ET DE LA FORÊT-MOIRE
Allure générale. Bassin de la Sarre. — La grande bande houillère qui
comprend les gisements de l'Angleterre, de la Flandre, de la Belgique etv de la Weslphalie, marque, selon toute vraisemblance, la ligne de lagunes qui suivait ïe rivage de la terre ferme à l'époque carbonifère. Au sud de cette ligne, on ne rencontre plus que des lambeaux houi 11ers assez étroitement limités , de formation nettement continentale et appartenant , pour la plupart , à une phase de végétation postérieure. De plus, quand ces bassins ne reposent pas directement sur le terrain primitif, ils en sont séparés par des formations de nature arénacée, où )e calcaire, quand il existe, ne joue qu'un rôle tout à fait subordonné.
Le premier et le plus important de ces lambeaux est celui de la Sarre. C'est le seul qui présente, avec un développement sérieux, des couches de houille contemporaines de celles du Hainaut et, ce qu'il y a de remarquable, c'est que la série de ces couches est en stratification parfaitement concordante avec un ensemble houiller de formation beaucoup plus tardive, de telle sorte que la paléontologie seule a permis de séparer les deux étages.
La série de la Sarre, épaisse de plus de 5000'", comprend :
/ Grès rouye supérieur, formé de conglomérats sans fossiles, déposés après les éruptions porphyriques et mélnphyriques.
I Couches de Lebach. b. Argile schisteuse, avec minerai de Lebach, renfermaut Wal- ^ 1 chia avec insectes et Archeyosaurus, Acanthodes, Xenacanlhus, Amblypterus, Pe-
n < lœomscus.
penniei . j Q ç^^g mjnce de houille avec toit de schiste siliceux à Acanthodes et Xens- I canthwt.
Couches de Cusel, à Walchia piniformis, Caflipteris con ferla, Calamités çhjû* associés à des plantes houillères.
( b. Supérieures, avec grès rouge feldspaUiique à la base. 1 a.
Couches d'OUwtilcr \ a. Inférieures, contenant quelques lits d.,* houille, a*ee
(Kohleiirolhlieyendes). i Anlhracosia, Estheria, Leaia (crustacé), Pecopteris
'Etage 1 [ arborescens% Odontopteris oblusiloba.
houiller. ) / c. Supérieures. — Conglomérats et grès rouges grossiers
Couches \ argiles schisteuses, lits insignifiants de houille.
de Sarrebruck. j b Moyennes I ^ de ^^ ,oitéefc
V a. Inférieures J r
Les couches de Sarrebruck proprement dites correspondent, par leur flore, à
[\) Le Terrain houiller du Nord de la France et ses végétaux fossiles, Lille, 1876.
la zone moyenne de la deuxième phase, à celle qui comprend les bassins du Nord et du Hainaut. Quant aux couches d'Ottweiler, qu'aucune discordance ne sépare des précédentes, elles appartiendraient à la fin de la troisième phase et se placeraient sur l'horizon des couches supérieures de Saint-Etienne.
Pour M. Weiss (1), les couches d'Ottweiler et celles de Cusel forment deux zones de passage entre l'étage houiller et l'étage permien, la première avec affinités houillères dominantes, tandis que la seconde serait plus nettement permienne. Le sommet de l'assise d'Ottweiler offre deux couches de calcaire, assez régulières malgré leur faible épaisseur.
Oranwacke vosffenne. — Le bassin de la Sarre est situé assez en avant de la région vosgienne pour que ses caractères soient en quelque sorte intermédiaires entre ceux des grandes lagunes maritimes et ceux des dépôts continentaux. C'est à cette dernière catégorie qu'appartiennent, sans contestation, les gisements houillers du pourtour des Vosges, consistant en plusieurs lambeaux qu'on peut ramener à deux groupes (2) : celui de Saint-Hippolyte et de Ville, et celui de Ronchamp et de Roppe.
Avant d'en faire connaître les traits essentiels , il convient de mentionner le faciès particulier de l'étage anthracifère dans les Vosges. Cet étage se présente sous la forme d'une grauwacke, généralement brun jaunâtre ou verdâtre, dont le principal gisement s'observe à Burbach, près de Thann. Cette grauwacke se lie intimement, comme Élie de Beaumont l'a depuis longtemps reconnu (3), aux porphyres bruns des Vosges, lesquels ne sont autres que les équivalents des porphyres noirs du bassin de la Loire. On voit le porphyre à cristaux de feldspath passer latéralement à une sorte de conglomérat porphyrique à fragments anguleux, puis à une grauwacke à grain fin et celle-ci se transforme fréquemment en un véritable pélrosilex où persistent les empreintes végétales de la grauwacke. Ainsi cette dernière est un tuf de porphyre. On l'observe encore sous cette forme à Rougemont, prés de Belfort.
Dans cette localité comme à Burbach, la grauwacke abonde en végétaux fossiles, Stigmaria ficoides, Bomia radiata, Lepidodendron Veltheimianum, Cardiopteris frondosa, C. polymorpha, Sphenopteris Schimperi, Triphyllopterix CoUomhi (4).
