SYSTÈME DÉVONIEN
§ i GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE DÉVONIENNE
Caractères généraux de la période. — Le système dévonien a été introduit dans la science, en 1837, par Murchison et Sedgwick, après que Lonsdale eut montré que la faune des couches du Devonshire méridional était intermédiaire entre celle du silurien et celle du terrain carbonifère. Ces couches du Devonshire sont l'équivalent marin du système connu en Ecosse sous le nom de vieux grès rouge (old red sandstone), désignation qui a été longtemps employée pour les dépôts de cet âge en Europe (2).
La période dévonienne est essentiellement caractérisée par le premier épanouissement du type des vertébrés, représenté par les poissons, ainsi que par le
(1) Feilden et de Rance, Geol. Soc. of Loiidon, 17 avril 1878.
(2) M. Dawson a récemment proposé, pour les couches situées en Amérique entre le silurien supérieur et le carbonifère, le nom de système Erien, du nom du lac Erié.
développement tout à fait remarquable de certains groupes de brachiopodes, tels que les spiriférides et les rhynchonellides. En même temps la végétation terrestre s'installe d une façon définitive, tout en n'occupant encore qu'une place restreinte et se montrant composée de types où Ton doit voir simplement les précurseurs immédiats des genres carbonifères. D'ailleurs, parmi les poisson* dévoniens, il en est beaucoup qui peuvent être considérés comme des espèces d'eau douce ou tout au moins saumâtre. 11 en résulte que le fait dominant de la période est l'établissement des surfaces continentales, à peine ébauchées pendant la période précédente. Les divers bassins sont ainsi mieux définis: il y a plus de différences dans la nature et la faune des dépôts synchroniques. même à de petites distances. Néanmoins l'uniformité générale des conditions physiques est encore manifeste et tout indique qu'à cette époque un même climat régnait sur la surface entière du globe. En outre, si la terre était habitable pour les plantes, elle n'offrait sans doute aux animaux supérieurs aucun moyen d'existence, car on ne rencontre pas même de reptiles aquatiques dans les dépôts dévoniens. Seuls, quelques rares insectes ailés commencent à se montrer, en Amérique, dans les couches les plus élevées du système.
Caractères paléoatologlqne». — De même qu'au début de l'époque scandinavienne l'éclosion de la famille des trilobites avait été en quelque sorte instantanée, de même, dès les premières assises dévoniennes, les poissons, qui venaient seulement d'apparaître dans les couches tout à fait supérieures de l'étage bohémien, déploient une surprenante richesse de formes et d'individus. De plus, rien, dans leur organisation, ne témoigne d'une infériorité réelle relativement aux types congénères actuels.
La grande majorité des poissons dévoniens appartient à la classe des ganoides ou poissons cuirassés hétérocerques, c'est-à-dire à nageoire caudale dissymétrique, qui n'est plus guère représentée, de nos jours, que par un très petit nombre d'espèces habitant les rivières de l'Afrique, de l'Amérique du Nord et de l'Australie. Les genres les plus remarquables sont Holoptychins, Osteolepis, Dip~ terus, etc., de la famille des Crossoptérygiens, où les rayons des nageoires antérieures sont fixés sous forme de franges autour d'un axe osseux ; ensuite les Ce-
Fig. 217. Fig. 218.
Fig. 217. — Cephalaxpis Lyelli, Ag., de l'Old red inférieur d'Angleterre. Fig. 218. — Coccostfus devipiens, Ag., de l'Old red moyen d'Ecosse.
phalaspis (fig. 217), Pterichthys, Coccostens (fig. 218), enfin des placoïdes de la famille des squales, Onchu$y Ctenodus, Byssacanthus, etc., représentés par des rayons épineux qu'on a nommés Ichthyodorulites.
Les Trilobites, déjà en complète décadence, ne forment plus qu'un petit
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nombre de genres, la plupart datant du silurien, notamment Cryphœiu (11g. 219), Pkacopt (fig. 220), brmteus ou Go/dïus ffig. 221), Homalonotus {fig. 222). Les Ontracodet offrent le genre Cypridina (fig. 225).
Fig. m. Ilomi
Saudb., dd se h
rhelini, Marie Baiiault, «p., du Calcaire de Kéhou. — Fig. ISO. PhnropM lalifroni, lien. — Fig. Kl. Bronleui iGoldiui) GervMei, Barr.. du calcaire de Ne hou. —
jJo(ui cranicauda, Ssndb., du coblencian, — Fig. 13S. Cypridina taratottriala,
es > cj[iri<liiies de Westphalie.
Les Brachiopodes pullulent comme genres, espèces et individus. Il suffira, pour en faire apprécier l'importance, de dire que, dans la période déronienne. les espèces de brachiopodes étaient à celles de lamellibranches dans la proportion de 100 à 49, tandis que les mers actuelles, au voisinage de l'Angleterre, ne comptent plus qu'un brachiopode pour 44 lamellibranches.
Les plus caractéristiques sont les Spirifer (fig. 224 a 227), BAynchonella
(fig. 228, 229), Âtrypa (fig. 230), Athyrù (Spirigera) (fig. 231), Trigeria (fig. 252), Stringocephalus (fig. 233), UnciUi (fig. 234), LepUena (Ûg. 235), Pen-
(amena, Producttu, Orthis, ce dernier genre étant d'ailleurs beaucoup i florissant que dans la faune silurienne.
