MAGNÉTISME TERRESTRE
On sait que la terre agit sur une aiguille aimantée comme si elle était parcourue, à peu près de l'est à l'ouest, par un courant électrique ; l'aiguille se met en croix avec le courant et l'un des pôles se dirige vers le nord. En outre, si l'aiguille, au lieu d'être simplement mobile sur un pivot à axe vertical, est suspendue librement par son centre de gravité, elle prend dans l'espace une position inclinée. Il y a donc à considérer à la fois la déclinaison de l'aiguille aimantée, c'est-à-dire l'angle que fait, avec le méridien astronomique, Y azimut ou plan vertical dans lequel l'axe de l'aiguille vient se placer et l'inclinaison, c'est-à-dire l'angle que fait, dans ce plan, l'axe de l'aiguille avec la verticale. À tes éléments il convient d'ajouter l'intensité de la force magnétique au point considéré.
Ces trois éléments sont variables d'un point du globe à un autre et, en un même endroit, ils éprouvent aussi des variations avec le temps; variations diurnes et annuelles, en relation avec le mouvement de la terre autour du soleil; variations séculaires, dont la cause est encore mal connue.
A ne considérer ici que les éléments qui importent à l'usage de la boussole, on doit se préoccuper de l'inclinaison et de l'intensité magnétique toutes les fois qu'il s'agit d'un appareil destiné aux voyages et susceptible d'être manié sous des latitudes diverses. En raison même du phénomène de l'inclinaison, une aiguille mobile sur un pivot à axe vertical ne saurait avoir ses deux moitiés identiques ; car l'une d'elles serait sollicitée en bas et viendrait frotter contre le cercle gradué. C'est pourquoi les deux extrémités de l'aiguille doivent être équilibrées d'après les relations magnétiques du lieu pour lequel elle est construite. Transportée dans d'autres latitudes, cette aiguille cesserait de pouvoir être employée si l'on n'y appliquait un mécanisme destiné à corriger à volonté le défaut d'équilibre. Ce mécanisme consiste en une petite vis mobile le long d'une des branches et qu'on peut, suivant les besoins, rapprocher ou éloigner du centre de suspension. Du reste, cette précaution n'est nécessaire que s'il s'agit de lointains voyages ; pour une boussole destinée à être employée seulement dans la partie moyenne de l'Europe occidentale, il n'y a pas lieu de s'en préoccuper.
Véquateur magnétique ou ligne sans inclinaison est une courbe un peu sinueuse qui traverse l'équateur géographique au-dessus des îles Viti, atteint la pointe méridionale de l'Arabie, traverse le Soudan et, après avoir franchi l'équateur près du golfe de Guinée, s'infléchit au sud vers le Brésil et le Pérou ; cette ligne retourne au nord près des îles Galapagos et se maintient, de là jusqu'au méridien de 180° (longitude de Paris), presque confondue avec l'équateur terrestre.
hoffone»! leurs variations. — La déclinaison varie beaucoup d'un point à l'autre du globe. En réunissant par des courbes dites isogones les points qui ont, au même moment, la même valeur pour cet élément, on reconnaît que les lignes oogones ont un parcours assez capricieux et viennent converger au nord vers un pôle magnétique situé entre la baie de Baffin et la terre de Banks, c'est-à-dire presque sur le cercle polaire arctique, au sud vers un autre point situé, selon
108 PHYSIOGRAPHŒ.
toute apparence, à 14 ou 15 degrés du pôle austral. Deux lignes sans déclinaison réunissent actuellement ces deux pôles, Tune longeant à peu prés le littoral oriental de l'Amérique, tandis que l'autre se tient un peu à l'ouest de l'Oural, traverse la Caspienne, la Perse, vient toucher Java et entame la partie occidentale de l'Australie. Dans l'intervalle, en Europe, le chiffre le plus élevé, pour la déclinaison, est celui de 50°, pour l'Ecosse et l'Irlande. La pointe nord-ouest de l'Islande atteint 45°. Une ligne secondaire sans déclinaison entoure le Japon et la Mandchourie, s'avançant au sud jusqu'aux Philippines et au nord presque jusqu'aux bouches de la Lena. L'Europe avec l'Afrique et l'Atlantique appartiennent à la déclinaison occidentale, l'Asie, l'Amérique et le Pacifique à la déclinaison orientale.
Ces indications sont uniquement relatives à l'époque où nous sommes; car la déclinaison, en un même lieu, peut varier suivant des limites assez étendues. C'est nir.si qu'en France le méridien magnétique oscille d'environ 22 degrés de part et d'autre du méridien astronomique. La déclinaison à Paris, orientale en 1580, où elle était de 11° 31', était devenue nulle en 1663 : à partir de ce moment, elle passa à l'ouest et ne cessa de croître jusqu'en 1814, où elle atteignit son maximum, égal à 22° 54', ayant ainsi augmenté, en moyenne, de 9 minutes par an, sans que sa variation eût été uniforme. Au 1er janvier 1879, sa valeur était de 16° 56'. Comparant ce chiffre à celui de 17° 16', obtenu en septembre 1876, on, arrive encore à une variation annuelle de 9 minutes, ce qui prouve qu'au moins de nos jours, le taux de la diminution est conforme à la moyenne générale.
Aux États-Unis, d'après M. Hilgard (1), la variation annuelle de la déclinaison est aujourd'hui de 3' à 4' i/i.
D une extrémité de la France à l'autre, la déclinaison peut varier beaucoup, puisqu'elle est de 13° 50' en 1879 à Nice et de 20° 20' aux environs de Brest. Le Bureau des Longitudes fait dresser depuis quelques années, pour la France des cartes d'isogones qui montrent que ces courbes sont espacées, de degré en degré, à peu de chose près comme les méridiens, tout en s'écartant plus les unes des autres, vers le sud, que ne font ces derniers. Seulement les isogones ne sont pas parallèles aux méridiens et les coupent suivant un angle de 16 à 17 degrés, comptés à partir du nord dans la direction de l'est. La première carte d'isogones a été publiée en 1876 et offrait le résumé des observations faites au lerjuinl875. En la comparant à celle qui est jointe à l'annuaire pour 1881 et qui se rapporte à l'état magnétique au 1" janvier 1879, on constate que les isogones n'ont fait que se transporter parallèlement à elles-mêmes, de 1875 à 1879, sans que leur angle avec le méridien astronomique en fût affecté.
Une carte semblable, dressée par M. Hilgard pour les États-Unis, montre que, sur une notable étendue de pays, les isogones n'offrent, dans leur parcours, aucune relation fixe avec les méridiens. Ainsi, telle courbe isogone, parallèle aux
(1) American Journal, XIX, 175.