fort
Transport de pou»»iéres. — Ces chiffres rendent bien compte de la faculté
que [possèdent les vents d'entraîner au loin les poussières et les sables. C esl
(1) Pctcrmann's Milthtilungeti, 1870, Erganxungsheft.
ainsi qu'on voit souvent tomber en Italie des pluies de sable dont l'origine saharienne parait incontestable, car on a pu, d'après les renseignements météorologiques transmis de la bordure septentrionale du Sahara, prédire avec succès de tels phénomènes plusieurs jours à l'avance. Les cendres du Vésuve, en 472, unt été chassées jusqu'à Constantinople et celles des volcans de l'Islande, en 1875, sont venues tomber dans les rues de Stockholm, après un parcours aérien de 1900 kilomètres.
Ces pluies de sable sont fréquentes dans l'Atlantique, à l'ouest du Sahara et s'étendent jusqu'au milieu de cet océan, dans la région des vents alizés de nordest : aussi leur donne-t-on le nom de poussières d'alizés (Passatstaub) .
Un fait remarquable est la fréquence, dans les pluies de poussière, des organismes microscopiques et spécialement des diatomées. Dans une pluie de ce genre, tombée à Lyon en 1846, Ehrenberg a trouvé 12,5 % d'organismes, parmi lesquels 59 espèces de diatomées siliceuses, 8 rhizopodes et 25 de ce qu'il a nommé des Phytolitharia. Ces poussières sont fréquemment rouges ; aussi leurs chutes sont-elles désignées sous le nom de pluies de sang. L'espace sur lequel ces pluies se font sentir comprend l'Afrique septentrionale, l'Europe méridionale elles latitudes correspondantes de l'Asie ; néanmoins les organismes qui s'y rencontrent ne paraissent pas appartenir à l'Afrique; 15 espèces sont américaines d quelques-unes sont marines. Jusqu'à présent, l'étude des pluies de poussière connues a fourni plus de 500 de ces organismes, dont on peut dire que l'origine reste encore très incertaine.
Ouragans. — La puissance du vent dans les ouragans est énorme. La vitesse des cyclones est capable d'atteindre 45 mètres par seconde, soit 162 kilomètres à l'heure; mais plus communément elle se tient entre 20 et 50 kilomètres. Fresnel évaluait à 275 kilogrammes par mètre carré la plus forte pression dont, le vent soit susceptible ; mais quelques observateurs, se fondant sur les effets mécaniques «le certaines tempêtes, ont porté cet effort à 400 kilogrammes. 11 est certain qu'en 1825, pendant un ouragan à la Guadeloupe, une planche de bois, épaisse fe plus de 2 centimètres, fut saisie par un coup de vent qui lui fit traverser de |*rtenpart un tronc de palmier de O^iO. Des meubles fracassés furent transportés à Hontserrat par dessus un bras de mer de 80 kilomètres de large (1).
Us trombes qui se forment dans quelques orages soulèvent, non seulement te niasses de poussière, mais encore, dans les montagnes, des débris de pierres. ■•Theobald a vu, en Suisse, de ces trombes qui n'avaient pas moins de 15 à w mètres de largeur et il regarde comme possible que certains amas de débris Khisteux, qui ressemblent à des piles élevées de main d'homme, aient été entassés I* les tourbillons du vent (2).
tatoa du vent «ur le» roche». — Sans nous arrêter davantage à ces effets optionnels, toujours très étroitement localisés, il convient d'étudier les effets
H) B. Reclus : La Terre, II, 3T>5.
ft Theobald in Reclus : U Terre, II, 379.
d'érosion dont l'atmosphère en mouvement est susceptible sous l'action des vents régnant dans la contrée. On sait que le sable, projeté avec force contre un obstacle, peut y creuser des rainures profondes et cette propriété a été utilisée industriellement par l'invention du soufflet à sable, qui constitue une véritable machinée user. Or la même action s'exerce naturellement quand le vent entraîne avec lui des particules sableuses. Ces particules, généralement constituées par du quartz, usent et polissent les surfaces sur lesquelles elles passent. Ainsi, dans le Sahara, les calcaires prennent un poli analogue à celui du marbre et la marche des chameaux à leur surface en devient très difficile. Les cailloux épars sur le sol s'arrondissent et le sable siliceux trace des stries sur les parois qui l'obligent à infléchir son mouvement. C'est ce qu'on observe bien à file de Sylt, dans la mer du Nord, où les sables, poussés par le vent contre les vitres des habitations, les rayent au point de leur enlever toute transparence.