Fig. «8. nkynchoneUa lubWilioni, d'O famennien de l'Ardanna. — Fig. OO. A
Fig. SM. TrigTia Gucrangrri, Vern., t| Uni, Delï. {réduit), du cilcaire de Gi Fig, S3S. Lcplxna Kurchitoni, d'
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Fig. !36. Gonialilti [Agonidi*) relrorm*, v. Buch, du dévonien supérieur dp Weslplialic. — Kig. Î37. Goniatilti amblylatiui, Sindb , du même gisement. — Fij! 4"8. Itaclritn graeiti», v. Buch, des schistes de Bilagnir. - Fig, H9. Tmtaculltit irreguiarit, Kon., du gédinnieu de l'Ardcnuc.
Parmi les Céphalopodes, il convient surtout de citer les Gomatitex (fig. 25G, 237), Clymenia, Bactrites (fig. 238), Gyroceras.
PÉRIODE DÉVON1ESNE.
Comme dans la faune silurienne supérieure, on trouve en abondance des TentacuUtes (fîg. '259), qui sont des ptéropodes ou des annelés.
Les Gastropodes offrent les genres Euomphalus, IHurckisonia, etc. Quant aux Acéphales, on remarque les Pterinœa (fig. 240), Cardium {Cardiola) (fig. 241), Cucallcea (fig. 242), Grammysia, Aviculopecten, Con.ocardiu.rn.
Fig. iUS. Pteriuza lameiUsa, Sow., du l.uni relroitriata, Hurch.). du schiste) de Milagi du Conduis. — Fig. 413. Cyathophyllum hext
Les Polypiei-s sont abondamment représentés ; c'est à eux que se rapportent les genres Cyathophyllum (fig. 245), Plcumiictyum (fig. 246), Acervularia, Auio pora, Calceola (fig. 244), ce dernier remarquable par l'existence d'un opercule, tendis que le genre Receptaculiles appartient vraisemblablement aux foraminifères. Enfin les crinoïdes sont nombreux et fournissent, entre autres, les genres Cupreuocrinus, Eucalyptocriniu, Haplocrinut (fig. 245), Cœlasler, etc.
Fig. îlfl.
Fig. SU. Calceola tandalma, LamV., des ichisles à cllcéoles. — Fig. ÏB. Hnp/ocrf»tu meipilifumh, Rœm., de l'Eifel. — Fig. S16. Plrurodictynm probltmaticum, Goldf,, du coblencien. — Fig. il?. Palmopleris {Cyelaplerii) aibernica. Ed. Korb-, de l'uld red d'Iriande-
La flore dévonienne n'a pas en réalité, de caractère propre bien tranché. A côté de fucoïdes, dont quelques-uns, comme Spirophyton, doivent peut-être inspirer des doutes depuis qu'on a constaté que des annélidee laissent parfois
sur la vase des empreintes en queue de coq semblables à S. cauda-galli (1), il y a des espèces terrestres qui sont étroitement alliées à la flore carbonifère, dont elles présagent l'éclosion. Ce sont des Lycopodiacées, Psilophyton, Lepidodendron, des Conifères* Prototaxites, des Calamités, Arthrôstigma, Protostigma* des Fougères, Caulopteris, Cyclopteris, Palœopteris (fig. 247), Nevropteris, SphenopterU. Les espèces de Lepidodendron sont d'ailleurs chétives relativement à celles qui apparaîtront plus tard avec la période houillère.
Notons cependant que les récentes observations de M. Dawson (2) semblent indiquer, pour la flore dévonienne du Nouveau-Brunswick, une assez grande richesse, surtout en fougères, herbacées ou arborescentes.
M. Grand* Eury (3) reconnaît trois phases dans la flore dévonienne : la première ne comprend guère que les genres Psilophyton^ Arthrôstigma* Halyserites. La seconde correspond à l'apogée de Psilophyton* qu'accompagnent de menues espèces de Lepidodendron, en même temps que Cyclostigma et Cyclopteris apparaissent. Enfin la troisième, riche en fougères et en lépidodendrées, est caractérisée, vers la fin, par de nombreux individus de Cyclostigma Kiltorkense et Palœopteris hibernica.
Division» du système. — Le système dévonien est remarquablement développé dans les bassins du Rhin et de la Meuse ; aussi est-ce là que nous en chercherons le type, plutôt qu'en Angleterre, où les caractères de ce système offrent assez d'incertitude pour que quelques géologues britanniques (4) aient cru pouvoir en réclamer la suppression.
On peut distinguer trois grandes divisions dans le système dévonien du continent. L'étage inférieur, presque uniquement arénacé, se fait remarquer par la prédominance du genre Spirifer. Ce sera pour nous, comme autrefois pour Dumont, l'étage rhénan. La division moyenne contient de puissants massifs calcaires, auxquels M. Dupont attribue une origine corallienne (5). Les Calceola et Stringo cephalus en sont caractéristiques; nous l'appellerons étage eifélien, en raison de son importance dans l'Eifel. Enfin l'étage supérieur, où le calcaire finit par céder la place à des schistes et à des psammites connus surtout dans la Famenne, prendra le nom d'étage famennien. Les] espèces du genre Rhynchonella y sont assez nombreuses et servent à caractériser la plupart des assises.