TOURBE. CHANGEMENTS DE CLIMAT
1 majeur qui, à l'époque quaternaire, suffisait à peine aux crues du cours d'eau,
a dû être asséché tout d'un coup, montrant à découvert sa surface horizontale
it de graviers, sur laquelle un mince filet d'eau a seul continué à serpenter. Aussi
i quand, plus tard, un régime suffisamment humide a reparu, c'est la tourbe (1)
i qui a dû entreprendre le comblement du lit majeur, partout où la perméabilité
i des versants assurait aux rivières un régime exempt de crues violentes.
r Jusqu'ici le renne n'est pas connu, à l'état fossile, au sud du 43° degré, qu'il
r atteint en France. Encore les gisements de renne des contrées méridionales
i paraissent-ils appartenir à des dépôts plus anciens que ceux qui sont situés plus
au nord, comme si l'animal avait progressivement effectué sa retraite vers les
r hautes latitudes. C'est ainsi qu'on le trouve en abondance au milieu des dépôts
diluviens supérieurs du littoral de la Baltique.
L'âge du renne ne parait pas avoir laissé de traces bien nettes en Amérique ; cela peut tenir à diverses causes, telles que la rareté de cet animal dans le Nouveau-Monde, ou l'absence d'une période de froid sec semblable à celle qui, en Europe, a suivi la phase des grands cours d'eau.
Age de la tourbe. — Avec la tourbe commence le régime actuel. La température ne subira désormais que de faibles vicissitudes; à part quelques alternatives d'invasion et de retrait de la mer dans les régions flamandes, plutôt par suite de la rupture des cordons littoraux qu'en raison de mouvements importants du sol, les contours du continent sont fixés et le récit des événements qui vont s'accomplir appartient à l'archéologie et à l'histoire plutôt qu'à la géologie. Aussi n'y insisterons-nous pas.
Causes possibles des ebangements de climat. — Maintenant quels phénomènes ont pu produire cette succession de phases de sécheresse et d'humidité? nous pensons que ce doivent être des faits géographiques, du même ordre que ceux qui, en donnant naissance au courant chaud de l'Atlantique, ont si fortement dévié vers le nord les isothermes de l'Europe occidentale. Enjoignant à des causes de ce genre l'influence indéniable des mouvements d'émersion ou d'immersion du sol, on a, croyons-nous, le moyen d'expliquer les particularités de l'époque quaternaire sans recourir à des causes astronomiques.
Quant à l'exagération des précipitations atmosphériques, qui a été, sous nos latitudes, le trait dominant des premières phases de cette époque, elle peut trouver une explication suffisante dans la grande émersion qui s'est accomplie pendant la période pliocène. Cette émersion, en définissant notre continent européen, jusqu'alors réduit à la condition d'archipel, a dû influer dans une mesure considérable sur la direction des courants d'air, si intimement liée à la distribution des surfaces continentales (2). Ce fait, joint à l'apparition des glaces dans les contrées polaires, laisse comprendre que le début de l'ère moderne ait pu être caractérisé par un trouble atmosphérique , capable de verser une grande
(1) V. antèy p. 335.
(2) V. antèy p. 9Q.
abondance de précipitations sur les régions tempérées de notre hémisphère. Cet ainsi que, de nos jours, le changement complet qui se produit, aux équinoies, dans la distribution des centres de pression barométrique, a pour conséquent* l'établissement momentané d'un régime de pluies et de tempêtes.
Ajoutons qu'aux époques pliocène et quaternaire anciennes, une cause puissante, aujourd'hui inactive, influait vraisemblablement sur la direction et l'intensité de courants d'air. Nous voulons parler des éruptions volcaniques dont, à cette époque, la Catalogne, le Plateau Central, l'Eifel et les bords du Rhin étaient simultanément le théâtre. 11 semble impossible que de nombreux cratères aient vomi dans les airs des torrents de vapeurs sans que ces puissantes cheminées d'appd produisissent, sur l'air ambiant, un effet marqué d'aspiration. A ce point df vue, il y a lieu de remarquer que la fin du régime des grandes pluies sur notre sol a coïncidé justement avec l'inauguration de l'âge du renne, c'est-à-dire, a peu de chose près, avec le moment où les volcans à cratères de l'Auvergne ont dû cesser leurs manifestations.
