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qu'est empruntée la figure 146, qui représente les intercala lions régulières de leptynile dans le gneiss.

Dans le massif du Mont du Labyrinthe, près de Hof, M. dûmbel signale, audessus des chloritoscl listes et au-dessous des assises contenant la faune cambrienne, 5000 mètres de schistes (Urthonsckiefer). Ces schistes, que M. Gûmhel a nommé* phyllades hercyniens, passent, vers le bas, aux schistes micacés et, vers le haut, aux

schistes cambriens, d'où la distinction, Fig. us. — Sacotition régula™ du goein ta ... . , , . . . el de li leptynile [!•) i Rûdenbich, en Biiiére

laite par le même auteur, de deux séries, (d'après Gûmbei).

celle des pkyllitex et celte des schiitites.

Dans le Fichtclgebirge, entre Maid cl Itosenhamnier (fig. 147), il y a lieu de

distinguer deux étages dans le système des phyllades. Le premier se compose de

r JMi

couches de schiste argileux, alternant avec des pkyllade* gnemiques : l'étage supérieur est uniquement formé de schistes argileux.

Alpca e«idewt*ien et cr«(r*iea. Le gneiss granitolde, à schistosilé peu régulière, identique par sa composition chimique, avec le gneiss gris de l'Erzgebirge, se montre, sur une épaisseur de plusieurs milliers de mètres, à la base du Simplon (1 ). où il est surmonté par des couches alternantes de micaschistes grenn- Hfères, calrarifères, chloriteux, de gneiss glandulaires ou schisteux et d'amphiholoschisles. Trois bandes de calcaire cristallin y sont inlercalèes et le lout es! couronné par les chloiïloscMstcs du Mont Leone.

La série des gneiss a grain fin avec am phi bol il es, serpentines el calcaires saccharoîdes est 1res puissante dans les Alpes occidentales. La couleur domûianle des roches de cet ensemble lui a fait donner par Gastaldi (2) le nom de série des pierre* verte*. On la trouve bien développée au Monl Cervin et au Mont Viso, ainsi que dans loule la région des Alpes italiennes. C'est dans celle série que sonl compris les gisements de fer oxydulc de Cogite en Piémont (5). La magnésie

(1) Renevier, Huit. Soc. vaudoiit, 1878, XV, p. 9M.

(î) San. Gtmtilalo geol. d'Itnlia, 1811, I. p.1.

ç<) Part-an, Bu/1, de la Sot: gM. dr Franer, 2* série, II. 1874, p. Ï57.

630 CROUTE PRIMITIVE.

paraît en être l'élément caractéristique et les cipolins y sont fréquemment dolomitiques. Tel est en particulier le cas des calcaires saccharoïdes avec actinote, mica et talc qui, dans la Valteline, sont très développés, d'après M* Taramelli (4), au milieu du système des gneiss amphiboliques et talqueux.

Dans les Alpes Grées, selon M. Baretti, la zone des pierres vertes, formée de gneiss, de micaschistes, de cipolins, de serpentines et d'amphibolites, n'aurait guère moins de 8000 mètres d'épaisseur.

Au Saint-Gothard, d'après les coupes relevées par M. Stapff (2) le côté nord du tunnel est percé à travers un système de gneiss gris, alternant avec des gneiss granitiques, des gneiss œillés et des granités gneissiques. Le côté sud perce des micaschistes, des schistes quartzeux avec amphiboloschistes micacés et grenat ifères, des serpentines, enfin des chloritoschistes. Des cipolins s'observent non loin de la jonction des deux groupes.

Dans les hautes vallées de l'Adige et de l'Adda, M. Stache distingue au-dessus des gneissNles schistes talqueux ou sériciteux verts et% blancs, des schistes argileux, micacés ou non, des phyllades quartzeux et des roches d'aspect gneissique. Une série analogue se retrouve entre le massif du Saint-Gothard et celui du Finsteraarhorn. C'est probablement à l'étage des laïcités qu'il convient de rapporter le schiste à paragonite (3) du SaintrGothard, caractérisé par sa couleur blanche et son éclat soyeux, ainsi que par les beaux cristaux de disthène et de staurotide qu'il renferme. Des schistes du même genre, dont quelques-uns sont de vrais schistes à séricite, couronnent le système des schistes amphiboliques et des chloritoschistes du Simplon (4).

