SILEX TAILLÉS
naire, abondent aux États-Unis dans le Mastodon americanus (M. ohioticus). De grandes espèces d'Equus les accompagnent ainsi que des édentés des genres Megatherium, Mylodon, Megalonyx. Cette même tribu des édentés devient prépondérante dans l'Amérique du Sud, où elle est représentée par l'immense Megatherium, les Mylodon, Megalonyx, le curieux Glyptodon, avec sa carapace osseuse» les Chlamydotherium, Pachytherium, etc. Quant à l'Australie, dès cette époque comme de nos jours, on n'y trouve guère que des marsupiaux, mais tous de taille gigantesque, comme Diprotodon et Noiotherium. Ainsi, l'époque quaternaire est caractérisée partout par la grande taille de ses mammifères, et alors comme aujourd'hui, tandis que l'ancien monde est le pays des carnivores et l'Amérique du Nord celui des herbivores, on voit les édentés dominer dans l'Amérique du Sud et les maràupiaux en Australie (1).
Restes humains. Silex taillés. — Mais il est un autre argument paléontologique qui doit entrer ici en ligne de compte : c'est celui qui résulte de la présence de l'homme. Non que nous puissions attacher encore une grande importance à des distinctions de races successives, fondées sur un trop petit nombre de débris pour avoir acquis une valeur scientifique incontestable. Lors même qu'il serait démontré que des races à crâne allongé, ou dolichocéphales, ont précédé, dans l'Europe occidentale, les races à crâne raccourci ou brachycéphales, la rencontre d'un crâne ou d'un ossement humain, dans un dépôt quaternaire, est chose trop rare pour aider beaucoup à une classification géologique. 11 n'en est pas de même des produits de l'industrie humaine, notamment des silex taillés, qu'on rencontre en quelque abondance dans les graviers d'alluvion et dans certains limons, où leur dureté les a préservés de la destruction. Les archéologues ont établi que, dans l'Europe occidentale, l'usage de la pierre avait précédé celui des métaux et que Y âge de pierre se divisait lui-même en deux phases successives: la première, dite paléolithique, où les outils de silex ne subissaient qu'une simple taille à éclats; la seconde, dite néolithique ou de la pierre polie, caractérisée par ce qu'on appelle vulgairement les haches celtiques.
Assurément ces divisions n'ont qu'une valeur régionale et ne peuvent être considérées comme représentant deux âges géologiques. De nos jours, certaines peuplades sauvages en sont restées à l'emploi de la pierre polie ; même il en est, parmi les habitants des îlots coralliens de la Polynésie, qui, faute de matière première, ignoraient à peu près, en 4840, l'usage de la pierre (2). La civilisation a pénétré tardivement dans l'Europe, dont les parties septentrionales ont dû être occupées par l'homme de proche en proche, à mesure que diminuait le domaine des glaces et il est fort à présumer qu'à l'époque où s'épanouissait la civilisation des premières dynasties égyptiennes, les habitants de nos contrées, s'il y en avait, ne se servaient pas encore de métaux. Mais si l'on se borne, comme c'est surtout notre intention, à la recherche des événements dont l'Europe
(1) Dana, Manual of Geology, 1875, p. 571.
(2) Dana, Corals and Coral-hlands.
quaternaire a été le théâtre, les divisions archéologiques prennent une incontestable valeur et peuvent, sagement employées, fournir les éléments d'une chronologie des dépôts.
industrie palé«lltU««e. — Cela posé, la phase paléolithique de l'âge de h pierre a été partagée elle-même en plusieurs autres (1). La plus ahcienne est celle où dominent lès instruments triangulaires ou amygdaloïdes, taillés à éclats sur les deux faces par retouches successives. Le type en existe à Ghelles prés Paris et à Saint-Acheul, à la porte d'Amiens, d'où les noms de chelléen et d'ackeuléen. Ensuite viendraient les instruments taillés sur une seule face et souvent façonnés, par larges éclats, en racloirs et grattoirs. C'est le type de la grotte on abri sous roche du Houstier (Dordogne), ou mcmtérien. Enfin une dernière phase est caractérisée par un plus grand fini dans le travail des silex ainsi que par l'association des outils de pierre avec des instruments, souvent ornés de ciselures, en os ou en ivoire. Le type en existe dans les cavernes de la Madelaine (Périgord), d'où le nom de magdalénien. Peut-être cette phase a-t-elle été séparée de la précédente par une étape intermédiaire, où le silex, mieux taillé qu'au Moustier, n'est pas encore accompagné d'outils en os. Ce serait l'industrie de Solutré en Bourgogne ou type solutréen.
Les animaux contemporains du type acheuléen seraient Elephas antiqum, Bippopotamus major, Rhinocéros Mercki. Au moustérien correspondraient surtout EL primigenius, Rhinocéros tichorhinus, Megaceros hibernicus. Le cheval domine à Solutré, où le mammouth est encore assez commun, tandis que le rhinocéros a disparu. Enfin le magdalénien est Yàge du renne (Cervus tarandus), associé à l'antilope saïga, au renard argenté, à la marmotte, au chamois, au bouquetin et même au mammouth en voie de disparition.
Au magdalénien se rapportent les grottes et abris célèbres des Eyzies, de Laugerie- Basse, de Bruniquel, dans le bassin de la Dordogne et beaucoup d'autres de la région toulousaine, de l'Ariège, de la Savoie et de la Belgique. Des bois de renne sculptés s'y rencontrent, ainsi que des morceaux d'ivoire où sont figurés le renne et le mammouth muni de sa crinière.
Il n'est pas encore admis sans conteste que ces divisions se soient succédé partout, dans l'Europe occidentale, sans interversion ni mélange. Le type acheuléen n'a été rencontré seul, en compagnie du groupe de YE. antiquus, que dans un très petit nombre de gisements, par exemple dans celui de Chelles et jusqu'à nouvel ordre un certain doute doit planer encore sur l'existence de l'homme dans cette première phase quaternaire. En revanche les silex acheuléens existent encore en grande abondance au milieu des graviers où domine E. primigenius, et plus d'une fois on les trouve mélangés avec les outils dits moustériens. Enfin ceux-ci ne Sont pas toujours faciles à séparer des instruments magdaléniens. De plus les peuplades qui, à l'époque quaternaire, habitaient nos contrées, ont dû être assez indépendantes les unes des autres pour que leur outillage ait présenté,
(1) Voir notamment de Mortillet, Congrès géologique. 1878.