Aucune roche n'échappe à cette action. Dans les déserts de la Californie, le granité lui-même et le quartz prennent une surface polie et les roches moins dures sont rayées et striées de mille manières. Les géologues américains et, en particulier MM. Blake, Newberry et 6. K. Gilbert, ont observé de remarquables exemples de cet effet mécanique dans le Colorado et la Californie.
Près du confluent du Colorado avec la rivière de la Vierge (1), se trouve un large plateau de gravier dont la surface, dure et unie, est parsemée de cailloux façonnés par le sable. Les pierres dures et homogènes, comme le quartzite et la calcédoine, sont arrondies et aussi parfaitement polies que si elles avaient été roulées dans un courant d'eau; les roches cristallines, comme le basalte et le trachyte, prennent une surface inégale, les cristaux les plus durs demeurant en saillie ; enfin les calcaires sont sillonnés par un réseau de vermiculures qui dessinent les arabesques les plus capricieuses. De même, dans le Sahara, M. Rolland (2) a recueilli des cailloux calcaires à la surface desquels le sable poussé par lèvent avait tracé des incisions formant une véritable dentelle, dont le dessin laissait reconnaître la direction des vents dominants.
Moches perchées on isolées par le vent. Dans certaines gorges où la violence du vent est forcée de se concentrer, les effets de ce genre atteignent une intensité encore plus grande. Tantôt, au pied d'une falaise ébouleuse, la force du vent suffit pour nettoyer le talus de tous les galets tombés à sa surface; tantôt, comme auprès du Paria-Creek et du Rocker-Creek, elle donne naissance au phénomène des roches perchées. Si un gros bloc de conglomérat vient à tomber du haut de la falaise sur le schiste qui en forme le pied, la violence du vent, accrue par cet obstacle, s'applique à en dégrader la base. En même temps que le bloc diminue et s'amincit par le bas, le schiste sur lequel il repose est enlevé sur tout le pourtour et bientôt le bloc se trouve perché (fig. 20), dans des conditions d'équilibre instable, sur une colonne de schiste destinée à s'écrouler un jour, après
(1) Gilbert in ]\'hrcler'A Report, Washington, 1875, p. 82.
(2) Mission transsaharienne d'El Goléah.
quoi le même effet ira se reproduire à un niveau inférieur. {Sur les formations siéuieées, comme les grès tendres, l'érosion par le sable transporté est encore plus efficace, mais les traces n'e
demeurent pas visibles sur la sur- Ère constamment renouvelée des roches.
H. Schweinfurth, dans son voyage au centre de l'Afrique, a vu un véritable obélisque naturel, de plus de 10 mètres de haut, en forme de poire renversée, et par consèipent sensiblement rétréci à la base, (institué par un bloc de granité. Ce bloc avait été isolé par le vent et minci près du sol par le tourbillonnement de l'air chargé de sable.
Dm pierres analogues, mais plus petites, s'observaient assez souvent aux
Ffg. JO. — Roche perché* par le Tent i Rocker-CrepL (Ariioiu) (d'iprea G. K. Gilbert). — Le roche tu ud bloc de conglomérat, reposa ni sur un iupporl schisteux.
Lorsque le vent dégrade un terrain composé d'éléments meubles, comme un conglomérat, il en fait tomber les débris sur les pentes et ainsi se constituent des dépôts particuliers, résultats de la combinaison de la pesanteur avec l'action atmosphérique. Mais de tels dépôts sont beaucoup plus fréquents lorsque la dégradation des roches s'opère sous l'influence des eaux pluviales; nous ne les étudierons donc pas ici.
Mtfètm éatlna. — En revanche, c'est bien l'action de l'atmosphère en mouvement qui semble prédominer dans la formation de certains amas de poussières, tels que ceux qui ont été signalés par M. Virlet d'Aoust sur les flancs de plusieurs des montagnes du plateau mexicain. Ces dépôts, dont l'épaisseur atteint jusqu'à cent mètres, sont formés par une marne jaune meuble, homogène, qui ne présente de traces de stratification que quand son accumulation a été interrompue par la chute des cendres provenant des volcans voisins. M. Virlet d'Aoust considère ces amas comme le résultat de grands tourbillons de poussière, au dépôt desquels la pluie n'a pas été étrangère. Telle serait aussi, selon M. de Riclithoten, l'origine du loes* de la Chine, cette terre végétale accumulée parfois sur 600 métrés d'épaisseur et n'offrant aucun indice de stratification, tandis qu'on t observe des traces de végétaux et des mollusques terrestres. Il y faudrait voir la poussière provenant des déserts voisins, amenée en Chine par les vents et progressivement accumulée avec les restes des herbes de steppes qui s'étaient, ibien desreprises, établies sursa surface. Bienenlendu la pluie aurait contribué, dans une notable mesure, à la régularité du dépôt; mais l'origine première en
(I) Peterminn's Geogr. Mlttheilungtn, 1870.
serait essentiellement atmosphérique. Toutefois cette manière de voir, dite théorie ëolienne, est contestée par beaucoup d'observateurs, pour qui le dépôt du loess est par excellence un phénomène aquatique. Du moins l'origine éolienne, admissible pour quelques dépôts exceptionnels, ne semble-t-elle pas devoir être accejh tée pour les limons qui s'étendent sur de grandes surfaces.