Alpes autrichienne*. — Le terrain primitif des Alpes autrichiennes offre, à Turcheiwand. Hohe Schareek. la base, le gneiss central,

au-dessus duquel vient la /'-;'-5»=s^^^WA' '/'/ '/ > î V^X^^^?^^^ ^tec^^-,,^ calotte schisteuse (Schiefer-

hiïUe) y composée de micaschistes et de schistes verts,

Fig. 148. — Coupe menée par la chaine centrale des Tauern (d'après associés à Ull Système de Heinrich Credner). — 1, gneiss granitofde et gneiss gris ; ï, calcaire

cristallin; ô, micaschistes; 4, micaschistes calcarifére* ; 5, chlori- gne\SS pi US récent que le

toschistes; 6, schistes quartzifères. gneisg ^^ (5) Ce dep.

nier contient de nombreuses intercalations de granité et de gneiss granitique.

Dans la vallée de l'Adige, le système gneissique contient aussi des roches pétrosiliceuses dont la couleur varie du rouge au bleu et au vert (6).

La figure 148 fait connaître, d'après M. Heinrich Credner, la disposition de l'ensemble de la série primitive dans la chaîne centrale des Tauern.

(1) Ernest Favre, Revue géol. suisse, X, p, 125.

(2) Archives des sciences de la Bibliothèque universelle de Genève, 1875, LIV, p. 310.

(5) La Paragonite est un mica sodique et hydraté. (4) Lory, Soc. géol. de France, 7 nov. 1881.

(5> Von Mojsisovics, Verhandlungen der k. k. geol. Beichanstalt, 1871, p. 504 ; 1872, p. 40.

(6) Stache, Jahrbuch der k. k. geol. Reichanstalt, 1877, XX VIL p. 145.

Saxe, siiésie, Bohème. — La formation primitive de la Saxe comprend d'abord le gneiss gris normal, à mica noir magnésien, dans lequel sont contenus les filons métallifères de l'Erzgebirge, puis des leptynites (granulites) riches en grenat, que recouvrent des micaschistes.

Quant à ce qu'on a appelé le gneiss rouge, il forme des traînées ou des enclaves au milieu du gneiss gris, dont il se distingue par sa forte teneur en silice et par la présence du mica blanc potassique. H. H. Mùller et M. Scheerer avaient considéré tout le gneiss rouge comme éruptif. M. Michel- Lévy (1) attribue cette variété à l'injection d'une granulite au milieu des feuillets du gneiss ancien. A Griesbach, le gneiss rouge contient un gisement de calcaire cristallin avec lequel il se fond insensiblement sur les bords, de (elle sorte que M. Kalkowsky (2) n'hésite pas à regarder les deux roches comme contemporaines.

lie système des gneiss et des leptynites de la Saxe est d'ailleurs surmonté par «les schistes verts, avec magnétite, hornblende et plagioclase. Quelques géologues signalent, a la partie supérieure, des roches d'aspect gneissique qui contiennent des galets roulés d'un gneiss plus franc et plus ancien (5). Ces roches appartiennent à l'étage des phyliades gneissiques (Phyllitgnei&s), subordonnés au système des schistes argileux primitifs, servant de base aux terrains sédimentaires proprement dits.

En Saxe, d'après M. Rudolf Credner (4), les schistes verts d'Hainichen sont surmontés par des phyliades à séricite et des brèches. De môme, près de Riesa, M. Pohlig (5) signale, au-dessus de la série gneissique, un ensemble de schistes micacés, de schistes mAclifères et de schistes clairs à andalousite, que couronne un système de schistes à séricite, de phyliades et de quartzites micacés. Au milieu de ces assises existe un conglomérat contenant des cailloux roulés de gneiss granitoîde, reliés par un ciment cristallisé.

