CHAPITRE I
x SYSTÈME ÉOCÈNE
§1 [GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE ÉOCÉIfE \r
Caractère* généraux •> la période. — La période éocène a vu &e produire les premiers efforts des continents, et en particulier de l'Europe, pour conquérir leurs dimensions et leur relief actuels. Déjà vers la fin des temps crétacés, un mouvement d'émersion marqué avait succédé à la grande dépression de la craie. Les sédiments éocènes attestent, dès le début, la lutte de l'Océan et de la terre ferme, surtout dans les contrées du Nord, où abondent les formations d'eau
douce, destinées à s'étendre de plus en plus au sud jusqu'à l'époque du soulèvement des Pyrénées.
Hais cette lutte n'a pas lieu dans le bassin de la Méditerranée, où les formations marines gardent quelque chose du caractère particulier qui distinguait cette région pendant les périodes antérieures; c'est-à-dire qu'on y voit dominer, se poursuivant sur de grandes étendues, des calcaires à la construction desquels les organismes ont pris une part notable. Seulement ce n'est plus ni à des dicérates ni à des rudistes que cette tâche est dévolue ; c'est à de simples protozoaires et surtout aux nummulitesy qui ont mérité d'imposer leur nom à l'ensemble du système èocène méditerranéen ou terrain nummulitique.
Au moment où s'ouvre la période éocène, le climat de l'Europe est tempéré plutôt que très chaud; l'hiver est encore nul ou presque nul (1) et la végétation continentale parait ne pas éprouver de variations sensibles entre le 40e et le 60e degré de latitude. Mais bientôt une révolution amène sur l'Europe la mer nummulitique, constituant une Méditerranée quatre ou cinq fois plus vaste que la nôtre et bouleversant toute l'économie géographique du continent. Ce dernier revêt une physionomie africaine. Sous l'influence d'une mer chaude, touchant au tropique vers le sud, s'établit un régime de saisons sèches et brûlantes alternant avec des saisons pluvieuses et tempérées, la température moyenne annuelle étant d'environ 25° sous la latitude de la Provence. Alors se trouve réalisée la plus grande élévation thermique que l'Europe ait connue dans les temps tertiaires (2). Les palmiers abondent en France, les cocotiers ou des arbres analogues prospèrent en Angleterre et les arbres à feuilles caduques semblent encore relégués sur les hauteurs, d'où ils ne descendront qu'à la fin de l'éocène. La période s'achève à peu près dans ces conditions, sans que les régions les plus voisines du pôle cessent de nourrir une végétation qui témoigne d'une moyenne annuelle supérieure d'une vingtaine de degrés à celle que l'on constate de nos jours dans les mômes parages.
C'est d'ailleurs à ce moment que l'activité interne commence à se faire sentir, surtout par des éruptions de roches serpentineuses, qui accompagnent le soulèvement des Pyrénées et celui des Apennins, tandis que, plus au nord, d'abondantes émissions sulfureuses et ferrugineuses arrivent jusqu'à la surface.
Faune éocéne. — Les premiers mammifères de l'éocène sont remarquables par leurs caractères mixtes. A côté de marsupiaux proprement dits, tels que Plagiaulax, Didelphys, etc., on trouve des placentaires dont l'organisation offre de nombreux points de contact avec celle des didel plies, Arctocyon, Palœonwtis, Pleuraspido* therium, etc. Quelques uns d'entre cuxyHyamodon, Pterodon, Proviverra, prolongent leur existence jusqu'à la fin de la période. Ce caractère mixte s'accuse encore dans lesAdapis, Protoadapis, Plesiadapis, alliés à la fois aux pachydermes et aux lémuriens, et dans Cebochœrus, établissant le passage des singes aux suiliens.
(i) De Sa porta, le Monde des plantes, p. 207. (2) De Saporta, op. cit., p. 359.
Les vrais pachydermes deviennent bientôt florissants et sont représentés, les imparidîgilés par les genres Palxolkeritim, Palophtherium, Laphiodon, Coryphodon, Hyrackiw, Byracotherium, Pachynolopkia, etc. ; les paridigités par Charopotamus, Dickobune, Anoptolherium. Les ruminants, encore en très petit nombre, apparaissent tardivement avec Xipkodon, Dtchodon, Amphimeryx, et les solipèdes, inconnus en Europe, commencent à se montrer en Amérique dans Orokipput, Eokippus, Epihippus, précurseurs du cheval. Dans la même région, la (in de l'éocéne amène les curieux genres Dinoceras et Uintatherium, alliés à la fois aux éléphants, aux rhinocéros et aux sangliers, et qui semblent présager l'avènement des proboscidiens du miocène. Les carnivores n'offrent guère que le genre Cynodon et les quadrumanes paraissent débuter vers le déclin de la période avec Cxnopithecus et Palxolemur.
Les grands oiseaux marcheurs sont représentés par Gastornis et Euplerornit.
Fij. «7.
Fig. 193.
OHhIui obliquai, kg.
Fig. i9fl. Belo
e l'irgile île Lon
Ires d'Or
- Fig. 498. A . su, .lu cik.i
c. Sow., du même giuFctnt-
■ intérieur.
i. TenMIum (Srraph*) convoi tleili., îles sihln de Borlefoniiine.
