptolémée, et quelle grande place il tient dans l'histoire de la science. Ce serait peut-être aussi le lieu de lui faire de grandes, d'humbles excuses. Mais à quoi bon ? Les morts, les hôtes de l'Elysée, se soucient bien peu, sans doute, de . nos excuses, de nos marques d'estime ou de mésestime. Et combien ils ont raison ! Ils ont accompli leur tâche ici-bas : cela leur suffit. Et Dieu sait mieux que nous, sans doute, récompenser ceux qu'il a employés, ceux qu'il a élus comme prophètes, soit de la religion, soit de la science, ceux qui, investis par lui de la rude mission d'éduquer les hommes, ou de les instruire, se sont acquittés à leur honneur de cette tache périlleuse et délicate, ses laboureurs et ses semeurs dans le champ de la connaissance ou de la morale.
Je me borne donc à dire, pour ceux de mes contemporains qui l'ignorent, que Ptolémée est le maître et le représentant le plus brillant de l'astronomie antique. Sans lui, cette science, déjà
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formée à son époque, et riche des observations trente fois séculaires des mages de la Ghaldée et des prêtres de TÉgypte, eût été à peu près complètement perdue pour nous. Copernic, Galilée, Huyghens, Kepler et Newton lui-même eussent été des commençants. Mais, comme géographe, il a fait autant, sinon plus. Ses tables géographiques, œuvre immense et irréprochable, résument toutes les connaissances géographiques de son temps. Elles sauvent de la destruction tout l'héritage des temps antérieurs. Je n'ai pu, dans cet abrégé de géographie, consacrer à ces Tables qu'une seule leçon. Mais du moins j'ai tâché qu'elle ne fût pas un hors-d'œuvre, un coup d'œil jeté par manière d'acquit sur le passé, une oraison funèbre accordée par grâce à ce passé, une insolente absoute octroyée à ses fautes, à des fautes qu'il n'a pas commises. Cette géographie ancienne qu'on dit défunte, et qu'on enterre sans plus d'examen, pas même avec la pompe et les honneurs funèbres convenables, est parfaitement vivante ; et, comme la vérité ensevelie dans son puits, elle en sort aujourd'hui brillante et triomphante.
Elle est, par l'effet même des variations constantes, qui entachent toute géographie d'erreurs, aussi exacte que notre géographie à nous. Et si elle s'éloigne de cette dernière pour tout ce qui est chiffres et données numériques, c'est à cause de ces variations et seulement à cause d'elles. Du moins, les erreurs inévitables commises disparaissent dans les variations.
Les formes et les dimensions géographiques changent sans cesse, en effet, particularité que nos géographes paraissent ignorer, ou qu'ils perdent de vue s'ils la connaissent, ce qui est encore pis, mais que tous les anciens connaissaient à merveille.
Ces variations produisent, en peu d'années, des différences sensibles dans la configuration de certaines régions ; elles en produisent d'énormes en s'ajoutant et s'accumulant pendant une longue suite de siècles.
Les lois de ces changements séculaires sont encore inconnues. Leur mode seul commence à apparaître : c'est une marche lente de l'écorce depuis les pôles, où elle naît, jusqu'à l'équateur, où elle se résorbe, marche qui s'effectue avec des librations parallèles à l'équateur. Voilà ce que Ion commence à voir ou à savoir. Mais la durée, l'écart, l'amplitude de ces librations en longitude, l'avancement simultané en latitude, tout ceia est inconnu, tout cela reste à déterminer. Des observations précises de longitude, répétées en des points choisis de nos continents, surtout sur leurs
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rivages orientaux et occidentaux, et des observations de latitude répétées en leur voûte et en leur ventre, permettront plus tard, il faut l'espérer, de combler ces lacunes.