Dans le gneiss de l'Eulengebirge, en Silésie, M. Kalkowsky (6) a reconnu deux étages bien distincts : l'inférieur, formé d'un gneiss à mica noir magnésien, tan- . tôt granitoîde, tantôt rubané, est surtout caractérisé par un mélange de quartz et de fibrolithe auquel on a donné le nom de Faserkiesel. L'étage supérieur contient à la fois du gneiss à mica noir, à grain homogène, passant parfois au micaschiste et du gneiss à deux micas, plus inégal dans sa texture, ainsi que des intercalations d'amphibolites, de serpentines, d'éclogites, de roches à diallage et de calcaires.

En Bohême, les formations stratifiées reposent sur une série de gneiss, renfermant assez souvent du grenat; cette série contient, à Krummau, un cipolin

(i) Michel-lévy, Bull, de la Soc. géol. de France, 3e série. II, p. 179.'

(2) Zeit&chr. d. deutsch. geol. Gesellschafl, 1875, p. 025.

(3) Sauer, Halle, 1879.

(4) Pteuc* Jahrbuch. 1876, p. 435.

(5) Zeitêchr. der deutichen geol. GeeelUchafl, XXII, p. 3.

(6) Die Gneisiformalion det Eul$ngebirge$% Leipiig, 1878. — Neueê Jahrbuch, 1878, p. 762.

ti:,2

CROllTE PBUITIVB.

à mies blanc, parfais serpenlineux cl donnant lien aux apparences décrites sous le nom d'Botoon bohemicum.

Au-dessus de ce gneiss apparaît un système formé de schistes verts, de grè* et de brèches, avec pèlrosilcx diversement colorés, qui forme ce que M. Barrande a appelé l'étage A (t).

SemdlMvIc. — Les formations primitives de la Suéde comprennent deux variétés de gneiss : le gneia à magnétite nu jerngncU», souvent rouge, passant, dans sa partie supérieure, à un hàUeflinta rougcalre et le gneiss gri» à grenat. contenant des amphibolites. Au-dessus de ce dernier, que M. Huramel (2) considère comme supérieur au précédent, vient la zone de YhàUeflinta, formée de roches euritiques ou pétrosiliceuses, quelquefois appelées hptitet, et de quaruûtes gris et rouges, que couronnent des schistes argileux et micacés. Parfois, vers le sommet de la zone de l'Iifilk'flinlji, on observe des espèces de conglomérats, mais dont la structure ne se distingue pas sur les cassures fraîches, tanl les galels (ou noyaux) sont intimement unis à la pâle de la roche.

En Norvège, le terrain primitif (Grundgebirge) débute par le gneiss gris franc, se transformant à la base

f ig. 119. - Gneiss micacé Irs.ersé pir du nions de en gneiss glanduleux (AllgCllgneisS),

Tg^* «,"■«" H°"'Se td'>prOS tîttaU> " m conlact des massir9 granitiques. La pénétration du gneiss et du granité est intime (llg. 149) et souvent on a de la peine à distinguer les deux roches l'une de l'autre (5).

Dans ce système, dont la puissance parait dépasser tflflO mètres à Itouisdal.

- Coupe relevée prés de Homcdal par Kjem.

I, gneiss; *. smphibolile.

oi'i il est remarquable par son uniformité, on observe aussi des micaschistes. îles amphilwlites, des gneiss amphi Indiques et de l'éelogite. Des couebes cal-

(1) Sg*thne tilurien ilu centre de la Bohême, MUfi. [21 Sreriar* gf>l. vmlert6kni»g, Stockholm. 187.1.

{"ij Kjciulf, Gcoloyic de* militerai uni/ tûdlbhtn ttortcei/eii, n. 1 IK.

mires y sont également subordonnées ; de ce nombre est le calcaire à idocrase d'Egg près de Ghristiansand. Le gneiss micacé renferme des lits, régulièrement intercalés, de moins de 2 mètres d'épaisseur, d'un calcaire grenu qui contient, avec l'idocrase, du pyroxène, du scapolithe, du mica phlogopite, de la chondrodite et du spinelle noir.

