ÉOCÈNE. TYPES ÉTRANGERS
Cinnamomum , Magnolia , Sassafras , etc. , associées à diverses espèces de palmiers des genres Sabal, Flabellaria, Phcenicite*. L'ensemble de cetle flore rappelle la Louisiane actuelle, avec quelques affinités australiennes et indiennes.
La formation lignitifère est recouverte à Magdebourg et Helmstâdt par des sables et argiles d'origine marine, contenant Ostrea ventilabrum, Arca appertdiculata, Cytherea Solanderi, Pleurotoma subconoidea, avec de très nombreux polypiers.
C'est aussi à l'éocène supérieur que doivent être rapportées les couches succinifères du Samland, près de Kônigsberg. L'ambre ou succin y est réparti en profusion dans une couche de sable glauconieux, épaisse de im,30 à i^JO, presque entièrement au-dessous du niveau de la mer et recouverte par 23m de sable glauconieux pauvre en ambre ; ce dernier sable supporte des argiles, des sables et du lignite. L'ambre, qui provient de plusieurs espèces de Pinus, parmi lesquelles P. succinifer, contient de nombreux insectes, arachnides et myriapodes. Le lignite qui le recouvre renferme une flore caractéristique de l'oligocène moven ou miocène inférieur.
Toscane. — Eu Toscane, où Téocène appartient au .type alpin, le calcaire nummulitiqueest surmonté d'un macigno abondant en restes végétaux, au-dessus duquel se déploie l'étage ligurien, divisible en trois assises : 1° à la base, calcaire marneux à fucoïdes, Chondrites Targionii, C. intricatus, C. furcaius; 2° zone des serpentines et gabbros de la Ligurie maritime et de l'Emilie, des jaspes de Monte-Catini, des argiles écailleuses ou argille scagliose du mont Amiata ; 3° au sommet, zone de YAlberese, calcaires compacts, esquilleux, alternant avec des argiles brunes schisteuses (1).
Les argille scagliose de l'Emilie seraient, d'après M. Mantovani (2), un tuf boueux venu de la profondeur et contenant parfois des blocs arrachés à des formations plus anciennes. Telle est aussi l'opinion de M. Th. Fuchs (3) qui, faisant revivre une idée d£jà émise par MM. Abich et Alph. Favre, a proposé de regarder le flysch comme une sorte de tuf, produit d'éruptions boueuses. Le flysch, surtout dans l'Apennin, est fréquemment en rapport avec des roches éniptives, notamment des serpentines et des gabbros, et l'on n'y trouve que des fucoïdes, comme si les organismes délicats avaient dû fuir la région où il se déposait. Cependant M. Gûmbel (4) a signalé des spicules d'épongés, en très grande abondance, au milieu des marnes et des calcaires siliceux du flysch dans la Suisse, la Bavière, l'Autriche et les Apennins. Si donc cette formation dérive de phénomènes internes, du moins la sédimentation extérieure y a puissamment marqué son empreinte.
(1) De Stefani, Soc. Toscana di scienze nat., 1878.
(2) yeues Jahrb, 1877, p. 213.
(3) Sitzungtberichte der K. Akad. der Wistenschaften, Vienne, 1877.
(4) Vcrhandl. der K. K. geoL Reicksanstalt, 1880, p. 213.
DI LAPPAREKT, TRAITÉ DE OBOLOOIE. 65
Hongrie. — La fprmation nummulitique se poursuit en Hongrie, où l'on peut distinguer (1) :
Éocène supérieur \ Marncs de Bude-
™ ' ( Couches à Orbitoides et Nummulites Tchihatcheffi.
* . j Couches à Numm. striata.
Loceue moyen, j Q0UC|ies ^ grandes nummulites (N. spira, N. perforât a, 2V. complotât*). Éocène inférieur? Lignites à Cyrena grandi*.
Cet ensemble est surmonté par des marnes à cyrènes, que M. Hébert regarde comme l'équivalent des glaises vertes du bassin de Paris.
Par les Carpathes, la Turquie et la Grèce, l'éocène nummulitique de la Hongrie va rejoindre celui du littoral méditerranéen.
Afrique. — Très développé dans Test de la région algérienne, le système éocène diminue d'importance vers l'ouest, et n'est plus représenté que par quelques traces dans la province de Constantine (2). Sa puissance dépasse 400* dans le Tell, où, discordant avec les terrains antérieurs, il est formé d'argiles avec nummulites, que couronnent des bancs énormes de grès ferrugineux.
Dans les hauts plateaux, aux environs de Tebessa, du Hodna, de Teniet-el-Haad. il se compose, à la base, de marnes grises où abonde Ostrea multicostata ; puis viennent des calcaires marneux gris à silex noirâtres, parfois très riches en échinides, Macropneustes, Periaster obtusus, etc., et en nummulites; enfin un calcaire dur jaune en plaquettes. Au sud de Sétif, on rencontre à ce niveau des argiles multicolores avec bancs de gypse.
On retrouve la formation nummulitique bien caractérisée en Syrie et en Egypte; on sait d'ailleurs qu'elle se poursuit par la Perse jusque dans l'Asie centrale.
