I. Suessonien.] 2. Sparnacien. Argiles et lignites
( 1. Maudunien. Marnes de Meudon et sables de B radieux.
A. ÉTAGE SUESSONIEN Marnes de Rleadon. Sables de Braehewx. Glaneonie de La Fère. — L'assise
la plus inférieure du système est celle des marnes stronlianifères de Meudon. Ce
(1) Le mot de suessonien étant emprunté a Suetsiones, nom latin de Soissons, il eût été plus correct d'écrire sueuionien; le désir de changer le moins possible les anciennes dénominations nous détermine à conserver le nom de d'Orbigny.
(2) De Meudon.
(3) De Sparnacum, Ëpernay.
(4) De Lutelia, Paris.
(5) De l'argile de Barlon en Angleterre.
(6) Le nom, quelquefois employé, de sextien (Aquœ Sextix, Aix) ne nous a pas paru devoir être conservé à cause de la complication du groupe d'Aii.;
sont des marnes blanches, onctueuses, contenant 20 % de carbonate de strontiane, 75% de carbonate de chaux et 5% d'argile (i). Leur épaisseur est de plusieurs mètres et Ton y peut distinguer deux horizons (2) : celui de la base contient des nodules calcaires durs, jaunâtres, d'apparence roulée, avec Ceriihœm inopina tum, C. maudunense, Cornetia maudunensis, Uteria patisiensis, Polytripa eocenica et semble devoir être placé à la hauteur du calcaire de Hons en Belgique (3). Celui du sommet renferme des concrétions blanchâtres, fissurées, entourées d'argile verte et contenant Paludina aspersa, Bulimus Rillyensis, Hélix hemisphxrica, c'est-à-dire les fossiles du calcaire de Rilly, prés de Reims. A peu de distance au nord de Paris, les marnes de Meudon font défaut et Ton voit apparaître au même niveau les Sables de Bracheux, reposant en général sur la craie par un cordon horizontal de silex non roulés, à surface verdie, épais de quelques décimètres. A Bracheux, les sables sont glauconieux, puissants d'une dizaine de mètres et renferment Ostrea bellovacina, Cyprina scutellaria, Cucullœa crassatina, Crassatella sulcata, Pectunculus terebratularis, Cardiia pectuncularis, Lucina contorta, Voluta depressa, etc. Les principaux gisements fossilifères sont ceux de Bracheux, d'Abbecourt et de Noailles.
Cette même assise constitue la glauconie inférieure de l'Aisne ou glauconie de La F ère, formée d'un sable à grain très (in, avec points verts de glauconie et une petite quantité de matière argileuse ou calcaire. Directement superposée à la craie, la glauconie a 6,n à La Fére, où elle a fourni les restes d'un mammifère, Arctocyon primœvus. Elle s'agglomère quelquefois en un grès dit tuffeau.
Dans la plus grande partie de la Picardie, entre l'Oise et la Somme, la partie inférieure du suessonien est formée par la glauconie inférieure, offrant les divisions suivantes (A) :
4. Marne verdâtre de Marquéglise, avec rognons blancs, à Ottrea hclcroclita. 3. Sables clairs ou jaunâtres, coqujlliers, avec galets à la base. 2. Sables et grès blancs ou d'un vert clair, coquilliérs (sables et ?rès de Garnies). 1. Sables glauconieux, sans fossiles, avec conglomérat de silex verdis à la base (Glauconie de La Yève).
L'assise 1, épaisse d'environ 7m, est la plus constante. Les trois autres ont ensemble de 5 à 6m. La troisième correspond à l'horizon fossilifère de Bracheux.
Sables de Châlons-sur-Vesle. Calcaires de HIHy et de Séianne. — Lorsqu'on s'avance vers le sud en suivant la lisière orientale de l'Ile-de-France, on voit le sous-étage maudunien changer de caractères. La base en est formée par les sables de Châlons-sur-VesIe, divisibles en trois zones (5) : 1° zone inférieure (10"') de Brimont, Jonchery, Chàlons-sur-Vesle ; sables marneux, gris ou glauconieux, alternant avec trois couches de grès quartzeux, à Cyprina $cutellariat Ostrea eversa; 2° zone moyenne (10 à i2,n) de sables silicéo-calcaires, avec la
(1) Jannettaz, Bull. Soc. géol, de France, 2° série, XXIX, p. 41.
