‹ Traité de géographie physiqueChapitre 39 sur 44 · EUROPE ET MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

EUROPE ET MÉDITERRANÉE

cain. Leur courbure régulière indique parfaitement encore la flexion qu'elles ont subie, et quia ployé bout pour bout la chaîne du Rif sous la Sierra-Nevada. C'est à peu près ainsi que Ton rompt une branche en la ployant fortement. Donc tout effort tendant à ployer de nouveau ces chaînes, c'est-à-dire toute poussée de TAmérique contre l'Afrique et contre l'Europe, aura pour etfet d'ouvrir davantage le détroit de Gibraltar et de faire bâiller en quelque sorte son ouverture du côté de Toccident. Voilà pourquoi ce détroit est plus large aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque de Plolémée. Jetez les yeux sur la carte d'Espagne, vous verrez que le détroit de Gibraltar est largement ouvert du côté de l'occident, et plus resserré à l'orient. Ainsi donc, bien loin d'infirmer les prévisions de l'analyse, le fait particulier qui nous occupe confirma entièrement ces prévisions. Poursuivons notre examen.

La mer de l'Archipel est fort élargie, du temps de Ptolémée ; cela tient à Técartement plus grand de l'Anatolie et de la Grèce. Les indentations des côtes helléniques et anatoliennes sont étirées fortement dans l'intérieur de la brèche au lieu d'être rabattues contre ces côtes comme aujourd'hui ; d'ailleurs, on les reconnaît toutes sans hésitation. Ce spectacle des vibrations de toutes ces franges rocheuses, qui, toutes à la fois, s'allongent ou se contractent comme les tentacules d'un polype marin, est vraiment une chose curieuse. La disposition des archipels de la mer Egée est aussi modifiée en conséquence. L'orientation de la Crète est changée ; l'écart entre les deux positions est de 40° environ. Sur la carte de Ptolémée, celte île pointe vers l'est-nord-est ; aujourd'hui elle incline vers le sud-sud-est. Il est évident que cette île est une dépendance de la Grèce, cela seul le prouverait, et, en conséquence, la poussée de l'Anatolie la fait basculer de gauche à droite autour de son extrémité occidentale, et tend à l'aligner dans le prolongement du Pinde. Au contraire, la traction du môme éperon anatolien la fait basculer de droite à gauche et élève vers le nord son extrémité orientale.

La môme cause a changé l'orientation de la mer de Marmara et en môme temps sa forme. A l'époque de Ptolémée, le bassin de cette mer était un cercle presque parfait. Les Dardanelles .et le Bosphore se trouvaient à cette époque sur la môme méridienne, laquelle divisait la mer de Marmara par le milieu et marquait sa flèche.

La Grèce, l'Italie et leurs chaînes axiales étaient presque couchées suivant les parallèles au lieu de s'incliner aujourd'hui, à

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45"* et plus, sur le parallèle. L'extrémité de l'Anatolie, dégagée de la cavité balkanique, s'étalait librement au lieu de se resserrer comme aujourd'hui. C'est Timage réduite du phénomène qui dilate l'Europe et TAfrique occidentales dégagées de la brèche Atlantique. La mer Noire conserve sa formeavec quelques variantes, qui toutes attestent un étirement énergique dans le sens des parallèles: 16" de longueur au lieu de 14*?. Sa flèche reste dirigée suivant le méridien. La mer d'Azof se redresse et se dilate librement vers le nord, et toutefois le Tanaïs (Don) décrit son coude caractéristique vers le nord-ouest, indiquant la courbure des rides ou plateaux moscovites qui forment la branche droite de la lèvre supérieure du cirque européen.

Le Danube et l'ïnn, qui, pour les anciens, constitue le Danube supérieur, coulent dans leur ensemble de l'est à Touest. La source (mont Adula) et les bouches sont sur le même parallèle, tandis qu'aujourd'hui les bouches sont plus basses que la source de 2" environ. Tout le bassin a subi depuis Ptolémée une rotation de gauche à droite de 2** et en même temps s'est contracté dans le sens est-ouest de 6°, différence de 26% longueur ancienne, à 20% longueur actuelle, ce qui, à cette latitude, équivaut à 450 kilomètres. Je dis quatre cent cinquante kilomètres.

La Drave et la Save coulent de l'ouest à l'est et non au sudsud-est, comme aujourd'hui. Mais la Theiss coule du nord au sud comme de nos jours, et cela se comprend, puisque, en général, toutes les dilatations et toutes les contractions s'effectuent dans le sens des parallèles. Par contre, depuis son coude supérieur jusqu'au confluent de la Theiss, le Danube de Ptolémée coule au sud-ouest et non au sud comme aujourd'hui. Il continue à couler ainsi jusqu'au confluent du Rabot (Morawa), puis remonte à l'est-nord-est jusqu'à Axiopolis, puis tourne au nord-nord-ouest jusqu'à Dinaglia, puis à l'ouest jusqu'au Pont-Euxin. Vous concevez de suite toutes ces inflexions d'où sont dérivées les inflexions actuelles. Il suffit que vous songiez au refoulement de l'est à l'ouest produit par la poussée de l'Anatolie contre la péninsule des Balkans. Et, bien que Ptolémée ne nous donne point le tracé des Karpathes, vous pouvez affirmer, sans crainte de vous tromper, que le saillant transylvain, ce reploiement si prononcé de la chaîne, était beaucoup moins accusé à l'époque de Ptolémée qu'il ne l'est de nos jours.

De même les thalwegs du Rhin, de l'Elbe, de la Seine, étaient presque rectilignes. Le Rhône se ployait comme aujourd'hui à

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