Amérique du Mord. — Étage lignitifère. — L'éocène de l'Amérique du Nord a été divisé (3) en deux étages : l'étage lignitifère (Hgnitic group) puissant de 1200m, où dominent les formations d'eau douce et qui est bien développé dans le bassin du Mississipi, ainsi que dans la région des Montagnes Rocheuses et les territoires de l'Ouest; ensuite l'étage d'Alabama, représenté par des couches mannes sur les bords de l'Atlantique, du golfe du Mexique et du Pacifique, mais se terminant par des formations lacustres et ne comprenant, dans le massif des Montagnes-Rocheuses, que des couches d'eau douce.
Nous avons déjà signalé le mélange de fossiles marins crétacés, de dinosaurien> et de végétaux éocènes qui caractérise le groupe lignitifère d'Amérique. 11 est même un bon nombre des espèces reconnues dans les couches lignitifères des Montagnes-Rocheuses, telles que Séquoia Langsdorfi, Phragmites QEningensù, Aluns Kefersteini, Cinnamomum Scheuchzeri, etc., dont l'apparition n'a eu lieu en Europe que dans la période miocène. Ainsi la flore tertiaire américaine parait avoir précédé celle d'Europe et le fait n'a rien de surprenant si l'on admet que la propagation des végétaux s'est faite vers le sud à partir des régions polaires;
(1) Hébert et Munier-Chalmas, Comptes rendus, LXXXV, pp. 122, 181, 259.
(2) Ces renseignements ont été fournis à l'auteur par M. Peron.
(3) Dana, Manual ofGcology, 1875, p. 490.
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car l'Amérique est bien plus directement reliée que l'Europe aux contrées arctiques. Mais cet argument laisse indécise la question, très controversée, de savoir si le groupe lignitifère appartient au crétacé ou à l'éocène; on pourrait dire que la présence dans sa faune d'une ammonite et l'absence de tout débris de mammifères semblent faire pencher la balance en faveur de la première solution. Du moins est-il probable que l'Amérique offre l'exemple d'une série lacustre où le passage du crétacé au tertiaire s'est fait d'une manière continue.
Alabama, Nevada. — L'étage (TAlabama, formé en bas des argiles de Claiborne et en haut des couches de Vicksburg, riches en nummulites, contient des fossiles analogues à ceux de Péocène européen, Ostrea sellœformis, Cardita planicosta, Turritella carinata, Cilhara Mi$si$*ipiensi$ , Orbitolites Mantelli. Dans les Montagnes-Rocheuses, les couches lacustres de Fort-Bridger, appartenant à cet étage, ont fourni de nombreux mammifères tapiroïdes, ainsi qu'Orohippus et les curieux genres Dinoceras et Uintatherium.
L'éocène du Nevada, dont les couches se sont déposées dans quatre grands lacs successifs, se compose, d'après M. Clarence King, des élages suivants :
4. Étage d'Uinla (150m), grès grossiers et conglomérais, à Epihippui, Hyopsodus.
3. Et. de Bridger (750"), grès à grain fin, riches en vertébrés, Lemuravus, Dinocera», Uintatherium ; argiles vertes et sables.
2. Et. de Grecn-River (600n), schistes calcaires, grès calcarifères et lignites, avec poissons analogues à ceux de Monte Bolca.
1. Et. de Vermilion Creek (1500m), grès grossiers roses et couleur chocolat, avec nombreux conglomérats. Coryphodon, Eohippus-
Région* arctiques. — C'est probablement à l'éocène qu'il convient d'attribuer les gisements de lignites avec plantes fossiles, découverts à Atanekerdluk, au Groenland, par 70° lat. N., ainsi que dans le Canada septentrional, l'Islande, l'Ile des Ours et le Spitzberg. Ces gisements, où les genres Séquoia, Taxodium, Quercns, Juglans, sont représentés par des espèces identiques avec celles du miocène européen, contiennent, d'après M. Heer (1), 9 grandes fougères, 31 conifères, 1 1 monocotylédones et 99 dicotylédones, noyers, platanes, hêtres, chênes, érables, peupliers, etc.
Le refroidissement du globe ayant commencé par les pôles, il est assez logique de considérer cette flore, malgré ses espèces miocènes, qui d'ailleurs ne forment pas plus du quart de l'ensemble, comme antérieure à la flore miocène européenne, c'est-à-dire à la migration vers le sud des plantes qui devaient caractériser cette dernière. Le point le plus septentrional où l'ensemble végétal qui nous occupe ait été observé est la terre de Grinnel, située vers le 82e parallèle. Sur ce point, le sapin argenté et le cyprès chauve croissaient à côté du peuplier et du bouleau, auprès de lacs couverts de nénuphars, Nymphxa arctica; c'est-à-dire que le climat de l'époque, à quelques pas du pôle, était celui des Vosges actuelles. Mais les magnolias y faisaient défaut, tandis qu'ils existaient alors au Groenland, par 70° lat. La moyenne annuelle du Groenland septentrional devait être de
(1) Flora foêrilis arctua
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