Encore un mot : Bien que cette géographie soit une très petite chose, cependant je ne Tai pas faite seul, ni avec Taide de mon frère seul, et nous devons des remerciements à ceux qui nous ont aidés à la faire. Celui dont la puissance est empreinte en traits formidables dans les traits du relief extérieur de ce globe, que nous avons décrit, Gelui-la doit être admiré et remercié tout d'abord, car rien ne se fait sans lui : « Des profondeurs où roule ce globe, nous vous voyons, Dieu grand, ou nous vous devinons. » C'est là toute notre action de grâces ; nous n'en pouvons trouver d'autre. Nous remercions ensuite les hommes bienveillants qui^nous ont aidés ou encouragés dans notre travail.
Ils ne sont pas nombreux, mais ils ne sont pas non plus les premiers venus : c'est notre consolation.
Parmi ces hommes, il en est un qui nous a oubliés peut-être, car tout s'oublie, et au souvenir de qui nous nous permettrons de nous rappeler en lui disant : Maître, vous avez été notre protecteur et notre guide. Sans vous arrêter aux imperfections de nos premiers essais, vous n'avez voulu voir que l'avenir de l'idée qu'ils renfermaient et vous en avez pris la défense. Vous nous avez exhortés non seulement à ne pas nous laisser rebuter, npn seulement à ne pas perdre courage, mais à écrire une géographie nouvelle, complète, expliquant toutes les formes, tous les accidents géographiques, depuis les continents et les océans jusqu'aux ruisseaux et jusqu'aux collines, et expliquant surtout les variations géographiques, réhabilitant l'œuvre des anciens, la remettant en honneur, et réparant l'erreur des écoles modernes et leur injustice à son égard.
Cette géographie a été peut-être un peu longue à venir, car ce n'était pas l'affaire d'un jour, ce qui est cause que vous nous avez perdus de vue ; et elle a été écrite un peu partout, en Europe, en Afrique, en Asie, sur les pics de l'Atlas et de l'Altaï, dans les toundras de la Sibérie et dans les forêts vierges de l'Oural, de l'Annam et du Cambodge. Mais enfin. Maître, la voici : Certes elle n'est pas parfaite ; mais vous savez d'où nous sommes partis, et vous voyez où nous nous arrêtons. D'autres iront plus loin, infiniment plus loin. L'horizon de la science est sans bornes.
Au bas de cette géographie qui est la vôtre pour le moins autant que la nôtre, car sans vous certainement elle n'eût pas vu
100 géographie: ancienne
le jour, et nous n'eussions même pu en concevoir Fidée, nous avons mis nos noms, celui de mon jeune frère au bas du premier livre et le mien au bas du second.
Mais le seul nom qui devrait y être, à dire vrai, et si l'on tient compte des mérites, c'est le vôtre, le nom du professeur modeste et du génie illustre qui s'appelle Drapeyron et qui a été notre bon génie.
Permettez-nous, cher Maître, d'ajouter quelques mots à l'adresse de nos adversaires, car ce serait leur manquer, n'est-il pas vrai, que de ne pas prendre congé d'eux. Nous dirons donc à ceux qui nous ont critiqués, parfois avec vivacité, que nous les excusons d'autant mieux que nous sommes les premiers avoir et à reconnaître nos fautes, qu'une chose aussi surprenante, aussi nouvelle que celle-ci, fût-elle même parfaite dès le début, ne pouvait manquer de trouver des sceptiques et des incrédules, qu'en la combattant comme ils font perfas et nef ers, et en la déclarant abominable, ridicule, fausse et monstrueuse, ils soulignent encore sa nouveauté, qui sera tôt ou tard notre titre de gloire. D'ailleurs, nous-mêmes, n'avons-nous pas été entraînés à formuler ici et là quelques critiques un peu vives ? Qu'on nous excuse également ! Une géographie qui fait se battre les montagnes ne peut qu'être elle-même batailleuse et d'une humeur difficile. Que ses adversaires lui pardonnent, et qu'ils daignent recevoir ici d'elle-même l'assurance qu'elle sera toujours très heureuse, très honorée, très fière de leur faire vis-à-vis dans la lutte éternelle engagée ici-bas pour le perfectionnement de toutes les choses humaines, etsans doute aussi, dans tout l'univers, pour le progrès universel. Salut, lecteur !
Googk
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