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MONTAGNES VOLCANIQUES

extérieure, un trait caractéristique. Leur surface est parcourue par de nombreux sillons, d'une régularité si parfaite qu'avec les saillies qui les séparent le volcan ressemble à un édifice gothique, appuyé sur d'énormes contreforts (1). Ces sillons sont l'œuvre des pluies qui, dans les régions tropicales, n'ont pas de peine à entraîner les matériaux meubles des cônes de débris, en y faisant naître des ravins, s'élargissant peu à peu jusqu'à la base du cône et atteignant souvent jusqu'à 200 mètres de profondeur. Cet effet ne se produit pas sur les volcans actifs, parce que les matériaux rejetés viennent combler, au fur et à mesure, les ravinements que les pluies ont pu creuser.

Les couches successives dont sont formés les cônes de débris présentent souvent une double pente, à l'intérieur, vers l'orifice de la cheminée, à l'extérieur vers la base de la montagne (fig. 88). Cette disposition est facile à comprendre, la partie intérieure à contrepente étant constituée par les matériaux qui, après chaque explosion, sont retombés dans la cheminée et par ceux qui .,. ^ „â J ,., . a J lf

* t ^ Fig. 88. — Cône de débris à double pente.

résultent de l'éboulement continuel de

parois, lesquelles, ouvertes au milieu des cônes eux-mêmes, sont nécessairement très instables. La couleur des cônes de débris non recouverts par la ^^ègétation est le rouge, par suite de l'oxydation du fer qu'ils contiennent; la ^^^gétation transforme cette teinte en brun noirâtre.

Les cônes de débris se forment souvent avec une très grande rapidité. En £ ^B69, un cône parasite de scories, de 250 mètres de hauteur, s'éleva en trois ^■cmois sur le flanc de l'Etna. En 1874, sur la même montagne, on vit se former ^wa quelques heures un cône principal et 35 cônes secondaires, dont un atteigÉTEiait 25 mètres de hauteur. On estime à i 551 000 mètres cubes le volume des matériaux rejetés pendant cette très courte éruption. Quelques jours avaient suffi, en 1865, pour que les cônes secondaires nés au pied de la crevasse du Vnimento atteignissent 100 mètres de hauteur.

Quand les cendres dominent parmi les produits rejetés, l'inclinaison des

^oxiches est d'environ 40 degrés. Les cônes de cendres sont généralement assez

Pointus et leur talus s'allonge davantage dans la direction opposée à celle d'où

^fcnt le vent dominant. Les cendres soustraites à l'action atmosphérique sont

Boires : mais elles rougissent à l'air libre.

<tae« de tut». — Enfin il y a aussi des cônes de tufs, ou plutôt des nappes uniques de tufs, qui se forment par la consolidation de matières boueuses; kntôt ce sont des mélanges de pierres et de débris, qui ont fait éruption avec des torrents d'eau chaude; tantôt ce sont des cendres, dont la chiite a été accompagnée de pluies abondantes et de dégagements de vapeur d'eau. Les notariaux y son^disposés en couches, dont l'inclinaison se tient entre 15 et

0) Boscowitz in Reclus, La Terre, II. p. 643.

DE UPPAREfiT, TRAITÉ DE GEOLOGIE. 28

50 degrés : leur couleur dominante est le brun jaunâtre, à cause de la part que l'eau a prise à l'oxydation des éléments ferrugineux.

Ctaes arixte». — Les débris et les cendres, soit séparément, soit associés ensemble, constituent la plupart des cônes adventifs qui naissent sur les fissures dans les éruptions latérales des grands volcans. Quant au cône terminal, il est généralement formé de débris, les cendres ayant été projetées au loin en raison de la force exceptionnelle des explosions dans la cheminée centrale. Les laves, le plus souvent issues de crevasses sur les flancs de la montagne, forment, par— leur juxtaposition bien des fois répétée, un cône plat irrégulier, sur lequel l< cône terminal se dresse avec un profil plus accentué. Enfin, au pied de la zone des laves s'étend celle des tufs, entraînés plus loin en vertu de leur liquidité. D'après M. de Hocbstetter, le volcan de Rangitoto. dans la Nouvelle Zélande, réalise cette disposition avec une régularité remarquable (fîg. 89).

Fig. 89. — Volcan de Itanuitoto «Nouvelle-Zélande , d'après M. de Hochstelter. /, tufs; /, lares;

*c, scories et cendres.

