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GROUPE TERTIAIRE OU XÊOZOIQUE

Caractères généraux de l'ère tertiaire. — L'ère tertiaire peut être définie

d'un mot: c'est celle où les conditions physiques et biologiques, jusqu'alors remarquablement uniformes, se sont différenciées au point de produire la variété qui caractérise l'ère moderne. A la fin des temps crétacés, l'Europe, réduite à un petit massif central et pourvue d'un faible relief, commençait à prononcer un mouvement d'émersion. A travers de nombreuses vicissitudes, ce mouvement va désormais s'accentuer et les diverses phases en seront marquées par le soulèvement de hautes chaînes de montagnes. Tandis qu'au voisinage de

(i) De Soporla, le Monde des plantes, p. 204.

la dépression méditerranéenne les dépôts garderont en général le caractère marin, dans les contrées septentrionales une large part sera faite à l'élément lacustre ou saumâtre et peu à peu la mer sera rejetée dans ses limites actuelles. La zone chaude, après avoir longtemps défendu l'intégrité de son domaine, reculera tout à fait vers le sud; il suffira bientôt de la différence de latitude qui sépare la Provence de l'Angleterre pour passer d'une flore subtropicale à des forêts de conifères, en attendant que le refroidissement polaire gagne de proche en proche et entraine la retraite de tous les végétaux qui ne peuvent s'accommoder des longs hivers.

L'accroissement des masses continentales et la variété des conditions qu'elles offrent désormais se traduisent par un changement notable dans les faunes et les flores terrestres. On y voit apparaître cette complication organique qui caractérise le progrès physiologique comme la division du travail est le signe du perfectionnement des civilisations matérielles. Les mammifères, longtemps atrophiés, se développent avec une vigueur extraordinaire et prennent possession du globe, tandis que le monde végétal déploie, avant l'invasion finale des froids septentrionaux, une ampleur et une diversité jusqu'alors inconnues. Le règne des gymnospermes est fini ; la prépondérance appartient aux palmiers et aux arbres à feuillage caduc, dont le milieu de l'ère tertiaire verra l'apogée. Dans les mers, les céphalopodes ne jouent plus qu'un rôle restreint, les brachiopodes sont pauvrement représentés et la famille des ammonitidés a dit son dernier mot. En revanche, les lamellibranches abondent et avec eux les gastropodes, dont le développement s'explique par le caractère littoral de la plupart des formations de l'époque aujourd'hui émergées. Les faunes locales se multiplient, sous l'empire de conditions extérieures chaque jour plus diversifiées, préparant la variété des provinces zoologiques modernes.

En même temps, l'activité interne, endormie pendant de longs siècles, se réveille en donnant lieu, sur toute la surface du globe, à des manifestations grandioses, dont les phénomènes volcaniques actuels ne sont plus qu'un écho très affaibli. Les anciennes fentes de l'écorce se rouvrent; de nouvelles crevasses prennent naissance et, sur les parois des unes et des autres, les émanations internes déposent des matières diverses, où dominent l'or et l'argent. Ainsi peu à peu la terre se prépare pour recevoir dignement l'être qui doit régner en maître à sa surface.

Divisions de l'ère tertiaire. — L'ère tertiaire ou néozoïque a été depuis longtemps divisée par Lyell en trois périodes, dites éocène, miocène et pliocène (1) et distinguées les unes des autres d'après la proportion des formes actuelles de coquilles que renferment leurs faunes respectives. Cette proportion (qui dépend du reste de la rigueur avec laquelle on interprète la notion d'espèce) était, aux

(1) Éocène vient de eôs, aurore, et kainos, récent; c'est l'aurore des formes actuelles; miocène indique une proportion d'espèces modernes moindre [meion, moins), que celle du pliocène (pleion, plus).

yeux de Lyell, de 3 à 4 •/• dan8 l'éocène, de 17 à 80 •/„ dans le miocène, de 40 i 50 % et plus dans le pliocène.

Le progrès des observations a conduit quelques géologues à proposer la création de nouveaux tenues» tels que celui de paléocène, pour les premiers dépèts tertiaires, et d'oligocène, pour la période de transition entre l'éocène et le miocène, empiétant à la fois sur Tune et sur 1 autre. Puis on a réuni le pliocène et ce qui restait de l'éocène dans un seul système sous le nom de néogène, en se fondant sur le changement marqué que F ouverture de la période de la mollasse a apporté dans la géographie de l'Europe.

Sans nier ce qu'il y a de fondé dans cette dernière considération, nous croyons devoir maintenir l'ancienne division de Lyell. En effet, les faunes tertiaires s'étant succédé sans aucune discontinuité, il nous parait illusoire de chercher à fonder, sur l'argument paléontologique, une division rationnelle de l'ère tertiaire. Toute coupure qu'on y introduit est nécessairement plus ou moins arbitraire et ne saurait convenir à la fois au bassin de la Méditerranée et à celui de la mer du Nord, tant, à cette époque, le caractère épitodique des formations est déji accentué. Néanmoins comme à l'itistoire du globe il faut des dates, nous pensons qu'il convient de chercher ces dernières, non dans la prédominance de telles ou telles formes de coquilles, mais dans quelques grands événements ayant affecté d'une manière sensible le relief de l'Europe. De ce nombre sont le soulèvement des Pyrénées et celui des Alpes, qui ont mis fin, le premier à la période éocène telle que l'entendait Lyell, le second à la période miocène. Nous admettrons donc le partage du groupe tertiaire en trois systèmes, éocène, miocène et pliocène, avec la conviction que celte manière de faire répond suffisamment aux besoins de la science actuelle, puisque même les géologues américains n'ont éprouvé aucune difficulté à s'y conformer.

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