Action de» de«crt« *ur la direction de* vent». — Nous lie saurions terminer
ce chapitre sans mentionner une curieuse conséquence de rétablissement des déserts, conséquence indiquée par M. Kohlfs dans son voyage au centre de l'Afrique (1). Lorsqu'un pays primitivement humide se tranforme en désert à cause de la sécheresse survenue dans l'atmosphère, il finit par s'y établir un centre de dépression barométrique. Dès lors l'air afflue de tous côtés pour remplacer celui qui s'est élevé dans les hautes régions et quelquefois il arrive que cet afflux d'air, en raison de son origine, modifie d'une manière très heureuse les conditions des districts qu'il travei'se. Ainsi le centre de dépression barométrique du Sahara a fait naître, au nord du lac Tchad, un appel des vents humides du sud-ouest. La steppe dite Tinlumma a été ainsi conquise à la végétation. Le progrès vers le nord de cette conquête est manifeste; aux herbes succèdent les Mimosa et les bestiaux paissent aujourd'hui sur un sol dont, il y a peu de siècles, les sables étaient encore eu possession. L'action desséchante du désert n'est donc pas destinée à s'étendre de proche en proche au delà de toute limite et le phénomène, lorsqu'il a atteint un certain degré d'intensité, pose luimême des bornes à son extension. C'est alors que l'action de l'homme peut utilement se faire sentir pour accélérer, par des dispositions bien combinées, le travail que la nature a elle-même inauguré.
DUMES
Si l'action dynamique de l'atmosphère se traduit, au premier abord, par des phénomènes d'érosion et de transport, elle n'en contribue pas moins, sur certains points, à augmenter l'épaisseur de l'écoree solide et à en accentuer le relief d'une manière très sensible, par la façon dont elle accumule les produits qu'elle a transportés. Ces accumulations constituent les dunes, dont le mode de formation mérite d'être étudié avec quelques détails.
Sans doute le phénomène des dunes se manifeste avec une intensité particulier!» sur les bords de la mer, d'un côté parce que c'est là que par le jeu des marées et la mise à découvert des plages, le vent rencontre la plus grande somme de matériaux accessibles à son action, de l'autre parce que c'est sur les côtes que la puissance des courants atmosphériques atteint son maximum. Aussi, à de certains égaitls, les dunes doivent-elles être considérées connue un phénomène marin.
(1) In Czei-ny : Pctermanna Millhciliuvjsn, I87G.
Vais si nous laissons de côté, pour l'examiner ultérieurement, la paît qu'elles prennent à la modification des rivages, elles s'offrent à nous comme une manière Mire très générale de l'activité externe du globe, susceptible de produire, dans les déserts, des effets parfaitement comparables à ceux des dunes littorales. L'étude en est donc bien placée ici et nous ne retiendrons, de l'observation qui vient d'être faite, qu'une seule ebose : c'est que les phénomènes naturels sont jwralement assez complexes pour qu'il soit difficile de les encadrer, en toute rigueur, dans une classification parfaitement méthodique.
Me 4e formation des dune». — Le sable fin, produit de la désagrégation des roches quartzeuses sous une influence quelconque, est poussé par le vent sur une plaine. Si aucun obstacle n'entravait sa marche, le sable continuerait à cheminer jusqu'à ce qu'il pût venir s'accumuler dans une dépression ou buter contre une ligne de relief. Mais, quelque unie que soit une plaine, il existe toujours à sa surface des inégalités, tout au moins des touffes d'herbes ou des milloux, qui arrêtent en certains points le mouvement des sables. Chacun de ces obstacles devient ainsi l'origine d'un petit monticule, capable à la longue de se /raiwformcr en une dune.
Le mode de formation de ces monticules est facile à observer à l'aide d'un
obstacle artificiel, tel qu'une rangée» de piquets établie sur une plage sableuse.