(2) Bull. Soc. géol. de France, réunion extraordinaire de 1878 à Paris.
(3) y.infra, p. 1003.
(4) DeMercey, Bull. Soc. géol. de France, 3e série, VIII, p. 26.
(5) Lemoine et Aumônier, Assoc. française, 1880, p. 605.
ËOCÈNE PARISIEN. 091
riche faune de Châlons-sur-Vesle, Lyonsia plicata, Corbula regulbiensis, Cardium Edwardsi, Ostrea eversa, 0. bellovacina, Voluta depressa, Beloptera Levesqiiei, etc. ; 3° sables quartzeux dits sables de Rilly (12m), parfois tout à fait blancs, souvent violacés ou rosés, avec lits de galets roulés, séparés de la zone précédente par un sable ferrugineux agglutiné, à empreintes de fossiles marins.
Au dessus de ces sables apparaissent les marnes et calcaires de Rilly, épais de 0m50 à 4m., avec Physa gigantea, Paludina asper$ay Cyclas Rillyensis, Hélix hemisphœrica, //. Arnouldi, Cyclostoma Arnouldi, etc.
Aux environs de Sézanne, le calcaire de Rilly se présente, avec les mêmes fossiles, sous la forme d'un travertin très riche en empreintes végétales, étudiées par M. de Saporta (i). Au-dessus de la craie on observe d'abord un dépôt sableux sans stratification, à nodules creux de silice, sur lequel s'appuient des bancs plus ou moins continus de travertin, dont l'épaisseur atteint 5,u. Les couches sont concret ionnées, pétries de cavités et de tubulures sinueuses, avec empreintes végétales disposées dans tous les sens et tubes de phrygan^s. C'est évidemment le lieu d'une ancienne cascade, entourée d'arbres grandioses.
Les plantes les plus abondantes sont Cham minima, Marchanda Sesannensis, Asplenium Wegmanni, Alsophila thelypteroides9 Juglandites cernuus, J. perampluSy etc. De grands lauriers, notamment Sassafras primigenium, des noyers opulents, de puissantes tiliacées, des magnolias, donnent à cette flore exubérante une physionomie exotique et d'affinités tropicales. Cependant il s'y trouve une vigne et un lierre, Hedera prisca, à peine distinct du lierre d'Irlande (2). Les cavités du travertin ont en outre permis à M. Munier-Chalmas de reconstituer les curieux insectes qui fréquentaient la cascade de Sézanne.
Argile plastique de Paris et du Solssonnals. — V argile plastique, avec les lignitesqui lui sont subordonnés, couronne soit les marnes de Meudon,soit les sables de Bracheux ou ceux de Chàlons-sur-Vesle, débordant du côté de l'ouest les assises inférieures pour reposer directement sur la craie. Son épaisseur très inégale (car elle n*a que quelques mètres àMeudon et les sondages accusent 50m de puissance sous Saint-Denis) permet de croire que ce dépôt, exclusivement lacustre à l'ouest, mélangé au nord et à l'est d'éléments saumàtres, a servi à combler les inégalités du fond de la cuvette parisienne (fig. 517).
L'argile plastique débute aux Moulineaux par un conglomérat ossifère dit conglomérat de Meudon (3), formé de trois couches : à la base, un lit de 0m60 de fragments roulés de craie et de calcaire pisolithique avec anodontes, paludines, cyclades, tortues, Crocodilus dépressif rons, Gastornis parisiensis, Coryphodon anthracoideus; ensuite imà imG0 d'argile feuilletée avec gypse, lignite et coquilles d'eau douce, Unio antiqua, Anodonta Cuvieri, Physa Heberti, Paludina lenta,
(t) Mém. Soc. géol. de France^ 2* série, VIII. ~ (2) De Saporta, le Monde de» plantes, p. 219. (3) Ch. dOrbigny, Bull. Soc. géol. de France, 1" série, VII, p. 281.— Hébert, ibid., 2* série, XI, p. 418. — Vélaiu, Bull, de la Soc. géol. de France, 3* série, VI, p. 660.
puis im50 d'argile schisteuse grise avec de belles empreintes végétales. Le même conglomérat existe à Bougival, où il est sensiblement plus épais.