Le gneiss est couronné par plusieurs centaines de mètres d'assises alternatives de quartzitcs et d'amphiboloschistes. C'est à ce niveau que se placent, suivant M. Tôrnebohm, les hâlleflinta ou pétrosilex de Suède, ainsi que les couches qui contiennent les minerais de fer magnétique d'Llù et de Dannemora.

La figure \ 50 montre corn- ///^||^ ///Ê///A<^^^^ ^ ^ ment, à Romsdal, l'amphibo- /^/Jjf ///w////M^^^^ ' lite forme dans le gneiss une lentille allongée, de O^ôO D. ÂKt r . . v. u D . .. Â

° Fig. 151. —Coupe observée par Kjerult au Romsdalhorn. — 1, gneiss

d'épaisseur au plus. granitoîde; 2, gneiss commun; — 3, amphibolite; A, éclogite.

Dans la figure 451 on voit *

deux couches, l'une d'amphibolite, l'autre d'éclogile, intercalées dans un gneiss gris qui lui-môme s'appuie contre un massif de gneiss granitoîde.

Grande -Bretagne. Espagne. — D'après H. Hicks (1), le terrain primitif de la Grande-Bretagne comprend quatre étages qui sont, de bas en haut :

4° L'étage Léwmen, formé de gneiss massif avec feldspath rougeâtre et souvent hornblende; c'est le gneiss fondamental décrit par Murchison dans les Hébrides et le nord-ouest des Highlands.

2° L'étage Dimétien, développé dans le pays de Galles, à Saint- David's, et composé de gneiss granitoïdes et quartzeux à feldspath blanc ou rosé, avec calcaires.

o°. L'étage Arvonien (de Carnavon), formé de roches quartzofeldspathiques, espèces de gneiss euritiques correspondant au hâlleflinta de Suède.

4° L'étage Pébidien, consistant eu chloritoschistes et schistes micacés, avec serpentine et calcaire dolomitique cristallin; cet étage s'observe sur les côtes du comté de Carnavon et d'une grande partie de l'île d'Anglesey.

U existe aussi, dans le district des Lacs du Cumberland, une série de schistes glanduleux, de schistes mâclifères et de schistes micacés qu'il semble convenable de rapporter au même horizon (2).

En Espagne, dans la province de lluelva, la base des terrains stratifiés est formée par des gneiss, des talcites et des phyllades avec intercalations de calcaires cristallins, contenant du pyroxène et de l'amphibole, ainsi que de schistes amphiboliques. Dans la province de Séville, la série est absolument la même et les calcaires cristallins y sont parsemés d'actinote (.r>).

(1) Grol. Magazine, 1879, p. 453.

(2) r.lifton Ward, Quarlrrly Journal of (fie Geo/. Soc. of London, XXXI, XXXII. (5; Macphersuii, in Neues Jahrb,, 1879, p. 930.

étage de pétrosilex, c'est-à-dire do gneiss compacts rappelant les hâlleflintn de Suède, surmonté par un système de gneiss feuilletés et de micaschistes, dit Montalbain, où Ton observe, parait-il, quelques conglomérats.

Fia figure 155 représente, d'après M. Ch. Barrois (1), la coupe du laurentien supérieur, recouvert en discordance par le grès calcifère, à Little Falls, sur la rive droite de la rivière Mohawk (État de New-York). Le gneiss est gris, feuilleté, à fausses stratifications rappelant la structure torrentielle»

et le gneiss porphyroïde, à grands cristaux de labrador, y forme des couches ou plu-,

tôt des nappes Ù peu près Ffe. 15.". - Coupe du laurentien supérieur à Little-Falls (Newn.i . i \m n York), d'après M. Ch. Barrois. — t, gneiss schisteux : 2, enei-s

parallèles, qui, selon M. Bar- por,.iiyroi.ies s. gnv caicirtra.

rois, peuvent très bien être.

des veines éruptives; car c'est un fait général que les roches injectées dans les

formations sehisto-cristallines tendent à prendre une texture rubanée suivant la

srbistosité.