Les matériaux tins, que
l.i force du vent obli- A ^^^sspp^^^^S^PIP^ s
«reait à remonter la pente doucement inclinée de
la plage, viennent buter Fig. 21. — Formation des dunes. — o.o. niveau de la mer.
rentre l'obstacle en for. s 8 so1 natureL
niant un talus tourné vers la direction du vent. Mais ce talus n'arrive pas jusqu'à l'obstacle lui-même et sa crête demeure à quelque distance (ftg. 21). Kn fffet, au moment où le vent vient frapper la ligne de piquets, il est repoussé eu arrière et donne naissance à un remous ou tourbillon, dont le diamètre est toujours proportionnel à la hauteur de l'obstacle (1). Ce remous définit la limite à laquelle les grains de sable peuvent monter, c'est-à-dire la crête du talus ; en arrière de celle-ci la pente du monticule est celle qui convient à l'éboulement naturel du sable. Mais la dune continuant à augmenter, il arrive un moment où le courant d'air qui rase la surface du talus vient affleurer sur le sommet A de I obstacle : alors c'est en arrière de ce dernier qu'il dépose les matériaux transportes ; 1 espace vide correspondant au remous primitif se comble peu à peu et bientôt le piquet disparait, enfoui sous une vague sableuse dissymétrique, dont la pente vers le vent est en moyenne, dans les Landes, de 7 à 12 degrés, tandis que du café de l'éboulement elle est de 2(J à 52 degrés ; même elle atteindrait *•> degrés si les pluies ne ravinaient pas la surface en faisant écrouler le sable.
(I) E. Reclus: La Terre, II, 253.
•enlacement tes *ue». — De cette manière, le sol se couvre d'une série d'ondulations plus ou moins parallèles, comparables aux lames successives qui viennent déferler sur une plage doucement inclinée. Mais ces ondulations ne sont pas fixes et leur destinée est de cheminer sans cesse dans la direction du vent. En effet, lorsque la crête de chacune d'elles a atteint la hauteur à laquelle la force de l'air en mouvement peut faire monter les particules sableuses le long du talus, le sable ne s'accumule plus qu'en arrière, surtout à la faveur de l'écroulement progressif de la crête et ainsi l'intervalle entre deux rides successives tend à se combler; alors le talus de la ride d'arrière étant devenu moins roide, le sable le remonte plus aisément et en relève le sommet. De cette manière» d'une part les rides cheminent devant elles et, d'autre part, leur élévation devient de plus en plus grande à mesure qu'on marche dans le sens du vent. Elles con — sti tuent ainsi comme autant de vagues (fig. 22) dont les crêtes viennent affleurer*
Fig. 22. — Profil normal d'une dune.
à un même plan. La pente de ce plan est la direction moyenne, inclinée sur l'horizonL que le vent, d'abord horizontal, est forcé de prendre, tant par l'obstacle que les dunes lui opposent que par la composante verticale des remous qui se produisent deux ondulations consécutives. En outre, quand la dune chemine, les lignes d thalweg prennent successivement la place des lignes décrète et réciproquement 7 en sorte que le môme point du sous-sol est revêtu, suivant les temps, d'un*? épaisseur variable de sable. Enfin la forme des dunes en marche doit être généralement celle d'un croissant ayant sa convexité tournée vers le vent; car les particules sableuses, ayant moins de hauteur à franchir sur les bords de la dune qu'en son ('entre, cheminent plus vite à droite et à gauche. La crête doit donc se courber en formant deux pointes avancées vers l'intérieur. Ce phénomène des dunes en croissant a été bien constaté par tous les voyageurs qui ont parcouru le Sahara et les déserts américains.
Arrangement des matériaux. — D'après ce qui vient d'être dit, l'inclinaison des couches doit être très variable dans les dunes; en effet, les strates successives qui s'accumulent du côté du vent offrent une pente assez faible, tandis que, de l'autre côté, elles peuvent présenter une forte pente en sens inverse .'Certaines parties, amoncelées sous l'influence des remous, peuvent aussi s'étaler en couches confuses. D'ailleurs la direction du vent n'est pas constante et les changements qu'elle subit influent sur l'alignement des talus. C'est pour cette même cause que les éminences de sable dont l'ensemble constitue un massif de dunes présentent le plus souvent un arrangement si confus qu'on peut facilement s égarer dans ce dédale où l'œil ne saisit aucun point de repère. Mais la force du vent n'est pas moins variable, d'une part avec les saisons et de l'autre avec la distance
à la côte, s'il s'agit d'une dune marine. En pareil cas, le principal effort des masses d'air se dépense contre le littoral et c'est sur le rivage même que les matériaux les plus lourds doivent se déposer; une dune offrira donc, du côté de la mer, des sables coquilliers, des graviers, parfois môme des branches d'arbres et des épaves, rejetées par les tempêtes, tandis qu'en arrière se déposeront les sables fins. Comme d'ailleurs les lignes de côtes ne sont pas absolument fixes et que le domaine maritime a pu quelquefois avancer ou reculer dans le cours des siècles, il arrivera souvent qu'une dune d'ancienne date et d'étendue notable présentera, dans son profil transversal, une succession de dépôts grossiers et de couches de sable fin. Néanmoins ce dernier élément l'emportera toujours de beaucoup sur tons les autres.
