‹ Traité de géologieChapitre 512 sur 533 · AGE DES DISLOCATIONS · texte numérisé non relu

AGE DES DISLOCATIONS

des rejets qu'une cassure impose aux fentes préexistantes et qui permettent, en général, d'apprécier l'âge relatif des fractures.

Complexité do phénomène. — S'il est possible d'arriver à définir avec quelque précision l'âge d'une dislocation élémentaire, il est beaucoup plus difficile de déterminer l'époque de la formation d'une grande ligne de relief. A vrai dire, il n'est guère de chaînes de montagnes dont la structure ne porte l'empreinte de i évolutions successives, séparées les unes des autres par des intervalles de repos plus ou moins complet, et ce qu'on appelait autrefois Yépoque d'un soulèvement doit être aujourd'hui entendu de l'époque où la chaîne correspondante a acquis son principal relief. Telle chaîne de montagnes a été considérée comme postmiocène, parce que, sur ses flancs, on a vu des couches miocènes sensiblement redressées, et pourtant, dans aucun cas, ces couches n'ont été observées ailleurs qu'au pied de la chaîne et même de ses contreforts les plus extérieurs, sans que jamais elles pénètrent dans l'intérieur du massif. Aussi estil nécessaire d'y reconnaître deux mouvements successifs, l'un qui, en élevant au-dessus des eaux une première barrière, a empêché le dépôt des sédiments miocènes de s'avancer plus loirf, l'autre qui, en redressant ces couches d'abord horizontales, a accru l'amplitude et, sans doute aussi, le relief du massif. Mais lequel de ces deux mouvements a été le plus considérable ? C'est ce qu'un minutieux examen peut seul mjus apprendre.

Restitution des anciens rivages. — Le principe sur lequel doit reposer cette analyse est évidemment la constatation de l'influence exercée par le phénomène orogénique sur la géographie générale de la contrée. Quand une importante ligne de hauteurs se forme, elle modifie puissamment le domaine continental, rejette au loin certains rivages, en rapproche certains autres et change, en un mot, d'une manière appréciable la carte de la région. C'est donc cette carte qu'il faut reconstituer, à diverses époques rapprochées, pour pouvoir reconnaître à quel moment les contours océaniques ont subi les modifications les plus profondes. Mais il ne suffit pas, pour cela, de noter soigneusement les points où l'on cesse aujourd'hui d'observer telle ou telle formation marine ou lacustre. 11 faut encore tenir compte des parties, plus ou moins considérables, que l'érosion a fait disparaître, et n'accepter, comme indices d'un rivage, que les formations qui, d'après la nature de leurs éléments minéraux ou celle de leurs fossiles, affectent un caractère incontestablement littoral.

On comprend aisément les difficultés d'une telle tâche, surtout si l'on songe que certains rivages ont aujourd'hui disparu sans laisser la moindre trace. Tel est, en particulier, le cas des districts, autrefois émergés, dont la destruction a donné naissance à la nagelfluh miocène de la Suisse. Nous avons vu que la plupart des géologues s'accordent à voir dans ce dépôt les restes d'une chaîne d'îles qui, au début du miocène, existait en avant de la région aujourd'hui occupée par les Alpes principales. Qui pourra dire avec certitude Télendue et la direction de cette ancienne chaîne, dont les débris seuls nous ont été conservés sous

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forme de cailloux roulés? Combien de fois même ce dernier indice ne fera-t-il pas défaut, s'il s'agit d'une terre formée d'éléments meubles, destinés a Un éparpillés au loin sans garder la trace nette de leur origine ?

La restitution des anciens rivages, fondée sur une exacte détermination de formations littorales, est le préliminaire indispensable des études orogénique de détail. Or cette restitution ne peut être entreprise qu'à titre de résumé êmJ des documents fournis parles cartes géologiques à grande échelle. Il ne s'iji pas, comme on le fait souvent, de donner une idée générale de la disposition réciproque des terres et des eaux à l'époque éocèneou miocène, par exemple. I faut que ces contours maritimes s'appliquent avec rigueur à un montent b« déterminé de l'histoire géologique, c'est-à-dire au début ou à la fin d'un él&t. Poser ce programme, c'est dire que l'heure d'une exacte détermination de l'an des dislocations successives n'est pas encore venue et qu'il convient d'atlemta que les relevés géologiques de détail, si activement poursuivis de nos jours, ai»? dit à peu prés leur dernier mot.

On ne s'étonnera donc pas si, renonçant à atteindre la rigueur avec laquai Élie de Beaumont avait cru pouvoir définir la direction et l'âge des prineiptn accidents du globe, nous nous bornons, dans ce qui va suivre, a des indications d'un caractère plus général. Pour cela, nous chercherons à faire connaître le traits distinctifs de quelques-uns des ■ districts de dislocations les plus remarquables, en esquissant les grandes lignes de leur histoire et nous attachant furtout à faire ressortir combien de fois ceux mêmes dont le relief définitif pareil k plus récent ont pu être le théâtre de mouvements importants.

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