Des couches quelquefois très puissantes de minerai de fer, oligiste ou magnétife, sont subordonnées au laurentien américain. On y trouve aussi des gisements étendus d'apatite. Ceux d'Ottawa font partie d'un système, puissant de près de 1000m, de gneiss, de calcaires et de pyroxénites.

Chine. Guyane. — La série primitive en Chine est tout à fait conforme à l'ordre reconnu dans d'autres contrées. Ainsi, d'après l'examen des échantillons rapportés par M. Fauvel, M. Vélain (2) a pu établir que, en se dirigeant du littoral vers l'intérieur, on rencontre sucessivement :

1° un gneiss granitoïde, en tout point semblable au type du Simplon ; 2° des gneiss grenus, très micacés, schisteux, avec micaschistes feuilletés et pyroxénites; 5° des cipolins avec jadéite, des gneiss à amphibole et des amphiholites.

Dans la Guyane française, d'après les collections recueillies par M. Crevaux et étudiées par M. Vélain (3), le terrain de gneiss et de micaschistes se montre au complet, avec sa constitution normale. Sur les rives du Haroni, on observe un gneiss gris, granitoïde, dépourvu d'amphibole, avec micaschistes. Dans le bassin de TOyapock, à ce système inférieur succèdent des gneiss amphiboliques avec cipolins serpentineux.

(4) Communication directe de M. Barrois à l'auteur.

(% Bull, de la Soc. géol. de France, 3« série, VU, p. 388; IX, p. 390.

(3) Bull, de la Soc. géol. de France, 3' série, IX, p. 474.

Probabilité de la formation des roches primitives par cristallisation Immédiate. — Un tel fuit a une grande importance et nous semble éloigner, de prime abord, l'idée que le terrain de gneiss et de micaschistes peut résulter de sédiments originairement détritiques, que de puissantes actions métamorphiques auraient ultérieurement transformés. Non seulement on comprendrait difficilement que des actions de ce genre eussent produit partout des résultats identiques; mais on comprendrait moins encore que les alcalis se fussent concentrés à la base, tandis que les terres alcalines se localisaient dans les parties supérieures. La présence du calcaire à l'état de liberté, en lentilles tellement bien incorporées au gneiss encaissant que le passage d'une roche à l'autre est souvent ménagé par des transitions insensibles, ne s'explique que par une cristallisation simultanée. L'existence, dans quelques gites de cipolins, de silicates calcaires et alumineux, comme ceux que développe habituellement le métamorphisme au contact d'un calcaire et d'une roche granitoïde, ne peut rien prouver en faveur d'une origine métamorphique, car il est difficile que la calcite ait cristallisé au milieu d'une masse silicatée sans que de tels minéraux aient pris naissance. La puissance de cristallisation qui a présidé à la formation sur place des cipolins nous semble d'ailleurs attestée par ce fait remarquable que, très souvent, dans leur voisinage, on observe des nids ou des veines de pegmatite tourmalinifère. Tel est le cas, notamment, en Bretagne et dans le Plateau central. Ajoutons que le gisement de la cryolithe du Groenland est identique avec celui des cipolins. Ce minéral, constitué par un fluorure double de sodium et d'aluminium, où il est douteux que personne songe à voir un produit métamorphique, est enclavé dans le gneiss.

Bien d'autres motifs, d'ailleurs, portent à distinguer le terrain primitif de ceux qui composent la série sédimentaire. D'abord l'examen microscopique n'y révèle jamais d'éléments élastiques que dans l'étage tout à fait supérieur, celui où commencent à s'intercaler les phyllades. Ensuite nous avons déjà cité (i) ce fait remarquable, constaté par MM. Zirkel et Kalkowsky, que, dans la plupart des gneiss, les files d'inclusions liquides du quartz s'arrêtent avant d'avoir atteint la périphérie des individus quartzeux, comme si chacun d'eux s'était consolidé à la place qu'il occupe ; si le quartz provenait de la destruction d'une roche plus ancienne, il n'y aurait pas de motifs pour que les files d'inclusions ne fussent pas brusquement tranchées par la suif ace des grains. M. Kalkowsky a même constaté, sur les gneiss de l'Eulengebirge, que les inclusions liquides du quartz se rassemblent souvent suivant des surfaces planes, qu'on voit se prolonger sans altération à travers plusieurs grains de quartz juxtaposés : ainsi la cause qui a produit le groupement de ces inclusions semble avoir agi quand tout le quartz de la masse était encore à l'état pâteux.

