RÉPARTITION DES CONTINENTS ET DES OCÉANS
En somme, sur 135 000000 de kilomètres carrés de superficie continentale, 100 800 000 appartiennent à l'hémisphère boréal et 54 200 000 à l'hémisphère austral. Le rapport de ces deux chiffres est celui de 2,9 à 1, c'est-à-dire à peu près le même que le rapport de la superficie des océans à celle des continents.
Cette disproportion peut être encore accrue, si, faisant abstraction de la ligne des pôles, on adopte une autre base pour la division du globe en hémisphères. En projetant les deux hémisphères sur l'horizon d'un point situé par 52° de Lat. N. et 6* de Long. 0. de Greenwich, H. Trelawny Saunders a obtenu un hémisphère continental, où la terre est à la mer dans le rapport de 1 à 1,106 et un hémisphère océanique, où ce rapport devient celui de 1 à 7,988. Dans ce cas. Y6 seulement de la terre ferme du premier a ses antipodes dans le second. Le résultat ne change pas d'une manière appréciable si l'on choisit le pôle de l'hémisphère continental dans le Pas-de-Calais ou même dans le voisinage de Berlin. On peut donc dire que Londres, Paris et Berlin définissent la partie centrale du massif de la terre ferme.
Ftiiti des e*attaeats. — On a remarqué depuis longtemps à quel point la disposition générale des continents et des mers est symétrique. Ainsi, à partir des régions antarctiques, les eaux envoient vers le nord trais massifs terminés en pointe, savoir l'Océan Atlantique, le Pacifique et l'Océan Indien. Par contre, trois saillies continentales se détachent du nord en finissant en pointe vers le sud : ce sont l'Amérique, l'Europe avec l'Afrique; enfin l'Asie, dont l'Australie peut être •considérée comme le prolongement méridional.
Cette forme des continents, en massifs terminés en pointe vers le sud, se retrouve, à peu d'exceptions près, dans toutes les presqu'îles; ainsi le Kamtschatka, la Corée, l'Indo-Chine, l' Hindous tan, l'Arabie, la Floride, la Scandinavie et toutes les péninsules méditerranéennes. Il n'y a guère que le Jutland et l'Ecosse qui n'obéissent pas à cette loi.
Cest pourquoi, sans aborder maintenant l'examen des considérations géogéniques propres à rendre compte d'une telle disposition, nous pouvons du moins en tirer une conclusion d'une haute importance, que nous formulerons ainsi qu'il suit : Les masses continentales se comportent, dans l'ensemble, comme si elles étaient groupées autour de trois arêtes saillantes, tendant à se rapprocher de l'axe des pôles à mesure qu'on descend de l'équateur vers les latitudes australes. Les pointes de la Terre-de-Feu, du cap de Bonne-Espérance et de la Tasmanie marquent les endroits où ces arêtes plongent sous les flots de l'Océan, en attendant que, réunies toutes les trois en une commune saillie, elles viennent émerger près du pôle sous la forme du continent antarctique.
La division des continents en trois massifs pourra sembler quelque peu arbitraire à ceux qui, jetant les yeux sur une carte du globe, constateront la liaison, en apparence si intime, de l'Europe avec l'Asie. Mais cette liaison géographique perd de sa signification quand on tient compte de la dépression qui, longeant le pied oriental de l'Oural, unit, en quelque sorte l'océan glacial avec le bassin
aralo-caspien, constituant, entre les deux continents, un canal dont 1 emersion est sans doute assez récente.
Dépression méëUterranéeBM. — Cela posé, il est un caractère commun aux trois masses continentales, c'est leur division en deux parties par une zone transversale de dépression qui fait tout le tour du globe. Ainsi, entre les deux Ame* riques, règne une solution de continuité presque complète, interrompue seulement par l'isthme de Panama. La Méditerranée s'interpose entre l'Europe et l'Afrique et, à peine a-t-on franchi l'isthme de Suez que la Mer Rouge et la Mer des Indes viennent séparer l'Asie, d'une part de l'Afrique, de l'autre, de l'Australie et de la Polynésie
Cette pénétration des eaux par le travers des niasses continentales devient encore plus saisissante quand on fait entrer en ligne de compte la dépression aralo-caspienne, qui relie la Mer Noire à la plaine basse du Désert de Gobi, ainsi que les dépressions sahariennes, dépendance étroite de la Méditerranée. Ainsi, d'un bout à l'autre du globe s'étend, dans l'hémisphère nord, au voisinage de l'équateur, une sorte de ceinture maritime qui suggère immédiatement l'idée d'un affaissement transversal, tout à fait indépendant en direction de ceux qui ont pu donner naissance aux trois zones océaniques déjà signalées.
Etendm relative des cote». — Les divers massifs continentaux sont très inégalement répartis en ce qui concerne l'étendue de leurs côtes maritimes, comparée à leui*s surfaces respectives. Si l'on cherche quel est, dans chaque pays, le nombre de kilomètres carrés qui correspond à un kilomètre de côtes, en trouve (I):
Afrique 1420
Asie 763
Amérique du Sud 689
Australie 534
Amérique du Nord 407
Europe entière 289
Grèce et Turquie 83
Péloponèse seul 20
Ainsi l'Europe et spécialement la Grèce offrent sous ce rapport un avantage décisif. La configuration particulièrement dentelée de leurs côtes les destinait donc à une civilisation précoce, tandis que l'Afrique était condamnée à demeurer longtemps en arrière.
Remarquons toutefois qu'un pays peut avoir des côtes très découpées dans le détail et présentant par suite une grande étendue linéaire, sans être pour cela dans des conditions aussi avantageuses qu'un autre dont le littoral, moins déchiqueté en petit, offrirait du moins de profondes échancrures. Ce dernier cas est précisément celui des péninsules méditerranéennes et assure à l'Europe méridionale une supériorité marquée. Or des échancrures de ce genre ne peuvent se produire que de part et d'autre de chaînes montagneuses, seules capables d'envoyer au loin des protubérances dans le domaine maritime. Un littoral bien découpé suppose donc, dans la contrée dont il marque la limite, un relief à la fois accentué et varié; nous verrons plus tard que cette condition est, en général, d'autant
(1) £. Reclus: Us continents, 1868.