U VIE SUR LES CONTINENTS
l'Amérique du sud, pullule aujourd'hui dans les Pampas; de môme, YAnacharm ntiquattrutn, algue des rivières américaines, se développe avec une vigueur étonnante en Angleterre, où elle a dû être amenée, soit par des navires, soit dans des bois exotiques. Une même zone ne se montre donc homogène, au point de vue de la flore, que si elle n'offre pas de solutions de continuité, infranchissables en égard au mode habituel de propagation des végétaux. Partout où des semences ne peuvent être ni entraînées par les vents, ni flottées sans altération par les eaux, ni transportées par des oiseaux, il faut l'intervention de l'homme pour rétablir, dans les diverses parties d'une zone climatérique, l'identité de productions végétales que justifient les propriétés du milieu.
Espèces disjointes. — - A ce phénomène se rattache celui, si remarquable, des espèces disjointes. On donne ce nom à des espèces qui apparaissent comme cantonnées dans plusieurs districts actuellement dépourvus de toute communication directe; de telle sorte qu'en marquant sur une carte ce qu'on appelle leurs aires de dispersion, on obtiendrait une série de taches discontinues, séparées les unes des autres par de larges espaces, où se trouvent généralement des bras de mer ou des chaînes de montagnes. Ainsi le palmier nain ou Chamcerops vmUi s existe dans le midi du Portugal et le sud-est de l'Espagne, manque dans le Roussillon, le Languedoc, la Corse et la Sardaigne, mais reparaît à Livourne. On le retrouve en Sicile et, quoique commun en Algérie, il n'existe pas en Egypte. Le Rhododendron ponticum, originaire du pied du Caucase et inconnu dans toute la région qui s'étend entre l'Archipel grec et l'Algérie, forme une colonie dans la Sierra de Monchique en Espagne et dans les Algarves en Portugal.
Ce phénomène ne peut s'expliquer que de deux manières ; ou bien chacune de ces espèces a apparu dans plusieurs centres de création indépendants, à partir desquels elle s'est propagée en élargissant peu à peu son domaine ; ou bien ces aires de dispersion, aujourd'hui disjointes, ont fait autrefois partie d'un même ensemble, qu'une série de phénomènes géologiques a successivement morcelé en parties discontinues. Cette dernière solution concorde, beaucoup mieux que la précédente, avec ce que nous enseigne l'observation et, en particulier, elle trouve une justification immédiate dans la facilité avec laquelle elle explique Tune des circonstances les plus remarquables de la géographie botanique, à savoir l'uniformité de la flore des hautes régions.
Allaités polaires de la végétation des hantes elmes. — On a constaté
depuis longtemps que la végétation des hautes cimes de la Suisse, non seulement ressemble à la flore polaire par son aspect général, mais encore comprend des espèces identiques avec celles du Spitzberg et du Groenland. Sur le cône terminal du Faulhorn, Ch. Martins a recueilli 132 phanérogames, dont 40 se retrouvent en Laponie et 8 au Spitzberg. Le Jardin du glacier du Talèfre renferme 1M plantes dont 87 phanérogames; de ces dernières, il en est 24 de la Laponie et 5 du Spitzberg. Les Montagnes Blanches du New-Hampshire et celles du Là-*
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brador renferment des espèces européennes et on en retrouve aussi dans l'Atlas, en Abyssinie, au Brésil et dans les Andes elles-mêmes : or des distances de 1000 à .10000 kilomètres séparent ces aires disjointes et il est impossible d'admettre que la propagation ait eu lieu par les vents ou par l'intermédiaire des oiseaux. Mais cette identité s'explique à merveille si l'on se reporte par la pensée à l'époque, relativement bien rapprochée de la nôtre, où les glaciers atteignaient ce développement exceptionnel dont nous aurons plus tard l'occasion de fournir des preuves. Alors on se représente aisément la marche progressive de la flore polaire vers le sud, au fur et à mesure des progrès du refroidissement des cimes, jusqu'au moment où les intervalles susceptibles d'exister entre les régions couvertes de glaces devenaient assez petits pour qu'il fût permis aux végétaux arctiques de les franchir sans difficulté. Vienne la fonte des glaces et, peu à peu, les aires de dispersion des plantes polaires, qui en étaient venues à se confondre en un même ensemble, ne formeront plus autour des massifs glaciaires que des auréoles destinées à se resserrer de plus en plus, pendant que la masse principale de la flore reprendra vers le nord le chemin de sa première patrie.
Ce que les vicissitudes des glaces ont produit, d'autres phénomènes physiques sont capables de l'accomplir. Ici c'est une chaîne de montagnes qui sera venue séparer en deux une zone végétale homogène, introduisant, dans l'intervalle, des conditions climatériques tout à fait nouvelles. Ailleurs une dépression marilime aura opéré la même séparation et. dans un cas comme dans l'autre, une des aires ainsi disjointes se trouvera placée dans des circonstances physiques telles que ses caractères originels ne puissent pas se maintenir. Elle perdra donc peu à peu les espèces qui servaient à la définir, et cela d'autant plus vite qu'il s'agira de végétaux offrant un moins grand pouvoir de résistance
EMpèecM isolée». — Une autre particularité de la botanique actuelle est l'existence d'espèces qu'aucun lien ne rattache à l'ensemble des familles aujourd'hui vivantes. Il semble qu'il y ait un abime entre l'organisation de ces formes isolées et celle de tous les végétaux qui les entourent. Or quand ce fait se produit, on constate toujours qu'il s'agit d'espèces dont les analogues se retrouvent en grand nombre dans les formations géologiques. De la sorte, c'est à l'aide des flores éteintes que l'on peut reconstituer la chaîne par laquelle les types d'exception se relient aux autres, comme si la nature actuelle ne nous offrait qu'un tableau très incomplet des combinaisons dont le monde végétal est susceptible.
Nous sommes donc conduits à cette importante conclusion, que la flore actuelle du globe ne se compose pas de groupes organiques homogènes, ayant apparu au même moment et également bien adaptés aux conditions physiques du milieu.. Cette flore est, au moins pour un grand nombre des éléments qui la composent, un legs du passe'. Chacun des groupes organiques qu'on y peut distinguer doit avoir son histoire, souvent très ancienne et il en est qui sont aujourd'hui dans toute la puissance de leur développement comme il en est d'autres, réduits à ne plus offrir qu'un petit nombre de types, derniers survivants d'un ensemble dont