‹ Traité de géologieChapitre 498 sur 533 · AGE DES FILONS · texte numérisé non relu

AGE DES FILONS

crustation. Et comme cette manière d'être est surtout celle des filons plombifère8, cette dernière désignation est devenue en quelque sorte synonyme de la précédente.

11 ne faudrait pas croire que les trois classes qui viennent d'être énumérées fussent toujours nettement distinctes. Il y a de fréquents passages de Tune à l'autre et beaucoup de gîtes métallifères peuvent être considérés comme intermédiaires entre les gîtes d'émanation et les filons concrétionnés. Ce qui est vrai, c'est que tous les gîtes doivent leur remplissage à des apports intimement liés aux éruptions de roches internes et résultent de phénomènes thermo-minéraux, contemporains ou consécutifs de ces éruptions. Suivant la rapidité avec laquelle les émanations se sont fait jour, les gîtes se sont plus ou moins écartés de la condition de filons concrétionnés. Mais, en réalité, cette manière d'être n'offre qu'une importance secondaire, et l'on pourrait dire qu'il n'y a que deux classes d'émanations minérales à considérer : celles qui dérivent des roches acides, où les minéralisateurs ont dû être surtout le chlore et le fluor, avec d'abondants épanchements siliceux, et celles des roches basiques, presque toujours à l'état de sulfures, avec barytine et calcite associées au quartz.

Age des fractures. — La détermination de l'âge d'un gîte en filon comprend deux choses : la connaissance de l'époque à laquelle la fracture s'est produite et celle du moment où a eu lieu le remplissage. Ces deux phénomènes sont très distincts, et si quelquefois ils ont été simultanés, bien souvent le second a suivi de très loin le premier.

Nous avons dit, en parlant des roches éruptives, que l'âge relatif des cassures s'appréciait à l'aide de leurs rejets mutuels. Quant à l'âge absolu, le seul critérium certain est fourni par les terrains traversés, un filon étant nécessairement postérieur au dépôt et à la consolidation des couches qu'il a fracturées. Malheureusement ce dernier critérium serait souvent tout à fait insuffisant, beaucoup de fractures, en réalité très modernes, étant concentrées dans des régions de gneiss ou de schistes cristallins qu'elles ne dépassent point. Dans ce cas, il y a un grand secours à attendre de l'étude des dislocations (1). L'expérience enseigne que, dans chaque région, les fractures produites à une même époque affectent, en général, une ou plusieurs directions définies, en rapport avec celles des montagnes et des principaux accidents orographiques. Dans un champ de fracture déterminé, il est rare, comme Werner l'a pour la première fois montré, que tous les filons de même direction ne soient pas du même âge et il y a des chances pour que cet âge soit celui de la chaîne de montagnes la plus voisine qui offre la même orientation. À la faveur de ce principe, on a pu, dans beaucoup de cas particuliers, après avoir établi, d'après les rejets, la chronologie relative des filons, s'assurer que cette succession était d'accord avec celle que l'étude des directions eût permis de prévoir. Aussi est-ii opportun, quand on entreprend l'analyse d'un champ de filons, d'y rapporter la direction des princi-

(1) Voir plus loin la première section du livre quatrième.

4172 GITES MÉTALLIFÈRES.

paux systèmes de dislocations, afin d'avoir des éléments de comparaison pour classer toutes les cassures élémentaires.

Age du remplissage. — Quant à l'âge du remplissage, si le filon n'a subi ni croisements ni réouvertures, on admet qu'il a immédiatement suivi la formation de la fente ; mais l'action peut avoir été lente et s'être prolongée beaucoup après ce moment. S'il y a croisement et que, aux points de rencontre, le remplissage soit de même nature que dans le croiseur, c'est l'âge de ce dernier qui détermine l'époque de la nouvelle venue. Les réouvertures se manifestent lorsque, dans un filon, on observe, juxtaposés les uns aux autres, deux ou plusieurs couples de bandes de minéraux implantés perpendiculairement aux paroi? et se faisant face par les têtes des cristaux; car chaque couple a dû originairement occuper toute la largeur de la fente, qui s'est ainsi rouverte sur le côté autant de fois qu'il y a de couples. D'autres fois, la réouverture est évidente parce que des fragments anguleux d'un filon déjà consolidé, à zones minérales symétriques, se trouvent pris pêle-mêle dans la gangue et les minéraux d'un autre remplissage. Dans ce dernier cas, si la fente a joué de nouveau sans changer de direction, on peut imputer ce mouvement à une dislocation moderne de direction à peu prés identique.

Mais ces observations de direction n'établissent, relativement à l'âge des remplissages, que des présomptions. On ne peut acquérir de certitude que quand, à côté du filon, les matières du remplissage se sont épanchées au milieu de terrains stratifiés d'âgç connu, comme le cuivre dans lepermien du Mansfeldet de la Russie, la galène dans le lias du Morvan, etc.

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