CONSIDÉRATIONS SUR LA DURÉE DE L'ÉPOQUE QUATERNAIRE
Hypothèses cosmiques. — Bien des opinions ont- été émises relativement à la durée des temps quaternaires. Plusieurs ont même essayé de la traduire en chiffres, en attribuant le refroidissement glaciaire à un phénomène astronomique. Les uns ont admis que la précession des équinoxes, en faisant coïncider tour à tour, pour chaque hémisphère, le solstice d'hiver avec le périhélie ou avec l'aphélie, devait amener, à des intervalles d'environ dix ou onze mille ans, des alternatives de périodes chaudes et de périodes froides. D'autres, trouvant, non sans raison, cette cause de froid insuffisante, ont fait intervenir les variations de l'excentricité terrestre, attribuant les grands froids glaciaires à la coïncidence d'un hiver en aphélie avec le maximum d'excentricité de l'orbite. Nous examinerons plus loin les conséquences possibles d'une telle combinaison. Disons seulement que, dans ce cas, suivant les auteurs, l'époque de la grande extension des glaces aurait eu lieu de 225 000 à 550 000 ans avant notre ère, et que sa durée aurait été, pour les uns de 160, pour les autres de plus de 2000 siècles.
Tous ces calculs ont à nos yeux le tort de reposer sur une hypothèse gratuite, à savoir que l'extension des glaces réclame une cause de froid, alors que, au moins pour ce qui concerne les massifs alpins et pyrénéens, cette extension a
îaire une inee ae ia valeur relative ae cette auree a après les dépôt nos plaines et nos vallées, ou encore d'après les variations de la d'un auteur l'a pensé, et il en est beaucoup aux yeux de qui de* siècles ont été nécessaires à l'accomplissement de tant de choses. Hs du temps cette appréciation se fonde sur l'idée, tout à fait erronée que le creusement des vallées est l'œuvre de l'époque quaternair qu'après avoir constaté qu'entre la grotte du Houstier et celle de 1 dans la vallée de la Vézére, il y a une différence de niveau de 27", I vatt : i Ce creusement de 27 métrés, dû à l'action des eaux, s'est les yeux de nos troglodytes et depuis lors, pendant toute la durée moderne, c'est-à-dire pendant des centaines de siècles, il n'a Tait de progrès. Jugez d'après cela combien de générations humaines oi 1er entre l'époque du Houstier et celle de la Madelaine! (1) » Or, c y a eu seulement déblaiement de la vallée occupée par des dépôts : d'autre part, s'il ne s'est rien fait depuis, c'est que la rhière avait pente d'équilibre.
Nous l'avons déjà dit, l'époque quaternaire a trouvé presque détails de l'orographie et de l'hydrographie constitués comme ils d'Iiui. Les gorges destinées à l'encaissement des glaciers étaient dé comme aussi les vallées où les grands cours d'eau avaient, dès le tout au moins dès le pliocène, commencé à étaler leurs alluvions juger par ce qui se passe sous nos yeux du temps qui a été née pour déblayer certaines vallées encombrées de dépots meubles, soit jusqu'à Lyon les blocs erratiques du centre de la Suisse, serait oub que les précipitations atmosphériques étaient alors au moins dix o plus abondantes que de nos jours, ensuite que des mouvements du, à plus d'une reprise, restituer aux rivières une pente torrentielle la période quaternaire a été caractérisée par une activité tout i tionnelle des agents extérieurs, et rien, dans ce oui se passe sous m
d'alluvions que la rectification d'un cours d'eau comme la Kander amoncelé en quelques années sur un même point (1).
Variations organiques. — Les variations de la faune se réduisent à la disparition de quelques grands pachydermes, que la main de l'homme aurait suffi à éliminer de l'Europe, lors même que notre sol eût continué à leur fournir une nourriture abondante. Quant à la flore, elle est restée la même : seule, la distribution de quelques espèces a changé par voie de migration. Dans la faune marine, aucune modification ne s'est fait sentir, si ce n'est dans la distribution géographique des coquilles littorales arctiques. De la sorte, si les dépôts terrestres de l'époque quaternaire ne nous étaient pas connus, il ne viendrait à l'idée d'aucun géologue de faire pour celte phase de l'histoire du globe non pas un système, ni un étage, ni un sous-étage, mais même une simple assise, puisque, jusqu'au sommet du pliocène, inclusivement, le principe de la distinction des assises est fondé sur les variations de la faune malacologique.
Ajoutons que c'est faire peu d'honneur à l'intelligence humaine que de laisser dans le même état de barbarie, pendant des centaines ou même des dizaines de mille années, l'homme qui avait déjà su tailler les silex de Saint- Acheul et du Moustier. Mais, cette raison mise à part, nous ne voyons, dans les faits géologiques de l'époque quaternaire, absolument rien qui motive les évaluations considérables devant lesquelles certains auteurs n'ont pas reculé.
Incertitude des appréciations ehronométriques. — Nous n'irons pas plus
loin et nous ne chercherons pas, à l'exemple de quelques autres, à trouver, dans l'épaisseur des alluvions de nos principales vallées, les éléments d'une chronologie réduite de l'époque quaternaire. Telle succession régulière de dépôts alternativement graveleux, limoneux et charbonneux, où l'on s'est plu à voir les produits successifs des saisons d'une même année, ne représente, en réalité, que la suite normale des apports des crues; car chaque inondation commence par une phase violente, avec entraînement de graviers, et se poursuit par une phase limoneuse, à laquelle succède le dépôt des matières végétales arrachées aux rives par le flot. Mais rien n'indique à quels intervalles les crues se sont succédé, et d'ailleurs les dépôts d'alliivion sont partout interrompus par des phases d'émersion dont aucun signe ne révèle la durée. La science n'en est pas encore à ce point, d'avoir conquis un chronomètre qui lui permette de mesurer le temps écoulé, même dans la période qui a immédiatement précédé la nôtre. Il est sage de n'attendre cette conquête que de l'avenir et, pour nous, il nous suffit d'avoir établi à quel point sont dépourvus de base rigoureuse tous ces calculs qui distribuent généreusement les centaines et les milliers de siècles entre les diverses phases de l'époque quaternaire.
(1) V. antè, p. 215.