lues eoatlnentale*. — Cette variété de composition ne se retrouvera pas, en général, dans les dunes continentales. Au Sahara les sables des dunes accusent un triage et un classement très parfaits. Leurs grains, exclusivement quartkm, sont roulés et polis et leur diamètre moyen est inférieur à un millimètre; ils sont identiquement les mêmes du sommet à la base de la dune; individuellement hyalins ou légèrement colorés en jaune rougeâtre par des traces d'oxyde de fer, ils prennent en masse une teinte d'or mat, magnifique sous le soleil du Sahara (1). La hauteur habituelle des dunes élémentaires , c'est-à-dire faisant saillie au milieu d'une chaîne de sables, ne dépasse pas une vingtaine de mètres ; exceptionnellement, quelques pitons de sable atteignent 70 ou 80 mètres.
Les dunes continentales ne sont pas toujours le produit d'un transport de sables à de grandes distances. 11 en est qui résultent simplement de la désagrégation, longtemps prolongée, de collines de grès, dont elles occupent encore la place. Telles seraient, d'après M. Yatonne, les dunes des environs de Ghadamès, dont plusieurs s'élèvent à 150 et même 200 mètres de hauteur; ordinairement les accumulations de sable désagrégé sur place ont un noyau solide de grès; on les reconnaît à la forte inclinaison qu'elles présentent du côté du vent et qui peut atteindre 57 degrés. Ces masses se déplacent, suivant les changements du vent, à droite et à gauehe du noyau qu'elles entourent. Leur fixité relative tient à ce que leur grain est généralement plus grossier que celui des dunes mouvantes.
H ne faudrait cependant pas généraliser cette observation outre mesure. Ainsi lue la fait observer M. Rolland (2), ce n'est pas dans les centres de désagrégation des roches arénacées qu'il convient d'étudier le phénomène des dunes, mais bien dans les régions où l'apport du sable est incontestablement l'œuvre du vent. Or, dans la bande crétacée située au centre du Sahara algérien, qui ne comprend que des calcaires et des marnes, les dunes de sables transportés peuvent atteindre une centaine de mètres de hauteur. Ainsi, à 20 et 40 kilomètres à Test d'El Goléah, on observe deux chaînes de dunes de 80 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de \ kilomètres. Ces chaînes ont pour base un
(1) RoUand : Revue scientifique, 1881, p. 610.
(2) lbid., p. 612.
plateau dont le calcaire, poli par le vent, apparaît au milieu de cirques et au fond d'entonnoirs dans les dunes, et la formation qui devrait recouvrir le calcaire se compose, comme on peut s'en assurer sur les escarpements et les témoins voisins, de marnes sans mélange de couches arénacées. C'est donc bien à un transport lointain que sont dues ces accumulations, égales en hauteur aux plus importantes des dunes maritimes. De son côté, M. Ho h Ifs a signalé, dans le désert de Libye, des dunes qui atteignaient de 50 à 70 mètres.
Les dunes du Sahara sont généralement alignées; les deux grandes chaînes dont il vient d'être question côtoient le pied occidental de deux séries d'escarpements et de monticules crétacés en place. De même, au nord-est d'El-Goleah, les dunes de l'Oued-Sidi-Hamed, de l'Oued-Zirara, de l'Oued-el-Khoua, suivent des vallées qu'elles remplissent complètement ou dont elles occupent le flanc méridional (1) et les cols des chaînes de sable font face aux cols qui séparent les vallées. Il est naturel de voir le sable s'accumuler ainsi de préférence dans les. dépressions : sur les plateaux proprement dits, il roule sans s'arrêter.
On a souvent fait la remarque que les dunes continentales étaient situées ai voisinage d'anciens lits de mers ou de lacs aujourd'hui à sec. Ainsi les dune? du groupe de l'Erg, dans le Sahara, se sont formées, suivant M, Pomel, au: dépens des alluvions sableuses déposées, à l'époque quaternaire, en amont d< dépressions du Melrir et du Gourara. 11 est certain que le littoral d'une napj d'eau en voie de disparition est un terrain exceptionnellement propice à la foi mation des dunes, car la puissance du vent s'y exerce sur des matériaux déji désagrégés et qu'aucune végétation ne protège. Mais ainsi que nous l'avons déji dit, le même effet peut se produire si, par suite d'un changement surveni dans les courants atmosphériques, une région primitivement couverte de prairie? et même de bois vient à être balayée par des vents desséchants. Pour le Sahara en particulier, on peut dire que le phénomène des dunes est intimement lié ai changement qui, dans cette contrée, a fait succéder l'extrême sécheresse actuelteS à l'extrême humidité de la période quaternaire, attestée par les puissantes alluL— vions dont le désert contient encore de nombreux témoins. Seulement, pour que? les dunes se forment, il faut que le vent ait à sa disposition une roche quartzeus*? accessible à la dégradation. Or les grès dévoniens du Sahara étant très compactes, il se trouve que les alluvionsVjuaternaircs sont seules en état de fournir les matériaux des dunes et c'est dans celle mesure que le phénomène atmosphérique est lié à l'ancienne hydrographie du pays.
