VARIATIONS DE L'ACTIVITÉ VOLCANIQUE
pour former 223 grammes de chlorhydrate. Mais la lave ne coule que rarement sur des prairies et, pour le volcan de Yulcano, qui émerge directement du sein de la mer, l'explication est absolument inadmissible. En somme, l'acide chlorhydrique, l'azote et l'hydrogène existent dans toutes les émanations volcaniques ; il reste donc à imaginer une réaction capable de les combiner ensemble. Or M. Melssens ayant soumis, dans un tube, du charbon, de l'eau et de l'acide chlorhydrique à un courant d'air et d'hydrogène sulfuré, a obtenu sur le charbon un dépôt de chlorhydrate d'ammoniaque. Dans les volcans, où ce sel est toujours entouré de soufre, une réaction de ce genre a très bien pu se produire.
On sait d'ailleurs que, sous l'influence de l'étincelle électrique, l'azote peut se combiner avec l'hydrogène de l'eau, ce qui explique la fréquence de l'ammoniaque dans les pluies d'orage.
Il convient de rapprocher de ce qui précède une observation faite, en 4879, sur l'Etna par M. Henri de Saussure. Plusieurs fumerolles dégageaient une odeur tout à fait semblable à celle du bois vert calciné, sans qu'il fût possible de l'attribuer, en aucune façon, à la combustion de végétaux; car cette odeur se retrouvait dans les fumerolles émises par les laves bien au-dessus de la limite de la végétation et jusqu'au bord du cratère principal.
Le soufre existe très probablement à l'état d'hydrogène sulfuré, car on n'a
mais vu de vapeurs de soufre sortir directement des volcans.
L'oxydation de cet hydrogène sulfuré produit de l'acide sulfureux et de l'acide
ilfurique. Ce dernier donne naissance à des sulfates, sulfates alcalins et magné-
^ï^ns solubles, sulfate de fer, sulfate de chaux. Quant à la silice des silicates
d*^ composés par l'acide sulfurique, elle est entraînée par les eaux sulfatées et se
d«5?J>ose à l'état d'opale, surtout au début. L'alumine, par réaction avec les sulfates
rf^^alins, donne tantôt de l'alun, tantôt du sous-sulfate insoluble ou alunite.
U^ kaolin est aussi un produit ordinaire de cette décomposition des silicates.
la présence des hydrocarbures peut s'expliquer par des réactions dépendant
typiquement de la chimie minérale. En effet, M. Berthelot a obtenu ïacétylène
^ \i% en faisant passer de l'oxyde de carbone mêlé de vapeurs chlorhydriques sur
*^ siliciure de magnésium chauffé au rouge. On peut aussi obtenir le même
c°ïps par l'action de l'étincelle électrique, jaillissant entre deux pointes de
cWbon dans une atmosphère d'hydrogène.
Quant à l'hydrogène, nous avons vu que son association avec une certaine quantité d'oxygène libre permettait de l'attribuer, en partie du moins, à la dissociation de l'eau sous l'influence d'une température excessive.
VARIATIOHS DE L'ACTIVITÉ VOLCAHIQUB. — VOLCANS PBRKAHBHT8
Variabilité de l'activité volcanique. — Nous avons dit que l'activité volcanique normale comportait une succession de paroxysmes et d'intervalles de
Dfc LAPPAREKT, TRAITÉ DE GÉOLOGIE. ^7
repos. Il reste à indiquer la manière dont cette succession s'accomplit. Disons de suite qu'elle ne parait obéir à aucune loi générale et qu'il y a, pour ainsi dire, autant de modes distincts qu'il y a de volcans, depuis les cratères en activité constante jusqu'à ceux dont aucune manifestation n'a été enregistrée ni par l'histoire ni par la tradition, bien qu'il n'y ait pas de doute possible sur leur identité avec les volcans actuels. Pour ce motif, on ne saurait établir de distinction fondamentale entre les volcans actifs et les volcans éteints, ceux-ci pouvant se réveiller tout d'un coup après une longue période de repos.
Toutefois, et malgré la continuité des phénomènes géologiques, il est difficile de comprendre dans le cadre de cette étude, uniquement applicable à la manière d'être actuelle de la dynamique interne, des régions volcaniques comme celles de l'Eifel, du Mont-Dor et du Cantal; non seulement l'activité éruptive ne s'y est jamais directement révélée à nous ; mais la stratigraphie fournit la preuve que ses paroxysmes remontent à une époque bien antérieure à la nôtre et, à part quelques manifestations attardées, comme l'éruption du Tartaret, dont il est possible que l'homme ait été le témoin, les volcans de ces districts sommeillent depuis une assez longue suite de siècles pour que les agents atmosphériques aient eu le temps d'effacer la plupart de leurs caractères originels. Nous nous bornerons donc à considérer ceux des volcans dont la tradition a pu enregistrer les paroxysmes.
Succession des phénomènes an Vésuve. — Le Vésuve, antérieurement à
l'an 79 de l'ère chrétienne, n'avait donné, de mémoire d'homme, aucun signe
d'activité. C'est sur son sommet cratériforme, alors occupé par une vigne sauvage,
que Spartacus était venu camper avec dix mille esclaves, et s'il est vrai que
Strabon reconnaissait l'action du feu dans les pierres, d'apparence calcinée, qui
en couvraient la cime, personne du moins ne soupçonnait la vraie nature de cette
montagne. C'est en 79 qu'elle se révéla d'une façon terrible, engloutissant
Herculanum et Porapéi sous une pluie de cendres et de boue, et coûtant la vie à
un grand nombre d'hommes, parmi lesquels Pline le naturaliste. Depuis cette
époque jusqu'au treizième siècle, il y eut presque toujours une grande éruption
tous les cent ans; peut-être cette période active doit-elle être étendue jusqu'au
quatorzième siècle, car il est question d'un paroxysme en 1506; mais la réalité en
a été contestée. Ensuite intervint une période de calme de trois siècles, pendant
laquelle le cratère se couvrit de végétation, laissant croître dans son voisinage
les chênes et les châtaigniers, tandis que deux sources chaudes témoignaient
seules de son état primitif. Les éruptions recommencèrent avec une extrême
violence en 1651 et elles n'ont guère discontinué depuis. Vers 1865, cependant,
le Vésuve semblait presque réduit à la condition de solfatare, lorsque son activité
se réveilla, mais d'une façon assez calme, sans projections violentes et avec
ascension progressive de la lave dans le cratère. Cette lave débordait en 1867,
assez tranquillement pour que de hardis observateurs, comme M. Diego Franco,
pussent se hasarder à aller étudier le phénomène sur les bords mêmes du cra-