Au-dessus du conglomérat, dont les couches lignitifères ont fourni à Yaugirard des morceaux de succin, avec Physa Heberti, Paludina tuessionensis. etc..
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Arc dr Triomphe
Fig. 517. - Diagramme indiquant la disposition des couches tertiaires sous Paris.
Échelle des hauteurs
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1, craie et calcaire pisolithique ; 2. argile plastique; 3, calcaire grossier; 4, sables de Beaochamp et calcaire de Saint-Ouen ; 5, gypse et glaises vertes; 6, sables de Fontainebleau.
vient une couche de glaise panachée de rouge et de gris, que surmonte la véritable argile plastique, gris-bleuâtre, et exploitée pour tuiles et tuyaux : cette argile se divise en glaises proprement dites et fausses glaises, séparées par une couche d'environ 2m d'un sable quartzeux fin, argileux et lignitifère, avec concrétions de pyrite et de fer carbonate lithoïde. La couche sableuse prend de plus en plus d'importance à mesure qu'on se dirige vers le Soissonnais où. en revanche, l'argile plastique est très peu développée. Dans la forêt de Compiégne. les sables, très blancs, ont 10m d'épaisseur et contiennent quelques lits de galets roulés. Us sont surmontés d'une glaise à Ostrea bellovacina, que couronne souvent un banc de calcaire tantôt compact, tantôt tufacé, ordinairement fétide, à Physa columnaris et Planorbis sparnacensis.
Argiles a lignites dn Laonnois et de la Champagne. — Poudingue de Xe-
monrs. — Dans le Laonnois, au-dessus de la glauconie inférieure, on observe une argile plastique, pyriteuse et gypsifère, que surmontent les lignites pyriteux ou cendres noires du Laonnois et du Soissonnais ; ces lignites, dont l'épaisseur ne dépasse pas 4m, 'sont exploités pour la fabrication de la couperose et de l'alun. De temps en temps il se développe à leur partie supérieure un calcaire lacustre marneux et bitumineux. Par-dessus viennent des glaises et des sables argileux à Ostrea bellovacina, Cyrena cuneifoimis, Cerithium variabile. susceptibles de se transformer latéralement en un grès quartzeux à pavés, avec cyrènes. C'est le grès de Molinchart, qui atteint io à 20m de puissance.
Aux environs de Reims, le conglomérat de Meudon se reproduit sous la forme du Conglomérat de Cernay, épais de 0m50 à 7m et où, dans une gangue argileuse ou sableuse et lignitifère, H. Lemoine a recueilli une très intéressante faune de mammifères (1), Arctocyon Dueili, Pleur aspidotherium Aumônier i, Pro»
(l) Bull, de la Soc. géol. de France, 3» série, IX, p. 345; X, p. 96.
toadapis, Plesiadapis, etc. avec Gaslornis Edwardsi, Eupterornis remensis, Trionyx, Emys, Simœdosaurus, etc. Au-dessus viennent les marnes lacustres de Chenay (i à 10m), avec cyclades et planorbes, que couronnent 10 à 12m d argiles à lignites, entremêlées de sables à cailloux roulés et de grès. Ces argiles sont le gisement des Cyrena cuneiformis, Melania inquinata, CerUhium variabile, C. turris, etc. Sur quelques points, le sable est à gros grains et contient Teredina personata avec de nombreux mammifères, Plesiadapis, Hyxnodictis, Proviverra, Lophiodon, etc.