Mobilité de« dune» continentale». — Sur u il désert, le vent n'a pas la même constance que sur le bord de la mer: aussi la mobilité des dunes y est-elle plus capricieuse et, selon la saison, leur marche peut s'effectuer suivant des directions variables. Néanmoins l'ensemble des vents offre toujours, dans chaque région, une résultante de sens déterminé, qui définit la direction générale du transport
(1) Rolland : ioc. cit.
dessables. C'est ainsi que les sables du désert de Libye tendent sans cesse à envahir l'Egypte, où ils ont enseveli, non seulement des monuments anciens, mais même des villages dont la submersion par les dunes est postérieure à l*introduction de l'islamisme dans le pays. La marche vers Test ne s'arrête qu'à la vallée du Nil, dans laquelle les sables s'engouffrent, augmentant la quantité des matériaux détritiques que charrie le fleuve. Au delà de cette vallée, le phénomène atmosphérique se fait encore sentir sur la bande comprise entre le Nil et la mer Rouge; mais, faute de matières transportées, il se borne à faire de ce pays un éâert de pierres en enlevant, pour le jeter dans la mer, le sable primitivement mélangé aux cailloux.
Dans le Sahara, les grandes dunes marchent vers le sud-est (i) ; mais ce mouvement d'ensemble est presque insensible pendant la durée d'une génération, ainsi que le démontre la permanence des routes et des points d'eau dans les grands massifs. En revanche, la configuration superficielle subit des oscillations périodiques.
Dans le désert de Gobi, où le vent du nord-est domine, la partie orientale est un désert de pierres, tandis que les sables s'accumulent dans l'ouest. La mer Caspienne se comble à Test par les sables que le vent apporte du désert de Touran et, au nord-ouest du Sahara, de grands bancs Vie sabfe envahissent l'océan Atlantique. Sur plusieurs points du globe, ces transports de sables, en barrant le chemin aux fleuves, les ont obligés, tantôt à se perdre, tantôt à s'infléchir, pour retrouver une issue, dans une direction différente de cyelle qu'indiquait la pentfl générale du terrain.
Le phénomène du transport et de l'accumulation des sables s'exerce encore dune manière appréciable dans des régions fort éloignées des déserts. Ainsi des <hnes terrestres, de 10 mètres de hauteur, se forment en France sur la rive du Gardon, en aval du pont rimai n, sous l'influence du mistral. Des dunes plus Petites, mais non moins caractérisées, existent dans la forêt de Fontainebleau, constituées par les sables tirtiaires que le vent enlève, pour les déposer sur la ^rdce des plateaux de calcaire de la Beauce.
•■■e» maritime*. — La dunes maritimes sont généralement, par leur masse *t la hauteur qu'elles peuvent atteindre, plus importantes que les <}unes terastres. Le phénomène dépend à la fois de l'intensité du \enï soufflant de la ro, de la nature du sable ie la plage et de l'amplitude du jeu dés marées. Plus «tte dernière est considérable et plus est grande la provision de matériaux sur laquelle l'énergie des courants atmosphériques peut se dépenser. Sur les côtes méditerranéennes, de PortVendres aux Bouches-du-Rhône, les dunes ne dépassent guère 6 à 7 mètres, parce qu'il n'y a pas de marées sensibles et que, de plu», le vent dominant souffle vers la mer. Les dunes du littoral de Gascogne atteignent 75 mètres : il en est même une dont la crête est à 89 mètres. Sur
(1) Rolland: Comptée rendus, 18 avril 1881.
■t LtmUVT, TRAIT* M 6*0L0CIB. 10
les côtes du Norfolk, en face de la mer du Nord, les dunes anglaises ont de 5( à 60 mètres, tandis qu'en Cornouaillcs, à la faveur des fortes marées de h Manche et des grands vents de l'Atlantique, elles atteignent 100 mètres. Le plus hautes dunes du monde sont probablement celles qui bordent le littoral at la ni i que du Sahara. Ainsi, entre le cap Bojador et le Cap-Vert, il parait que leu altitude est de 120 à 180 mètres.