Très souvent les cônes de débris abondent en filons et en massifs de laves injectés à travers leurs fissures. Cotte disposition, qu'on observe à l'Etna dans une notable partie du grand cône qui porte le cratère terminal, a pour effet d donner aux amas de débris une solidité exceptionnelle, en même temps qu'elle amoindrit leur pente par le mélange des coulées de lave. De là résulte le profil particulier de l'Etna (fig. 00», qui n'offre qu'une pente moyenne de 10 degrés.

Scmeto R

Cratère eeiAral

Val del Bovr

Fi-. 90. — Profil d«- l'Etna, do l'ouest à l'est, montrant la gibbosité centrale et léVhancrure

du Val del Bote.

se décomposant en plusieurs éléments distincts. A la base s'étend une sorte de terre-plein bombé, d'une inclinaison de 2 ou 3 degrés, portant un cône surbaissé, de 7 à 8 degrés d'inclinaison, qui forme ce qu'on appelle les talus latéraux de l'Etna. G*s talus aboutissent, à 2000 métrés d'altitude, à la gMo- %xté centrale, comme l'appelait Élie de Ben uni ont, ou Mongibeilo des Siciliens. protul>érance en forme de bosse, avec des talus d'environ 52 degrés, que couronne, à 2090 mètres d'altitude. la petite plate-forme inclinée dite Piano del

Lago. Enfin sur cette plate-forme s'élève le cône terminal, haut de 315 mètres 3t creusé à son sommet du cratère; son inclinaison est aussi de 32 degrés. Tandis que ce dernier est uniquement composé de matériaux meubles, la gibbosité centrale offre un mélange intime de couches de débris et de coulées ou filons de laves, injectés peu à peu dans une masse qui, dans l'origine, consistait i»n blocs et lapilli rejetés par la cheminée centrale ; quant aux talus latéraux, leur surface est principalement formée par les coulées successives issues des rentes latérales du grand cône.

Mmemlon des cônes volcaniques. — Les cônes volcaniques peuvent offrir les dimensions les plus diverses, depuis celles des petits cônes adventifs de l'Etna et du Vésuve jusqu'aux proportions colossales du premier de ces deux volcans, qui élève àplusde 3500 mètres dans les airs sa masse entièrement formée de produits volcaniques. Dans les régions polaires, le mont Erèbe a 3900m. Mais le volcan actif le plus haut de tout le globe paraît être le Klioutschevskoï (ou Klioutschevskaia-Sopka) du Kamtschatka, dont la cime atteint presque 5000 mètres (1), tandis que sa base n'a pas moins de 330 kilomètres de circuit. Il est vrai que le Goto- |>axi dépasse 5900œ et que le sommet du Gualatieri, en Bolivie, s'élève à 6700in; mais ces volcans ont leurs bases situées à des altitudes de 2000 ou 5000 méxes, de telle sorte que le cône volcanique proprement dit y est inférieur à celui Fu Kamtschatka.

Il est bon d'ajouter que la hauteur d'un volcan actif est susceptible de varier ■^ec l'époque où on l'observe, le cône pouvant être tantôt accru, tantôt en partie mantelé par les éruptions qui s'y produisent. Ainsi le Vésuve n'atteignait en 49 que 1014 mètres. En 1822, sa cime était parvenue à 1242m, pour redescendre à 1 181™ en 1852 et remonter à 1202,u en 1845. En novembre 1867, grâce -la formation, au centre du cratère, d'un cône adventif de 67 mètres de hauteur, altitude du sommet du Vésuve était portée à 1296m (2) et un an après elle était rmcore de 1289m. Dans ces dernières années elle s'est abaissée à 1250. De même na avait 3560°» en 1819 et 5302m seulement en 1834; aujourd'hui sa cime à 351 5* (3).

Cratères. — Le cratère d'un volcan est l'ouverture, en forme de coupe ou d'entonnoir, par laquelle débouche la cheminée d'éruption. La forme du cratère rèsulle en général des explosions qui ne cessent de se produire à l'orifice de la Géminée et qui, au milieu d'un amas de scories et de cendres, ne peuvent mander de faire naître une cavité en entonnoir. Le' plus souvent le cratère d'un wlcan est central ; mais il peut quelquefois, comme au Stromboli, s'ouvrir sur fe flanc du cône, à quelque distance du sommet, ou encore deux cratères d'égale importance peuvent se partager l'activité d'un môme volcan. D'ailleurs, chacun icônes parasites d'une éruption par fissure est lui-même percé d'un cratère, et

(*) K. Fuchs, Les Volcan* et les tremblements de terre, Taris, 1878, p. 10, donne 5014; mais ***» indique seulement 4804.

