TYPES SEPTENTRIONAUX DE L'ÉOCÈNE
A. ARTOIS, FLASBHE, BELGIQUE, LIMBOURG Passage du bassin de Paris ai bassin belge. — Lorsqu'on s'éloigne de
l'Ile-de-France dans la direction de la Belgique, on reconnaît que la glauconie de La Fère et, avec elle, l'assise des sables et argiles à lignites, se poursuivent sans interruption ; seulement, tandis que la glauconie couronne assez uniformément les plateaux crayeux, les sables n'offrent que de rares lambeaux en place et n'ont été conservés, la plupart du temps, qu'à la faveur d'effondrements qui les ont fait tomber dans de grandes poches de la craie. Telles sont les poches de beau sable blanc, avec grès ferrugineux et quelques lits d'argile lignitifère à cyrènes, qu'on observe à Montescourt et en divers points de la contrée située entre St -Quentin et Cambrai (1). L'argile plastique, concentrée en nids ou en veines irrégulières au milieu du sable, alimente plusieurs tuileries, notamment celles de Clary.
Les sables blancs et jaunes prennent plus d'importance aux abords de l'Artois, où ils forment une assise, souvent épaisse de 22m, désignée par M. Gosselet sous le nom de sables d'Ostricourl ; des bancs de grès à pavés y sont subordonnés, contenant, près de Béthune et de Givenchy, des empreintes de palmiers. Près d'Ourton, des turritelles, des cyrènes et autres fossiles du Soissonnais, trouvés dans ces grès, attestent leur identité avec l'assise des lignites parisiens.
Sur la lisière du Nord et de l'Aisne, la base de l'éocène prend un faciès particulier; c'est un conglomérat de silex de la craie, dans une gangue argileuse, parfois à l'état de marne [marne de la Porquerie de M. Gosselet). Les sables blancs» avec grès à pavés, semblent du reste s'être avancés assez loin vers l'est, car on en trouve, dans les Ardennes, des lambeaux plus ou moins remaniés, qu'il neai pas toujours facile de distinguer des sables aachéniens.
Au-dessus des sables on observe souvent, aux environs de Saint-Quentin, du Catelet et de Guise, dans une argile bariolée de rouge, des blocs épars d'une véritable meulière à Nummulites lœvigata et autres fossiles du calcaire grossier. Ces blocs témoignent de l'existence d'un détroit qui, à l'époque lutétienne, se détachant de Chauny pour longer la haute vallée de la Somme et suivre le département du Nord dans toute sa longueur, faisait communiquer le bassin de Paris avec celui de la Belgique (2), dont nous allons maintenant nous occuper.
Bassin du Ilalnaut. Calcaire de Mon*. — C'est dans le Huinaut que
nous irons étudier les termes inférieurs de l'éocène belge; car les sondages
(1) De Lapparent, Bull. Soc. géol. de France, 5' série, II, p. 58.
(2) Gosselet, Bull. Soc. géol. de France, 3° série. If, p. 51 .
ÊOCÈNE BELGE. 1003
entrepris pour la recherche de la houille y ont révélé l'existence d'une assise fossilifère dont il n'existe ailleurs que des rudiments. Sous la ville de Mons (fig. 519), entre les couches supérieures du système cré-
S.O. Beffroi d* Mena K*E.
^-■fa*-«^T**frfri^%yv»v»^^^ -*• y->v*> •» y Ti^t *--— de la mer
Fig. 519. — Coupe du bassin éocéne de Mons (d'après MM. Briart et Cornet). Longueurs au 60000*; hauteurs au 20 000*.
1, craie blanche; 2, tuffeau de Ciply ; 3, calcaire de Mons; l, landénien glauconieux; 5, landénien super.;
6, argile yprésienne; 7, sables yprésiens.
tacé et les sables éocènes, contemporains des sables de Bracheux, la sonde rencontre un dépôt très particulier, dont la puissance atteint en certains points 93m. C'est un calcaire grossier jaunâtre, assez friable, formé d'une agglomération de débris organiques, notamment de foraminifères du genre Quinqueloculina et d'algues calcaires, Dactylopora, Acicularia.
La faune de ce dépôt, qui semble offrir, au premier abord, d'assez grandes analogies avec celle du calcaire grossier parisien, a été étudiée par MM. Cornet et Briart (1). Elle comprend: Beloptera Konincki, Triton Mariœ, Fiisus Edmondi, Pseudoliva robusta, Mitra Dewalquei, Cerithium inopinatum, C. Montense, C. unisulcatum, Potamides Montemis, Turritella Harmonica, T. Montensis, Cidaris distincta, C. Tombecki, Goniopygus minor, Cas&idulus elongatus, Echinanthus Corneti, Lintliia Houzeaui. La présence des genres Auricula, Pupa, Physa, Bythinia, Melanopsis, témoigne en outre que le calcaire de Mons a dû se déposer dans un estuaire. Ce calcaire, d'après sa position comme d'après ses oursins, dont trois sont des espèces du calcaire pisolilhique, forme un terme de transition entre le garumnien et l'éocène.