Plus au sud, dans la région d'Épernay et de Châlons, la base des lignites offre souvent, au milieu des marnes, des bancs de calcaire lacustre, tantôt marneux, tantôt compact, à Physa columnaris (Mont-Bernon). Au-dessus de cet ensemble, épais de 6 à 7m, viennent les marnes lignitifères à cyrènes et à eérithes, qui n'ont guère plus d'un mètre au Mont-Bernon (1). Enfin le tout est couronné, au Mont-Bernon comme à Ay, Cuis et Chavot, par 5 ou 4m de sables quartzeux fins, blancs ou violacés, avec veines minces et irrégulières d'argile grise ; c'est le gisement d'Unio truncatosa, Teredina personata, etc. A leur base, ces sables, argileux et plus grossiers, renferment des troncs silicifiés.
Sur le bord méridional de l'Ile-de-France, l'argile plastique, bariolée de teintes vives et employée pour la porcelaine aux environs de Montereau, occupe dans la craie des poches où elle est associée à un conglomérat de gros silex roulés. Ce conglomérat, cimenté par un ciment siliceux, donne le poudingue de Nemours. Avec l'argile, remarquable par sa pureté, s'observent dessables granitiques ; aussi quelques auteurs regardent-ils l'arrivée de l'argile et des sables comme due à des phénomènes thermaux (2).
Picardie. Sables de Slnceny. — Dans la Picardie méridionale, aux environs de Montdidier, l'argile plastique, grise, jaune ou violette, semble raviner les sables glauconieux, comme si elle était le produit d'épanchemenls thermaux venus de la profondeur (3). Sa base offre des lentilles calcaires formant en quelques points, notamment à Mortemer et à Pronleroy, un calcaire lacustre gris, se débitant en dalles, à la face inférieure desquelles adhèrent des valves d'Oslrea bellovacina. Au-dessus vient l'assise des lignites, qui se termine habituellement par un cordon coquillier, souvent épais de 2m, avec Ostrea bellovacina, Cyrena cuneiformis, Melania inquinata. Alors apparaissent des sables jaunes, d'origine marine, épais de 9ra au moins dans le Noyonnais et dont le fossile le plus caractéristique est Pectunculus terebralularis, associé à Ostrea bellovacina, O.spamacensis, Cerithium turbinoides, Cyrena cuneiformis, etc. Ce sont les sables de Sinceny, près La Fére, qui établissent la transition entre l'assise des lignites et celle des sables nurnmulitiques du Soissonnais (4) et qui paraissent correspondre à peu près aux couches à térédines de la Champagne. Le sommet des sables de>
(1) Hébert, Bull, de la Soc. géol. de France, 2« série. Y, p. 399.
{2) Douvillê, Bull, de la Soi. géol. de France, 3e série, VI, p. 099.
(3) De Merccy, Bull, de la Soc. géol. de France, 3e série, VIII, p. 19.
(4) De Mercey, Bull, de la Soc. géol. de France, 3° série, VI, p. 20D; VII, p. 579.
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Sineeny est formé par une couche très constante de petits galets ntsn,ffa retrouve en de nombreux points de l'Oe-de-Fiance et que surnumtent qtdqs> fois des grès marins.
Tcadte. HfiiMiai j iMiMMb. — Dans le Vexin normand, à KesnleiMÉ Martinet à Dangu (1), l'argile plastique, d'un gris jaunâtre ou noirâtre, m sable jaune, est mélangée de galets siliceux roulés» de forme ovalaire, défrisa et parfois agglomérés en poudingue. C'est le commencement d'une formate, pt bablement du même âge que les sables de Sineeny, qui parait s'être éteofo* la Normandie tout entière» où elle a laissé comme témoins des galets* deshha de grès (grès à pavés de Rocquemont) et des poches de sables. A Neaulles, • des argilières renferme- un véritable lit à ossements de tortues, crocodfla* mammifères, avec écailles de Lepidosieus MoximUianL
Nous rattacherons au type parisien du Suessonien, malgré leur éloignes^ du bassin de Paris proprement dit, quelques affleurements isolés qui prépm* la transition de l'éocène français aux types anglais du système. (Test à ce tite que nous décrirons ici les gisements de Dieppe et de Montreuil.
Auprès de Dieppe, à Varangeville, on observe la succession suivante (S) :