U) De Yerneuil, Comptes rendus, LXVIII, p. 1309. W K- Rosenbusch, Neues Jahrbuch, 1880, p. 590.

c'est ^insi que Ton peut compter au Vésuve trente et, à l'Etna, sept cents cratères adventifs.

Parmi les grands cratères des volcans actifs, on doit mentionner celui du Popocatepetl, qui a 1600 mètres de grand axe et 325 mètres de profondeur et celui du Pichincha, auquel Humboldt attribue le même diamètre, avec une profondeur de 488 mètres.

Le cratère de Vulcano, dans les îles Lipari, a 550 mètres de diamètre au sommet et 180 mètres au fond. Ses parois, qui atteignent tantôt 120, tantôt 180 mètres de hauteur, sont verticales près de la base et, plus haut, affectées d'un plongement de 45°. 11 est presque entièrement composé de débris, souvent bien stratifiés et à double pente (1). Enfin ce cratère n'occupe pas exactement le sommet de la montagne.

Le cratère proprement dit du Vésuve s'ouvre au sommet du cône de cendres et de débris qui forme le volcan actif et dont la pente extérieure est d'environ 53 degrés. L'ouverture du cratère, assez exactement circulaire, avait, antérieurement à 1865, 700 mètres de diamètre. Ses parois étaient constituées, sur les trois quarts de sa circonférence, par des falaises verticales ouvertes dans le cône de cendres. C'est au nord-ouest que le bord du cratère atteignait sa plus» grande altitude, marquée par la Punta del Palo.

Le fond du cratère, à 60 ou 70 mètres au-dessous du bord, consistait en uim. * plaine presque horizontale, couverte d'accumulations irrégulières de blocs, scories et de cendres, traversée par des fentes dégageant de la vapeur et au mili< de laquelle débouchait l'ouverture très variable de la cheminée ; cette ouvertui constamment modifiée par les éruptions est tantôt un cône en relief, tantôt entonnoir.

Variabilité des cratères de débris. — Rien n'est plus variable que la forn des cratères de débris; celui du Vésuve se modifie à chaque éruption. Tantôt cône terminal est tout à fait régulier; tantôt il est découpé par des brèches pyramides distinctes, (juelquefois le cratère est simple et percé au fond d trous où bouillonne la lave (voir fig. 75) ; d'autres fois il sert simplement d'ei ceinte à un cône puissant qui s'ernboite dans le premier et le dépasse en hauteui comme en 1867. Nous avons vu qu'à cette époque il n'existait pour ainsi dir plus de cavité cratéri forme. Elle s'est reconstituée depuis, à la suite des projec tions violentes de 1872 et, en 1878, le cratère, interrompu par une profond» échancrare sur son versant nord, avait environ 500 mètres de diamètre et la lavi s'y tenait à une centaine de mètres du bord, portant, sur les scories de sa surface, deux cônes temporaires (2).

Le cratère terminal de l'Etna est très insignifiant, comparé aux dimensions: gigantesques de la montagne ; il avait à peine 500 mètres de diamètre en 1865 *t sa profondeur n'était que de 40 mètres : au fond s'ouvrait la cheminée, sous la

(1) Judd. Geol. Magazine, 1875, p. 111.

(2) Durier, Annuaire du club alpin- français, 1878, p. 427.

forme d'un puits noir d'une dizaine de mètres de largeur (1). Du reste ce cratère change de forme à chaque éruption; naguère il était double et ses deux orifices fumaient à la fois. De temps en temps un cène d'éruption s'élève au-dessus de la cheminée. Tantôt le cratère est rempli de lave, tantôt il est occupé par la glace. Enfin, quatre fois dans l'espace de sept siècles, de violentes explosions ont réduit en poudre tout le cratère, que les éruptions subséquentes ont peu à peu reconstruit.

Cratérea ébréeké>. — 11 est rare que les cratères justifient complètement par leur parfaite régularité le nom qui leur a été donné sous prétexte de la ressemblance que présente leur forme avec celle d'une coupe. Leurs bords sont plus ou moins irréguliers et souvent échancrés par une déchirure, qui leur donne une forme de fer a cheval. Ces cratères ébrécké» ou égueuléi, comme on les appelle quelquefois, se produisent lorsque la lave se déverse par leur bord au lieu de s'ouvrir un chemin à l'aide de fentes sur les lianes du cône. C'est ce qu'on

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