Marnes hee ralenties. Calcaire a payses. — Avant la découverte du cal- Caire de Mons, le terme le plus ancien de la série éocène du nord était constitué par le système heersien de Dumont, ensemble de marnes et de sables glauconifères, avec calcaire à physes, qui se développe, sur une épaisseur de 32m, aux environs de Heers, dans le Limbourg. On trouve dans ce dépôt plusieurs espèces des sables de Bracheux, telles que Pholadomya cuneala et d'autres des sables de Thanet, en Angleterre, notamment Cyprina Morrisi, Nticula Bowerbanki. A Geiinden, les marnes heersiennes renferment une flore étudiée par MM. de Saporta et Marion et dont les espèces, Osmunda eocenica, Poaciles latissimus, Cinnamomum Sezannense, Laurus Omalii, etc., indiquent un climat modérément chaud, humide et exempt de grandes variations.
On calcaire à physes, épais de 20m, et des marnes sableuses marines de même épaisseur ont été découverts entre le calcaire de Mons et les sables verts éocènes. Ces deux dépôts, peut-être contemporains, représentent le heersien.
(1) Mém. Acad. roy. de Belgique, XXXVI, XXXVn, XLIII.
Tuffeau et sables laadénleas. — Le système landénien de Dumont se compose, à la base, d'un étage marin, correspondant à la glauconie de La Fère; au sommet, d'un étage d'eau douce, équivalent des lignites du Soissonnais.
L'étage marin commence d'ordinaire par des cailloux roulés ou un poudingue glauconifère, suivi de psammites glauconieux passant au macigno, à la marne, au tuffeau (tuffeau d'Angre, de Lincent), à l'argilite et au sable. Son épaisseur, qui varie généralement de 10 à 20m, peut* atteindre 25 ou 30m et on y trouve Pholadomya Konincki, P. cuneata, Cyprina Morrisi, Cucullœa crassatina, Cytherea bellovacina, etc. Le tuffeau de Lincent renferme plusieurs espèces de squales, avec Beloptera Levesquei et Aturia zic-zae (1). Très dur dans les environs de Valenciennes, le tuffeau constitue le ciel de marie ou turc des mineurs d'Ânzin. Aux environs de Lille, il est séparé de la craie par 15 à 20m d'une argile plastique grise ou «noire, empâtant quelquefois des silex, que M. Gosselet (2) a nommée argile de Louvil.
Le landénien supérieur est formé de sable, de grès, de marne et de lignite schistoïde. Les sables sont blancs ou jaunes, parfois un peu violacés, épais de 10 à 20™ et ne contiennent guère que des troncs silicifiés et des empreintes de végétaux, par exemple de Flabellaria.
Yprésiea, Panl»éllen. — Le système ypresien se compose de deux assises : 1° T argile d'Ypres ou argile des Flandres, équivalent de l'argile de Londres et ne contenant que des foraminifères. C'est une argile généralement plastique, d'un gris bleuâtre, dont l'épaisseur peut atteindre 100m. 2° Les sables de Monsen-Pévèle, sables fins grisâtres, très doux au toucher, légèrement pailletés de mica et renfermant surtout Nummulites planulata. Épais de 30"1 à Mons-en- Pévèle, ces sables ont jusqu'à 70m à Briendonck. Les argilites de Morlanwelz, à Voluta depressa, Leda Corneti et Nummulites planulata, paraissent appartenir à la môme assise (5).
Dumont a désigné sous le nom de Panisélien une assise développée au mont Panisel, près de Hons, et qui se compose de sables grossiers avec lits de psammites et grès verts lustrés ou fîstuleux, à Pinna margaritacea, Rostellaria fi$surelia, Lucina squamula, etc. Au panisélien appartiennent, dans la Flandre orientale, les sables d'Aellre, épais de 7 ou 8m et contenant Turritella édita, Cardita planicosta.
Bruxellien, Lackealen. — Le bruxellien est formé de sables blanchâtres ou jaunâtres avec concrétions gréseuses dites grès fittuleux. Dans ces sables, épais de 40 à50met qui fournissent, quand ils sont agglomérés par un ciment calcaire, la pierre de taille de Gobertange, se rencontrent Ostrea cymbula et des fruits de Nipadites.
Au Mont des Récollets, à Cassel, le bruxellien est représenté par un sable
(1) Vincent, Ann. Soc. malacol. de Belgique, XI.
(2) Bull. Soc. giol. de France -, 3' série, II, p. 600.
(5 Briart et Cornet in Mourlon Géologie de la Belgique, I, p. 211 .