Fig. jOÔ. Ftuui long*
Les reptiles sont des tortues, des crocodiliens et des sauriens, dont un, Simxdosaurus, se relie par ses vertèbres biplanes aux reptiles secondaires. Les pois-
sons les plus nombreux appartiennent aux ramilles des raies, des myliobates, des chimères, des Ièpidostès et des amiadés. Les squales abondent, appartenant sur-
fis. 306. Fig. 507.
>gt., des sables du Soiisennais — Fig. 506. Yolula atkltta, ig. 507. Tfrpkië pungeiu, Brtnd., de l'argile de Barlon.
Sol., du l'argile de Binon. -
tout aux genres Lamma, Otrxlus (fig. 497), Oxyrhina. Les céphalopodes, devenus rares, sont représentés par fiautihis, Aturia (fig. 498), Belosepia (fig. 499),
Beloplera. Les brachiopodes jouent un rôle très effacé, offrant quelques espèces de Ttrebratula, Argiope, etc. Mais les gastropodes déploient une extrême variété,
Fis. 510. Fig. 5
Fia. 510. Car,li«m porulotum, Ltmk.,
Di-sl... du cale, grossier. — Fig. SI*.
malitet htrigaût, Lamk., du cale, g
surtout en espèces des genres Cerithium (fig. 501), Melania (fig. 502), Rosiellaria, Yduta (fig. 506), Hérita, Terebellum (fig. 500), Futta (fig. 50."., 504), Typhis (fig. 507), Cassis:, Conus, Olîva, Ancillaria, etc.
Parmi les bivalves dominent Crasiatella (fig. 512), Cardita, Vcnericardia (fig. 508), Cardium (fig. 510], Lithocardium (fig. 511), Lucina, F'tmbria, etc.
Citons encore, parmi les bryozoaires, les Lunulites; parmi les polypiers, les Turbinolia, Dendrophyllia, Lithotlendron et, en fait d'oursins, les Echinolnmpat, Echinantkm, Pygorhynçfnu, Eutpatangus, Cœlopleurus, Sckixatter, enfin les protozoaires, si abondants sous la forme des Nummulite» (fig. 513, 514), Asûlina. Orbitolite», Opercutina, Triloculina, Âlveolina, etc.
Dans les formations d'eau douce de la période, on recueille les Unio, Paludina. Limn.ra (fig. 505), Cyctottoma, Planorbit, Physa, etc., et, dans les eam saumatres, les Cyrena (fig. 509).
Flore 4oeèa«- — La flore éocène forme, pour M. de Saporla, deux ensembles successifs ; le premier, dit paléocène, est encore étroitement lié à la flore crétacée. Il comprend quelques types tropicaux et d'autres appartenant aujourd'hui i la partie australe de notre zone tempérée. On y voit dominer les quercinèes et les laurinées, Lattrut, LiUxa, Cinnamomum, Pertxa, Sa&afras (fig. 515), avec des fougères des genres Oimunda, Alsopkila, etc.
La flore éocène proprement dite correspond & une recrudescence de chaleur, coïncidant avec l'établissement de la mer nummulitique. Les terres de notre continent se trouvent envahies par des formes végétales offrant une grande affi-
Fig. 31
nilé avec celles de l'Afrique, de l'Asie australe et de la nier des Indes (1). Sur l'emplacement actuel rie Londres flottent des fruits assez analogues à des noix de coco, tiipailUe» (fig. 516), détachés d'un arbre servant de passage entre les pandanêes et les palmiers. De vrais palmiers ou dattiers, du genre Phcenix, croissent dans le Velay, tandis que des Sabalites occupent l'Anjou, et que les Flabellana prospèrent dans le bassin de Paris aussi bien qu'en Provence, où ils sont associés aux Dracœna, Cereit, Acacia, aux laurinées et aux protéacées. Tout cela constitue une végétation riche, variée, aux formes généralement petites, un peu coriaces, mais vivace et très diversifiée.
Il convient d'ajouter a cette ênunièration quelques algues très répandues dans
(1) De Saporla, op. i
les eaux marines éocènes, telles que les Chondrites, ensuite les algues calcaires Dactylopora, Ovulites, etc.
Divisions du système éocéne. — Le système éocène avait été divisé par d'Orbigny en deux étages, le Suessonien (1) à la base et le Parisien au sommet. Nous conserverons cette division, en partageant chacun de ces étages en trois sousétages ; ainsi le suessonien comprendra, de bas en haut, le Maudunien (2), correspondant aux systèmes mon tien, heertien et landénien inférieur des géologues belges : le sparnacien (5) ou étage des lignites du Soissonnais (landénien supérieur) : enfin Yyprésien de Dumont ou étage des sables numrhulitiques. De même le parisien sera divisé en : lutétien (4) ou sous-étage du calcaire grossier de Paris ; barlonien (5) ou assises des sables* de Beauchamp et du calcaire de St-Ouen ; ligurien (6) ou sous-étage du gypse et du calcaire de Brie, ces deux dernières dénominations étant empruntées à H. Cli. Mayer. Nous rappellerons que, pour beaucoup d'auteurs, le ligurien constitue Yoligocène inférieur, ce qui revient à dire que, partout où l'éocène supérieur est de formation marine, il se relie graduellement par sa faune au miocène inférieur marin.