Enfin MM. Benecke et Cohen (2) se sont assurés que, dans le gneiss de l'Oden-

(I) Voy. anlet p. 610.

(fc2) Scues Jahrbuch, 1880, I, p. 58.

538 CROUTE PRIMITIVE.

wald, le quartz contient, à l'état d'inclusions microscopiques, tons les éléments constituants (le la masse de la roche, ce qui semble bien prouver qu'il a dû se former en place, tel qu'on l'observe aujourd'hui.

Actions «Itértopres, phénomènes sic concrétion, division en bancs. —

Ce n'est pas à dire que le terrain primitif n'ait pas dû subir dans une large mesure l'action des roches éruptives qui tant de fois Font traversé en tous sens. C'est à cela, peut-être, qu'il convient d'attribuer le développement, dans beaucoup de gneiss, des aiguilles de sillimanite et de fibrolithe, ainsi que l'excès de silice dont plusieurs gneiss rouges sont pénétrés. Hais, quelle que soit la part faite à ces actions secondaires, il n'en reste pas moins acquis, à nos yeux, que la grande masse du terrain primitif a dû se former à peu près telle que nous la voyons aujourd'hui. Non seulement, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ce terrain contient tous les équivalents rubanés et stratifoiines des roches éruptives granitoïdes, mais la composition minéralogique y est liée à la composition chimique exactement dans la même mesure que pour les roches d'origine interne. De plus, les phénomènes de concentration moléculaire y sont fréquents et déterminent l'isolement, en certains points, de parties tranchant nettement sur la roche encaissante, au point d'avoir souvent fait croire à des intercalatious de fragments anguleux. Le feldspath, mais surtout le quartz, s'y montrent isolés eu lentilles, qui parfois s'allongent dans le sens de la stratification et d'autres fois la traversent à angle droit, en dessinant ce qu'on a nommé des veines primaire** et souvent des minéraux particuliers viennent former dans la masse de véritables nids.

Il reste la question des conglomérats qu'on a quelquefois signalés daus le terrain primitif et qui se composeraient de fragments roulés de gneiss ou de micaschiste dans une pâte gneissique. M. Munier-Chalmas(l)a indiqué un fait de ce genre dans le terrain primitif du Midi et M. Sauer (2) a t'ait la même observation en Saxe. Il est à remarquer que ces conglomérats se rencontrent, au moins eu Suède et dans l'Erzgebirge, à la partie supérieure de* chloritoschistes et eu compagnie de phyllades très probablement sédirneutaires. Du reste, si l'on admet, comme nous le faisons, que les influences externes aient dû tondre à prévaloir de plus eu plus à mesure que la série primitive se constituait, il ne semblera pas surprenant que les derniers membres de cette série, tout en conservant une pâte qui les rapproche des roches gneissiques, contiennent déjà des cailloux roulés de roches anciennes. Le mode de formation de ces strates a été probablement peu différent de celui qui prévaut aujourd'hui polir les terrains sédirneutaires; mais il n'y, a pas de motifs suffisants pour appliquer la même conclusion aux assises plus profondes, c'est-à-dire a celles qui se rapprochent du gneiss graniloïde fondamental .

Eu tout cas, le fait qu'une roclio occupant le sommet de la série primitive

(1) liulf. ftc la Soc. géol. de France, 3r si'-rie, 1, p. 105.

(2) Zeilschrifl /'. il. yen. Salut-ivi**., Malle, 1871».

peut contenir des galets du gneiss le plus franc prouve incontestablement que ce dernier avait acquis tous ses caractères avant le dépôt des premiers terrains de sédiment authentiques et que, par suite, sa texture et sa composition ne sauraient, à aucun degré, être attribuées à un métamorphisme général sous l'influence d'actions calorifiques internes, continuées à travers toute la série des âges.