La bande des dunes de Gascogne, de l'Adour à l'embouchure de la Gironde se prolonge sur plus de 200 kilomètres et occupe, sur une largeur moyenn de i à 5 kilomètres, pouvant quelquefois aller à 7 ou 8, une superficie d 90 000 hectares. On évalue le volume des sables ainsi amoncelés à 20 ou 30 mil liards de mètres cubes.
Les dunes de Gascogne sont presque uniquement constituées par des grain de quartz; on y trouve aussi un peu de lydienne et de fer oxydulé. La propo lion de calcaire que les débris de coquilles y peuvent introduire ne s'élève pi au-dessus de 0,3 pour 100 (1). Au contraire, les dunes de la Bretagne contiennen grâce aux coquilles brisées, une quantité de carbonate de chaux s'élevant ju qu'à 68,5 pour 100,. dans la baie d'Audierne et à Saint-Pol-de-Léon, et démet rant, en moyenne, d'à peu près iO 0/0. Dans le Pas-de-Calais, un peu de glai conie s'associe au sable siliceux et le calcaire varie entre 3 et 4 0/0. Enfin, c Hollande, à Scheveningue, il n'y a que 0,6 0/0 de calcaire, dans un sab quartzeux avec mica et grenat rouge, tandis qu'à Zandvoort, près de Harlem, il dune très chargée de débris coquilliers contient 29,5 0/0 de carbonate de cliau Le sable siliceux est nécessaire à la formation des grandes dunes, parce qu est le seul qui se dessèche immédiatement aux premiers rayons du soleil qu'il est plus rebelle que tout autre à la végétation. Cependant il existe c dunes calcaires; mais elles n'atteignent qu'une faible hauteur. Nous en ave signalé en Bretagne, où l'élément calcaire, fourni par les coquilles brisées, • quelquefois en plus forte proportion que l'élément siliceux. Sur les lies polypiers, il y a des dunes entièrement formées de sable calcaire, et dont hauteur est d'environ 10 mètres. Leur stratification est enchevêtrée, à cause la variabilité des vents de tempêtes qui leur ont donné naissance et quelqu< unes ont pris l'état solide par suite d'infiltrations ^ui en ont cimenté les él ments.
Les dunes ne se forment pas dans la baie du Mort Saint-Michel, ainsi que I fait observer Klie deBcaumont (2), à cause de la nature du sable qui en tapisse fond. A l'inverse des sables quartzeux de plages, qui n'ont un peu de compaci que quand ils sont humides, et auxquels les rayons du soleil rendent bien vi toute leur mobilité, la tangue du Mont Saint-Michel, ;rès mobile quand la mar la baigne, devient assez ferme lorsqu'elle est à sec. Le vent n'a donc pas prise sur ses particules.
(1) Delesse : Lithologie du fond des mers.
(2) Leçons de Géologie pratique, I, p, 200.
Empiétements de» dues. — La marche en avant des dunes maritimes est
yarfois très rapide. On cite, aux environs de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne, un
district habité antérieurement à 1666 et qui, depuis cette époque, a été envahi
par une couche de sable de 6 à 7 mètres. En 1722, cette dune avait conquis
j)lus de 24 kilomètres, c'est-à-dire que le sable avait cheminé avec une vitesse
die près de 500 mètres par an (1). Depuis cette progression a été arrêtée par des
plantations. Du reste, de pareilles vitesses sont exceptionnelles dans l'histoire.
11 est même rare d'en observer d'aussi grandes que celle de la dune qui,
^n 1688, fit irruption sur les terres du Suffolk en gagnant 80 mètres par an.
Sur le littoral de la Gascogne, des observations poursuivies pendant huit
.années par Brémontier lui ont donné 20 à 25 mètres pour le progrès annuel
-des dunes de la Teste. Ce résultat s'accorde assez bien avec les documents
liistoriques relatifs à l'église de Lêge qui, rebâtie en 1480 à 4 kilomètres de sa
position primitive, dut être reconstruite, en 1650, à trois kilomètres plus loin
dans les terres. L'église du Vieux-Soulac, aujourd'hui dégagée des sables qui,
pendant longtemps, n'en avaient laissé voir que le clocher, date du douzième
siècle; son enfouissement a été très progressif et, longtemps avant d'être obligés
de l'abandonner, les habitants avaient dû y pratiquer une entrée latérale à un
niveau supérieur à celui du porche.
Cette église et les ruines de l'ancien village qui l'entourait ont offert un exemple intéressant du mode de cheminement des dunes. Couvertes une première fois par le sable, elles ont été ultérieurement découvertes, la crête de la grande vague sableuse s'étant transportée en avant sans augmenter de hauteur, dételle sorte que son talus extérieur ne suffisait plus à masquer les restes primitivement enfouis sous sa masse.