A la même formation appartiennent les schistes de Plancher-les-Mines, qui paraissent être placés à la hauteur du calcaire carbonifère proprement dit, car ils renferment Productus giganteus et les genres Amplexus, Euomphalus et Phillipsia (5). Du reste, des fossiles marins et notamment des Productus ont été tout récemment découverts à Burbach, confirmant l'assimilation de la grauwacke de Thann au Culm ou faciès coder et terrestre de l'étage anthracifère.
(1) Foêêi/e Flora der Steinkohlenform. im Saar-Rhcin GebieU, 1872, p. 219.
(2) Abbé Boulay, Bull, de la Soc. dhist. nat. de Colmar, 1879.
(3) Explic. de la carte géol. de France, I, p. 354.
(4) Kœchlin Sclilumberger et Schimper, le Terrain de transition des Vosges, 1862.
(5) lourdan in Delesse, lie vue de Géologie, III, p. 312.
L'étage anthracifére est représenté, dans le grand-duché de Bade, par les couches de la Kinzig à Pecopteris aspera.
Lambeaux honfiier» Toagiena. — Si Ton cherche à classer les lambeaux
houillers vosgiens d'après leurs flores, on arrive, selon M. l'abbé Boulay, aux conclusions suivantes (i) :
Les gisements des Vosges, dont l'épaisseur varie entre 100 et 200°», se rattachent à quatre zones distinctes :
1° Le petit bassin de Saint-Hippolyte et Roderen appartient au début de la deuxième phase de végétation et correspond aux couches inférieures du terrain houiller franco-belge. Les poudingues grossiers et les arkoses y prédominent.
2° Les lambeaux du Hury, de Lalaye et les bassins de Ronchamp et de Roppe forment un faisceau unique qui est à cheval, en quelque sorte, sur la deuxième et la troisième phase. Il correspond, d'une part, aux zones inférieure et moyenne de Sarrebruck et, de l'autre, au terrain deRive-de-Gier, qu'il dépasse pour atteindre la base du système de Saint-Etienne : ÏAnnularia sphenophylloides y domine.
5° Le lambeau de Lubine appartient à la troisième phase; il représente la partie moyenne du système de Saint-Etienne.
4° Enfin la partie du bassin de Ville qui comprend les gites de Honcourt, Nothalten, Erlenbach, Triembach, constitue le sommet de la formation houillère et confine immédiatement à la phase du grès rouge, présentant des analogies avec les couches d'Avaize à Saint-Étienne. On y observe Poa-Cordaites latifolius et Tœniopteris multinervia. Un calcaire fétide, très dur, est subordonné à cette assise, dont il occupe le sommet.
Permien dea Vosg ea et de l'Odenwaid. — Le permien de la région vosgienne comprend, à la base, des grès et conglomérats feldspathiques, puis des argilolithes qui, dans le Val d'Ajol et le Val de Ville, contiennent des troncs silicifiés de fougères arborescentes et de gymnospermes. Au-dessus de cet ensemble vient le grès rouge proprement dit.
Ce grès rouge est à éléments grossiers, parfois bréchiformes. 11 renferme beaucoup de parties argileuses, est dépourvu d'éclat cristallin et s'associe fréquemment à des argilolithes , dont la teinte est tantôt bleue, tantôt verdâtre, tantôt rouge amarante. Sa liaison est intime avec le porphyre quartzifère, dont il n'est très souvent qu'un tuf.
A sa partie supérieure, on observe des amas plus ou moins continus de dolomie avec rognons d'agate. Quelques géologues y ont vu un équivalent du zechstein.
Quant au grès des Vosges, qui recouvre directement le grès rouge, on parait aujourd'hui disposé à le ranger avec le trias plutôt qu'avec l'étage permien, à cause de son identité avec le grès de la Spessart, qui repose sur le zechstein (2).
On peut encore rattacher à la région vosgienne, à titre d'écart la reliant au Morvan, l'affleurement permien de la Montagne de la Serre, qui se compose de
(1) Abbé Boulay, Bull, de la Soc.d'hist. nat. de Colmar, 1879.
(2) Benecke, Abhandlunyen zur geol. Spécial kar te von Etsass-Lolhringen, 1877.
poudingues, de grès d'un rouge foncé et d'argiles sableuses micacées, lie-de-vin ou verdâlres. On y a trouvé Walchia Schlotheimi, W. hypnoides et un fragment de mâchoire de saurien.
Les poudingues sont visibles aux Croisières, entre Offlange et le bois de Montmirey. À Offlange, un sondage a été poussé à M5m de profondeur sans sortir du permien rouge.
La Forêt-Noire ne formant avec les Vosges qu'un même massif, il convient d'ajouter à ce qui précède quelques mots sur la région de l'Odenwald, qui se rattache assez étroitement à la première.
La coupe du permien de l'Odenwald est intéressante, à cause de l'association intime des roches stratifiées avec les épanchements porphyriques. La voici telle qu'elle est donnée par M. Cohen (1).