OucBtlon du Babara. — La submersion du Sahara doit-elle figurer parmi le particularités géographiques de l'époque quaternaire? La question demeure encore douteuse. Les coquilles marines ou saumatres rencontrées aux abords di Chott Melrir différent sensiblement de celles qui vivent dans la Méditerranée, (t la présence, en divers points du désert, de Cardium adule ne prouve rien, pc plus que celle des coquilles de Cyprxa moneta, employées, comme on sait, par les indigènes dans leurs transactions commerciales. Cependant H. Desor (i) i signalé, au milieu même des (jours d'alluvion de Bouchana, dans le Souf, li présence du Cardium edule avec Nassa gibbotula et Balanut miser.
Du reste, dans quelque sens que la question doive être tranchée, il importe de remarquer que l'existence d'une Méditerranée couvrant le Sahara ne suftirail juà elle seule pour produire sur l'Europe un régime permanent de courants humides. Car cet état de choses a été justement réalisé lors de l'êocène nummulitique, et nous savons qu'il a entraîné, au contraire, un climat caractérisé par la sécheresse et la chaleur extrême des étés.
Modification» actuell» du climat. — Observons en outre que le déplacement en latitude des courants d'air humides ou secs est un fait qui se produit encore de nos jours, bien que sur une moindre échelle. A l'heure présente, le climat des côtes septentrionales de la Méditerranée est beaucoup plus sec qui l'époque romaine, et les régions de la Gaule et de In Germanie, certainement moins humides qu'autrefois, sont loin de justifier, par leur climat, la réputation de sévérité que leur ont faite les ani-iens historiens. En revanche, l'empiétement d« neiges et des glaces aux abords du Groenland et de l'Islande dit assez que les précipitations atmosphériques y sont devenues plus abondantes.
C'est en vain qu'on voudrait attribuer ces changements à l'intervention de l'homme et, en particulier, à l'influence du déboisement. L'homme n'est pour rieo
(1) Bail. Soc. géol. de France, 3- série, VIII, p. MO.
dans le dessèchement du Sahara, si bien pourvu d'humidité à l'époque quaternaire, et ce n'est pas lui non plus qui a réduit à leurs insignifiantes proportions les lacs, autrefois si étendus, du versant occidental des Montagnes Rocheuses. 11 vaut mieux avouer que nous ignorons encore les lois qui gouvernent ces modifications, dont l'avenir seul nous révélera peut-être le secret.
L'époque quaternaire en dehors de l'Europe. — En terminant cet exposé,
nous croyons utile de rappeler qu'il ne s'applique qu'à la région européenne, et encore à la condition d'admettre des épisodes locaux plus ou moins discordants. Les traces d'une époque glaciaire semblent faire défaut dans l'Himalaya, soit que les érosions pluviales, si actives dans ce massif, les aient effacées, soit que les glaciers n'y aient jamais eu plus d'extension qu'aujourd'hui. En Amérique, M. Dana ne reconnaît qu'une phase glaciaire, celle du drift et du boulder-clay, précédant la phase de Champlain ou des grands cours d'eau, dont l'auteur attribue les particularités aux inondations violentes causées par la fonte des glaces. Enfin les latitudes tempérées occupent trop peu de place dans l'hémisphère austral et les observations recueillies sur ces régions sont encore trop incomplètes, pour autoriser des conclusions générales. Ce qu'on sait seulement, c'est que les prétendues traces d'une époque glaciaire, signalées par Agassiz au Brésil, se sont complètement évanouies devant une étude plus attentive.