RÉSULTATS DES ÉTUDES MICROSCOPIQUES
soit irrégulières, soit polyédriques. Leurs contours ont une pénombre moins accentuée que celle des inclusions gazeuses, parce qu'il y a moins de différence entre l'indice de réfraction du cristal et celui du liquide enveloppé. La plupart contiennent une bulle de gaz, à contour fortement ombré (fig. 120).
Dans le quartz, qui est de tous les minéraux le plus riche en inclusions de ce genre, elles affectent la forme de traînées tortueuses. Les plus grandes Fig' ^beTi^Td 'après K^ ™° ont 0,nm,06 ; les plus petites ne sont visibles qu'avec
un grossissement de 700 ou 800 diamètres. On compte parfois, dans le quartz, plus de 120 inclusions sur un centième de millimètre carré, et M. Sorby admet qu'un centimètre cube de quartz de granité en peut contenir plus de 60 millions. M. Zirkel en a observé dont le diamètre était inférieur à «5 millionièmes de millimètre. Il y a des quartz granitiques où ces inclusions forment le vingtième de la masse.
Libelle». — La bulle mobile ou libelle est le caractère distinctif des inclusions liquides, bien que parfois elle puisse faire défaut. Sa forme est le plus souvent arrondie; mais elle peut aussi être ellipsoïdale et même cylindrique avec deux calottes terminales. Il arrive quelquefois que le liquide ne mouille pas les parois de l'inclusion et est alors enveloppé par la bulle.
Toutes les fois que la dimension des libelles est inférieure à 2 millièmes de millimètre, on observe qu'elles sont sujettes à une trépidation constante, tout à fait semblable à ces mouvements de corpuscules dits mouvements browniens, du nom du botaniste anglais Brown, qui les a étudiés le premier en 1827. La trépidation des libelles se montrant complètement indépendante des circonstances extérieures, telles que la stabilité plus ou moins grande du support et la variation de la température, la cause doit en être cherchée .dacs un phénomène d'un ordre plus intime. Aucune explication ne parait plus. admissible que celle qui, à la suite des expériences du R. P. A. Renard, a été proposée par les PP. Carbonnelle et Thirion (1). La thermodynamique nous enseigne que la surface de contact d'un liquide et de la vapeur qui Je baigne est le siège d'un échange incessant entre les molécules qui reprennent l'état liquide et celles qui se résolvent en vapeur; de là résulte, dans les deux portions de l'inclusion, une variation continuelle de leurs dimensions relatives. Si la libelle est grande, ces variations Se compensent et échappent aux regards; mais quand la dimension devient comparable à celle des espaces intermoléculaires, elles peuvent devenir sensibles à l'observation. Ordinairement le mouvement brownien des libelles apparaît avec des grossissements de 1500 et de 1800 diamètres.
Liquide» des incluMions. — Parmi les liquides des inclusions, les uns possèdent la transparence, la réfrangibilité et la dilatabililité de l'eau; ce sorit ou
(1) Revue des Questions scientifiques, VII, 45, Bruxelles, 1880.
de l'eau pure, ou des dissolutions salines aqueuses. D'autres sont légèrement jaunâtres ou verdâtres, moins réfringents que l'eau, beaucoup plus dilatables et très volatils. Yogelsang a imaginé d'ingénieux appareils pour étudier l'action de tableur sur les liquides des inclusions. On voit tantôt le liquide se dilater en absorbant la libelle, sauf à se réduire bientôt lui-même en vapeur, ee qu'on reconnaît à l'apparition d'une forte pénombre; tantôt la libelle augmenter progressivement aux dépens du liquide qui se vaporise.
Beaucoup d'inclusions renferment de l'acide carbonique liquide. La plupart donnent des traces nettes de chlore et parfois même de fluor (1); ce dernier cas se présente, non seulement avec les minéraux fluorés, tels que la topaze, mais encpre avec le quartz de la plupart des granités. Le chlore et le fluor des inclusions paraissent être à l'état de chlorure de sodium, de fluorure de calcium et de fluorures alcalins.
Cristaux «oluMes. — Souvent, du reste, des cristaux cubiques s'observent
dans les inclusions liquides (fig. 421), ainsi dans le quartz de la syénite zirco-
nienne de Laurvig et dans les blocs rejetés de la Somma.
s£Z^\. au Vérove, à l'état d'inehisions dans la néphélihë. M. Sorby
( U—U © j a vu plusieurs de ces cubes, contenus dans une môme inclu-
\^ ^y^ sion, se redissoudre sous l'action de la chaleur pour se re-
Fig îît — inclusion const*tuer ensuite par le refroidissement, mais, cette fois, en
ttqmide «rec cristal un cristal unique; c'était du chlorure de sodium, en quantité
cubique (d'après Zir- AA^
*ei): quatre fois supérieure à ce que 1 eau peut en dissoudre a 1U0°.
Ce sel est de beaucoup le plus fréquent, et on en démontre directement l'existence par le précipité blanc, soluble dans l'ammoniaque, que donne, avec le nitrate d'argent, la liqueur obtenue par le lavage des cristaux à inclusions, préalablement réduits en poudre.
Avec le chlorure de sodium, on constate, dans les solutions, la présence de sulfates et de carbonates alcalins; quelquefois il s'y trouve des cristaux de fluorine et même du sulfate de baryte.
En cherchant à évaluer, par des expériences de dilatabilité, la température et la pression sous l'empire desquelles avait dû se dissoudre le sel marin contenu dans les inclusions liquides du quartz des porphyrites de Quenast, MM. le R. P. Renard et de Lavallée-Poussin (2) sont arrivés aux chiffres de 507° et de 87 atmosphères.
La cavité qui a servi à la mesure avait 0mm,00964 de grand axe et 0mn\0066 de petit axe. Le côté du cube de sel marin était de 0m,,,00214, et la libelle avait 0™,00187 de diamètre. De son côté, M. Sorby a évalué à 356° la température à laquelle avait dû se consolider le quartz du trachyte des îles Ponza.
incinwiona secondaire* — Toutefois il importe de faire, à l'égard des inclusions liquides, une remarque importante ; elles peuvent quelquefois se dévelop-
(1) Fouqué et Michel-Lévy, Minéralogie micrographique, p. 140.
(2) Mémoire sur tes roches plutonienne* de la Belgique et de tArdenne.
per* postérieurement à la consolidation des roches, par suite d'un phénomène d'altération. Ainsi il résulte des études de M. Whitman-Cross (1) que, dans la décomposition du gneiss de la Bretagne, le feldspath plagioclase apparaît d'abord an microscope comme rempli d'aiguilles cristallines qui, sous un fort grossissement, se résolvent en files alignées ^inclusions liquides; dans les parties très décomposées, ces files d'inclusions sont remplacées par de véritables aiguilles d'une substance solide, qui n'est autre que la wollastonite ou silicate de chaux. Ile même, dans beaucoup de roches, à côté de cristaux de quartz d'ancienne consolidation, on voit d'autres masses de quartz formé par décomposition des minéraux silicates voisins, et ce quartz, dit quartz de corrosion, contient aussi de petites inclusions. 11 est évident que le liquide de ces dernières peut fournir des indications sur les circonstances de Yaltération de la roche, mais non sur celle de sa formation.