Quant à la division en bancs, assez fréquente dans le terrain primitif, elle n'a rien de commun avec celle qui caractérise les étages sédimentaires. Si régulière qu'elle paraisse, elle est simplement le résultat des efforts mécaniques de compression et de laminage auxquels les roches ont été soumises, et souvent on voit ces prétendus bancs couper obliquement la véritable stratification, indiquée dans le gneiss par l'alignement des éléments minéraux.

Restes organiques préssunés. — Pour attribuer au terrain de gneiss et de micaschistes une origine métamorphique, on s'est parfois appuyé sur la présence fréquente du graphite parmi ses éléments constituants, admettant en principe que le carbone est nécessairement un produit d'origine organique. Hais cette assertion est pour le moins hasardée et il suffira de rappeler qu'on en disait autant du phosphate de chaux, jusqu'au jour où l'analyse microscopique est venue révéler que l'apatite abondait, non seulement dans toutes les roches éruptives, mais particulièrement dans celles qui sont le plus franchement ignées, telles que les laves basaltiques ; de la sorte, sa présence, en gisements étendus, parmi les roches laurentiennes du Canada, n'est pas plus surprenante que celle des cipoline ou des gîtes de magnétite et d'oligiste.

Cependant des débris organiques auraient été, au dire de quelques auteurs, rencontrés dans le terrain primitif. En fait de végétaux, on a cité une empreinte recueillie par M. de Sismonda dans un caillou de gneiss de la Valtcline. Sans nous demander si cette empreinte ne serait pas de la même nature que certaines cristallisations dendritiques de pyrite où, récemment encore, d'habiles botanistes croyaient reconnaître des folioles de fougères, il suffira de faire observer que le gneiss en question est un bloc erratique, dont il est impossible d'indiquer la provenance et qui peut très bien avoir appartenu à l'un de ces terrains d'aspect gneisêique, comme il s'en rencontre plus d'un parmi les sédiments métamorphiques des Alpes.

EoBoon. — Ce n'est pas, il est vrai, par une fin de non-recevoir du môme genre cpj'on peut écarter l'argument tiré de la présence supposée, dans les cipolins du Canada, d'un organisme animal, devenu rapidement célèbre sous le nom d'Eozoon.

En 1863,, H. Mac Hullcn avait trouvé, dans la plus élevée des trois bandes calcaires du laurenticu, un calcaire serpentineux, cloisonné, formé de couches alternatives de serpentine ou de pyroxène et de carbonate de chaux. En étudiant ces systèmes de cloisons, MM, Dawsôn, Carpenter et Rupert Jones crurent y reconnaître une structure organique* due a un foraminifère qui reçut le nom d'Eozoon canadensei Bientôt M. (îiiiubel annonçait la découverte de VEowon ba»

640 CROUTE MUMTIVE.

varicttm dans les calcaires primitifs de la Bavière et retrouvait le même fossile dans les marbres serpentineux de la Finlande, de la Saxe, de la Silésie et de la Hongrie. De son côté, M. de Hochstetter signalait en Bohême un Eozoon bokemicum et H. Garrigou interprétait dans le même sens les apparences offertes par un calcaire serpentineux des Pyrénées. Vivement combattue par MM. Ring et Rowney (1), qui retrouvaient exactement la même structure dans une ophicalcite moderne de l'île de Skye, et par MM. Perry et Burbank, qui affirmaient que Y Eozoon du Massachusetts était contenu dans un véritable filon calcaire, la nature organique de ce fossile continuait à être énergiquement soutenue par ceux qui l'avaient les premiers découvert. Mais, de l'aveu des paléontologistes les plus, compétents (2), l'étude minutieuse à laquelle s'est livré M. Môbius (5) a fait descendre définitivement Y Eozoon au rang d'un simple accident minéralogique, susceptible de se produire dans tous les mélanges intimes de la calcite avec la serpentine ou le pyroxène.

Nous nous croyons donc fondé à admettre, jusqu'à nouvel ordre, que le terrain primitif est dépourvu de restes organiques et mérite encore le nom d'azoïque qui lui a souvent été donné, avant que l'apparition de Y Eozoon lui eût fait attribuer, par quelques auteurs, l'èpithète d'éozoïque.