Les dunes de la Courlande cheminent vers la lagune qui les sépare de la terre ferme avec une vitesse d'environ 6 mètres par an.
L'obstacle le plus efficace au cheminement des dunes est la consolidation du sol sableux par des semis. Certaines plantes conviennent particulièrement à cet office, notamment Ârunio arenaria, Carex arenaria, Salix arenaria, Pmmma arenaria, Elymus arentriw, Dianthm gallicus, etc. Une fois le sol fixé par les herbes et les arbustes, des plantations de pins, protégées au début par des clayonnages, peuvent achever l'œuvre et transformer en une véritable richesse «es sables qui menaçaieit de tout détruire autour d'eux. Tout le monde connaît les résultats obtenus, grâce à l'initiative de Brémontier, sur le littoral de Gascogne, où des forêts de pins, dont la valeur est estimée à 25 millions de francs, ont définitivement fixé h sol des dunes landaises. Des entreprises analogues ont été tentées avec succès 4ans le Pas-de-Calais.
Yalear ehronométrlqae de* dunes. — On a parfois représenté les dunes
comme une sorte de dronomètre ou plutôt de sablier naturel (2), permettant
(1) Elie de Beaumont : Uçons de Géologie pratique, I, p. 204.
(2) Elie de Beaumont : Leiont de Géologie pratique, I, p. 309.
148 DYNAMIQUE EXTEKNE.
d'apprécier, par l'espace que les sables ont parcouru, le temps écoulé depuis que les relations actuelles entre le niveau de la terre ferme et celui des océans ont été établies. Mais d'une part rien ne prouve que la vitesse de cheminement des sables ait été la môme à toutes les1 époques et, d'autre part, il y a des dunes, comme celles de nos côtes, dont la mobilité parait être de date relativement récente.
En effet, d'après les témoignages historiques, toutes les dunes de l'Europe étaient autrefois couvertes de forêts. Les anciens géographes sont unanimes à représenter les bois comme s' étendant jusqu'à la mer dans les Pays-Bas et les idiomes des Bataves, des Angles et des Frisons ne contenaient aucun mot spécial qui put désigner un monticule de sable mouvant. Ni Strabon ni Pline ne mentionnent l'existence des dunes et un passage d'Ausonc, cité par M. Delfortrie (1), semble indiquer que la mobilité des sables était inconnue en Gascogne à l'époque gallo-romaine. En effet, dans une épitre adressée à Théon, habitant du Médoc, Àusone s'exprime ainsi : i Quid geris, extremis posilus telluris in oris, cultor arenarum vates?Gui litus arandum Oceani finem juxta, solemque cadentem, etc. » Les dunes des Landes recouvrent en de nombreux points des troncs de chênes, de pins et d'autres essences. La forêt d'Arcachon contient, avec des pins gigantesques, des chênes d'une circonférence énorme, attestant la haute antiquité de ces bois. Les rôles gascons, las chroniques nous montrent que les ports de Mimizan, du cap Breton et du Vieux-Soulac ont conservé leur entrée libre jusqu'au XVIe siècle, avant d'être d'abord obstrués par les sables, puis ensevelis sous les dunes. Montaigne écrivait, au milieu du XVI? siècle, que les envahissements des sables avaient lieu « depuis, quelque temps * .
En présence de tous ces témoignages, il est difficile de ne pas attribuer à la destruction inconsidérée des forêts la mobilité dont les dunes de Gascogne ont fait preuve depuis trois siècles. Sans doute, au début de la période actuelle, il y a eu une ère (les dunes, pendant laquelle les sables se sont accumulés sur le littoral. Mais bientôt la végétation naturelle a pris possession de ce territoire et la conquête eût sans doute été définitive si l'homme, 4ans son imprévoyance, n'était pas venu détruire l'abri qui le protégeait. De nême, au dernier siècle, Frédéric-Guillaume Ier ayant fait abattre la forêt de piis qui s'étendait sur les dunes, de Dantzig à Pillau, les sablcfe mouvants envahrent la baie intérieure, détruisirent les pêcheries et obstruèrent le chenal de navigation (2). Staiïng va jusqu'à attribuer à la destruction d'un seul chêne la foimation de la plus haute des dunes de la Frise.
Peut-être néanmoins un autre facteur est-il à considérer dan? le phénomène des dunes; c'est la mobilité même des plages voisines. Il n'îst nullement indifférent que le niveau de la mer s'élève ou s'abaisse sur une plage sableuse. Dans le second cas, la masse des substances accessibles à l'action du soleil et du vent et
(t) Association scientifique de France \ mai 1879. (2) Foss in Heclus : \ja Terre, II, p. 275.