Conclusions. — Le caractère particulier des formations de la première écorce justifierait assez bien le nom de terrains dissous ou agalysiens sous lequel les avait décrits Brongniart. En considérant que les roches en sont à la fois cristal- Usées et feuilletées, d'Omalius d Halloy leur avait appliqué la désignation de terrains cristallophylliens. Nous nous en tiendrons, pour notre compte, au mot de terrain primitif, entendu dans le sens que nous avons défini, c'est-à-dire en regardant les roches qui le composent comme le produit d'une solidification par refroidissement, produit immédiatement remanié, d'ailleurs, tant par une mer à haute température et chargée de substances chimiquement actives que par l'intervention fréquente du magma liquide sous-jacent.

Souvent, il est vrai, on entend désigner le granité comme la roche fondamentale et primitive, par excellence. Mais il n'existe pas un seul affleurement granitique qui se présente autrement qu'en filons ou en massifs puissants, notoirement injectés à travers les gneiss ou même les premiers étages sédimenlaire*. Aussi regardons-nous le granité comme un produit essentiellement interne et qui, tout en possédant une composition identique avec celle des assises fondamentales de la véritable écorce, doit sa texture particulière à ce qu'il a été soustrait, par la protection même de cette écorce, aux actions externes sous l'empire desquelles celle-ci a dû se constituer définitivement.

En résumé, le terrain primitif est, à nos )eux, une sorte de produit mixte, résultat d'une lutte entre l'élément interne et la sédimentation proprement dite.

(1) Proceedings of the hish Acadetuy. — Annal* and Magazine of natural Hislory, 1874.

(2) Zittel, Handbuch der Paléontologie, I, p. 73'2. (ô) Palxoiilityraphiva. XXV, 1878.

celle-ci, d'abord incertaine et autant chimique que mécanique, étant destinée à triompher, sous sa forme à peu près normale, avec les dernières assises de ce système si complexe et en même temps si régulier dans sa succession. On ne doit donc pas s'étonner de la difficulté qu'on éprouve, en présence de telle ou telle nature de roches, à fixer la part qui revient en propre à chacun des deux principes antagonistes. Lorsqu'on voit la ressemblance de certains gneiss ou micaschistes avec des roches qui sont indubitablement le produit d'une action secondaire, en relation visible avec le voisinage immédiat d'un massif granitique, qui les a imprégnées d'une partie de sa substance, on comprend que plus d'un auteur ait été séduit par l'idée de demander à un métamorphisme général le secret de la formation de toutes les roches primitives. Mais nous croyons qu'il convient de se tenir en garde contre ces analogies ; ainsi que le rappelait fort à propos M. Kalkowsky (1), c'est bien en pareille matière qu'il importe de méditer le vieil adage « Multa fiunt eadem, setl aliter ».

La vérité est que, comme l'a dit M. Inostranzeff (2), les gneiss et les micaschistes sont encore, dans l'état actuel de la science, des hiéroglyplies pétrographiques. Mais quelque origine qu'on leur attribue, un fait n'en reste pas moins acquis et c'est celui qui à nos yeux offre le plus d'importance ; nous voulons parler de l'unité si remarquable du terrain primitif et de la constance absolue que présente l'ensemble de sa composition en tous les points du globe où il a pu être observé. Un tel caractère, si complètement opposé à la manière d'être habituelle des formations détritiques, assigne à ce terrain une place à part. C'est bien là, quoi qu'on ait pu dire, le soubassement uniforme qui supporte l'édifice variable des terrains stratifiés. Voilà pourquoi, à l'exemple des anciens auteurs, nous conservons la qualification de primitif à ce système, dont la naissance, si mystérieuse qu'elle puisse paraître, n'a pu manquer du moins d'être entourée de circonstances à la fois très spéciales et très universellement répandues.

(1) Nette* Jahrbuch, 1880, I, p. 13.

(i) in Kalkowsky, foc. cit., p. 28.

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